Le Congrès US déclare la guerre à la Russie

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Le Congrès US déclare la guerre à la Russie

Si l’on dit “le Congrès”, il s’agit en fait de la Chambre des Représentants. Mais quelle importance, vraiment, dans ce climat de bouffonnerie délétère, de caricature de la caricature qu’est déjà, depuis plusieurs années, le spectacle de la “démocratie parlementaire” à Washington, – archi-corrompue et absolument inculte. Comme la politique US engendre le désordre qui se transforme en hyper-désordre, la démocratie washingtonienne, devenue caricature d’elle-même depuis déjà un temps certain, accouche désormais d’une hyper-caricature dont le spectacle la détruit elle-même en la dissolvant. (Là aussi, l’“hyper-” finit par acquérir sa fonction vertueuse d’antiSystème.)

Ah oui, l’objet du vote ... Rien de bien inattendu ni de vraiment extraordinaire. La Chambre déclare la guerre à la Russie, froide ou chaude comme l’on voudra, mais tout de même avec un penchant pour “chaude”, et même très, très chaude, – tout cela, par 411 voix contre 10. Si nous prenons ce vote le cœur léger c’est parce que, comme nombre d’autres occurrences, “il vaut mieux en rire pour ne pas en pleurer”. Les conditions dans lesquelles s’élabore cette sorte de vote qui menace la terre entière des foudres de l’Empire constituent un événement totalement surréaliste, où la conception de la caricature de la “démocratie parlementaire” transmutée en hyper-caricature s’exprime sans le moindre esprit de dissimulation. Dans Russia Today ce 4 décembre 2014, Daniel McAdams, ancien conseiller parlementaire et actuel directeur de l’Institut Ron Paul mis en place par l’ancien parlementaire, donne une interview instructive où il détaille les “procédures” conduisant à cette sorte de résolution, et au vote à la quasi-unanimité qui s’ensuit presque automatiquement. Il y ajoute une rapide analyse des conditions extérieures qui ont accompagné ce vote, qui le conduisent à penser qu’en agissant comme il le fait, le Congrès (la Chambre) ne fait pas autre chose que donner le feu vert à la possibilité d’une nouvelle phase de la guerre en Ukraine, entre Kiev et la Novorussia. Bref, il faut bien que le Congrès, malgré tout, serve à quelque chose, – et que dire de ce qui nous attend en 2015 ?

Russia Today : « Former US Congressman Dennis Kucinich criticized the resolution saying it’s a “throwback to the Cold War era.” Is this a justified concern?»

»Daniel McAdams : «I spent nearly 12 years on Capitol Hill working for a member of House Foreign Affairs Committee and I know exactly how these resolutions are drafted. It was not drafted by the member of Congress who is credited with it, Mr. Kinzinger of Illinois. These are drafted by special interests, they are handed to the members of Congress who are favored, who behave themselves in the committee and they get the glory of introducing a bill. The US media has been pushing this propaganda against Russia’s Putin for months and months. So Congress feels it has to do something to remain relevant and catch up with the people. But these resolutions are all put together and written by special interests and members feel they can’t vote “no” on them. You can say no on the one hand because it is just a resolution and has no force of law. But if you read the bill it is almost comical and that everything that it accuses Russia of doing the US and the US government in particularly has been doing certainly since last year. And one of the big complaints of the bill is how mean it is that Russia is putting forth “anti-American propaganda,” when this is exactly what Congress has been doing for the last year, it is almost comical. It accuses Russia of holding fraudulent elections which are pretty serious charges. Several occasions in the bill it mentions chapter five of the NATO Treaty which requires all NATO members to come to the military assistance of others, Ukraine is not a member of NATO. I don’t know if Congress understands what that means.»

Russia Today : « This sort of rhetoric and these kinds of resolutions keep going forward to Congress and so forth, how are they going to jeopardize the relations that Russia and the US have? And what about the timing of these resolutions?»

»Daniel McAdams : «It is interesting that you see; just when the South Stream pipeline that was supposed to start going through Bulgaria was called off this week – the US probably views that as a great victory. When the Europeans are paying 30 percent more for their fuel they may have a different view of it. But the timing is absolutely right. And this is a green light for the Poroshenko government to resume military actions against the “separatists” in Eastern Ukraine. If you read the resolution very, very early on, it encourages him to retake this territory. So it is not only a declaration of a US Cold War against Russia but it is a declaration of war for Kiev against Donetsk and Lugansk.»

