Le confusionnisme de ‘noz-élites’

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Le confusionnisme de ‘noz-élites’

• Un petit-vaste tour d’horizon sur les réactions de plus en plus nombreuses sur la reconnaissance que l’Occident-destructif s’est employé à décrire en Ukraine une situation complètement fausse. • On reconnaît, sans oser le mot, avancer qu’il y a eu “défaite”, ce qui ne signifie pas qu’il y ait “victoire” des Russes. • Le mieux, maintenant, c’est de faire accepter par les Russes des conditions garanties sur fausses-factures qu’ils laisseront l’Ukraine se relever et bientôt prendre sa revanche. • Dans tous les cas, nous, nous voyons les choses comme ça, même sans lunettes.

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Précisons immédiatement que le “confusionnisme” n’est pas une idéologie, – mais qu’il (qu’elle) pourrait le devenir après tout... Il s’agit bien d’une simple dérive sémantique de la maladie dite du “syndrome confusionnel”, qui est une sorte de démence pouvant être provoquée, à la différence de la démence, par un nombre très grand de causes extrêmement diverses n’engageant en rien la nécessité d’une pathologie psychologique structurelle ; plutôt un accident, ou bien une fatalité...

Puisqu’il s’agit de l’Ukraine, parlera-t-on d’un accident ou d’une fatalité ? Notre affaire de confusionnisme qu’on pourrait également croire sortie de chez l’Honorable Confucius, et qui plus est affectant ‘noz-élites’, apparaît en pleine lumière à l’heure des comptes que les grands journalistes, auteurs, experts et commentateurs sont obligés de régler avec eux-mêmes, avec leurs éditeurs et directeurs de rédaction, leurs lecteurs et le prestige de leur crédit en général. Ces gens ont en effet écrit pendant presque deux ans sur l’Ukraine, sur l’agression russe et sur l’effondrement par la technique magistrale de la ‘cancellation’, dans l’ordre, de l’armée russe, de Poutine et de la Russie. Ces fatalités de l’histoire qui se rit de la métahistoire ne pouvaient, comme dans tout destin tragique, qu’accomplir la ‘cancellation’... D’où « Le confusionnisme de ‘noz-élites’ »

« Les tentatives de l'Occident pour ‘canceller’ la Russie par des sanctions économiques et culturelles ont échoué et ont toujours été vouées à l'échec, a déclaré vendredi le président Poutine lors du Forum international de la culture à Saint-Pétersbourg. Il a accusé l'Occident collectif de chercher à ‘canceller’ tout ce qui ne correspond pas à son “histoire falsifiée”.

» “Des pans entiers de l'histoire – l’art de l’Europe occidentale, de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique latine – sont réduits au silence, comme s'ils n'avaient jamais existé, et dernièrement, ils ont essayé de canceller notre culture en général.

» “Je dis “essayer” parce que nous comprenons que c'est par définition impossible. Mais ils essaient quand même d'abolir la culture, qui est basée sur la vraie liberté, la miséricorde, l'amour du prochain et la spiritualité. La politique de cancellation de la Russie est en soi intrinsèquement anti-culturelle, néocoloniale et raciste”. »

Les choses étant ce qu’elles sont en Ukraine, où la vérité-de-situation est en train de ‘canceller’ à une vitesse extrême tous les acquis du simulacre de communication vocale, écrite et illustrée, le confusionnisme s’est donc installé en mode catastrophique pour tenter de boucher toutes ces voies d’eau par où se sont déversés pendant des mois, fausses nouvelles, bobards & canards, bidonneries, ‘fantasy’, craques & escobarderies. Il faut faire un rapide état des lieux communs et autres d’aisance au travers d’exemples excellemment significatifs.

