La situation en Ukraine : Prédictions et réalité

Les Carnets de Dimitri Orlov

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La situation en Ukraine : Prédictions et réalité

Jeudi dernier, j’ai reposté mon article « top dix des signes que la Russie a envahi l’Ukraine » d’il y a 8 ans, lorsque le changement de régime et la guerre civile en Ukraine ont commencé et que l’Occident n’a cessé d’affirmer que la Russie avait envahi le pays. Eh bien, jeudi dernier, la Russie a effectivement envahi le pays.

La Russie avait le droit légal d’envahir l’Ukraine de plusieurs points de vue : pour défendre ses alliés à Donetsk et à Lougansk ; pour se défendre contre les armes de destruction massive ukrainiennes, que le président ukrainien a menacé de commencer à produire à la conférence de Munich sur la sécurité ; et pour empêcher l’OTAN de poursuivre son avancée vers les frontières russes, en violation de son engagement antérieur de « pas un pouce à l’est ». La Russie a exercé son droit de légitime défense en vertu de l’article 51 de la partie 7 de la Charte des Nations unies. L’Ukraine a renoncé à son droit à l’intégrité territoriale en vertu de la déclaration des Nations unies de 1970 en refusant d’honorer les droits de sa population russophone. Elle a également refusé de renouveler son traité d’amitié avec la Russie et n’avait donc plus de frontière définie avec la Russie que celle-ci était tenue de respecter.

D’un point de vue strictement juridique, affirmer que « la Russie a violé l’intégrité territoriale de l’Ukraine » ou qu’il s’agit d’un « acte d’agression russe » n’est que pure foutaise. D’un point de vue moral, le fait que l’ensemble de la communauté internationale soit restée les bras croisés et ait discuté inefficacement de politique pendant huit ans, alors que la population civile de Donetsk et de Lougansk était continuellement bombardée par l’« opération antiterroriste » ukrainienne, est tout à fait honteux.

Les personnes qui s’élèvent aujourd’hui contre l’action militaire de la Russie en Ukraine doivent répondre à une question simple : Où étiez-vous ces huit dernières années pendant que le carnage se déroulait à Donetsk et à Lougansk, que des gens étaient brûlés vifs à Odessa, que le gouvernement ukrainien organisait des opérations terroristes sur le territoire [pro-russe] et que l’ensemble de la population ukrainienne était contrainte de faire des courbettes aux Américains et de parler ukrainien, le plus souvent contre son gré ? Si votre réponse est « Je ne savais pas », vous avez perdu le droit d’avoir une opinion éclairée sur ce qui se passe là-bas aujourd’hui. Gardez cela à l’esprit et agissez en conséquence.

Je vais maintenant passer en revue les dix prédictions que j’ai faites il y a huit ans et voir si elles se sont avérées justes à la lumière des événements qui se sont déroulés ces trois derniers jours. On peut raisonnablement s’attendre à ce que je me sois complètement trompé ; sinon, il s’agira d’un petit miracle. Veuillez garder cela à l’esprit.

1. L’artillerie ukrainienne est silencieuse. Elle ne bombarde plus les quartiers résidentiels de Donetsk et de Lougansk. C’est parce qu’elle a été localisée avec une grande précision avant l’opération et que, avant jeudi après-midi, elle a été complètement anéantie par des attaques aériennes et des tirs de roquette au sol ; c’était le premier point du programme. Les habitants se réjouissent de voir leur terrible épreuve prendre fin.

Ce n’est pas tout à fait vrai. Donetsk et Lougansk continuent d’être bombardés sporadiquement, bien que la plupart des tirs aient été réprimés et que de plus en plus de territoires soient libérés des forces ukrainiennes par la milice du Donbass (avec les forces russes jouant un rôle de soutien). Dans le même temps, de nouvelles possibilités de carnage de civils résultent du fait que les bataillons nazis d’Ukraine, sous la direction de leurs mentors des États-Unis et de l’OTAN, cachent des armes lourdes dans les quartiers résidentiels et utilisent les civils comme boucliers humains.

