La presse française, de l’atlantisme au pavlovisme (II)

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La presse française, de l’atlantisme au pavlovisme (II)

Nous présentons un travail documentaire important de monsieur Frédéric Dedieu, 34 ans, de formation universitaire sociologique et journalistique. Monsieur Dedieu a eu divers emplois et collaborations dans divers médias de la presse écrite et télévisuelle, surtout dans la région bordelaise où il habite (Arte, France 3, France 3 Régions, etc.), mais il nous semble bien que c’est l’étude de la structure, la situation présente et l’évolution du monde de la presse française, et plus largement du système de la communication en France, qui l’intéresse. Selon ses propres termes, «Je ne travaille plus dans les médias depuis maintenant quelques temps à la fois par choix (dégoût du milieu), et par difficulté à trouver des projets honnêtes et intéressants qui évidemment qui ne font pas vendre.»

Le travail qu’il nous a présenté portait le titre de “La presse française : de l’atlantisme assumé au pavlovisme décérébré –Retour sur l’Ukraine, MH17 et trente ans de société médiatique française”(nous l’avons raccourci comme on le voit, pour des raisons graphiques et de mise en page-. Ce travail entend analyser l’évolution sociopolitique du monde français médiatique et de la communication depuis le début des années 1980 et la situation actuelle, avec l’accent mis sur la perception et la présentation de la situation ukrainienne. On se doute, comme le titre lui-même le dit, que cette présentation est nécessairement critique, – et d’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement, la critique profonde n’étant dans ce cas que la voie vers le rétablissement d’une certaine objectivité, – et un tel travail s’apparentant aussi bien à un diagnostic détaillé d’une pathologie profonde, qui est celle du monde français de la communication, ou du système français de la communication, qu’à une étude sociologique.

En raison de l’importance quantitative du travail, nous avons décidé, en accord avec monsieur Dedieu, de le diviser en quatre parties. La première partie (le 14 décembre 2014) présentait le cadre général de l’étude, une appréciation critique générale, les origines de l’évolution observée, les premières manifestations de cette évolution jusqu’à la guerre du Kosovo qui marque sans aucun doute un très important tournant dans l’évolution pathologique du système de la communication français (et celui du bloc BAO, dont la France fait aujourd’hui intégralement partie, et une partie diablement zélée). La deuxième partie, aujourd’hui, conduit l’étude du comportement de la presse française, l’évolution de sa structuration, de ses appréciations, etc., depuis le début du XXIème siècle.

dedefensa.org


La presse française, de l’atlantisme au pavlovisme (II)

Post-Journalisme et infotainment

On assiste bien sûr à une dilution des responsabilités, comme le veut le système médiatique, entre tous les faiseurs d'infos qui s'autoalimentent volontairement dans l'erreur et l'auto-enfumage ne sachant plus à quelle narrative se vouer, mais n'allant surtout pas sortir des sentiers battus, quitte à persister bêtement dans l'erreur voire le mensonge. Jusqu'à un point où vous, simple lecteur devant votre ordinateur, en ayant une bonne connaissance des sites sérieux et indépendants, vous saviez tout ce que vous ne disait pas la presse grand public et qu'elle dut pourtant servir malgré tout à ses lecteurs, avec retard (Lénine avait raison, les faits sont têtus). Si on en arrive là et de manière répétée dans une société d'information, c'est bien qu'il y a un problème non ?

Le milieu journalistique à l'époque a appelé la méthode Dassier (du nom Jean-Claude Dassier, de TF1 et LCI) la mise en place dans les chaînes d'information continue de jeunes journalistes-présentateurs sortis récemment d'école de journalisme, au physique avantageux et très bons techniciens des méthodes de productions de l'information aux standards actuels. Ils ont remplacé ceux qui avaient de la bouteille, des connaissances socio-historiques et donc ceux à qui il était moins facile de faire accepter de ne pas poser certaines questions sur des enregistrements de vol disparus, ou ceux qui auraient pu faire remarquer dès le premier décrochage matinal à la radio ou la télé, le caractère grotesque de certaines accusations d'invasion par exemple.

Pas vraiment idiots, mais pas vraiment cultivés, parfaits pour animer un débat sur la guerre ou sur la mode dans la foulée, ce sont les types de profils pour qui un sujet en vaut un autre. Les sujets sont finalement des faire-valoir à utiliser (et personne ne relèvera l'ignorance sur le thème à part les concernés), dans un monde sans rapports de force et sans connaissances stratégiques nécessaires. Au pire quelques experts invités feront le travail du questionneur-accrocheur, mais on ne doit pas compter sur ces profils journalistiques parfaitement sélectionnés pour leur inoffensivité. Identifiés comme beaucoup dans leur génération comme narcissiques et soumis, ce sont de jeunes adultes pour qui la presse est juste un secteur gratifiant pour faire carrière mais pas une profession de combat. Ce sont des types de profils pour qui avoir une place sur un plateau sur Itélé et un compte Tweeter avec cinq mille followers, même si la notoriété est seulement basée sur du passage à l'antenne et non pas sur des contenus et des enquêtes, est le graal absolu. Ils sont simplement le fruit de leur époque, celle qu'ils sont censés couvrir sans voir eux-mêmes leur aliénation et le biais idéologique très puissant qui les assomme.

La méthode appelée méthode Cavada (du nom de Jean-Marie Cavada, le journaliste et homme politique) explique aussi une partie des problèmes que nous retrouvons sur le Kosovo, comme sur l'Ukraine et MH17. Ce fut dans les médias grand public où il était directeur ou en poste décisionnaire, qu’il imposa un recrutement uniquement de journalistes sortis d'écoles de journalisme reconnues par la profession avec niveau post-bac minimum exigé. Pour comprendre à qui vous avez à faire comme futur journaliste français dans ces écoles, il faut notamment avoir lu le livre de François Ruffin “les petits soldats du journalisme” qui y a passé une partie de sa formation. Comme souvent, ce sont des jeunes issus des classes moyennes voire des classes bourgeoises, biberonnés par la société de consommation. De jeunes adultes épris de réussite et de plan de carrière, frisant la pathologie narcissique pour certains. Ils sont souvent très proches des valeurs libérales-libertaires par convention (voir notamment à Science-Po, les votes effectués avant les présidentielles par exemple, ça laisse songeur). François Ruffin démontre très bien par de multiples exemples et analyses biens détaillés comment effectivement un sujet est un outil comme un autre, sans vraiment de convictions, à part devoir être vaguement de gauche par convention, avec des professeurs qui ne vous reprennent pas sur une erreur factuelle ou d'analyse de contenu d'un texte de lancement, mais vous reprennent sur le ton de la voix, le timing du lancement et les mouvements du corps si c'est de la télé. Bref sur l'apparence sans se soucier du fond. Ce qui est logique car ce sera comme ça ensuite dans leur future carrière. On relaiera des énormités à l'antenne, mais le cadrage caméra et le ton de la voix seront très professionnels.

Cela peut expliquer pourquoi France 3 qui envoie en Ukraine un jeune trentenaire pigiste (Yann Bertrand) qui couvrait du cyclisme peu avant pour un autre média est capable de déclarer en duplex pendant un journal que la Russie a envoyé des agents en Ukraine notamment «des mamies armées de parapluies» pour infiltrer et créer de la subversion. Si ce jeune journaliste, au lieu de courir après les piges et au lieu d'avoir la tête dans le guidon, s'était intéressé à son dossier avant d'y aller, il aurait pu comprendre que la Russie, quelle que soit sa position de soutien aux séparatistes du Donbass n'avait vraiment pas besoin d'infiltrer des agents pour faire de l'agitation visible dans une région où la population était déjà très en colère contre le nouveau gouvernement de Kiev, et encore moins d'envoyer des retraitées armées de parapluies. Mais le problème c'est que les exemples comme celui-ci passent tous les jours à l'antenne. Alain Accardo qui avait lui aussi travaillé sur la sociologie des journalistes français avait pointé du doigt ce problème très important : précarité financière et professionnelle, difficulté du lendemain et soumission à la ligne éditoriale exigée avant même d'avoir vu et entendu sur place. Le passage en question, ainsi que le CV détaillé du bestiau n'est plus trouvable bizarrement, depuis que tout le web s'est bidonné devant cette séquence. Mais il reste un condensé de l'ensemble de son œuvre sur l'Ukraine.