Vade retro, ‘Magical Thinking’

Ce titre & sous-titre du Wall Street ‘Journal’[WSJ], l’un des piliers de la presseSystème, plutôt républicain et proche de Wall Street, ont fait grand bruit ce 16 novembre 2023 ; le bruit fut même tintamarre un peu gêné avec l’emploi de cette expression de ‘Magical Thinking’ qui semblerait s’adresser à des enfants dont on sait qu’ils organisent leur vie intellectuelle à partir de narrative imaginées dans le cadre de simulacres rêvés :

« Il est temps de mettre fin à la pensée magique [‘Magical Thinking’] concernant la défaite de la Russie

» Poutine a résisté aux meilleurs efforts de l'Occident pour repousser son invasion de l'Ukraine, et son emprise sur le pouvoir est ferme. Les États-Unis et leurs alliés ont besoin d'une nouvelle stratégie : l'endiguement. »

Le reste de l’article est une suite de réprimandes adressées aux mauvais élèves, – assez curieusement ou significativement, cela va également, ô combien, aux lecteurs et contributeurs les plus prestigieux du journal, jusqu’au WSJ lui-même, – qui furent pendant des mois et des mois de véritables  croyants du confusionnisme mental. Cette croisade des rêves éveillés fut aussi bien cruelle qu’intellectuellement totalement-vide puisqu’elle s’essaya à du ‘McCarthysme de bazar’ (c’est-à-dire du McCarthysme qui n’a même pas les couilles d’aller jusqu’au bout de son poison)

Dans l’analyse du texte de WSJ, ‘ZeroHedge.com’ cite justement le cas du professeur Mearsheimer, qui fut désigné comme victime d’une ‘tragédie’ en devenant « le penseur le plus haï de son temps », comme au vrai temps du McCarthysme, – mais là aussi, en carton-bouilli, répétons-le, car aujourd’hui ce jugement fait jurisprudence dans le domaine de la connerie d’extrême-arrière-garde et on la rangera rapidement aux oubliettes.

« Il y a très peu de temps, tout politicien ou journaliste américain appelant publiquement à des négociations de paix en Ukraine avec le président russe Poutine était qualifié de "pro-Kremlin" et d'une manière ou d'un autre compromis. Par exemple, les médias grand public ont cherché à isoler et à canceller des penseurs comme John Mearsheimer pour son réalisme à l'égard de Moscou et du conflit, et pour avoir exhorté à un cessez-le-feu immédiat qui nécessiterait des concessions territoriales de la part de Kiev. C’est encore en septembre qu'une publication de premier plan pouvait le qualifier de “penseur le plus détesté du monde”.

» Mais aujourd'hui, alors que les dirigeants ukrainiens eux-mêmes sont de plus en plus désespérés et admettent que leurs forces sont confrontées à des obstacles presque insurmontables, le consensus de la ceinture de Washington a clairement et radicalement changé, et il est apparemment acceptable d'admettre ce qui suit... »

Suit effectivement le titre & sous-titre du WSJ et le constat, ‘Magical Thinking’ aidant, qu’on avait écrit et dit, pendant des mois et des mois, des choses qui sont tellement du rien organisé en n’importe quoi qu’elles décourageaient, sauf chez les plus minutieux-courageux parmi les dissidents, une critique sérieuse parce que la sottise à dose titanesque finit par vous brouiller l’estomac jusqu’à vous le faire remonter jusqu’à la tête.

Tout cela, pour autant, ne décourage pas les plus zélés de continuer dans la bêtise puante, mais désormais sans organisation ni soutien, dans le désordre le plus grand, – ou le confusionnisme opérationnel si vous voulez... D’où quelques exemples que nous avons été pécher du côté du précieux Larry S. Johnson.

NYT & ‘Newsweek’, mains dans la main

D’abord, Johnson a repéré deux articles paraissant sur la même période, dans deux mastodontes économiques et moraux de la presseSystème. Les deux s’attachent à un problème très spécifique au milieux d’autres ; ce sont leur comparaison spécifique qui remplit d’une joie mélangée puisqu’exactement producteurs d’affirmations parfaitement contraires...

• Le New York ‘Times’ du 13 septembre, sous le titre « Russia Overcomes Sanctions to Expand Missile Production, Officials Say ». Il est question de la production de missiles par la Russie, dont a dit durant depuis longs et longs mois (depuis avril 2022, nous semble-t-il), qu’elle ne pouvait plus suivre et que bientôt la Russie serait à sec de missiles :

« La Russie a réussi à surmonter les sanctions et les contrôles à l'exportation imposés par l'Occident pour étendre sa production de missiles au-delà des niveaux d'avant-guerre, selon des responsables américains, européens et ukrainiens, laissant l'Ukraine particulièrement vulnérable à une intensification des attaques dans les mois à venir. [...]

