Le JSF et l’“ultimatum” britannique

Faits et commentaires

   Forum

Un commentaire est associé à cet article. Vous pouvez le consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer

 707

Le JSF et l’“ultimatum” britannique

13 Mars 2006 — Les Britanniques s’engagent sur la voie délicate de l’affrontement avec les Américains, en espérant que les Américains reculeront et céderont. Il s’agit du JSF, bien sûr. Lord Drayson, chargé des acquisitions au MoD britannique, part à Washington, un ultimatum en poche selon l’interprétation qu’on en fait. L’annonce de la chose, par The Observer hier, est chapeautée du titre provocant : « MoD sets out ultimatum to US over joint strike fighter. » Peut-on envisager de lancer un ultimatum contre les USA?

The Observer s’explique : « Defence procurement minister Lord Drayson will tell the powerful US Senate Armed Services Committee next week that the UK must receive critical technical data about the F-35 joint strike fighter if it is to proceed with the project.

» Drayson will say that the UK is committed to the $200bn programme - it has made a preliminary order for 150 of the vertical take-off variants of the aircraft - but that it must have the capability to upgrade the aircraft and be allowed ‘operational sovereignty’.

» The JSF is crucial to the Ministry of Defence's strategy of ‘expeditionary warfare’, based on air power from two new aircraft carriers currently being designed by a team led by BAE Systems.

» The MoD is locked in a struggle with the Pentagon to secure an agreement on technology transfer that would allow UK contractors to carry out upgrades and servicing on the planes. This would mean the US revealing details of software used in the aircraft's design that it has hitherto refused to divulge.

» The MoD has submitted a list of requirements to the US Department of Defence and requires an answer before 6 December, when it aims to sign a memorandum of understanding to move from the development phase to the manufacturing phase of the project. Drayson has said the MoD is also developing a 'Plan B' option that would involve prolonging the life of RAF Harriers, eventually replacing them with either Eurofighter Typhoons or French Rafale aircraft.  »

L’information est également présentée, dans des termes assez proches, dans The Sunday Telegraph, d’hier également: « Lord Drayson, the defence procurement minister, will this week warn officials in Washington that Britain requires access to vital technology on the Joint Strike Fighter programme if it is to be able to fulfil its role as a leading partner in joint operations with the US. »

Les Britanniques sont-ils habiles?

L’habileté des Britanniques semble être de s’adresser au Congrès au moment où le Congrès est censé être plutôt hostile au Pentagone. L’abandon du moteur alternatif du JSF, qui intéresse au premier chef les Britanniques puisqu’il s’agit d’un moteur Rolls Royce (avec General Electric), rencontre une opposition sérieuse au Congrès. Selon la logique des alliances d’occasion, le Congrès est l’allié objectif des Britanniques (“les ennemis de mes ennemis sont mes amis”). Il y aura une ou deux journées d’audition (mercredi et jeudi) sur l’abandon du moteur Rolls/GE au Sénat. Lord Drayson sera là. (Robert North ne lui donne pas beaucoup de chances, d'autant qu'il le soupçonne des plus noirs desseins, — essentiellement de chercher un prétexte pour abandonner le JSF.)

Habileté, mais risque également. La tactique a ses limites avec, au-delà, des possibilités de conséquences perverses. Les interférences étrangères dans les querelles intra-washingtoniennes ne sont pas toujours appréciées, et elles le sont encore moins à l’heure d’une extrême sensibilité un rien xénophobe (au Congrès) dans l’agitation à propos de la crise des ports avec la société DPW de Doubaï. D’autre part, un tel jeu conduirait à une solide hostilité du Pentagone à l’encontre des Britanniques, précisément dans le cadre du programme JSF. Il y aurait alors des représailles bureaucratiques, notamment si les Britanniques obtenaient un certain soutien au Congrès.

Au-dessus de tout cela, et pour rendre extrêmement dramatiques ces péripéties, l’enjeu est là… Il s’agit de rien moins que les special relationships. C’est ceci, selon l’appréciation de l’eurosceptique et pro-américain Christopher Booker, dans The Daily Telegraph du 5 mars : « Demise of the joint strike fighter marks the end of Anglo-US military co-operation »