Et vous pensez que ces jeunes gens vont pouvoir, dans leur future carrière, rendre compte des montages, des rapports de forces diplomatiques et s’imposer dans un tel environnement ? Encore faudrait-il qu'ils le veuillent, ce qui est rarement le cas, car ils sont si “atlantisés” qu'ils n'en ont même pas conscience. Quant aux autres, ils ont vite compris. Comme le disait Michel Naudy (Journaliste communiste placardisé dix-sept ans au sein de France Télévisions) à Pierre Carles dans son documentairePas vu, pas pris” à propos du choix fait par l'Elysée à l'époque (en 1996) de désigner Michel Field pour interroger le Chef de l'Etat le 14 Juillet :

«Quand on est là où sont ces gens qui peuvent être en posture d'être des interrogateurs du Président de la République, je crois que cela supposait déjà une certaine démarche, un certain positionnement dans l'échelle, une certaine stratégie individuelle, qui trouve là sa consécration. On ne peut pas attendre de gens qui ont tant sacrifié pour avoir un niveau d'audience dans les médias aussi importants d'être d'un coup d'un seul critique sur leur propre comportement, sur leur propre présence. Parce que s'ils avaient été critiques, ils l'auraient été avant, et donc ils n'auraient pas été là.» Cette citation peut s'appliquer, en 2014 bien plus qu'en 1996 vu l'effondrement de l'image de la presse depuis quinze ans. Un journaliste dans un poste d'un média grand public est peu ou prou dans la position d'un Michel Field sur nombres de sujets importants. Vous devenez un passeur de plats, politique intérieure, politique extérieure, justice etc...

Le système médiatique français grand public s'est donc fortement dépolitisé ou du moins s'est conformé aux standards socio-politiques et moraux anglo-saxons sur les questions internationales et diplomatiques. Dorénavant, soit on est agent-sapiens, à son niveau, dans le champ de la communication et des médias au service de la Politique-Système, soit on ne travaille plus dans le journalisme mainstream. Sauf quelques étendards, identifiés comme tels et utilisés comme justificatifs du bon fonctionnement du système médiatique et de l'expression de la pluralité des opinions ; encore la liberté éditoriale ne se trouve-t-elle plus que chez les éditorialistes et non plus vraiment chez les journalistes spécialisés sur les grands médias et encore moins chez les journalistes non spécialistes. Filtres et tamis de la pensée se sont succédés pour qu'il ne reste plus que le pavlovisme, le conformisme de fer, les principes de la Politique-Système.

Pour saisir un peu mieux ce dont nous parlons, il faut se rappeler que depuis environ une trentaine d'années, on va dire surtout depuis la période post-Fukuyama-fin de l'histoire, le personnel médiatique ayant rompu avec le lien collectif, les luttes de classe et l'engagement politique bien déterminé, préfère depuis se vautrer dans le sociétal et les joie de l'infotainment. De plus, on assiste à une véritable valse des journalistes à chaque rentrée au sein de nombreuses rédactions. Il n'y a plus de gauche ni de droite, on change d'écurie et on fait des virages à 180 degrés sans regarder derrière soi. L'exemple caricatural évident qui vient à l'esprit est celui de Philippe Val, ce chansonnier opportuniste ayant bien saisi l'air du temps et qui termine une séquence de sa vie passe à la tête de Charlie Hebdo, à la direction de France Inter grâce à un Président néo-conservateur et son amitié showbiz avec sa femme, pour y couper les têtes qui dépassent parmi les esprits trop peu complaisants avec le pouvoir en place. Vous associez à cela ses interventions successives sur les plateaux télé pour y défendre avec vigueur les États-Unis, la politique d'alignement de la France et y dénoncer les personnes moins enthousiastes et vous pouvez apprécier le schéma.

C’est une période où, lorsque le pouvoir politique décide de lancer une chaîne d'info internationale (France 24) sur le modèle de la BBC pour y défendre la singularité française dans l'information internationale, il nomme à sa tête une atlantiste forcenée et sans scrupule, Christine Ockrent, qui y empilera les casseroles peu silencieuses. Fille du diplomate belge Roger Ockrent (ancien chef de Cabinet du Premier ministre Paul-Henri Spaak, puis directeur de l'Administration belge de Coopération économique pour le Plan Marshall, et ambassadeur de Belgique auprès de l'OCDE), sa propre pratique professionnelle aura bien confirmé les antécédents familiaux et son inscription dans un combat pro-Otan dans la couverture des événements. Et bien entendu, comme beaucoup de journalistes du Monde et bien d'autres titres, Christine Ockrent est également young leaders de la FAF.

C'est que dorénavant la France n'est plus que le relais délocalisé de la Politique-Système qui prend sa source à Washington depuis le resserrement des liens au sein du bloc BAO et l'unification de la politique générale commencée en 2008. Ce qui ne laisse plus de place à la nuance au sein du champ médiatique français. La coloration atlantiste de l'information n'est que le résultat d'un rapport de force culturel et civilisationnel perdu par la France et ses élites, pressées de renoncer pour épouser les délices de la société du spectacle sous contrôle anglo-saxon.

Entre connivence, liens d'amitiés et de capitaux, passés en culottes courtes dans les mêmes écoles, faiblesse des principes politiques (hormis les valeurs souples à double standards), sinon la gauche (ou la droite?) de convention indolore pour le marché et le Système, qu'espérer de ce personnel journalistique, sinon qu'ils nous parlent de l'ogre Poutine et de ses mamies-umbrella (code Otan) ? Ils ne se rendent même pas compte qu'on les prend pour des gens atteint d'un syndrome : l'atlantisme pavlovien, faussaire et belliqueux.

Révélateur symbolique de la crise de l'information actuelle

Un article, particulièrement, parmi le flot d'informations folles et qui s'entrechoquent dans ces temps de crise, qu'il vaut mieux lire assis si vous vous intéressez aux sciences de l'Information et à la recherche sur les médias, est l'article paru sur dedefensa.org qui raconte un fait qui fera date dans quelques années peut-être, comme symbole de la fin du mythe moderne des sociétés de l'information vertueuses, toujours à la recherche de la vérité et comme quatrième pouvoir indépendant. Il en est peut-être fini à notre époque des photos à la Une d'un soldat fatigué ou en déroute qui vous livre, comme dans la vallée de la Mort en 1968 au Vietnam, sa terrible version d'un conflit et de l'absurdité de ce qu'il lui arrive. La presse officielle en arrive à tenter de dissimuler, omettre de relayer, à faire preuve de manque de curiosité élémentaire donc coupable. Il faut dire que la narrative en dépend. Citons Dedefensa, c'est long mais fondamental :

«Mais ce qui nous est arrivé de Moscou hier est encore plus impressionnant : il s’agit du refus de la plupart des correspondants US à Moscou, – sauf celui de Bloomberg, – de se rendre vers les camps où sont temporairement installés plusieurs centaines de soldats ukrainiens qui viennent de passer en Russie après avoir été encerclés par les milices du Donbass, et alors qu’à court de munitions et de vivres il ne leur restait que le choix d’une reddition ou d’un passage en Russie. Les circonstances de cette affaire sont rapportées par Itar-Tass, le 6 Août 2014, mettant principalement en scène Maria Zakharova, une adjointe à la direction de la section presse du ministère russe des affaires étrangères:

«On early Monday a group of 438 Ukrainian troops and border guards from pro-Kiev forces fighting against militia in the embattled southeast of Ukraine asked Russia’s southern border authorities for permission to enter Russia seeking asylum, and a humanitarian corridor was opened for them. Maria Zakharova wrote in her Facebook account that as the news broke out on Monday about over 400 Ukrainian soldiers crossing into Russia seeking asylum, the Russian Foreign Ministry decided to arrange a meeting with the soldiers for foreign journalists accredited in Russia.

»“Keeping in mind how important it will be for journalists, particularly for foreign ones, to talk to Ukrainian military servicemen, to learn firsthand about the real combat actions, motivation of the Ukrainian soldiers and the actual reasons behind their decision [to seek asylum], we decided to invite a group of foreign correspondents to the Rostov Region,” Zakharova said. She said an aircraft from the Russian Defense Ministry was scheduled for flight on Monday to the Rostov Region, where the Ukrainian soldiers were temporary sheltered, and the plane was ready to take along a group of between 30 and 40 journalists. “We have immediately started calling everyone,” she said. “We gathered up to 40 [correspondents] within an hour.” [...]

