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3 novembre 2026 – Je vais reprendre un passage de notre commentaire du texte publié hier, sur la Pologne. Il est vrai qu’on a pu s’étonner, — moi le premier, vous n’en doutez pas, — de voir figurer Talleyrand dans les premières lignes. Vous n’ignorez pas, — comme moi-même, sans aucun doute, — que ce Talleyrand est bien l’un de mes héros favoris de l’épopée française ; énigmatique, dédaigneux, corrompu et homme d’argent, incroyable tacticien, et tout cela, de “trahison” en “trahison” comme disent les moralistes, comme s’il était effectivement « immobile » dans cette tempête.
Le passage dit ceci :
« Baptisons-la par plaisanterie (?) sémantique, comme une nouvelle catégorie de cette époque crisique si surprenante, — une “situation paroxystique de blocage crisique” ; une sorte très originale de “paroxysme immobile” (pour l’instant) rejoignant un peu le portrait de Talleyrand que fit Emmanuel de Waresquiel. Il habilla ce personnage en apparence si retenue et énigmatique d’un « Talleyrand, prince immobile ». Il désignait paradoxalement, c’est-à-dire à l’aide de l’outil du paradoxe dont Talleyrand était lui-même si friand, un homme qui avait tant agi et exercé tant d’influence pour maîtriser les situations les plus tendues de cette terrible période crisique. »
J’avais été certes impressionné par un certain silence des événements (et des nouvelles par conséquent) qui avait suivi le coup de tonnerre du “coup d’État” de la nuit du 30 au 31 à Varsovie. Certes, la réalité est toute autre puisqu’une bataille juridique sévère est engagée entre les européistes de Tusk poussé comme par un Panzer V Panter en la personne d’Ursula conseillée par le stratège de génie Merz. Enfin, j’évoque, rien d’autre, — par images gracieuses, n’est-ce pas.
Donc, pendant 48 heures, on a cru la crise, — subcrise, e, réalité, puisque crise née de la “mère de toutes les crises en Europe”, — devenue “immobile”, comme Talleyrand. Et, comme Talleyrand, cette subcrise pseudo-immobile préparait un énorme tourbillon crisique, — un de plus, au reste, —que nous allons devoir affronter.
La chose, commentée hier par Christoforou et Mercouris (C&M), amena Mercouris à évoquer la première rencontre avec son complice ; il y a près de dix ans, qui allait déboucher sur ‘TheDuran’.
« Je ferais référence à une conversation que nous avons eue bien plus tôt, lors de notre toute première rencontre, en nous promenant dans un parc si vous vous en souvenez. Nous discutions de la situation en Europe, chacun de notre côté puis ensemble.
Puis nous avions alors affirmé que le problème fondamental en Europe résidait dans l'existence d'un véritable centre de pouvoir, qui a considérablement renforcé son influence depuis cette conversation. Ce centre, situé à Bruxelles, s'arroge le droit de décider, devient de plus en plus obsessionnel dans la mise en œuvre de ses propres politiques, n'est fondamentalement pas élu et donc irresponsable, et étend sans cesse son pouvoir sur les États membres.
Je me souviens très bien de cette conversation, et c'est là la clef de tous les problèmes, et notamment du problème que nous observons actuellement en Pologne. Je souscris d'ailleurs à l'expression “coup d'État judiciaire”. Un coup d'État, c'est un acte manifestement illégal qui touche au pouvoir politique et gouvernemental. »
Lorsque je parle d’“immobilité” en citant le titre du livre sur Talleyrand, désignant cet homme comme “immobile” alors qu’il fut sans doute l’homme le plus actif et le plus influent de cette terrible période (1790-1815), c’est parce que je trouve à cette GrandeCrise quelque chose de Talleyrand. Elle est partout, elle régente tout, elle est la cause de tout, et pourtant nul ne la voit ni ne l’identifie, comme si elle n’existait pas ou plutôt ne bougeait pas. Elle correspond curieusement à la vision qu’a Mercouris de l’UE, mais par le processus, sans rien dire d’elle-même, et dans une voie qui est peut-être vertueuse là où la voie de l’UE est catastrophique...
