La politique iranienne de BHO et le sort de Dennis Ross

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Les “petits signes” se multiplient, d’une distance décidément de plus en plus marquée de l’administration Obama vis-à-vis d’Israël, en connexion avec l'évolution de la politique iranienne des USA. Dans ce cas, il s’agit de ce qui semble être la marginalisation de Dennis Ross au département d’Etat.

La nomination en janvier 2009 de Ross, agent sioniste notoire, comme “envoyé spécial pour l’Iran”, avait été considérée comme une concession majeure d’Obama au lobby sioniste et à Israël. Il semblerait apparaître que Ross a été marginalisé par des manœuvres bureaucratiques, notamment menée par le poids lourd Richard Holbrooke, “envoyé spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan”. C’est Wayne Madsen qui l’écrit, ce 9 avril 2009, dans OnLine Journal. La nouvelle est d’autant plus intéressante qu’elle vient de Madsen, journaliste indépendant et “dissident” notoire du système, et adversaire déterminé de l’influence israélienne. Comme tous les indépendants de cette sorte, Madsen a l’habitude plutôt de noircir le tableau de la pénétration israélienne et son information, qui implique un sévère revers de cette pénétration, est d’autant plus à considérer.

«Former pro-Israel Washington Institute for Near East Policy (WINEP) director Dennis Ross, named by Secretary of State Hillary Clinton as her special envoy for Iran, has been sidelined at the State Department by Clinton’s special envoy for Pakistan and Afghanistan Richard Holbrooke, according to informed sources at the State Department.

»In fact, Ross was purposely kept out of the loop on the recent landmark meeting between Holbrooke and Iranian Deputy Foreign Minister Mehdi Akhundzadeh in The Hague at a conference on Afghanistan. WMR was told that Holbrooke effectively snatched the Iran portfolio from Ross and that while Ross has an office on the seventh floor of the State Department, he has little responsibility over America’s new opening to Iran.

»Ross served as director of Policy Planning for the State Department under President George H. W. Bush and special Middle East envoy under President Bill Clinton. Ross earned the enmity of Palestinian peace negotiators as a result of his unabashedly pro-Israeli views. Ross hosted Vice President Dick Cheney at the October 2007 WINEP “Weinberg Founders Conference” where Cheney delivered a blistering attack on Iran. There have been recent reports that Cheney ensured that a “stay behind” network of neoconservatives loyal to Cheney remained in key positions in the Obama administration. Given Ross’ previous role as a key player in the Project for the New American Century (PNAC), he appears to fit the bill as one of the stay behind players, albeit now without portfolio.»

Une nouvelle exactement inverse est donnée dans The Nation, le 8 avril 2009, par Robert Dreyfuss (lui aussi plutôt à classer dans les “dissidents” et lui aussi adversaire de la pénétration israélienne mais beaucoup plus à gauche que Madsen). L’information développée par Dreyfuss s’appuie d’abord sur une réfutation de ceux qui (comme Madsen) jugent Ross “marginalisé”, tout en reconnaissant que cette interprétation officieuse est largement répandue; sa réfutation est substantivée par ce seul paragraphe:

«But diplomats and Middle East watchers hoping Ross would be sidelined are wrong. He is building an empire at the State Department: hiring staff and, with his legendary flair for bureaucratic wrangling, cementing liaisons with a wide range of US officials. The Iran portfolio is his, says an insider. “Everything we've seen indicates that Ross has completely taken over the issue,” says a key Iran specialist. “He's acting as if he's the guy. Wherever you go at State, they tell you, ‘You've gotta go through Dennis.’”»

D’une façon générale, entre deux interprétations en sens si complètement contraires, nous privilégions celle de Madsen parce que cette interprétation est confirmée par une multitude de faits, dont le plus significatif est certainement l’absence de Ross à La Haye, à la conférence sur l’Afghanistan à laquelle participait l’Iran. La rencontre USA-Iran a été contrôlée de bout en bout par Clinton et Holbrooke. D’ailleurs, Dreyfuss admet que la position de Ross qu’il décrit est quelque peu contradictoire avec la politique d’Obama, justement, et il ne donne aucune autre explication («It's paradoxical that Obama, who made opening a dialogue with Iran into a crucial plank in his campaign, would hand the Iran file to Ross»).

Nous suivons donc plutôt l’interprétation de Madsen, qui confirme une tendance générale dont on a eu plusieurs exemples ces dernières semaines, et à laquelle même le départ de l’ambassadeur Freeman du fait du lobby pro-israélien AIPAC participe. Cette évolution a un rapport direct avec l’évolution de la politique iranienne des USA avec l’administration Obama.

Quoi qu’il en soit, un facteur important doit être également pris en compte, qui est la concurrence bureaucratique avec les ambitions qui vont avec. Il est manifeste que Richard Holbrooke, incontestable poids lourd diplomatique, perçu sans aucun doute comme un “faucon” souvent proche des néo-conservateurs dans son approche des questions diplomatiques, tend à devenir un partisan de la ligne réaliste, voire modérée sur la question iranienne. Il y a cela deux raisons qui ont un aspect effectivement diplomatique mais, aussi et surtout, un aspect bureaucratique.

• Holbrooke est en charge de l’Afghanistan et du Pakistan. L’Iran n’est pas dans ses attributions mais l’Iran joue un rôle qui peut devenir fondamental dans la question afghane. Aussi Holbrooke, qui cherche à faire avancer le dossier afghan, cherche un rapprochement avec l’Iran pour avoir son aide dans la question afghane. Au Brussels Forum du 22 mars 2009, Holbrooke a passé son temps dans les couloirs à clamer la nécessité d’un arrangement avec l’Iran. En conséquence de cette position générale, on comprend évidemment que Holbrooke est opposé à la démarche de confrontation implicite de Ross.

• Holbrooke est ambitieux et n’a de cesse de renforcer son poids au sein du département d’Etat. Sa fonction l’invite à tenter de récupérer l’Iran dans sa zone d’influence, d’autant que la logique géopolitique l’y pousse, comme on le voit ci-dessus et comme on l’a vu à La Haye, à la conférence sur l’Afghanistan, où il s’est chargé avec Hillary des conversations avec l’Iran. Pour obtenir des résultats, d’ailleurs toujours conformément à la logique politique, il doit rechercher un accord avec l’Iran, donc favoriser une approche conciliante des relations US avec l’Iran. De ce point de vue également, Holbrooke est un ennemi juré de Ross.

Un dernier point important pour alimenter cette partie de notre dossier est le constat qu’Holbrooke, vieux routier de l'administration Clinton où il joua un rôle central (crise des Balkans, guerre du Kosovo), est beaucoup plus proche d'Hillary Clinton que Ross, outre qu’il est d’un poids d’influence plus important. Hillary Clinton elle-même semble baser son approche générale des affaires sur une vision réaliste et modérée, ce qui ne la rapproche ni d’Israël, ni de Ross.


Mis en ligne le 11 avril 2009 à 12H58

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