» Moins d’un an après le début de la guerre, la Russie a rétabli le commerce de composants essentiels en les acheminant via des pays comme l’Arménie et la Turquie. Les régulateurs américains et européens ont tenté de travailler ensemble pour freiner les exportations de puces vers la Russie, mais ont eu du mal à empêcher le flux de transiter par des pays ayant des liens avec Moscou.

» Aujourd’hui, les responsables russes ont restructuré leur économie pour se concentrer sur la production de défense. Grâce aux revenus générés par les prix élevés de l’énergie, les services de sécurité et le ministère de la Défense russes ont pu introduire clandestinement de la microélectronique et d’autres matériaux occidentaux nécessaires aux missiles de croisière et autres armes à guidage de précision. En conséquence, la production militaire s’est non seulement redressée, mais a augmenté.

» Avant la guerre, selon un haut responsable occidental de la défense, la Russie pouvait fabriquer 100 chars par an ; maintenant, ils en produisent 200. »

• ‘Newsweek’ du 15 novembre a une toute autre vision, encore marquée par l’émouvant ‘Magical Thinking’. La Russie en est à stocker des missiles, ou des restes de missiles, pour les temps de l’hiver où elle n’aura plus rien :

« La Russie se concentrerait sur l'entraînement des drones tout en faisant face à la pénurie de missiles et d'équipements militaires utilisés dans le cadre de la guerre qui l'oppose à l'Ukraine.

» Bien qu'il semble que la Russie ait considérablement réduit son utilisation de missiles en Ukraine au cours des derniers mois, le pays pourrait être en train de constituer un important stock d'armes à utiliser lors d'une attaque hivernale imminente. Entre-temps, Moscou pourrait se tourner vers d'autres armes pour poursuivre son assaut actuel. »

La Grande Stratégie de l’Écrevisse

Dans un second article, Larry Johnson s’attache à une analyse paraissant dans l’inévitable ‘Foreign Affairs’ puisque Richard Haas est de la partie. Haas partage la plume avec Charles Kupchan, autre ‘grand’ de l’analyse stratégique des temps passés. Le titre est assez alléchant pour des gens qui soutiennent un parti dont ils savent qu’il est confronté à une inéluctable défaite :

« Redéfinir le succès en Ukraine : Une nouvelle stratégie doit équilibrer les moyens et les objectifs »

On voit où l’on veut en venir ? Non ? Par exemple, appeler “succès” une défaite, non ? Johnson commence par exposer l’analyse Haas-Kupchan de la situation en Ukraine, et il la trouve assez juste, c’est-à-dire très sombre et catastrophique :

« La contre-offensive de l’Ukraine semble être au point mort, au moment même où le temps pluvieux et froid met fin à la deuxième saison de combats dans les efforts de Kiev pour mettre fin à l’agression russe.

» De l’autre côté du tableau se trouvent les énormes coûts humains et économiques de la guerre et le fait que la Russie a réussi, du moins pour l’instant, à recourir à la force pour s’emparer d’une partie importante du territoire ukrainien. Malgré la contre-offensive tant annoncée de l’Ukraine, la Russie a en réalité gagné plus de territoire au cours de l’année 2023 que l’Ukraine.

» Le problème est que l’armée ukrainienne ne montre aucun signe de capacité à percer les formidables défenses russes, quels que soient la durée et l’intensité des combats. La défense a tendance à avoir l’avantage sur l’offensive, et les forces russes sont retranchées derrière des kilomètres de champs de mines, de tranchées, de pièges et de fortifications. L’Occident peut envoyer davantage de chars, de missiles à longue portée et, à terme, d’avions de combat F-16. Mais il n’existe pas de solution miracle capable de renverser la tendance sur le champ de bataille.

» Le temps ne jouera pas en faveur de l’Ukraine si une guerre de haute intensité se prolonge indéfiniment. L’économie russe et sa base industrielle de défense sont sur le pied de guerre. Moscou importe également des armes de Corée du Nord et d’Iran et a accès à des biens de consommation contenant des technologies qu’elle peut réutiliser à des fins militaires. Si la Russie devait renforcer sa présence militaire en Ukraine, elle disposerait d’un important réservoir de main-d’œuvre sur lequel s’appuyer. La Russie a également trouvé de nouveaux marchés pour son énergie, alors que les sanctions n’ont eu qu’un effet modeste sur l’économie russe. Poutine semble politiquement en sécurité et contrôle les leviers du pouvoir, depuis l’armée et les services de sécurité jusqu’aux médias et au discours public. »

