Le BMDE a du sérieux plomb dans l’aile

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Plusieurs indications, venues de milieux auxquels on peut faire confiance, montrent que le projet initial de système anti-missiles en Europe (BMDE), en Pologne et en Tchéquie, est sérieusement compromis. La plupart de ces nouvelles transitent autour de et par Riki Ellison, personnage original puisqu’il s’agit du principal lobbyist des réseaux anti-missiles US au travers de son association MDAA (Missile Defense Adocacy Alliance), soutenue par près de 10.000 “sponsors” dont on devine aisément les centres d'intérêt, et qu’il s’agit également d’une ancienne star du football américain reconvertie (dix saisons en professionnels, notamment dans l’équipe des Los Angeles Raiders, dans les années 1980). (Voir le portrait d’Ellison dans Bloomberg.News le 16 juillet 2009.

• Ce 27 août 2009, EUObserver signale un article d’Ellison dans Gazeta Wyborcza, présentant une image extrêmement pessimiste de l’avenir du BMDE, du moins dans les conditions jusqu’ici prévues des bases en Pologne et en Tchéquie. Il s’agit clairement de présenter une évolution de l’administration Obama liée au désir de donner toute la priorité à l’amélioration des relations avec la Russie.

«The United States has all-but abandoned plans to house anti-missile bases in Poland and the Czech republic, according to a senior White House lobbyist. Riki Ellison, the chairman of the 10,000 member-strong Missile Defense Advocacy Alliance, said in Polish daily Gazeta Wyborcza on Thursday (26 August) that the US has changed its mind to avoid a rift with Russia and is now looking at Israel, Turkey, the Balkans or ship-borne facilities instead.

»“The signals given by generals from the Pentagon are clear: the current US government is looking for different solutions on the question of missile defence than Poland and the Czech republic,” he said. “The new [US] team is paying more attention to Russian arguments,” the lobbyist added. “Obama's people believe that many problems in the world can be more easily solved together with Moscow ...It's a question of priorities. For many Democrats, the priority is disarmament and they are capable of sacrificing a lot in order to achieve a new agreement with Russia on the reduction of strategic [nuclear] weapons.”»

• L’article d’Ellison mentionne une interprétation générale d’une conférence qui s’est tenue à Huntsville, en Alabama, entre les 17 et 20 août, portant sur la défense anti-missiles. De nombreux généraux du Pentagone, y compris l’adjoint au président du Joint Chiefs of Staff, y intervenaient. Le “message” qu’Ellison a clairement déchiffré, et qu’il répercute auprès de ses amis polonais, concerne la fin des plans actuels de déploiement en Pologne et en Tchéquie. Le compte-rendu à cet égard est publié le 21 août 2009, par Ellison, sur son site MDAA. Pour lui, le signe est clair: on n’a pas dit un seul mot de la formule actuelle du BMDE (Pologne + Tchéquie) durant cette conférence, et l’on a beaucoup parlé de nouvelles solutions (soit des anti-missiles navals, sur des unités AEGIS, soit des missiles utilisés par les AEGIS, type SM-3, développés en versions terrestres); l'on a parlé de déploiements mobiles possibles dans les Balkans, en Israël et en Turquie, selon des accords à réaliser. (Pour ce qui concerne les Balkans, une localisation possible pourrait être dans la zone de l'immense base de l'U.S. Army de Camp Bondsteel, située dans la partie sud du Kosovo.)

«The biggest departure of strategy from the previous Administration is the omission in this conference of any discussion of the third missile defense site in Poland and the Czech Republic. A strong case was made by General Kevin P. Chilton, US Strategic Command Commander, that strategic stability between the U.S. and Russia and the U.S. and China are the top priority for the command and as to prevent incentives to be unstable. In China's case who feel strategically stable with the US, that they don't develop and deploy more strategic nuclear missiles. Thereby stating who is the US missile defense capability is aimed at and not aimed at, clearly defining that it is not aimed at Russia or China. Furthermore, General Chilton presented Russia's strategic sensitivities to the third site in Poland moving in a direction away from deployment there.

»One alternative solution that was referenced in many of the discussions as well as presented by Lt General Patrick O'Reilly, Director of the Missile Defense Agency, is the concept of land-basing the SM3 and Aegis sea-based missile defense system and integrating it with current missile defense sensors and with new sensors such as remote UAVs, and space-based sensors such as the STSS (Space Tracking Surveillance System). This would enable the system if placed in geographic desired locations and with further development to engage to intercept in the early ascent phase of a threatening ballistic missile thereby expanding the defended area considerably. This solution uses the commonality of the Aegis SM3 system that NATO and other European nations have incorporated and the testing history success of a proven system which aligns with the administration's position on missile defense. The land-based SM3 could alleviate some of Russia's concern on the third site due to range and placement of those sites. The system would first be placed in Israel and additional land-based SM3's will likely be placed in Turkey or the Balkan nations if an international agreement could be attained. The placement in Turkey and the Balkans could potentially have the ability to protect the U.S. homeland on early assent intercepts of ballistic missiles from Iran.»

• Signalons également un article, le 25 août 2009 dans le Wall Street Journal, de deux lobbyist-experts, plutôt de type stratèges ou humanitaire-idéologique au choix (Illan Berman, vice président, American Foreign Policy Council, et Clifford D. May , président, Foundation for Defense of Democracies). Berman-May déplorent ce qu’ils jugent être un abandon progressif, insidieux, par “saucissonnage”, de tous les plans anti-missiles. Ils ont ce passage particulier concernant le BMDE:

«Mr. Obama has also targeted the Bush administration's premier missile-defense venture, the deployment of ground-based interceptors and radars in Poland and the Czech Republic to defend against the growing ballistic missile threat from Iran. Instead, because of the Kremlin's objections, the Obama team is preparing to sacrifice this planned deployment as part of a “reset” of U.S. relations with Russia.»

Il s’agit de signes sans aucun doute convaincants. Lorsque l’on observe que la bureaucratie militaire, dont la Missile Defense Agency elle-même, et l’industrie de l'armement sont déjà au travail pour trouver des alternatives crédibles aux plans actuels du BMDE que le Kremlin ne supporte pas, la chose devient très sérieuse. Ces alternatives sont éloignées du secteur est-européen qui indispose les Russes, et largement concentrés vers la sphère régionale méridionale (Sud des Balkans, et surtout Israël et Turquie), largement rapprochée de l’Iran. Elles portent sur des systèmes mobiles, éventuellement en mode naval ou terrestre; il s'agit de situations qui peuvent accompagner aisément tout changement de politique ou d’orientation. La tendance ainsi signalée est sans aucun doute celle d’un désengagement net du théâtre central européen, impliquant la suppression de l’hypothèque anti-russe qui marque les plans initiaux du BMDE.

L’idée générale du BMDE se “régionalise” en quittant le théâtre implicite de l’ancienne confrontation Est-Ouest, participant en cela à une réduction des ambitions stratégiques US qui caractérise l’évolution de l’administration Obama depuis son entrée en service. Cela accompagne également la poussée anti-nucléaire très présente dans le jugement du président des USA, dans la mesure où le BMDE dans son concept initial (Pologne + Tchéquie) est un un obstacle très important à un accord de réduction des armes nucléaires entre les USA et la Turquie. Dans tous les cas, il s’agit d’une évolution générale tournée vers la réduction des ambitions US et des politiques de confrontation (avec la Russie), cette réduction consécutive aux diverses crises que connaissent les USA et l'affaiblissement de puissance qui va avec.


Mis en ligne le 27 août 2009 à 13H29