La Slovénie et l’Europe, même combat

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L’affaire de la fuite d’un document US (d’un adjoint au secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes nommé Freed) donnant ses “instructions” à la Slovénie pour sa présidence de l’UE fait grand bruit dans les couloirs et provoque des effets discrets mais non négligeables. La chose elle-même n’est pas sans conséquence possible.

Dans une interview à l'agence slovène STA, le chef de l'Etat slovène, Danilo Turk, a demandé au gouvernement de son pays d'être plus “prudent”, notamment sur le dossier du Kosovo après les révélations de la presse sur “la directive US“. Danilo Turk est en poste depuis deux mois après avoir battu à l'élection présidentielle le candidat soutenu par le Premier ministre Janez Jansa, impliqué dans cette affaire. Cela explique ses interventions d’un ton d'une critique feutrée mais particulièrement dommageable pour Jansa. Turk précise, patelin, que la présidence de l'UE “implique” pour la Slovénie de «la responsabilité» et donc de «planifier et de mettre en oeuvre prudemment ses initiatives».

Concluant sur cette affaire, Turk juge que l'image de la Slovénie a été «quelque peu endommagée [...et] qu'il est temps de trouver une voie permettant d'éviter à l'avenir de nouvelles erreurs». Il n’est pas assuré que ce jugement soit le bon, que l’“image” de la Slovénie ait été particulièrement ternie. Par contre, il ne fait aucun doute que cette affaire a un formidable effet dans les instances et autres couloirs européens, à la Commission, au secrétariat général, au Parlement, dans les délégations des pays-membres à Bruxelles.

Une source européenne nous explique cette situation. Elle nous assure que «l’affaire slovène est dans tous les esprits et dans toutes les conversation, même si cette agitation reste très discrète. Mais il n’est pas question de mettre en accusation la Slovénie. La Slovénie n'est presque jamais nommée. En fait, tout le monde se sent coupable, pris la main dans le sac, comme si ce qui est arrivé à la Slovénie pouvait arriver à n’importe quel Etat-membre ou n’importe quelle administration européenne. Ce comportement américain, par pressions, interventions, etc., est tellement courant, habituel, coutumier... Et l’Europe est tellement habituée à ne pas réagir, à laisser faire, éventuellement à obtempérer.»

Notre source envisage également un aspect plus concret, expliquant également cette agitation eurtopéenne. «C’est la première affaire de cette sorte dans les annales européennes, impliquant la fuite d’un document irréfutable par un canal diplomatique, démontrant sans discussion une ingérence directe et formelle des Américains dans les affaires européennes. On craint bien que les Slovènes aient aussi ouvert la boîte de Pandorre. On craint que l’affaire donne des idées à d’autres diplomates, dans d’autres pays-membres. Voyez-vous, ce n’est pas l’image de la Slovénie qui est ternie, c’est l’image de l’Europe. Tous les fonctionnaires européens le ressentent ainsi. Certains d'entre eux peuvent réagir en jugeant que c'est de leur devoir de participer à la dénonciation de cette situation, et de songer à leur tour à des fuites.»


Mis en ligne le 5 février 2008 à 12H58