»... “Except for Bloomberg there were no journalists representing US media!!! An opportunity to meet with the Ukrainian military servicemen, who crossed into the Russian territory, was declined by representatives of leading US media,”... “They were CNN, The New York Times, The Washington Post, The Christian Science Monitor.” “What are these journalists base their materials upon if they decline talking to firsthand sources?” Zakharova said. “The funniest episode was with Reuters journalist, who registered, left for the airport, but changed his mind half way there and did not fly.” “Russia is being criticized for little interaction with western media and it is allegedly the reason for Russia’s media blackout,” she said. “But the fact is that we speak and they either refuse to listen or they are prohibited from listening.”»

»Alexei Pouchkov, président de la commission des affaires étrangères de la Douma, a écrit à propos de cet incident (ITAR-Tass, le 6 août 2014): «The US media are dead and they are now offices of the US Department of State...» (Rouchkov cite justement le département d’État, montrant l’évolution de la situation par rapport au climat qui régnait dans la presse US dans les années 2002-2006, où la source des narratives avec les consignes pour les journalistes se trouvaient au Pentagone.)

»Pour ceux qui ont vécu le temps de la Guerre froide, il s’agit d’un comportement incompréhensible de la part des correspondants US à Moscou, sinon par les jugements les plus extrêmes qui n’ont plus rien à voir avec la déontologie et le professionnalisme de ce métier. De tous temps, durant la Guerre froide, les journalistes US ont cherché à pénétrer en URSS, d’une façon officielle et professionnelle notamment, pour investiguer, enquêter, interroger ceux qui pouvaient l’être. La difficulté était d’obtenir l’accord des autorités, mais une fois cet accord obtenu les visites étaient suivies avec le plus grand intérêt. Il était implicite, dans tous ces cas, qu’on pouvait obtenir, à côté de la parole officielle, des informations toujours intéressantes ... Certes, la Russie n’est pas l’URSS, et dans ce cas absolument remarquable l’intérêt se trouve beaucoup plus dans ce que cette aventure nous dit de nous-mêmes, de la presse, de notre état d’esprit, etc... (Il est par ailleurs secondaire de savoir si les journalistes US ont réagi d’eux-mêmes, quoique collectivement, ou s’ils ont répondu à une sollicitation impérative du département d’État. Notre sentiment serait plutôt favorable à la première explication, qu’“ils ont réagi d’eux-mêmes”, dans la mesure où nous croyons à une attitude collective, favorisée par les mêmes réflexes psychologiques, une sorte de conformisme collectif qui constitue le caractère américaniste, à partir de circonstances appréhendées plus ou moins collectivement.)»

Donc on récapitule, nous avons lors d’opérations militaires à l'Est de l’Ukraine, 400 soldats ukrainiens qui ont préféré passer la frontière russe plutôt que de continuer le combat. Il s'agit de troupes d'infanterie de différentes unités de première ligne (infanterie mécanisée etc.) qui, après un encerclement dévastateur de plusieurs semaines ayant causé une attrition importante ont baissé les bras. Ces unités dans un état lamentable ont préféré trouver asile chez celui qui est désigné responsable, ennemi mortel de leur pays dans le discours hystérique de leurs dirigeants etc... C'est à dire en Russie. Une fois ces troupes recueillies dans la région de Rostov en territoire russe et regroupées là-bas par les autorités russes en attendant de proposer à chaque soldat différentes solutions pour la suite comme un retour en Ukraine ou rester en Russie par exemple, les médias sont donc invités à rendre visite à ce contingent. Et là, pour tout lecteur-chercheur en sciences des médias il fallait vraiment rester assis à la lecture de l'article cité plus haut de dedefensa concernant la réaction de la presse américaine, et cette volonté de ne pas rendre visite et donc de ne pas rendre compte de cet événement à son public. Il faut relire deux fois l'article même pour s'en convaincre. Car cette information, avec de nombreuses autres, nous en dit beaucoup sur le simulacre des sociétés post-démocratiques à structurations oligarchiques que nous sommes devenus. Certes on n’en a jamais été très loin, mais cet événement est un aveu de notre état de fait. La grande presse libérale anglo-saxonne si friande de militarisme, de journalisme de guerre, d'After Action Report, de photojournalisme de guerre (Capa apprécierait sans doute cette forfaiture pour sa profession), de covers en noir et blanc qui en une photo vous marquent l'esprit et une époque, passe son temps à donner des leçons d'indépendance. Pour autant elle ne prend même pas la peine de rendre compte de la débandade de plusieurs centaines d'hommes en plein cœur de l'Europe en 2014, alors que ce fait n'est pas arrivé à cette échelle depuis des lustres. Cela pose clairement le problème du système d'information US qui n'est plus que l'ombre de la légende qu'il s'était bâtie.

Que ce soit parce que le journaliste US accrédité à Moscou comme correspondant s'autocensure et ne veuille pas aller contre la narrative officielle, que ce soit par consignes diverses, ou par simple atlantisme pavlovien, il est en tout cas visible que, prenant prétexte pour beaucoup d'entre eux d’un complet mépris pour les informations venant de sources russes, il fut loisible au mépris égal de toute vérité d’écarter des informations gênantes allant contre toute une machine infernale de propagande tous azimuts. Celle-ci disant que l'ogre russe est responsable du conflit et dévore chaque prisonnier passant la frontière (en gros, mais on caricature à peine ces 4 derniers mois de délires journalistiques). C'est d'autant plus dommage qu'on aurait écouté avec envie ce qu'avaient à nous dire ces soldats, de leurs ordres, de leurs actions, de leur gouvernement...peut-être en complet décalage avec ce que le journaliste américain accrédité à Moscou aurait eu envie de servir à son chef de service et à ses lecteurs.

Accrédités et inoffensifs

Cela nous rappelle un témoignage que nous avions lu d'un spécialiste des médias américains, qui tentait d'expliquer pourquoi en si peu de temps la presse US avait, lors des événements du 11 Septembre et de la Guerre d'Irak de 2003, montré une soumission si patriotique à la parole et aux versions des officiels du gouvernement US et de ses divers relais. Ceci en complet décalage avec l'idée que se faisaient encore certains de la presse US, c'est-à-dire une presse ressemblant peu ou prou à celle des années 1970, époque connue comme étant celle de la grande période (on ne dit pas âge d'or) du journalisme d'investigation et du journalisme social et d'enquête américain. Une presse US en tout cas encore assez costaude pour résister aux narrative officielles et assez courageuse pour aller contre son gouvernement. Il explique pourquoi selon lui ce n'est plus possible.

Pour lui parmi toutes les raisons possibles, la principale se trouve dans l'évolution de la sociologie des journalistes accrédités et ayant à traiter avec les officiels pour tel ou tel sujet. Si, selon lui, le journaliste moyen US était il y a encore trente ans, un dépressif alcoolique qui s'encanaillait dans les bars, la vie nocturne, les coins mal famés pour y faire son métier, celui-ci aujourd'hui est devenu un jeune diplômé, marié, souvent WASP, issu des classes moyennes supérieures qui a pour hantise d'être mal vu et de perdre son accréditation, et qui devance souvent les desiderata de ses accréditeurs. Un personnage dont il ne faudra pas espérer des miracles en matière d’indépendance et de courage. Il nous semble que cette sommaire description est assez juste d'un phénomène qui de manière plus globale a touché l'ensemble de la profession ces trente dernières années dans les sociétés occidentales.

Ceci explique sans doute pourquoi un journaliste accrédité de Associated Press au Département d'Etat, Matt Lee, connaît un succès fort improbable sur internet pour seulement faire son travail correctement en posant simplement des questions de bon sens en conférence de presse à la rigide Marie Harf (porte-parole) ou à John Kirby le contre-amiral en charge de répondre. C'est juste impensable, il demande des preuves aux lieux d'allégations (que les autres journalistes avalent sans broncher) et fait remarquer les inversions accusatoires de l'Otan qui à ce niveau là sont à peine croyables vu leur contenu : l'Otan est un allié gentil de tout le monde, qui ne veut pas de mal à la Russie. Russie que Kirby trouve d'ailleurs bizarrement anti-Otan. Matt Lee lui fait remarquer que c'est la raison d'être de l'Otan depuis sa création de contrer la Russie et que l'Otan continue même cela très fortement et Kirby balaie la remarque d'un revers de main.

