L’Allemagne de Alice & Sahra ?

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L’Allemagne de Alice & Sahra ?

• Après son succès étourdissant de dimanche, l’AfD d’Alice Weidel pourrait trouver une entente avec la BSW de Sahra Wagenknecht, qui a aussi obtenu un beau succès, et constituer une majorité au Bundestag de Saxe-Anhalt. • Ce serait une alliance entre les deux populismes, celui de droite et celui de gauche. • La proximité entre les deux formations repose notamment et très fortement sur leur opposition à l’aide à l’Ukraine et au rétablissement des liens avec la Russie. • Une grave menace pour le Système.

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Le scrutin de Saxe-Anhalt qui a constitué le feu d’artifice du parti AfD apporte beaucoup d’enseignements dans des sens différents, mais tous avec une cause commune. D’abord, il convient de noter que le résultat de l’AfD se double d’un autre résultat intéressant, les 5,3% de l'Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) qui permettent à ce parti “vieux” de deux ans d’entrer au Bundestag du Land (limite à 5% des voix) avec 5 élus. En général, les experts applaudissent ce qui est salué comme une performance, comme le professeur Belov, directeur d’un centre d’études de l’Allemagne à Moscou :

« “Je ne m'attendais pas à ce que la BSW franchisse la barre des 5 %, alors félicitations à Sahra Wagenknecht”, a déclaré à RT le professeur Vladislav Belov, directeur du Centre d’études allemandes de l’Académie des sciences de Russie, a déclaré à RT.

Belov, qualifie ce résultat de nouvelle surprise [en plus du résultat de l’AfD], l'attribuant à la position pacifiste du parti. “Sahra a affirmé que les extrémistes de droite étaient ceux qui souhaitaient la guerre et la militarisation. Ce message a trouvé un écho favorable auprès des électeurs”. »

Il semble que les relations entre l’AfD et la BSW permettent d’envisager une alliance qui donnerait au Bundestag du Land une majorité populiste, les cinq élus de BSW permettant effectivement cette majorité que l’AfD a raté de deux élus. Il s’agit d’une alliance représentant une tendance qui s’affirme, pour l’instant de façon souterraine, dans divers pays, notamment aux USA où nous avons beaucoup parlé, après le virage pro-guerre et pro-israélien de Trump, de la proximité entre les populistes devenus antitrumpistes (Carlson, Greene, Owen, Kelly, etc.) et les populistes de gauche et naturellement antitrumpistes (‘The Young Turks’).

Cette alliance possible en Allemagne s’appuierait sur le poids et le brio politiques, sans équivalent ailleurs, des deux brillantes femmes politiques qui dirigent l’AfD (Alice Weidel) et la BSW (Sahra Wagenknecht bien entendu). Nous posions déjà la question au travers d’une citation de Georges Feltin-Tracol le 2 juin 2024, lors de la création de la BSW :

« Sera-t-elle l’ultime recours d’une caste qui assiste avec effroi à la croissance dans les intentions de vote de l’AfD ? Osera-t-elle au contraire se libérer des clivages conventionnels et se rapprocher de l’AfD afin de constituer un front de salut national et populaire ? On n’a pas fini de parler de Sahra Wagenknecht. »

La réponse est désormais de plus en plus évidente et ainsi devrait-on parler de plus en plus de Sahra Wagenknecht, comme on parle toujours plus de Alice Weidel, certainement une des personnes politiques, hommes et femmes confondus, les plus brillantes d’une nouvelle (par l’orientation antiSystème) génération politique en Europe.

Mais sans doute l’enseignement le plus important plus évident et important est souligné notamment par Gastel Etcwane le 7 septembre sur ‘euro-synergies.hautetfort.com’. Il s’agit du fait que l’accord entre les deux femmes politiques aussi bien que leur succès sont très largement dus à leur opposition très marqués à tout ce qui est lié au conflit ukrainien dans l’actuelle politique allemande. Alice et Sahra sont opposées au soutien matériel accordés à l’Ukraine aussi bien qu’à l’antirussisme systématique et souvent grotesque pratiqués par l’actuelle direction allemande et tous ses compères européens et otaniens. Elles veulent notamment une restauration des liens de l’Allemagne avec la Russie, notamment économiques, notamment dans le domaine énergétique (gaz russe).

