La retraite sans en avoir trop l’air…

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Durant les huit dernières années, Patrick J. Buchanan, ancien “speechwrier” de Reagan, actuel directeur de The American Conservative, conservateur de tendance dite “paléo”, anti-interventionniste, s’est affirmé comme un adversaire acharné de la politique bushiste, comme il a été adversaire de McCain lors de la dernière élection présidentielle. Il reste néanmoins conservateur, et vote républicain (quand c’est possible), et certainement pas démocrate. Il a accueilli Obama avec la plus grande méfiance, y ajoutant, à la fin de l’année, lorsqu’elle a été nommée secrétaire d’Etat, sa détestation d’Hillary Clinton avec sa réputation de “libéral hawk” (“libérale interventionniste”, de la tendance de nos humanitaristes guerriers et interventionnistes, pullulant et polluant dans nos salons).

Tout cela nous permet de mieux apprécier la chronique qu’il publie aujourd’hui sur Antiwar.com, sous le titre de «The Long Retreat». On le voit apprécier les événements dans le sens de la mise en place des conditions d’une retraite US des engagements stratégiques généraux. Le ton mesuré, les appréciations indirectes sont implicitement assez favorables à Obama. Buchanan lui assigne d’ailleurs une double consigne sans ambages – «Obama's assignment: Rebuild U.S. productive power, and execute a strategic withdrawal from non-vital commitments.»

Quelques extraits du texte de Buchanan…

«Whether it is in the 23 months Gen. Petraeus favors, or the 16 months Obama promised, the United States is coming home from Iraq.

»The retreat from Central Asia is already underway. Expelled from the K-2 air base in Uzbekistan in 2005, the United States has now been ordered out of the Manas air base in Kyrgyzstan. Abkhazia and South Ossetia, ripped away from Georgia by Russia last August, are never going to be returned. And we all know it.

»Georgia and Ukraine, most realists now realize, are not going to be admitted to NATO. We're not going to fight Russia over the Crimea. And the U.S. anti-missile missiles and radars George Bush intended to deploy in Poland and the Czech Republic will not now be deployed.

»For Washington has fish to fry with Russia, and the price of her cooperation is withdrawal of U.S. military forces from her backyard and front porch. And the warm words flowing between Moscow and Washington suggest the deal is done.

»With tensions rising in Korea, too, it is hard to believe President Obama will bolster ground forces on the peninsula, when even Donald Rumsfeld was presiding over a drawdown and a shifting of U.S. troops away from the DMZ.

»In Latin America, the United States seems reconciled to the rise of an anti-American radical-socialist coalition, led by Venezuela's Hugo Chavez and embracing Bolivia, Ecuador, Nicaragua and Cuba.

»Partisans of President Bush may blame Obama for presiding over a strategic retreat, but it is the Bush administration that assured and accelerated such a retreat.»

La ligne de Buchanan est intéressante à suivre parce qu’elle vient d’un homme qui est aussi radicalement anti-démocrate qu’anti-guerre; et sa passion contre la politique interventionniste de Bush trouve sa source circonstancielle dans sa passion, plus forte encore, contre la politique interventionniste “libérale” de l’époque Clinton, notamment l’affaire du Kosovo; en ce sens, Buchanan reprochait implicitement à Bush d’avoir trahi la vraie politique conservatrice, venue de l’isolationnisme d’avant 1941, pour épouser une tendance démocrate, à la fois interventionniste et mondialiste, qu’on pourrait définir comme du “néo-wilsonisme”. C’est à cette lumière qu’il faut apprécier sa position, qui n’est pas exprimée d’une façon ouverte, – il n’irait pas jusqu’à affirmer son soutien à un démocrate (Obama)! – mais qui est fortement sous-jacente, de considérer l’évolution d’Obama comme très intéressante.

Surtout, cette prise de position d’un conservateur ultra-sensible aux positions doctrinales, qui suit de près les affaires washingtoniennes, témoigne de l’affirmation possible d’un courant transcendant les partis, de soutien implicite à la politique étrangère d’Obama, ou à “une” politique étrangère telle qu’elle évoquée, qui serait en train de prendre forme. Elle témoigne surtout de l’affirmation grandissante d’une perception washingtonienne qu’il y a désormais de fortes chances que la politique générale d’Obama évolue effectivement vers un retrait progressif et général. Bien entendu (refrain), la crise est passée par là.


Mis en ligne le 20 février 2009 à 16H56