A ce niveau là, il n'y a plus qu'à tirer le rideau (il faut voir cette séquence en entier, c'est juste fou, du Orwell comme jamais, et Marie Harf du même tonneau). Un exemple de pavlovisme ahurissant d'un type qui se dit diplômé en histoire, ça en dit long sur la maladie psychologique et l'hybris qui sévit à Washington D.C.

Si la presse libérale anglo-saxonne en est là (à part Matt Lee et quelques autres), en France, vu l'évolution de l’état de la presse et de ses rédactions, il se passe de semblables phénomènes qui démontrent à peu près la même chose, c'est-à-dire la mort du journalisme hors des médias indépendants et des vieux briscards de la profession qui travaillent sur du long terme hors des réseaux officiels. Ces exemples se sont répétés on pourrait dire presque à l'infini dans la presse française durant le conflit en Ukraine et sur l'affaire MH 17 qui démontrent une volonté effective de cécité sur des imbrications et des responsabilités peu avouables dans ce conflit côté États-Unis et UE. Encore moins avouables vu l’état psychologique des rédactions qui soit ne comprennent pas ce qui se passe, soit relaient le point de vue atlantiste sans se poser de question, soit encore suite au formatage atlantiste subi, affichent une dureté implacable et pavlovienne fort méprisante vis-à-vis de toutes sources nuancées, pro-russes ou pro-militants du Donbass.

légalisme moutonnier et suivisme idéologique

"En France, les médias, notamment les chaînes nationales, sont particulièrement soucieux de répercuter les positions du gouvernement, de quelque bord qu’il soit issu. Comme François Hollande et le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, inspirés par leur conseiller diplomatique Bernard Henri Levy, n’ont cessé de déclarer qu’il fallait en tous points s’opposer à Poutine, les médias ont suivi sans sourciller, tels des soldats au garde-à-vous." Comme nous le rappelle très justement Mr Basquiat dans son récent article sur le Saker. Il est absolument vrai que la tradition de la presse en France est d'être très légaliste, souvent en parfaite osmose avec l'Appareil d’État qui souvent donne le la. On pourra y apporter les nuances qu'il faut en citant quelques noms de journalistes. Mais ce sont à chaque fois des exemples, une poignée par-ci par-là, dans un océan de conformisme aux standards Otan et plus généralement au monde anglo-saxon.

Est-ce un hasard si en France, une pensée, une prise de position publique d'un homme politique que l'on pourrait qualifier de clairement opposée à l'Otan se voit octroyer la portion congrue en terme d'audience et de légitimité relayée par les médias ? Effectivement, ces trente dernières années avec une claire accélération du phénomène depuis 2007-2008 (Élection Sarkozy, vote par le parlement du Traité européen après rejet référendaire et réintégration totale au commandement intégré de l'Otan et à ses standards et normes en vigueur), la pensée atlantiste devient la norme clairement affichée par les hommes politiques dit de parti de gouvernement, et des médias derrière eux. Mais c'est surtout la marginalisation de la position gaulliste dans les médias et les classes dirigeantes dans leur ensemble qui permet de se rendre compte du désastre. Bien entendu l'ensemble du spectre de la classe politique se réclame encore et toujours de l'héritage gaullien mais comme souvent dans cette époque sans vergogne, dans le but d'une utilisation faussaire et inversée.

Tout est réglé comme du papier à musique. Un Dupont Aignan (Young leader repenti...ou pas?) se réclamant clairement du gaullisme et ayant fait sécession de l'UMP, notamment sur des prises de positions de politiques étrangères, ridiculisé sur le plateau du Grand Journal de Canal +, dans un parfait condensé de ce que produit la société du spectacle de plus caricaturale et médiocre. Un Mélenchon s'étranglant d'emphase gaullienne, ce qui ne mange pas de pain, pour faire ensuite le spectacle de l’insurrection verbale permanente sur les plateaux sans aucune possibilité d'efficacité dans le champ de l'appareil d'Etat et de l'influence éventuelle sur les dirigeants en place, enlevant une bonne part de sérieux à sa position. Ou bien encore une Marine Le Pen, dont la position anti-Otan, pas besoin de faire une longue analyse, sera cataloguée comme une position nationaliste de repli insupportable, digne d'un patriotisme puant qui, cerise sur le gâteau pour les commentateurs, sera appuyée de la part de la Présidente du Front National d'une alliance stratégique avec la Russie dans de nombreux domaines. Les atlantistes ayant un maître, pour eux cela serait vu non pas comme un partenariat honnête mais bien comme une soumission à un nouvel hégémon, et ce serait insupportable. Ce qui finit d'enterrer sa position pour les personnes en place. Sans oublier, bien sûr, et comment pourrait-on vu le sujet abordé, Jean-Pierre Chevènement qui a soit démissionné, soit fermé sa gueule selon les situations, mais dont les déclarations avisées sur l'atlantisation de l'appareil d’État et l'alignement absolu de la politique étrangère française sur Washington sont clairement reconnues. Mais celui-ci est vu comme le vieux loup blessé du territoire de Belfort qui vient donner sa parole de plus en plus considérée comme iconoclaste et sans effet, bien qu'admise par les commentateurs comme pleine de bon sens.

Et pendant ce temps, le discours atlantiste déroule dans les médias, dans un cirque quotidien de déclarations et de talk-show, de prise de parole gouvernementale, des éditorialistes et journalistes en vue... C'est qu'entre temps l'ouragan médiatique anti-français tournant à pleine puissance s’était déclenché outre-Atlantique.

La Terreur du French Bashing

Il faut se souvenir en effet, du trauma que fut pour les élites françaises et notamment les élites médiatiques et culturelles la séquence qui s'étala sur l'année 2003, notamment peu avant le déclenchement de la guerre en Irak (ou plutôt au moment de l'invasion illégale et cynique des US et de leurs alliés de l'Irak en 2003).

On y aura vu d'abord la confirmation du rôle de la presse Française dans son traitement des sujets internationaux importants pour l’État Français qui abordent des questions de guerre éventuelle ou des problèmes diplomatiques graves. Généralement l'ensemble de la presse nationale et provinciale de l'Huma à La Croix, de Nice-Matin à Sud-Ouest, ainsi que l'ensemble des news magazines, soutiennent la position française dans une sorte d'Union Sacrée au profit d'un pouvoir qui peut ainsi bénéficier d'une surface médiatique relativement apaisée. L'opposition politique affiche clairement sa position de neutralité bienveillante voire de soutien déclaré sur le sujet en question. Il en fut ainsi aussi pour la Guerre en Irak, malgré quelques éditos ou articles pro-guerre et peu regardant sur les arguments avancés pour la déclencher. La presse a fait son travail de soutien servile, mais pour une fois plein de bon sens, de ne pas mettre de l'huile sur le feu en ne soutenant pas la narrative US sur les armes de destruction massive, ce qui était la position anti-guerre du gouvernement Français. Un peu comme aujourd'hui sur l'Ukraine, la presse s'aligne sur la position du gouvernement, et tant pis cette fois, si en 2014, la contre-information et les journalistes indépendants démontrent en temps réel l'absurdité des narrative.

Mais 2003 va révéler également l'autre versant du rapport de force médiatique en train de se modifier en profondeur. Un énorme réseau atlantiste en gestation et prêt à en découdre médiatiquement pour damer le pion aux anti-guerre et derniers gaullistes. Il faut se souvenir notamment de la prestation proprement immonde de la part d'un Romain Goupil sur les plateaux de télévision, sophiste et manipulateur comme jamais. Il faut se souvenir de l'ensemble de ses compères du Cercle de l'Oratoire, cercle de pensée atlantiste et néoconservateur français assumé, mais qui comme tout réseau n'avance pas sur les plateaux télé sous cette étiquette évidemment, mais sous le label “universitaire”, “journaliste”, “chercheur”, “cineaste/écrivain” etc.

