Le discours sur l’état de GW

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Le discours sur l’état de GW


31 janvier 2006 — GW est plus que jamais GW, la réalité n’a qu’à s’y faire : voilà ce qu’a montré la dernière mésaventure de cette chose qu’on pourrait qualifier de ‘doctrine GW Bush’, qui consiste à crier “Démocratie! Démocratie! Démocratie!” quand tous les autres mensonges ont échoué. Le problème déjà bien connu et en constante aggravation est que cette pression exercée sur la réalité continue à accroître le désordre et à renforcer des tensions internes, lesquelles sont toujours plus difficiles à dissimuler. (Voir l’affaire Hansen.)

Un signe de cet état des choses peut être trouvé dans l’article du 30 janvier de Anatol Lieven dans The International Herald Tribune. Le dernier paragraphe de l’article est révélateur du fait qu’on ne discute plus tant des politiques spécifiques de l’administration mais de l’état structurel de l’administration dont témoignent ces politiques :

« In fact, the distance between Bush administration rhetoric and observable reality in some areas is beginning to look almost reminiscent of Soviet Communism. And as in the Soviet Union, this gap is also becoming more and more apparent to the rest of the world »

C’est un autre fait révélateur qu’un collaborateur d’un journal aussi conformiste et américaniste que l’IHT conclue son article sur une comparaison entre le régime américaniste et le régime soviétique sur le déclin, à l’ère du brejnévisme. (Lieven est Britannique et historien. Sa vision de l’Amérique est devenue extrêmement audacieuse, comme on le lit par exemple dans un article du 29 novembre 2005 du Financial Times. Sa présence régulière dans les colonnes de l’IHT n’en est que plus significative.)

L’Amérique de GW devient une énorme gérontocratie fardée en jeunette. Dans ce cas, il n’est pas question d’âge en général car, entre le body-building et le bidouillage esthétique, on pourrait croire qu’on fait bonne figure, — non, plutôt une question de sclérose de l’esprit, de sclérose de l’imagination, de noyade dans le mensonge automatique, le scandale à peine relevé, la corruption ad usual

On n’a même plus le cœur de s’ébahir, de rire ou de s’effrayer de la psychologie “faith-based” de GW, ni de GW et de sa considérable médiocrité non plus. Le discours annuel du Président sur l’état de l’Union de ce soir est attendu par George F. Will (voir plus loin) comme le discours sur l’“état de notre cynisme”, et le découragement de Will le désormais bien mal nommé est exemplaire. Mais GW, plein d’allant, avec cette espèce d’alacrité des simples d’esprit irresponsables, reste exemplaire à sa façon et a toutes les chances de susciter bien d’autres catastrophes, grâce à une bureaucratie dont la servilité commence à apparaître, elle aussi, comme exemplaire. Que de situations exemplaires dans notre époque étrange.

Anatol Lieven, déjà cité, égrène les erreurs de l’administration GW d’une façon qui ne peut plus nous étonner. Il est extraordinaire qu’il faille encore écrire des choses pareilles, que leur énoncé se révèle utile et nécessaire pour tenter de faire envisager par ceux qui font la grande politique une inflexion nécessaire : « The most important lesson of the [Palestinian] elections is that the United States cannot afford to use the rhetoric of spreading democracy as an excuse for avoiding dealing with pressing national grievances and wishes. If the United States pursues or supports policies that are detested by a majority of ordinary people, then these people will react accordingly if they are given a chance to vote. »

Lieven est d’ailleurs si convaincu que sa critique nécessaire n’aura aucun effet qu’il annonce déjà les futures catastrophes. L’Iran est, bien entendu, en tête de liste : « Above all, U.S. policy makers must understand that other peoples have their own national pride and national interests, which they expect their governments and representatives to defend. In Russia in the 1990s, the liberals helped to destroy their electoral chances by giving Russian voters the impression that they put deference to American wishes above the interests of Russia.

» Today, Americans who want to support liberal revolution in Iran as a way of making Iran more responsive to U.S. and Israeli demands are making the same mistake. And in order to understand this, it is hardly necessary to study Russia or Iran. In the United States, if a political party were supported by a foreign country, and gave the impression of serving that country's interests, would it stand any chance of being elected to anything?

» But in truth, the present centrality of the “democratization” idea to administration rhetoric does not come from any study of the Middle East, or of reality in general. Rather, the Bush administration has fallen back on this rhetoric in part because all other paths and justifications have failed or been rejected. The administration desperately needed some big vision that would give the American people the impression of a plan for the war on terror, promising something beyond tighter domestic security and endless military operations. »

Bien entendu, ces conseils sont inutiles parce que, plus que jamais, GW vit dans sa bulle fermée à double tour, il est complètement adepte et membre de la faith-based community. Il est intouchable et sa bureaucratie est désormais engagée pour une seule mission, extraordinaire quand on songe à ce que devrait être pour un haut fonctionnaire la mission de protection du bien public, — comme dit le chef des relations publiques de la NASA George Deutsch : « Mr. Deutsch said his job was “to make the president look good” and that as a White House appointee that might be Mr. Deutsch's priority. »… C’est une réussite, finalement.

Ah oui, l’état de l’Union…

Citons, en passant, l'excellent James Carroll terminer son oraison ricanante et désespérée par ces mots, qui concernent le président GW Bush: « In each case, Bush is presiding over a self-serving delusion, in concert with a self-emasculating Congress, his partners as would-be war profiteers. Anticipating tomorrow night, one could say Bush will, on this question, be lying to the American people again. But that would presume he is not first lying to himself. State of war? No. State of the Union? Catastrophe, pure and simple. »

Et puis laissons les derniers mots à un commentateur qui fut pourtant du parti de la guerre en Irak (il a changé), de GW (il a sans doute changé sans qu’il se l’avoue), de l’américanisme triomphant (il n’a pas changé mais on sent poindre le découragement), — c’est-à-dire le commentateur George F. Will.

Le titre de son texte nous en dit long : « The State Of Our Cynicism. » Et puis, pour résumer : « Tonight, on the 1,050th day of the Iraq war (the 912th day of American participation in World War II was D-Day), the nation needs an adult hour, including a measured meditation on overreaching, from the Middle East to Medicare's prescription drug entitlement. But in State of the Union addresses, rarely is heard a discouraging word. »

Enfin, allons nous coucher tranquillement. Nous ne saurons rien de plus demain que nous ne sachions déjà.


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