« C’est probablement à Kiev que le résultat allemand devrait être observé avec le plus d’attention.

» Depuis quatre ans, le soutien à l’Ukraine a souvent été présenté en Europe occidentale comme une politique extérieure bénéficiant d’un consensus suffisamment large pour échapper aux alternances électorales. La Saxe-Anhalt montre les limites de cette hypothèse.

» L’aide militaire et financière à Kiev entre désormais directement dans la compétition politique allemande. Chaque nouvelle livraison d’armes, chaque enveloppe budgétaire et chaque engagement de reconstruction peuvent être confrontés aux dépenses intérieures, aux infrastructures, à l’énergie ou à l’industrie. La question n’est donc plus seulement de savoir combien de temps l’Europe possède les moyens matériels de soutenir l’Ukraine. Elle est de savoir combien de temps ses gouvernements disposeront de la majorité politique nécessaire pour le faire.

» Cette évolution dépasse largement la Saxe-Anhalt. Si elle se confirme ailleurs, les gouvernements européens devront compter avec un phénomène qu’ils ont longtemps sous-estimé: une politique étrangère peut être cohérente diplomatiquement et devenir progressivement coûteuse électoralement.

» La réaction de Donald Tusk est, à cet égard, révélatrice. Le Premier ministre polonais a estimé que, dans son pays, seuls “des idiots ou des traîtres” pouvaient se réjouir du triomphe de l’AfD. La violence même de la formule dit quelque chose de l’inquiétude provoquée par le résultat allemand. Varsovie est l’un des soutiens européens les plus constants de Kiev et considère la Russie comme une menace stratégique majeure. Voir progresser aussi brutalement, dans le premier pays de l’Union par sa puissance économique, une force contestant cette politique ne peut être pour elle un événement régional. »

Ce n’est donc pas tant à cause du retour de A.H. que la victoire de l’AfD est dénoncée par les forces au pouvoir dans les pays de l’UE, pour ceux qui croient à leur grotesque simulacre électoral. C’est à cause du danger qui pèse sur la politique belliciste et l’opposition haineuse à la Russie de cette UE que la victoire de l’AfD et aussi la proximité et peut-être l’alliance entre l’AfD et la BSW sont dénoncées avec tant de vigueur.

D’une façon plus générale, on observe qu’il s’agit là de la poursuite de l’extension du phénomène qui fait que la politique extérieure occupe une place de plus en plus importante, sinon prépondérante dans certains cas, dans la politique intérieure des pays occidentaux. (Par exemple, c’est aussi le cas aux USA, comme nous l’avons déjà souligné, et en France pour l’élection présidentielle.)

Même si les arguments développés pour expliquer ce phénomène sont essentiellement d’ordre économique, il reste que la nature du phénomène concerne vraiment la politique extérieure dans tous ses aspects, et que les dimensions idéologiques et géostratégiques ne sont nullement évacuées. Plus encore, c’est essentiellement la politique extérieure parce que celle-ci est la marque structurelle de la politique de globalisation du Système, sa véritable colonne vertébrale, son activité essentielle et radicale. C’est donc le Système lui-même qui attire l’électorat sur ce terrain extrêmement délicat, où la critique est aisée et absolument radicale quand elle est développée ; ce qui est jugée par ceux-là même qui la font par vents et marées et proclament hautement cette responsabilité, suscite de plus en plus leur faiblesse dans l’électorat.

Une fois de plus, l’on retrouve le cas classique de la surpuissance conduisant à l’autodestruction... Pas besoin de A.H., dit Adolf H., et de sa terreur centenaire pour parvenir à cet excellent résultat.


Mis en ligne le 8 septembre 2026 à 14H30.