Les mêmes, les Taguieff, Glucksmann, Brückner qui s'acoquinent avec un Daniel Leconte aux anges sur Arte pendant une Théma sur le 11 septembre quelques années plus tard. Où du documentariste qui fait les sujets visionnés (Antoine Vitkine) aux intervenants pour le débat en plateau, tous sont des membres du Cercle de l'Oratoire et règlent leurs comptes “aux complotistes”. Il faut alors se rappeler les différents mensonges et déclarations outrancières proprement ahurissantes de ce groupe de pensée appuyé par des parlementaires PS (Kouchner) ou UMP (Lellouche, d'ailleurs président de l'Assemblée parlementaire de l'Otan de 2004 à 2006). En effet cette séquence révèle le crépuscule de la position gaulliste qui tire ses dernières cartouches car ses derniers défenseurs sont encore aux affaires ; elle n'est plus défendue que par les derniers des mohicans de la chiraquie finissante et affairiste, qui ne fut gaullienne qu'à la fin de ses mandats, par conviction certes sur le dossier irakien, mais aussi par opportunisme pour des raisons de politique intérieure. On pressent déjà le virage atlantiste très influent dans le champ médiatique et chez certaines personnalités politiques, surtout au sein de l'UMP dite pourtant gaulliste, ces derniers se retrouvant de plus en plus marginalisés (Seguin, Villepin...). Pendant ce temps, différents courants remplacent les gaullistes au sein de la droite, et les plus visibles seront dorénavant les libéraux et autres Lellouche Boys, (voire les épisodes au Quai d'Orsay), très atlantistes et véritables fossoyeurs d'une pensée politique singulièrement française, eux qui n'ont qu'un but, la détruire pour la remplacer par une pensée boyscout sous influence US.

Que ce soit chez les dirigeants politiques ou parmi le showbiz et les médias, on aura pu voir durant cette période d'hystérisation du débat, la terreur s'emparer des classes dirigeantes françaises et notamment le milieu culturel, d'être traitées par CBS, CNN and co comme une vulgaire intelligentsia albanaise. Les liens financiers, de réseaux et d'entregents sont très forts dans le cinéma et le champ culturel entre Français et Américains, des carrières et des oscars peuvent se perdre, prendre du retard ou s'annuler si les liens se distendent trop ou ne se réchauffent pas à nouveau. Et même si Hollywood résista à la Politique-Système un moment, les voix discordantes du showbizz se dissipent et passent à autre chose. On peut supposer que notre classe dirigeante serait fière d'être boycottée ou vilipendée par les médias russes, elle rampe et demande pardon lorsque cela vient de ses maîtres US.

La psychologie des classes dirigeantes françaises n'est plus en mesure de s'opposer à la pression culturelle anglo-saxonne qui a mis le paquet au niveau mondial dans le champ de la communication contre la position française que ce soit Rwanda 1994, Mururoa 1995, Irak 2003. Les médias français comme les dirigeants français, qui font figure de rouleau à pâtisserie face au rouleau compresseur anglo-saxon, ont acté le rapport de force défavorable. S'opposer aux anglo-saxons demandant un peu de courage et d'épaisseur de la part de nos élites, ce qu'elles n'ont plus, elles préfèrent s'aligner docilement.

L’Ukraine révélateur tout azimut

L'Ukraine, comme nous l'écrivions plus haut est effectivement un révélateur de quelque chose de plus important que le simple échec de la presse française à couvrir correctement un conflit en plein cœur de l'Europe. Cela a révélé au public plus ou moins averti que les médias français sont aveugles et/ou menteurs comme des arracheurs de dents.

C'est pourquoi nous aurons vu apparaître une opposition frontale faite à la couverture presse de l'Ukraine par des francs-tireurs qui ont pris le maquis médiatique bien malgré eux et par réaction au scandale en cours. C'est par exemple le cas d'un économiste, Olivier Berruyer, qui depuis quelques années anime un blog à succès dont la ligne éditoriale assez large avait surtout pour but de couvrir nos temps de crises sous l'angle économique, mais aussi de façon plus ouverte en apportant un lot d'informations supplémentaires aux lecteurs sur certains sujets, qu'ils soient politiques ou économiques.

Apparemment, Olivier Berruyer a vu à peu près la même chose que nous et beaucoup d'autres car après avoir observé la couverture de la crise ukrainienne par les médias français, il s'est particulièrement illustré en ayant réorienté son blog en site de contre-information et de débats sur l'Ukraine, horrifié qu'il fut par l'attitude des médias français. Alors qu'il n'avait aucune vocation au départ à cela, et qu'il n'«a pas d'intérêts personnels à l'Est de Strasbourg» comme il le précise pour les accusations d'être le relais des Russes. Son blog et les articles qu'il relayait sur son site en faisait un site francophone extrêmement bien référencé. Ce qui lui a valu d'être invité par le média d'analyse et méta-journalisme Arrêt sur Images de Daniel Schneidermann pour participer à une émission d'environ une heure vingt sur la presse française et l'Ukraine en compagnie de Véronica Dorman, la correspondante de Libé en duplex depuis Moscou, et avec sur le plateau de l'émission Piotr Smolar, qui était le correspondant du Monde couvrant le conflit sur place.

Une parodie de journalisme...qui est Piotr Smolar?

Il faut préciser aussi qu'Olivier Berruyer est un économiste courageux et non pavlovien dans son approche des sujets et peut éventuellement surprendre ses interlocuteurs par sa liberté de ton, lorsque il officie dans les médias où il est parfois invité pour parler économie, sur BFM Businness par exemple. Ainsi, lorsqu'il participa à l'émission d'ASI sur l'Ukraine, ce fut un véritable équarrissage en règle de la presse française dont les deux représentants furent laminés. On conseille aux lecteurs d'aller visionner l'intégralité de l'émission pour comprendre que nous avions eu là un condensé des dérives graves du journalisme contemporain. Journaliste baigné jusqu'au cou par l'affectivité, narrative faussaires à tenir coûte que coûte, négation d'informations gênantes avérées pourtant primordiales (les ministres nazis, ou le massacre d'Odessa par exemple) et l'ensemble des maux tels que pensée moutonnière et pression de l'idéologie dominante antirusse quel que soit le thème.

On en ressort estomaqué par le manque de professionnalisme des soit-disant professionnels de la presse véritablement atomisés durant le débat par un non professionnel. L'ensemble des abonnés du site aura vu la même chose (il suffit d'aller sur le forum ensuite), c'est-à-dire des journalistes enferrés dans leurs narrative (voir mensonge affiché à certains moments) qui ne pouvaient répliquer aux preuves et remarques apportés par O.B, le tout devant un Schneidermann médusé par la prestation de Piotr Smolar.

Et il ne fut pas le seul. En effet, outre le manque de sérieux de la part des deux journalistes véritablement ridiculisés, est ressorti pour beaucoup d’observateurs, un sentiment de malaise et nombre de questions quant à la prestation du correspondant du journal de référence.

Franck Marsal explique sur son blogÉtonné, comme pas mal de spectateurs par la faiblesse argumentaire - et une certaine mauvaise foi - de Piotr Smolar dans son débat avec Olivier Berruyer dans "Arrêt sur image"; j'ai cherché à en savoir un peu plus sur son parcours ».

Voilà donc ce qu'il trouve : « ...On trouve ensuite que Piotr Smolar est le fils d'Aleksander Smolar, né en 1940, proche conseiller du premier président polonais après la chute du "communisme", Tadeusz Mazoviecki. Aleksander Smolar est actuellement le président de la Stéfan Batory fondation.

Piotr Smolar n'est évidemment pas responsable des activités et choix politiques de son père. Il n'est toutefois pas inutile de préciser la nature et le rôle de cette fondation.
Ainsi qu'il est précisé sur son site :

"La Fondation Stefan Batory est une fondation indépendante privée établie en 1988 par Georges Soros, financier et philanthrope américain et un groupe de dirigeants de l'opposition démocratique polonaise des années 80."

Parmi les priorités de cette fondation, figure le développement de la coopération et de la solidarité internationale et notamment l'engagement à "resserrer les liens entre les pays de l'Union Européenne et ses voisins orientaux, en particulier l'Ukraine et le Bélarus. (la Fondation) supporte l'échange d'expériences en relation avec des processus de transition politique, la construction de la société civile et la résolution de problèmes sociaux (...) ". 