« Ce centre, situé à Bruxelles, s'arroge le droit de décider, devient de plus en plus obsessionnel dans la mise en œuvre de ses propres politiques, n'est fondamentalement pas élu et donc irresponsable, et étend sans cesse son pouvoir sur les États membres. »
Par exemple, puisque c’est la cause immédiate de cette improbable hypothèse que je déroule, il est vrai que la GrandeCrise est bien entendu la cause fondamentale de cette sorte d’activisme hystérique de l’UE, qui conduit cette organisation à l’autodestruction garantie et sur mesure. Mais hors la Pologne, regardez ailleurs : l’Ukraine, l’Iran, les États-Unis suspendus à leur vote d’aujourd’hui, et tant d’autres : toutes ces subcrises apparaissent et disparaissent au gré de la houle formidable parsemée de coups de tabac de cet océan sans fin qu’est la GrandeCrise.
Son immobilité talleyrandesque crée un formidable désordre qui va se transmuter en ce chaos où apparaitront tous les éléments, d’abord épars et sans liens apparents, — espérons, éléments d’un ordre nouveau, sans savoir quoi d’autre proposer pour nourrir notre ironique espérance.
Au plus nous avançons dans toutes ces subcrises européennes qui sont liées comme autant de ribambelles de miroirs-déformant reproduisant la même image de plus en plus hideuse, — les enfantements successifs des hideuses sorcières, Ursula et la Kalas, — se pose la question : “Pourquoi fais-tu cela, Bruxelles” ? On écarte la réponse de l’idéologie pervertie (globalisme) et du satanisme, qui règle tout par l’Armageddon finale entre l’En-Dessous et l’Au-Dessus qui conduit à l’Au-Delà... Non que je n’y crois pas, et peut-être au contraire, mais parce que nous choisissons pour l’instant d’évoluer dans les mondes des apparences que sont les narrative terrestres, ce qui permet de débattre, puisque que j’ai choisi cette voie plutôt que le repli sur la méditation...
On écarte aussi la réponse-bateau sur les révélations à répétition, des révélations connues depuis des décennies, sur l’intervention US dans le processus européen via Monnet et compagnie, — du département d’État, du Plan Marshall, de l’OTAN (doit la création fut demandée par les Anglais et les Français), de la CIA (d’une façon souvent très ouverte dans la mesure où l’influence US était quasiment officielle). Tout cela a été largement documentée dcpuis les années 1970-2000, avec de nombreux livres utilisant des archives officielles abondantes, officielles et autres, — dont « L'influence américaine sur la politique française, 1945-1954 » de Irwn M. Wall paru en 1989 en français (et en 1991 en anglais, Wall ciblant d’abord, dans un texte beaucoup plus long, le public français) et « Qui mène le jeu ? La CIA et la guerre froide culturelle » ( « Who paid the Piper ? ») de l’Anglaise Frances Stonor Saunders, paru en 1999. Mais cette influence américaine n’avait, pour les américanistes, que des buts d’influence stratégiques, économiques et culturelles, d’ailleurs souvent réclamées avec enthousiasme par les influencés eux-mêmes. Les USA ignoraient exactement vers quoi allait une Europe plus ou moins unie, et s’en désintéressant complètement sauf pour les domaines concernés.
Note de PhGBis : « Assez curieusement, leur intérêt s’éveille aujourd’hui par les lubies du ‘Fool on the Hill’, Donald Trump, qui soutient avec ferveur les volontés d’indépendance souveraine contre l’UE, de pays comme la Hongrie, la Pologne, etc. Complète inversion par rapport à ce que les antiaméricanistes ne cessèrent de reprocher aux USA... »
Et dans ce cas historique, oui, pourquoi l’UE a-t-elle évolué comme elle l’a fait, vers une autodestruction assurée ? Je crois avoir une hypothèse déjà présente dans le membre de phrase sur l’influence américaniste “souvent réclamée avec enthousiasme par les influencés eux-mêmes”. Plus qu’“influence”, parlons même de “fascination”, dans cette étrange entreprise dystopique qui prétendait rechercher une indépendance allant même jusqu’à la notion d’“Europe-puissance”...