2. L’activité militaire sur le terrain, à Donetsk et à Lougansk a complètement changé de nature. À la place des petits groupes de résistants, il y a maintenant des bataillons russes de 400 hommes et des dizaines de blindés suivis des convois de véhicules de soutien (camions citerne, communications, cuisines de campagne, hôpitaux de campagne, etc.) Le flux des véhicules entrant et sortant est incessant, et on peut facilement le voir sur les photos des systèmes de reconnaissance ou des satellites. À cela s’ajoute le flot continu des échanges radios en russe que tout le monde peut intercepter sans problème ; l’opération est devenue impossible à cacher.

C’est manifestement le cas. Aucune personne saine d’esprit n’affirmerait aujourd’hui qu’il n’y a pas de forces russes en Ukraine. Elles ont rendu leur présence aussi évidente que possible et la vue de colonnes interminables de véhicules militaires russes roulant sans entrave dans la campagne ukrainienne semble provoquer un changement radical dans la mentalité de la population ukrainienne. Tout au long de l’histoire, elle a toujours été prompte à changer d’allégeance au gré des circonstances et des lignes de bataille, et cette fois-ci ne fera probablement pas exception.

3. L’armée ukrainienne a vite disparu. Les soldats et les officiers ont enlevé leurs uniformes, abandonné leurs armes et font de leur mieux pour se fondre dans la population locale. Personne ne pense que l’armée ukrainienne a la moindre chance contre l’armée russe. La seule et unique fois où l’Ukraine a remporté une victoire militaire contre la Russie, c’était à la bataille de Konotop en 1659, mais à l’époque, l’Ukraine avait comme allié le puissant Khanat de Crimée et, vous l’avez peut-être remarqué, cette fois-ci la Crimée n’est pas dans le camp de l’Ukraine.

Là encore, ce n’est pas tout à fait vrai. Il s’avère qu’un nazi endurci est intégré à chaque détachement des forces ukrainiennes et que son travail consiste à tirer sur ceux qui tentent de se rendre. Néanmoins, un nombre inconnu de soldats ukrainiens se sont rendus, ont signé la promesse de ne plus combattre l’armée russe, ont reçu de la nourriture et ont été renvoyés chez eux. Au total, l’armée ukrainienne ne se révèle pas différente des autres forces organisées et entraînées par l’OTAN, que ce soit en Afghanistan, en Géorgie, en Irak ou ailleurs. Toutes se révèlent immédiatement complètement inutiles dès qu’une véritable force militaire arrive sur place, que ce soit les Russes, les Talibans ou le Califat islamique. Il convient également de noter que les grandes quantités d’armes récemment fournies à l’Ukraine par les États-Unis se sont révélées totalement inutiles. Les missiles antichars Javelin, qui ont contribué à remplir les poches de certains hauts responsables du Pentagone, se sont révélés encore plus inutiles : le temps qu’ils soient prêts à tirer, il n’y a généralement plus personne en vie pour le faire, et les soldats ne s’en servent même pas.

4. Il y a des checkpoints russes partout. On laisse passer les civils locaux mais tous ceux qui sont associés à un gouvernement, étranger ou local, sont retenus pour être questionnés. Un système de filtration a été mis en place pour renvoyer les conscrits ukrainiens démobilisés chez eux, mais les volontaires et les officiers sont enfermés dans des centres de détention préventive pour déterminer si des crimes de guerre ont été commis sur leur ordre.

Ce n’est pas vrai du tout. Les troupes russes ne s’engagent en aucune façon avec les civils, évitant scrupuleusement les quartiers résidentiels et faisant de leur mieux pour que la fourniture d’électricité, d’eau et d’autres produits essentiels ne soit pas perturbée. En ce qui concerne la dénazification, je ne suis toujours pas sûr du plan, mais mon intuition pour le moment est que cela sera laissé aux Ukrainiens eux-mêmes. Il est fort probable qu’une fois qu’ils auront réalisé ce que les nazis et leurs maîtres occidentaux ont fait à leur pays, ils feront de leur mieux pour rassembler les nazis et les pendre aux lampadaires. Les nazis le verront venir (certains le font déjà) et s’enfuiront vers la Pologne ou la Slovénie ou vers des points plus à l’ouest.

5. La plupart des postes frontières sont maintenant sous contrôle russe. Certains sont soutenus par l’aviation, l’artillerie et des bataillons de chars pour dissuader l’OTAN d’essayer d’envahir l’Ukraine. On laisse passer les marchandises civiles et humanitaires. Les hommes d’affaires aussi, à condition qu’ils remplissent les formulaires adéquats (qui sont en russe).