Un des moyens pour accomplir cette mission sera la mise sur pied d'un Forum Ukraine-Pologne. Le référent ukrainien de ce Forum sera Oleh Shamshur, présenté comme un ancien vice-ministre ukrainien des affaires étrangères. Il se trouve qu'Oleh Shamshur est aujourd'hui le conseiller pour les affaires étrangères du leader Ukrainien pro-UE (et ex-boxeur !) Vitali Klitschko. 
Revenons néanmoins à Piotr Smolar. 
Aleksander Smolar n'est pas le seul à entretenir des liens avec des institutions faisant la promotion de l'Europe, des USA et des liens transatlantiques.
Il se trouve que Piotr Smolar a bénéficié en 2010 du programme "Marshall Memorial Fellows", (ci-dessous, à gauche, Piotr Smolar, un groupe du "Marshall Memorial Fellows", lors d'un voyage d'étude aux USA). »

A ce niveau là il n'y a plus besoin d'en rajouter, le lecteur aura compris le pourquoi du comment de la cécité et des manquements professionnels du correspondant du Monde...le prisme libéral « pro-démocratie » polonais et anti-russe de son éducation, couvé par la fondation Soros et son père auront-ils eu raison de son sens du travail bien fait ?

L’incident Jacques Sapir-Lorraine Millot de Libération

Dans la pensée des agents-Système et selon leur conception de l'information et de la façon de faire leur métier actuellement, il leur est impossible de concevoir qu'une personne défende un point de vue par simple analyse ou par un choix libre et considéré comme pertinent par la personne concernée. Pour les journalistes français, ce choix ou ce positionnement doit être opéré selon un conformisme de fer et idéologique qui est censé supplanter toutes les aspérités et nuances de points de vue. Sinon c'est que vous cachez quelque chose, et que ce n'est pas beau à voir.

C'est pourquoi un Jacques Sapir paraît incompréhensible pour une journaliste de Libération, qui voit dans ceux qui défendent une autre information sur la Russie et le conflit en Ukraine, de véritables agents poutiniens infiltrés ou, comme Lorraine Millot le dit dans un de ces articles, comme des naïfs. Un économiste français reconnu, spécialiste de la Russie, qui défend un autre point de vue que les énormités racontées dans Libé, ce n'est pas quelque chose de concevable apparemment. La rencontre Sapir-Millot s'est très mal passée au vu de la réaction de Sapir ensuite.

« Libération vient ce commettre un mauvais coup, quelque chose dont ce journal moribond nous avait donné l’habitude depuis 2005 et la campagne du référendum sur le projet de constitution européenne.

..La journaliste, qui s’était présentée ainsi le lundi 8 septembre, commence son papier par cette affirmation : « il nous cueille par une question, la même exactement que celle posée par John Laughland de l’étrange Institut de la démocratie et de la coopération ‘pouvez-vous prouver que la Russie est intervenue cet été en Ukraine ?’ » C’est tout simplement faux. La conversation n’a pas commencé sur ce point, et je ne suis pas si mal élevé que j’apostropherais de la sorte une personne ayant demandé à me voir. Quand la discussion est venue sur ce sujet, j’ai demandé à la journaliste si elle avait les preuves d’une présence massive de l’armée russe dans l’Est de l’Ukraine. Je lui ai fait part de mes doutes sur ce point, mais aussi du fait qu’il était certain que la société russe s’était assez largement, et avec l’accord du gouvernement, portée au secours des forces insurgées. La présentation de cette partie de notre entretien est tout simplement mensongère...

...Nous avons ensuite longuement évoqué mes recherches sur la Russie, qui datent de 1976 et je me suis attardé sur les problèmes de financement que connaissent les chercheurs. Ceci donne, retraduit en langage de journaliste de Libération : « Pour ce qui est des financements de son centre d’études, Jacques Sapir explique bénéficier de contrats avec des entreprises occidentales »...En quoi cela est-il différent de la situation des centres de recherches en économie de Toulouse (où officie Jean Tirole) et de Paris de l’EHESS ? Ici encore, on ne peut que relever l’intention de nuire, de discréditer...

..Cerise sur le gâteau, cette journaliste m’a posé une question sur mes revenus personnels. Comme s’il était impossible que l’on ait des positions convergentes avec celle du gouvernement russe sans être payé par ce dernier. Voilà qui en dit long sur la mentalité mercenaire qui sévit, semble-t-il, à Libération. On entendrait les cris d’orfraie de ces journalistes si l’on se mettait à noter la liste de leurs commanditaires. Nous aurions instantanément les oreilles cassées par des cris de défense de la « liberté d’expression ». Qu’une journaliste soit incapable de penser qu’une personne a des postions, justes ou fausses, simplement parce qu’il a fait une certaine analyse de la situation sur le terrain signe le triste constat d’une presse non pas aux ordres mais à gages.

Ceci cependant soulève un problème qui dépasse de loin le cas d’une journaliste. Tout d’abord, et je connais un peu les us et coutumes de la profession, cet article a été discuté en conférence de rédaction. Il a été relu. Nul ne s’est offusqué des imprécisions, mensonges et calomnies fielleuses qu’il contenait. Nul n’a demandé des comptes à la journaliste, ne lui a suggéré que des références aux travaux des uns et des autres, qu’il s’agisse d’Hélène Carrère d’Encausse ou de Philippe Migaut s’imposaient, simplement pour que le lecteur puisse se forger une opinion par lui-même. Il y a donc ici responsabilité collective de la rédaction de Libération dans la volonté non pas d’informer mais de désinformer. C’est en cela qu’il est révélateur d’un problème général qui touche une partie de la presse écrite française. On peut d’ailleurs signaler que les lecteurs de Libération, à la différence de ceux du Guardian en Grande Bretagne, du Spiegel en Allemagne, ne sauront rien des fosses communes découvertes par les insurgés après le repli des troupes du gouvernement de Kiev, ni de l’emploi d’armes à sous-munitions ou de missiles lourds, signalés par l’ONG Human Right Watch. C’est bien à une désinformation, qui s’inscrit dans une propagande de guerre, que se livre Libération.

Non qu’il soit interdit à un journaliste d’avoir des opinions ; bien au contraire. Mais, un journaliste devrait faire la distinction entre ses opinions et les informations qu’il rapporte. Dans la presse anglaise et américaine, ceci est même institutionnalisé par la séparation nette entre articles d’informations et éditoriaux. Mais, il est clair que ce genre de distinction, et donc d’éthique, est étrangère à une partie de nos journalistes, qui vit d’ailleurs bien souvent dans des relations incestueuses avec le monde politique ou celui des affaires. La presse écrite d’information est mourante en France. Il suffit de lire The Guardian ou le Washington Post et de les comparer à Libération ou au Monde pour comprendre pourquoi. Non qu’il n’y ait de bons journalistes en France. On en trouve encore quelques uns. Mais la profession elle-même, faute d’accepter un regard critique sur sa pratique, est en train de faillir. Car ce dossier de Libération n’est hélas ! pas isolé. On se souvient du dossier du Point sur les « néo-conservateurs », qui par un mélange d’insinuations, de mensonges francs, et de détournements d’étiquettes cherchait à construire un bloc qui n’existait que dans le cerveau malade de ses rédacteurs. On se souvient aussi des mensonges proférés à mon égard par des journalistes de l’AFP...»

Bref un Jacques Sapir très en colère, qui nous donne du coup l'occasion de voir ce qu'on peut trouver du côté de Lorraine Millot. Elle a produit le même type de comportement moqueur et insinuant que Véronica Dorman en poste à Moscou pour Libé actuellement, qui était en duplex pour l'émission d’Arrêt sur Images face à Oliver Berruyer.

On n'est pas déçu, et Cédric Housez a fait le travail pour nous sur Réseau Voltaire en publiant un article qui date de 2006. Il y dénonce le traitement caricatural et franchement peu journalistique fait déjà à l'époque par cette femme ainsi que sa collègue du Figaro. Elles abordent dans leurs articles l'image et la perception de l'homme russe et ses tares. Ça laisse songeur, Cédric Housez a titré son article ««Libération» et «Le Figaro»: «L’homme russe» ce primitif» qui donne en effet bien le ton des articles écrits par ses deux femmes et sur leur vision de la Russie. Ça n'aurait pas été de la Russie qu'elles écrivaient qu'elles auraient eu toutes les associations anti-racistes sur le dos. Sans parler du manque criant de connaissance et de respect pour le pays, l’observation montre le biais très puissant qui, déjà en 2006, dénote le peu d’intérêt dans la presse française pour la Russie. Cela dénote aussi le peu de liens culturels qui amène des jeunes ou moins jeunes journalistes féminines à être en rejet de la Russie et à considérer le pays à la limite de l'hostile. Cela change du correspondant Anglais à Moscou d'un média britannique, le Sunday Times qui s’était vu traiter d'agent de Poutine lors d'une émission ukrainienne car il avait affirmé que la Russie n'intervenait pas militairement en Ukraine. Aucun risque de briser la narrative avec ces deux demoiselles.