Note de PhG Bis : « ... Notion à laquelle PhG n’a jamais vraiment cru, tout comme à la notion d’“Europe” d’ailleurs... Mais à quoi pouvoir croire dans ces temps étrange, dont l’étrangeté commence dès la fin de la Deuxième Guerre, à la “Libération” aussitôt personnifiée par une autre soumission, ou “Collaboration”-new look avec l’American Dream, acceptée sinon réclamée avec enthousiasme ?! »
En d’autres termes, et cela d’ailleurs dit explicitement, la construction européenne avait pour but de devenir les États-Unis d’Europe (Giscard affectionnait cette image d’Épinal) en suivant le modèle américain.
Pour l’UE telle qu’elle évoluait, qu’est-ce que c’était que le “modèle américain” ? Comment l’imiter ? Eh bien, en créant d’abord et surtout un “Washington D.C.” européen (Bruxelles D.C. ?), qui rassemblerait à la schlague tous les pays européens et les dirigerait d'une main de fer. Bureaucratie pour bureaucratie, n’est-ce pas, et loin des inconvénients des scrutins démocratiques. Ainsi Bruxelles percevait-elle l’imitation des USA et la constitution des États-Unis d’Europe. Mais le plan avait quelques trous de taille que ces messieurs-dames, fort peu cultivés, ne distinguèrent nullement :
• Washington D.C. n’a nullement créé l’Amérique. Il s’est développé peu à peu et n’est vraiment devenu ce qu’il est (ce que cherche à imiter l’UE) qu’en 1945, alors que “la partie”, — c’est-à-dire le projet des Pères Fondateurs, — était perdue par la perversion du développement américaniste, entre la puissance du complexe militaro-industriel, de Hollywood, et celle des industries et technologies de la communication qui démarraient à cette époque. L’UE a voulu imiter ce qui est certainement le plus grand ratage de l’histoire de la modernité, et peut-être même de l’histoire tout court. D’ailleurs, même complètement invertie, l’analogie a du bon : la haine de nombre de citoyens américain pour le centre washingtoniens se retrouve assez bien dans la haine de nombre d’Européens pour Bruxelles.
• Les “pays” attirés par le centre n’existaient évidemment pas, à partir des “treize colonies” de l’indépendance de 1776, occupant un territoire mineur des actuels USA. Des espaces furent conquis par la force, annexés, rachetés (l’immense Louisiane bradée par les Français, Talleyrand pas toujours infaillible et Napoléon en tête, pour 10 $millions à un Jefferson réticent qui n’était intéressé que par La Nouvelle Orléans), etc. Cela s’adapta, entre une guerre d’annexion contre le Mexique et une Guerre de Sécession gagnée grâce aux chemins de fer dont le ministre de la Guerre nordiste était un des gros actionnaires, plus ou moins à mesure que des migrations et le développement industriel l’exigeaient, soutenus très rapidement par une conception messianique et impérialiste écrasante. Cela n’a strictement rien à voir avec le développement de l’UE, c’en est même l’exact contraire.
L’analogie implique non pas une fascination pour un rêve réussi (‘American Dream’, évidemment) mais une fascination invertie pour le cauchemar catastrophique du rêve trahi, — ‘The American Nightmare’ de Henry Miller... ‘Mission Accomplished’, Bruxelles !
C’est là, je l’avoue enfin, que je place, comme garant de la poursuite de la folie autodestructrice jusqu’à son terme, notre superbe analogie talleyrandesque. Le Grand Ordonnateur Immobile qu’est la GrandeCrise observe tout cela comme on observe un ver au bout d’un hameçon. C’est lui qui mène la danse (“Wno Pays the Piper”) sans même bouger un cil, comme Talleyrand écoutant dans une extraordinaire immobilité énigmatique (la scène dura plusieurs heures, avec d’autres personnes présentes) l’Empereur écumant de rage lui crachant au visage (immobile) :
« Vous n’êtes que de la merde dans un bas de soie ! »
Pas de réponse. L’autre est là, impassible et énigmatique. Il écoute les vents de la tempête future se lever. Il est déjà la Statue de l’Ordonnateur qui anime la GrandeCrise qui va nous dévaster.