Situation rude, n’est-il pas ? Bravo, Haas-Kupchan ! Le problème est qu’ensuite ils proposent les mesures pour, véritablement, transformer cette défaite en “succès” : accepter un cessez-le-feu (que la Russie ne proposent nullement) sur la ligne actuelle ; réarmer, remettre tout ça à niveau, organiser une défense “à la russe” (tout en tapant avec des armes longues sur la Russie, comme le cessez-le-feu ne l’autoriserait pas) ; apporter une garantie écrite des USA et d’un autre pays de l’OTAN “sélectionné” que l’Ukraine n’attaquera pas, – qu’on pourrait nommer par exemple Minsk-III pour donner confiance aux Russes (proposition de ‘dedefensa.org’)...

Et hop ! La défaite devient “succès” car, peut-être, un jour qui sait, l’intolérable survie de la Russie obligera-t-elle l’héroïque Ukraine appuyée par la finaude OTAN à, disons, mettre les Russes KO après qu’ils auront commis l’agression qu’ils ne manqueront pas de commettre... Requiem In Pace, Russia. Johnson ironise à peine :

« Joe Biden remportera le prix Nobel de physique avant que cela n'arrive. La réalité est la suivante : la Russie brandit un énorme marteau et l'Ukraine est un clou. Personne à l'Ouest ou en Ukraine ne dispose d'un dispositif magique contre un énorme marteau. La Russie continuera à frapper jusqu'à ce que l'Ukraine et l'Occident se rendent. »

Indécrottable écrevisse

“La Grande Stratégie de l’Écrevisse” est celle où l’adversaire est autorisé à faire un pas en avant, puisqu’il a gagné, puis invité à deux pas en arrière puisqu’on prépare “en douce” la transmutation de sa victoire en défaite. Ainsi, toutes les analyses ‘révisionnistes’ de l’Occident-purgatif sont basées sur la technique du mensonge à propos du mensonge, ou du simulacre pour trouver une place pour le simulacre original. On reconnaît qu’on a pris une raclée mais la fausse présentation qui en a été faite, c’est la faute à des tas d’éléments divers qui forment un énorme “pas de chance” où la vertu américaniste-occidentaliste originelle est sauve, et sauve la capacité de se reprendre et d’enfin faire en sorte que la Russie comprenne la leçon. Il n’y a pas eu victoire de l’autre, mais défaite de son poulain par inadvertance et ce qui a été décrit d’une façon complètement fausse aurait pu, et même dû être vrai, et il est juste de nous laisser manœuvrer pour qu’il en soit ainsi.

Rien ni personne ne pourront les faire changer. Ils sont piqués et infectés de ce poison fatal que le scorpion a instillé avec une hargne flegmatique incroyable à la grenouille. Ce poison effroyable autant que fatal se nomme hybris, – celui qui, chez les Anciens, avait la forme, le poids, le rôle et la consistance, pour ne pas dire l’essence du péché originel des chrétiens, – à un point où l’on se demanderait s’il n’y a pas confusion jusqu’à faire de l’un un descendant direct de l’autre, un frère jumeau, un double de son double. Notre destruction en tant que ce que nous sommes maintenant est une nécessité inévitable de la survie d’une forme de vie humaine à laquelle il serait donné une chance nouvelle d’établir une civilisation, une fois le cycle accompli avec la malédiction bue jusqu’à la lie.

Tout le reste est une somme de petites vanités enrobés d’un papier opaque de suffisance, saupoudrée d’un mélange d’infatuation, d’inconsistance et de fatuité, l’ensemble étant bouclé avec une superbe déliquescence de frivolité. Bien entendu, il reste l’arme secrète des USA, résistant à toute attaque nucléaire, et tous les hypersoniques russkofs du monde : une superbe machine à imprimer les billets verts fonctionnant avec deux siècles d’avance électronique, avec un stock de survie de plusieurs dizaine de tonnes de papier de première qualité, le papier dont Gabin rêvait pour imprimer ses super-faux talbins avec l’aide de l’Audiard du ‘Cave se rebiffe’.

A ces résistants-là de la dernière heure de Wall Street, il est bon de dire comme Montherlant disait : “Va jouer avec cette poussière”.

 

Mis en ligne le 20 novembre 2023 à 19H00