Les gardes-frontières ukrainiens le long de la frontière russe ont abandonné leurs postes. Certains d’entre eux ont marché jusqu’au côté russe et se sont rendus. Les frontières russe et bélarussienne sont contrôlées par les côtés russe et bélarussien. Les postes-frontières occidentaux sont bondés par toutes les personnes qui essaient de fuir.

6. La Russie a instauré une zone d’exclusion aérienne sur toute l’Ukraine. Tous les vols civils ont été annulés. Il y a une foule d’employés du Département d’État étasunien, d’agents de la CIA et du Mossad et d’employés d’ONG occidentales qui se retrouvent coincés à l’aéroport de Borispol à Kiev. Certains appellent nerveusement tous ceux qu’ils connaissent sur leur portable. Les politiciens occidentaux exigent d’être immédiatement évacués, mais les autorités russes veulent les garder sur le territoire pour établir leur éventuelle complicité dans des crimes de guerre.

Les sites de radars en ligne montrent qu’il n’y a aucun vol au-dessus de l’Ukraine. En fait, le trafic aérien a été perturbé sur une grande partie de l’Europe, avec de nombreux espaces aériens fermés et beaucoup de nouvelles restrictions sur le trafic. De nombreux vacanciers, notamment ceux d’Ukraine, sont bloqués où qu’ils se trouvent. Ceux qui se trouvent en Égypte ont de la chance : le gouvernement égyptien paie leur séjour à l’hôtel pendant qu’ils sont bloqués là-bas. Les Occidentaux, en revanche, ayant tiré la leçon du fiasco en Afghanistan, ont fui l’Ukraine à l’avance. Comme il existe une longue liste d’endroits d’où ils doivent se barrer avant que leur chance ne s’épuise, il est bon qu’ils s’y fassent.

7. Les dirigeants ukrainiens, jamais avares de paroles jusqu’ici, comme le président Porochenko, le député Iatseniouk et d’autres, ne donnent plus d’interview aux médias occidentaux. Personne ne sait au juste où ils sont. Le bruit court qu’ils ont déjà quitté le pays. La foule a envahi les résidences qu’ils ont abandonnées et elle est sidérée d’y trouver des toilettes en or pur. Les oligarques ukrainiens sont eux aussi introuvables, excepté le seigneur de guerre Igor Kolomoisky, qui, abandonné par ses hommes de main, a été retrouvé mort d’une crise cardiaque dans sa résidence (selon The Saker).

La tête parlante ukrainienne numéro un, le président-comédien Zelensky, se cache dans un bunker à Lvov, tel un Führer, entouré de ses sbires nazis. Ses missives confuses aux fidèles semblent avoir été préenregistrées. Dans le même temps, la guerre de l’information se poursuit à un rythme soutenu, avec l’arrivée quotidienne de nombreuses fausses nouvelles, trop nombreuses pour être comptabilisées. Les choses sérieuses commenceront lorsque les chaînes de télévision de Kiev seront dénazifiées et que les Ukrainiens sortiront de leur torpeur de huit ans, comprendront certaines choses par eux-mêmes et deviendront extrêmement furieux contre ceux qui leur ont menti pendant huit longues années.

8. Les 800 000 Ukrainiens réfugiés en Russie commencent à rentrer chez eux en masse. Ils vivaient dans des village de tentes, la plupart dans la région voisine de Rostov, mais avec l’hiver qui arrive, ils ont hâte de rentrer à la maison maintenant que les bombardements ont cessé. En même temps qu’eux, des équipes de reconstruction, des camions de ciment et des wagons plats chargés de tuyaux, de câbles et d’armatures en acier arrivent en quantité pour réparer les dégâts causés par les bombardements.

Ce n’est pas encore le cas. Ce sera un processus lent, étant donné que le nombre de réfugiés, huit ans plus tard, se compte en millions et est dispersé dans de nombreuses régions russes.

9. L’activité diplomatique et militaire internationale est intense, surtout en Europe et aux États-Unis. Les armées sont en alerte maximale, les diplomates courent d’une conférence à l’autre autour du globe. Le président Obama vient juste de tenir une conférence de presse pour annoncer que “Nous n’avons pas encore de stratégie en Ukraine”. Ses conseillers militaires lui disent que sa stratégie habituelle de “bombarder un peu pour voir” ne servira à rien dans le cas présent.

