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Tout le monde sait que Donald Trump est un narcissique, avec un « n » minuscule. Le Narcisse majuscule de la mythologie grecque tomba amoureux de son propre reflet dans un étang, tomba à l’eau et se noya. Trump a simplement une image démesurée de lui-même.
Ou, si nous choisissons d’exagérer un peu, juste pour pimenter l’histoire, on pourrait dire qu’il souffre d’un trouble de la personnalité narcissique (NPD), un trouble mental caractérisé par un comportement grandiose à long terme, un besoin intense d’être admiré et un profond manque d’empathie. En suivant ce raisonnement jusqu’à sa conclusion logique, nous pouvons prédire l’évolution de sa maladie cérébrale vers son aboutissement inévitable : la psychose. Alors, faisons-le, juste pour le plaisir ! J’ai adapté ce qui suit à partir des travaux de Gleb Smith, un psychiatre clinicien qualifié.
Le trouble de la personnalité narcissique se caractérise par un sentiment persistant de grandeur personnelle qui nécessite une confirmation constante. Le patient dépend du reflet qu’il voit chez les autres, mais reste capable de confronter son image de soi à la réalité. Il sait que sa grandeur nécessite une confirmation et tente de manipuler son environnement de manière à en obtenir un flux constant.
S’il y parvient, ce flux constant d’admiration émousse son sens critique, qui finit par s’atrophier. Cela conduit au stade II de la progression de son trouble, qui se caractérise par des délires de grandeur ou de mégalomanie. Le sens critique est perdu et sa grandeur personnelle devient un axiome — ne nécessitant plus de confirmation. Les informations qui contredisent l’axiome ne corrigent plus sa compréhension de la réalité, mais sont intégrées dans un système de pensée délirant.
Tout ce qui est nécessaire pour passer au stade II est un excès de confirmation. Un entourage composé exclusivement de flatteurs et de personnes prêtes à tout pour bloquer toute critique négative favorise naturellement cette issue. Une fois que notre patient atteint le stade II, l’idée de sa grandeur personnelle, qui continue de recevoir une confirmation constante et devient le centre de la plupart de ses activités, n’est pas encore totalement coupée de la réalité. Mais le seuil de preuve devient de plus en plus bas pour les faits qui confirment la grandeur et de plus en plus élevé pour ceux qui la contredisent.
La transition critique vers le stade III se produit lorsque l’idée de grandeur commence à générer la réalité au lieu d’être confirmée par celle-ci. Cela s’accompagne d’une accumulation de « coïncidences magiques » : les succès, y compris ceux qui relèvent du délire, sont considérés comme le résultat direct du processus de pensée du patient : « Je l’ai pensé, et c’est arrivé ! »
Les personnes de haut rang, telles que le président des États-Unis, ont tendance à s’entourer de personnes désireuses de leur plaire en leur donnant satisfaction de toutes les manières possibles, en anticipant leurs besoins et leurs désirs et en accomplissant diverses tâches sans qu’elles le leur demandent. Le filtre mental narcissique élimine alors les étapes intermédiaires : non pas « je suis influent et les gens réagissent en conséquence », mais « je veux que cela se produise, et cela se produit ». En effet, « ma conscience façonne le monde ». Le point final de ce processus est un délire solipsiste à part entière, bien au-delà de la simple mégalomanie, comme dans « Je suis le plus grand », et fermement ancré dans une réalité hallucinatoire, comme dans « La réalité est le produit de ma conscience ».
Nous retraçons maintenant la trajectoire de Trump au cours de l’année écoulée.
Janvier 2025, investiture. Trump déclare : « L’âge d’or de l’Amérique commence maintenant ! » L’« âge d’or » ne viendra pas, ne commencera pas — il a déjà commencé. La réalité a été modifiée par la simple présence de Trump, car elle est le produit de sa pensée.