• Détaillant la résolution votée par la Chambre des Représentants, Jason Ditz, de Antiwar.com y relève, le 5 décembre 2014, les diverses anomalies et contradictions qui rendent ce document absolument bizarre, confirmant la description manufacturière qu’en donne McAdams ; comme une sorte de patchwork auquel chaque groupe de pression impose son exigence sans souci de la cohérence de l’ensemble, avec des contradictions et des erreurs criantes, que les parlementaires endossent et votent sans doute la lire, parce qu’il s’agit de rester relevent...

«The bill includes a bizarre litany of complaints, starting with President Obama’s announced “reset” of Russian relations in 2009 and then accusing Russia of doing things in response, including things that happened in 2008 or before like the Russo-Georgian War. It also complains that the Ukrainian military isn’t as big as Russia’s military, which seems like the obvious result of Russia being a way, way bigger country.

»The most bizarre aspect of the bill, however, comes near the end, when they complain about Russia’s state-sponsored media broadcasting in languages other than Russian across Europe and the rest of the world to gain influence. Which Russian state-sponsored media does, but the bill then explicitly turns around and calls for the US state-sponsored media to expand dramatically across Europe, and particularly in Russian language, insisting this is vital for “multi-lateral cooperation.”

»The bill also demands Russia “seek a mutually beneficial relationship with the United States” in clause 21, after half of the 20 previous clauses call on President Obama or others to take explicitly hostile action toward the Russian economy or military.»

Lorsque Thierry Meyssan écrit justement à propos de la presse US, concernant la politique extérieure US et la situation politique washingtonienne en général, «[à] l’évidence, la presse US est complètement dépassée: elle n’est pas capable d’expliquer ce qui se passe, ni même d’analyser cette situation et encore moins de répondre à la question [de savoir qui dirige la politique US]» (le 1er décembre 2014), cela vaut exactement pour le Congrès et cette résolution que vient de passer la Chambre. Ce qu’il faut ajouter sans étonnement particulier, c’est que, manifestement, la Chambre se fout complétement de n’y rien comprendre, elle n’est pas intéressée d’y comprendre quoi que ce soit et elle vote en conséquence, – par une formidable majorité de type-Politburo qui ne signifie rien sinon que la machine corruptrice et dissolvante fonctionne. Ce qui lui importe est avant toute chose d’être relevant (“pertinente”, ou “concernée”, – bref, avoir l’air d’être au courant des choses et de s’y intéresser avec finesse et intelligence..), – cela, comme l’observe McAdams : «The US media has been pushing this propaganda against Russia’s Putin for months and months. So Congress feels it has to do something to remain relevant and catch up with the people.»

Ainsi est-ce à partir de tels documents, sans la moindre signification et sans la moindre préoccupation de la plus petite apparence de cohésion, que les commentateurs et éditorialistes de la presse-Système, ainsi que les dirigeants politiques et élites-Système du bloc BAO, vont conclure sérieusement, d’une part qu’il y a effectivement une attitude agressive de la Russie que le Congrès est “conduit à” dénoncer pour tenter de l’arrêter, d’autre part qu’il existe bel et bien une véritable politique extérieure des États-Unis. En effet, la pompe et les circonstances du luxueux Congrès des États-Unis, de même que le bling-bling ambiant du système de la communication qui ne peut que résonner des accents neocon, constituent pour la presse-Système la plus sûre des indications que l’on se trouve dans un monde sérieux, équilibré, conscient de ses responsabilités et défenseurs des valeurs de la civilisation et de la (post)modernité. L’on sait par ailleurs que “ les commentateurs et éditorialistes de la presse-Système, ainsi que les dirigeants politiques et élites-Système du bloc BAO” vivent eux-mêmes dans un monde du plus complet irréalisme, notoirement calfeutrés dans les narrative qui sont en cours, et dans ce cas la résolution de la Chambre et les conditions qui présidèrent à son sort glorieux ne soulèvent strictement aucune objection. Ceci et cela s’additionnant, voilà que nous est donné une situation proche de la perfection dans sa stabilité et sa fidélité à la narrative.