C’est bien le cas. L’objectif des dirigeants occidentaux est désormais de paraître déterminés et forts tout en ne faisant rien de conséquent. Ils parlent sans cesse de couper la Russie du système de messagerie bancaire SWIFT, mais reculent d’horreur lorsqu’ils réalisent ce que cela signifiera pour le prix de leur énergie (qui sont déjà dangereusement élevés). La position de la Russie vis-à-vis des sanctions occidentales semble être “Envoyez, nous sommes prêts !”. Apparemment, huit années ont suffi à la Russie pour se préparer minutieusement à cet événement.

10. Kiev s’est rendu. Il y a des tanks russes sur la place Maïdan. L’infanterie russe éponge ce qui reste de la Garde Nationale ukrainienne. Un couvre-feu est instauré. La conquête de Kiev ressemble à l’opération “Shock and Awe” de Bagdad : quelques boums suivis d’un soupir.

Il est peu probable que les chars russes pénètrent dans le centre-ville ; ils sont concentrés sur la destruction des installations militaires, la démobilisation des militaires ukrainiens et la destruction des bataillons nazis. Un couvre-feu est en effet en vigueur à Kiev.

Un autre développement significatif mérite d’être mentionné : Les forces russes prennent en charge les installations nucléaires de l’Ukraine, y compris celle de Tchernobyl, qui est désormais sous contrôle conjoint russe/ukrainien. Cela réduira le risque que les nazis ukrainiens tentent de faire exploser l’une d’entre elles sur leur chemin vers l’enfer. L’Ukraine possède 15 réacteurs nucléaires, et comme elle n’a pratiquement plus d’autres sources d’énergie, elle les fait tous tourner à plein régime. Deux d’entre eux ont été arrêtés récemment en raison de problèmes techniques. La Russie travaille très dur pour rendre un Tchernobyl 2.0 moins probable.

Je ne suis pas sûr de la note que je dois m’attribuer pour mes prédictions. Les planificateurs politiques et militaires russes se sont révélés bien plus intelligents que moi, mais ce n’est pas du tout une surprise. Après tout, ils disposent de toutes les ressources intellectuelles d’un pays immense et puissant, alors que je ne suis qu’un type avec une chaise de bureau et un ordinateur portable.

Voulez-vous que je fasse d’autres prédictions sur l’Ukraine ? Bien sûr, pourquoi pas !

1. Les régions de Donetsk et de Lougansk vont poursuivre leur chemin vers une intégration de plus en plus étroite dans la Fédération de Russie. Elles font déjà partie de l’espace monétaire russe, leurs systèmes éducatifs sont intégrés à ceux de la Russie (mêmes normes et procédures), leurs systèmes de défense sont totalement intégrés et, sur le plan diplomatique, elles agissent comme une unité bien synchronisée.

2. Une zone plus à l’ouest, englobant probablement tout le bassin du Dniepr et le littoral de la mer Noire, de la frontière biélorusse à la frontière roumaine, fera partie d’une zone russe. Les régions de cette zone bénéficieront d’une autonomie politique dans un cadre général de sécurité et d’économie lié à la Russie ; [...]  elles sont  russophones et font naturellement partie de la zone russe. Les deux seules exceptions seront une enclave carpatho-russe qui devra être administrée séparément et une enclave hongroise qui pourrait tout aussi bien être absorbée par la Hongrie.

3. Plus à l’ouest, il y aura une zone qui sera emballée dans du papier fantaisie avec des rubans et des nœuds et présentée comme un cadeau extra-spécial à l’UE pour qu’elle l’aime, la chérisse et en souffre de migraines et d’anévrismes. En gros, Cette zone est de langue ukrainienne et constitue un buffet à volonté (mais ne vous étouffez pas) pour l’Occident. Elle possède un sol relativement pauvre et une incidence élevée de carence en iode et d’imbécillité dans la population générale. C’est également de là que vient le nationalisme ukrainien et que provient l’actuel fléau nazi ukrainien. La position russe devrait être (si je peux me permettre de recommander ce que le gouvernement russe devrait faire) du type “Si vous aimez vos nazis ukrainiens, vous pouvez garder vos nazis ukrainiens”.

27 février 2022, Club Orlov, – traduction du Sakerfrancophone

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