Février-mars 2025 : tester les limites. Trump publie une série de décrets présidentiels qui retirent les États-Unis d’un certain nombre d’organisations internationales (Organisation mondiale de la santé, Accord de Paris sur le climat, diverses agences des Nations unies). Ce faisant, Trump suit une logique interne : « Ces structures internationales prétendent pouvoir limiter l’expression de ma volonté, mais ma volonté est illimitée et ces structures sont donc imaginaires. Je dois donc prouver qu’elles n’existent pas. »
Avril-juin 2025 : élargissement des frontières. Trump exprime des prétentions territoriales : Panama, Canada, Groenland. Au début, il les exprime comme une plaisanterie, mais elles deviennent ensuite sérieuses. Il teste le terrain : « Puis-je parler d’expansion territoriale sans rencontrer de résistance sérieuse ? » Le résultat : oui, il le peut. Il peut désormais étendre les frontières de son domaine simplement en y pensant.
Juillet-octobre 2025 : élimination des contrôles internes. Trump prend une série de décisions impulsives, augmentant et diminuant les droits de douane et proférant des menaces à l’encontre de ses alliés et de ses concurrents. Les adultes dans la pièce sont écartés. Toutes les personnes admises à la Maison Blanche sont entièrement loyales. Personne ne peut affronter Trump et lui dire : « Vos droits de douane sont une taxe pour les consommateurs américains et sont inflationnistes. » La conscience solipsiste de Trump est entièrement cloisonnée.
Novembre-décembre 2025 : préparation de la percée. Le plan de guerre contre le Venezuela est élaboré. Un moment critique survient lorsque les généraux du Pentagone déclarent que c’est risqué, mais Trump insiste et ils obéissent. C’est une nouvelle confirmation : « Même ceux qui contrôlent l’armée se plient à ma volonté ! »
3-4 janvier 2026 : l’opération au Venezuela. Nicolas Maduro est kidnappé. L’opération est techniquement un succès. La logique interne de Trump est respectée : il a pensé, il a ordonné, cela a été exécuté, l’ennemi est en prison. Cela confirme le lien direct entre sa volonté et le résultat, même lorsqu’il s’agit d’enlever des chefs d’État.
5-7 janvier 2026 : une cascade de menaces. Trump menace publiquement huit pays en parallèle. Pourquoi tous en même temps ? Parce que sa logique interne a changé : « Si je peux faire cela au Venezuela, je peux le faire à n’importe quel pays ! »
7 janvier 2026 : rupture avec l’ordre mondial. Le mémorandum de Trump retire les États-Unis de 66 organisations internationales. C’est une démonstration publique : « Les organisations mondiales n’existent pas ! »
8 janvier 2026 : « Ma propre moralité ». Trump accorde une interview au New York Times. Lorsqu’on lui demande s’il existe des limites à son pouvoir, il répond : « Ma propre moralité. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter. » C’est la formulation parfaite du délire solipsiste, énoncée devant un public mondial. Pourquoi ferait-il cela ? C’est un autre test : « Si je dis cela à haute voix et que le monde ne réagit pas, alors mon pouvoir est vraiment illimité. »
21 janvier 2026 : Discours de Trump à la conférence de Davos. Ce qui est remarquable dans ce discours, c’est le nombre d’erreurs factuelles commises par Trump. Il est clair qu’à ce stade, il ne s’intéresse plus aux faits rapportés par les autres : il invente les siens. En d’autres termes, Trump vit dans sa propre réalité. La liste suivante, compilée avec l’aide de Grok (désolé, mais parfois l’IA permet de gagner beaucoup de temps en passant au crible des anecdotes ennuyeuses), résume certaines de ses erreurs factuelles.
Le 16 janvier 2026, Club Orlov – Traduction du ‘Sakerfrancophone’
Depuis quelques temps, des gens indélicats retraduisent “mal” en anglais nos propres traductions sans l’autorisation de l’auteur qui vit de ses publications. Dmitry Orlov nous faisait l’amitié depuis toutes ses années de nous laisser publier les traductions françaises de ses articles, même ceux payant pour les anglophones. Dans ces nouvelles conditions, en accord avec l’auteur, on vous propose la 1ere partie de l’article ici. Vous pouvez lire la suite en français derrière ce lien en vous abonnant au site Boosty de Dmitry Orlov.