• ... Face à cette terrible offensive du Congrès, cette sorte de blitzkrieg parlementaire, comme à tant d’autres choses, que font les Russes ? Outre les actions diverses qu’on connaît, dont certaines souvent très brillantes, ils parlent et ne cessent de durcir le ton, montrant par là qu’ils mènent désormais une guerre totale de la communication. Il y a à cet égard cette intervention très longue de Poutine, hier, devant l’Assemblée Fédérale. Le Saker-US en donne un compte-rendu avec les extraits qu’il juge essentiels, ce 4 décembre 2014, et termine par quelques lignes de commentaire qui valent citation... Pour lui, effectivement, la guerre de communication est, du point de vue russe, désormais totale.

«In my opinion what we are seeing a a big “coming out”. For a variety of reasons, Putin and Foreign Minister Lavrov chose not to say this kind of things in the past, but for several months already we have seen a sense of utter disgust manifest itself more and more openly from the Russian. Today, it finally truly came out in the open.

»It is painfully clear that Russia considers the USA a an arrogant bully which Russia can stop and that Russia considers the regimes in power in the EU as voiceless colonies. Equally clear is the fact that the Russians are fed up with trying to plead or reason with anybody in the West. The Americans are too arrogant, the Europeans too spineless.

»Unlike the Americans, Russians always talk to their enemies and some form of “talking” with the West will continue. But it is rather obvious that the Kremlin has given up any hope of achieving anything through any kind of dialog. From now on, Russia will mostly rely on unilateral actions. And since Russians never threaten, these actions will always come as a shock and a surprise to the Western plutocracies.

»I have said this many times: the AngloZionist Empire has launched a real war against Russia, one in which military forces are less important than the informational war, but a real war nonetheless. What the Empire probably did not realize, is that this would not be a short war, but a long one. And while the Empire has already used most of its weapons, the Russians have just begun their defensive operations. This will be a long war and it will only end when one of the two sides basically breaks down and collapses.»

Ce point mis en évidence par le Saker-US est important, – la forme même du comportement des Russes, le fait qu’ils ne cessent jamais de parler à leurs adversaires, même lorsque la guerre est totale. Pour cette sorte d'adversaire qu’est le bloc BAO (les USA), qui envisage la guerre (totale ou non), et même les relations pures et simples, comme si l’autre n’existait pas sinon comme quelque chose à réduire à sa convenance, soit en le déstructurant pour le restructurer à son image, soit en le dissolvant jusqu’à l’anéantissement par entropisation, ce comportement russe réserve des surprises sans fin ; il ne réserve même que des surprises. Le “désir de parler” des Russes ne cesse en effet d’être pris comme une capitulation sans conditions éternellement recommencée, et à chaque fois vient la surprise de l’événement suivant, évidemment inattendu, qui se place, lui, dans la logique d’une Russie combattante qui ne cédera rien sur l’essentiel, qui s’avère même prête à manœuvrer pour contrecarrer les entreprises du bloc BAO désormais considéré par elle, en lui-même, comme quelque chose d’irrécupérable. C’est sans doute là que se trouve, faite peut-être inconsciemment, la meilleure démonstration du comportement et du classement antiSystème de Poutine, – dans sa capacité de séparer le bloc BAO de chacun de ses membres, le Système de chacun de ses serviteurs, – selon l’idée que seul le bloc BAO/le Système est “mauvais en soi”, et que ses composants ne sont mauvais que par l’influence d’une extrême proximité.

(C’est du pur Plotin pour Poutine : «Car on pourrait dès lors arriver à une notion du mal comme ce qui est non-mesure par rapport à la mesure, sans limite par rapport à la limite, absence de forme par rapport à ce qui produit la forme et déficience permanente par rapport à ce qui est suffisant en soi, toujours indéterminé, stable en aucun façon, affecté de toutes manières, insatiable, indigence totale. Et ces choses ne sont pas des accidents qui lui adviennent, mais elles constituent son essence en quelque sorte, et quelle que soit la partie de lui que tu pourrais voir, il est toutes ces choses. Mais les autres, ceux qui participeraient de lui et s’y assimileraient, deviennent mauvais, n’étant pas mauvais en soi.»)


Mis en ligne le 5 décembre 2014 à 13H49

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