Citons Cédric Housez : « Lorraine Millot, journaliste de Libération, journal français classé à gauche, dépeint grâce à une série de citations soigneusement sélectionnées, un « homme russe » infantile, macho et alcoolique (« Le nouvel homme russe en mal de reconnaissance », par Lorraine Millot, Libération, 22 février 2006). Toutefois, elle affirme que le modèle est en mutation et qu’il se rapproche de l’homme des « pays civilisés » (sic). Irina de Chikoff, journaliste du Figaro, journal français classé à droite, empire encore le tableau (« Poutine relance la "fête des hommes" », par Irina de Chikoff, Le Figaro, 23 février 2006). Pour elle, l’homme russe est également un macho alcoolique mais il n’y a pas d’évolution possible car « l’homme russe est resté médiéval » et reste fondamentalement « un moujik ». Bref, le Russe reste le paysan crasseux, alcoolique et analphabète des représentations européennes, au point que la journaliste se demande : « l’homme russe est-il un Européen ? ». Cet article, publié sur la version papier du quotidien conservateur français n’a pas été repris sur le site du journal.

Cette lecture essentialiste d’une nationalité n’est pas un phénomène rare dans la presse mainstream et on trouve, malheureusement, une logique similaire derrière la présentation des identités supposées de croyants de certaines religions, d’habitants de certains pays ou même de concitoyens d’une autre région ou d’une autre classe sociale. Dans le cas de la Russie, cette énumération de lieux communs, énoncés par les correspondantes locales de Libération et du Figaro, censées être de fines connaisseuses du pays où elles se trouvent, illustre le prisme au travers duquel le monde russe est perçu dans ces quotidiens. Identifier ces schémas mentaux permet de mieux relativiser la fiabilité des informations fournies par les deux journaux concernant la Russie.»

Sans contestation possible, Lorraine Millot a l'air plus heureuse depuis qu'elle est correspondante de Libé à Washington...

Françoise Thom, tranquillement dans Le Monde

Lorraine Millot considère les prises de positions isolées voulant dénoncer dans les médias la poussée hystérique antirusse, comme autant de soutiens de naïfs voire d'agents poutiniens. Pendant ce temps se répandent à longueur d' émissions ou d'articles, des personnes qui font montre d'une belle hystérie irrationnelle antirusse, teintée d'un manichéisme adolescent sans risquer l'amalgame ou le lynchage.

Nous prendrons le cas de la fameuse Françoise Thom, historienne et soviétologue qui le 20 Août et le 2 Septembre 2014, a pris la plume pour nous pondre deux magnifiques articles dans les pages Idées du Monde qui ont au moins le mérite de ne pas faire dans la dentelle au risque cependant de se demander s’il s'agissait réellement d'une historienne spécialiste de la Russie qui les écrivit.

Voici pour le 20 Août : « L'invasion de la Géorgie par la Russie a révélé la démoralisation profonde dans laquelle se trouvent les Occidentaux...

...L'une des causes de ce désarroi doit être cherchée dans la guerre psychologique que Moscou mène contre les Occidentaux depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine...

...La raison en est que la Russie se pose constamment en victime, et elle a réussi à persuader les Occidentaux qu'ils étaient responsables de la débâcle des premières années de l'après-communisme, alors que la cause de ce fiasco tenait à l'héritage du communisme et aux caractéristiques de la nouvelle élite qui a émergé sur les ruines de l’État soviétique. De même que Hitler jouait à fond sur la culpabilité suscitée en Europe par le traité de Versailles, de même les Russes paralysent notre volonté en nous faisant endosser la faute de leurs déboires pendant les années Eltsine. Ainsi tout est bon : nous avons élargi l'OTAN, nous avons fait la guerre à la Yougoslavie, nous avons proclamé l'indépendance du Kosovo. En réalité, le tournant de la Russie vers ce qui allait devenir la dictature poutinienne a été pris avant ces événements. Il remonte à la crise de l'automne 1993, lorsque Boris Eltsine a donné la troupe contre la Douma et fait adopter une nouvelle Constitution qui mettait un terme à la séparation des pouvoirs et fermait à la Russie la voie de la démocratie libérale à l'européenne, - et cela, dès cette époque, au nom d'un renouveau impérial...

...Les propagandistes du Kremlin ont parfaitement assimilé la phraséologie occidentale et ils la manipulent en maîtres. Encore une fois, le précédent de Hitler, qui sut jusqu'en 1938 dissimuler ses projets de conquêtes sous le slogan du "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" et du "droit du peuple allemand à l'autodétermination", est particulièrement instructif : les régimes autoritaires savent concentrer le mensonge en un rayon laser dévastateur qu'ils braquent sur les centres nerveux des démocraties pétrifiées...

...Nous devons nous rappeler comment Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir par la provocation et une guerre menée contre des citoyens russes. Nous devons nous rappeler ce qu'il a réalisé en quelques années : la mise au pas totale du pays, la redistribution de la propriété au profit de son clan, l'organisation d'une propagande systématique de haine contre les Occidentaux, l'occultation des crimes du communisme, la réhabilitation de Staline, un lavage de cerveau quotidien des citoyens russes visant à leur inculquer la paranoïa, le culte de la force et l'esprit de revanche. C'est devant cette Russie dangereuse que nous nous trouvons. Cessons de nous accuser et de trouver à la Russie mille excuses, qui ne servent qu'à justifier notre lâcheté. Elle nous dit qu'elle défend ses intérêts légitimes en envahissant un pays indépendant. Et dans les chancelleries occidentales, nombreux sont ceux qui sont prêts à lui reconnaître implicitement une "sphère d'influence", pour la "rassurer, apaiser" son complexe d'encerclement (c'est par les mêmes arguments que les Anglo-saxons ont justifié l'abandon de la Pologne (Staline en 1944-1945)...

...La conclusion est simple : la Russie poursuit de sa vindicte les Occidentaux et les pays qui s'orientent vers l'Europe et les États-Unis. Elle se prétend encerclée par l'OTAN et ne se soucie nullement d'une Chine autrement agressive, dynamique et dangereuse pour sa "sphère d'influence". Ce qu'elle hait et redoute, c'est la liberté. Elle guette avidement chez nous les signes de faiblesse, d'aveuglement, de corruption et de capitulation préventive - et elle n'a que trop d'occasions de se réjouir. Or chaque démission en appellera d'autres plus grandes.

»Tant que demeurera une Europe indépendante alliée aux États-Unis, la Russie se sentira encerclée. La réalisation des prétendus intérêts de sécurité russes passe par l'asservissement par cercles successifs de tous ses voisins occidentaux et méridionaux. Le plus tôt nous verrons clair dans cette logique paranoïaque de Moscou, le plus tôt nous pourrons imaginer des remèdes. Mais encourager le malade dans sa folie ne sert à rien. Et croire qu'il guérira sans une épreuve de réalité est illusoire.»

On en reste sans voix, mais pour ceux encore en état d'encaisser un deuxième choc, le voici, le 2 Septembre : « D'abord que nous avons perdu le sens moral. La vénalité encouragée par le Kremlin au sein de nos élites porte ses fruits aujourd'hui : l'argent russe empêche les Européens d'agir, il empêche même la cristallisation d'une perception claire de la politique russe. Les réseaux de désinformation russes enfument littéralement le monde entier. M. Poutine ment depuis des mois, et nul ne semble choqué des affabulations grotesques dont nous régale le Kremlin. Les hommes verts en Crimée ont acheté leurs armes au supermarché du coin. Bien sûr il n'est pas question d'annexer a Crimée. Les soldats russes en Ukraine ? Ils se sont égarés par hasard. Pardon, ils sont en vacances et ont choisi de bronzer à Novoazovsk. Nous nous laissons mentir en pleine figure et comme nous sommes lâches nous en redemandons. Mme Merkel téléphone et réclame à M. Poutine des explications sur la présence de commandos russes sur le territoire ukrainien.

Comme la morale appuie l'intelligence, il n'est pas étonnant que la dégénérescence du sens moral entraîne la confusion mentale. Le premier indice est que nous ne réalisons même pas le danger dans lequel nous sommes face à un dictateur ivre de puissance équipé de l'arme nucléaire. Nos nouvelles abondent de frivolités diverses qui éclipsent largement le drame ukrainien. Quand il est question de l'Ukraine, on s'empresse de donner la parole aux poutiniens de service et de les opposer à ceux qui essaient d'expliquer ce qui se passe sur le terrain, comme si le point de vue de propagandistes était équivalent à celui de témoins. Tout cela contribue à entretenir une confusion dans les esprits qui ne bénéficie qu'au Kremlin, puisqu'elle aboutit à une paralysie de la volonté...

...Pis encore, il semble que nous ayons perdu jusqu'à l'instinct de conservation. Car comment expliquer autrement que la France fournisse des Mistral équipés d'une technologie de pointe à la Russie alors que pour la deuxième fois celle-ci est en train de déchiqueter un pays coupable de vouloir être libre, M. Poutine ne cachant même plus son intention de créer un Etat à l'est de l'Ukraine ? La signature de ce contrat après l'agression russe contre la Géorgie était déjà scandaleuse. La crise ukrainienne d'aujourd'hui est le résultat de notre fatale indifférence aux événements d'août 2008, de notre aveuglement volontaire face à tous les symptômes inquiétants que présentait la Russie poutinienne depuis le début. Imagine-t-on qu'en 1938, après l'annexion des Sudètes, la France ait vendu des bombardiers de dernière génération à Hitler et formé les officiers de la Luftwaffe ? On peut trouver des excuses à la lâcheté, mais quand on passe à la complicité active avec l'agression il s'agit d'autre chose. N'oublions pas qu'au moment où des soldats russes envahissent l'Ukraine des marins russes reçoivent un entraînement en France. L'affaire des Mistral restera sans doute dans l'histoire comme un exemple cruel du somnambulisme de nos dirigeants postmodernes.

...La Russie semble être aspirée dans une spirale autodestructrice. L'opposition, découragée par la passivité de l'Occident, incapable de résister à la surenchère nationaliste, assiste impuissante à la course au précipice.

Il y a quelque chose de suicidaire dans l'ineptie occidentale. On dirait qu'émasculé par le politiquement correct le monde occidental éprouve une louche attraction pour la violence primitive qu'incarne l'autocratie russe. Incapable de distinguer le juste et l'injuste, le vrai et le faux, il est aspiré par l'univers de force nue incarné par Vladimir Poutine et ses janissaires. L'indifférence au sort de l'Ukraine reflète l'oubli des vertus sur lesquelles s'était construite l'Europe. »

Outre Olivier Berruyer (et ses lecteurs avec lui) qui n'en revenait pas, l’écrivain Alexandre Anizy sur son blog Mediapart, avait dejà répondu à Madame Thom quelques mois auparavant, l'appelant « la diabolique » François Thom. Il nous rappelle que ce n'est pas une surprise vu les antécédents du personnage, et que son anti-russisme forcené voire maladif n'est pas nouveau et même entretenu. En effet on est dans le pur combat idéologique néoconservateur et donc en guerre contre la Russie, quoi qu'il en coûte, même s'il faut se salir les mains en sortant des énormités. Ce n'est pas l'historiographie honnête, mais l'affaiblissement de la Russie au profit de l'axe Washington/EU qui est recherché.

Ce que l'on remarque sans trop de difficulté dans ces longs passages de ces deux articles, c'est bien sûr la référence permanente et abusive au nazisme et à Hitler permettant d'atteindre le fameux point Godwin tellement raillé sur internet. Les termes de lâches, lâcheté, émasculations, impuissance etc etc...se succèdent pour nous expliquer que la Russie ivre de vengeance et d'hybris est prête à déferler sur l'Europe. S'asseyant sur le droit international, les principes, les rapports de forces, elle fonce, tel le méchant sans foi ni loi d'un blockbuster de l'été, pour nous asservir avec ses puissants réseaux en France et partout en Europe. On ne va pas évidemment reprendre point par point tellement ce que nous avons lu est surréaliste.

Mais on rappellera pour la forme malgré tout qu'en Crimée, «les petits hommes verts», c'est comme les tomates noires de Crimée, c'était déjà légalement sur place depuis plusieurs dizaines d'années à Sébastopol notamment, où plus de dix mille soldats russes stationnaient selon les accords Ukraine/Russie.

Et que les soldats russes (petits hommes verts) ont fait en Crimée pendant le référendum ce que fait depuis des lustres le BIMA français d’Abidjan. Les troupes françaises sortent de leurs bases pour sécuriser si besoin et empêcher les coups fourrés, sans regard ni respect pour la souveraineté de la Côte d'Ivoire, quand le pays tombe dans le chaos (cf : Opération Licorne 2004). Sauf que la Côte d'Ivoire ce n'est pas la France, alors que la Crimée est une terre historique russe. On rappellera que le référendum en Crimée fait auprès d'une population qui souhaite être russe à 90% (et déjà en 2010, un sondage donnait ce chiffre), sur une terre russe depuis des centaines d'années, simplement passée administrativement sous bannière ukrainienne lors de la dislocation de l'Union Soviétique en 1991, est tout à fait légal. Bien plus que celui du Kosovo fait avec une guerre et dislocation de la Serbie avec l'aide des réseaux de l'Otan et de la CIA. Et outre que la population fut ravie de retrouver sa mère patrie russe démontré clairement par le résultat du vote, le personnel miliaire ukrainien sur place a souvent choisi aussi de passer sous uniforme russe plutôt que rester ukrainien après un coup d’État meurtrier et illégal. Leur solde d'ailleurs comme pour l'ensemble des fonctionnaires fut multipliée par trois. Bref au lieu de faire de l'emphase avec rappel incessant à l'esprit munichois et l'Anschluss, Françoise Thom ferait mieux de se fier aux faits, et aux documents. D'ailleurs ça lui permettrait de s'intéresser à des choses concrètes, comme les preuves absolument irréfutables de l'implication des États-Unis dans cette affaire. C'est moins romanesque mais au moins c'est du concret. Et c'est ce qui compte pour une historienne il nous semble.

Ce qui nous intéresse aussi ici et qui nous paraît tout autant surréaliste c'est que Le Monde laisse de la part d'une historienne qui sévit sur France Inter et qui a ses entrées et ses titres, paraître deux articles aussi foireux, il n'y a pas d'autres mots. Car comment laisse-t-on publier cela sans un sourire en coin si on est sérieux, ou un «merci» si c'est une commande éditoriale pour appuyer une couverture presse qui à l'époque était maximaliste dans ce sens ? Le Monde des Young Leaders et de Pierre Bergé n'attendait sans doute que cela.

Cela avait lieu tout les jours à toutes les sauces : matraquage, Une outrancière, sophisme, oublis fâcheux et inversions accusatoires ; elle a juste apporté sa pierre à l'édifice, et de quelle manière. Mais elle n’était pas loin de se voir ravir la palme de la désinformation la plus éhontée, sans vergogne même, que Marie Mendras CNRS/Sciences Po lui a disputée fort longtemps.

Olivier Berruyer particulièrement halluciné (encore une fois) par ce qu'il avait lu ou entendu lui a réservé un magnifique dossierintitulé Marie Mendras, Chronique du mensonge ordinaire pour lui répondre point par point et dénoncer la bassesse de vue ou la bêtise crasse. Ce que les faits entre-temps auront permis de largement démontrer. Cela aura valu aussi au CNRS de recevoir un certain nombre de lettres et mails des lecteurs de son blog qui se sont mobilisés pour demander des comptes. Comment peut-on laisser, se demandaient-ils, au nom du CNRS et présentée comme telle, parler une personne pour dire autant d'âneries toutes démontables en moins de cinq minutes et démontrant qu'on laisse parler de manière légitimée quelqu'un d'incompétent, pavlovien et qui ne connaît pas le dossier? Ça en a irrité plus d'un apparemment de voir quelqu'un se répandre dans les médias avec le label CNRS utilisé pour légitimer auprès du public des propos régulièrement mensongers et bien évidemment en faveur de Kiev et de Washington.

On invitera le lecteur à se référer largement au dossier sur Marie Mendras pour juger sur pièces.

Frédéric Dedieu

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