Il n'y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.
• Il paraît que la Chine a coutume de nous apparaître comme une énigme, comme si nous étions la référence irréfragable du jugement sur cette sorte de chose. • L’analyste Elena Fritz nous montre que la Chine, par la voix de son ministre, s’est dévoilée sans la moindre malice lors de la conférence de Munich. • Certains autres, comme ‘Karim’, se demandent plutôt si la Chine ne risque pas de tomber dans ;le piège de la pyromanique Amérique : bonne question sans réponse et l’énigme concerne alors nos convulsions transatlantiques et epsteiniennes.
_________________________
Pendant des millénaires, la Chine sembla à part du reste, ou plutôt le reste ne comprenait rien à la Chine qui vivait parfaitement sans qu’on la comprenne. Après près de deux siècles d’atrocités et de violences intérieures, d’invasions et de pressions extérieures, la Chine a retrouvé une sorte d’équilibre, et aussi bien restauré sa fonction d’énigme dans la perception occidentale.
Il y a plusieurs façons d’observer cette énigme. Elena Fritz choisit de livrer une analyse parfaitement équilibrée et rationnelle de la position de la Chine dans la situation internationale, telle qu’on peut réellement la percevoir à partir du discours du ministre des affaires étrangères à la conférence de Munich. En un sens, la Chine reste une énigme mais elle est présentée comme organisant cette énigme d’une façon harmonieuse, équilibrée, – et bien sûr, par-dessus tout, indépendante. Toutes les grandes orientations sont sauvegardées sinon protégées, et rangées de façon à ce qu’aucune n’interfèrent abusivement sur une autre. Dans ce cas, nous avons le spectacle d’une Chine qui maîtrise son destin, qui le justifie à ses propres yeux et aux yeux des autres, et qui semble nous dire : “Mais qu’est-ce que vous attendiez d’autres ?”, –et nous restons cois... Après tout, l’on réalise aisément que l’énigme, c’est peut-être nous, – nous, le monde transatlantique avec ses convulsions epsteiniennes, par rapport à la Chine !
« La Chine à Munich: les règles de la politique de grande puissance mises en pratique »,
C’est le titre du texte d’Elena Fritz (sur ‘Telegram’ et sur ‘euro-synergies.hautetfort.com’), construit harmonieusement, comme le modèle qu’elle dépeint dans l’esprit de savoir le visage réel que cette puissance nous a présentés :
« La Chine à Munich...
« L'agitation autour des déclarations de Wang Yi lors de la Conférence de Munich sur la sécurité méconnaît l'essentiel. La Chine n’a pas changé de camp à Munich. La Chine a défini son rôle. Ceux qui veulent comprendre ce qui s’est passé doivent abandonner l'idée fixe que les grandes puissances s’engagent durablement.
Ce que Pékin a pratiqué à Munich, c’est de la politique de grande puissance classique. Il ne s’agissait ni de la Russie, ni de l’Europe, ni de l’Ukraine — il s’agissait de se positionner dans l’échiquier mondial du pouvoir.
Premièrement, la Chine a démontré son autonomie stratégique. Wang Yi a consciemment envoyé trois messages simultanément: partenariat avec l’Europe, dialogue avec les États-Unis, et poursuite de la coopération avec la Russie. Cette démarche multipolaire n’est pas le fruit du hasard, mais une méthode. Elle indique que la Chine ne fait pas partie d’un bloc, mais constitue un pôle indépendant.
Deuxièmement, la Chine a déplacé le cadre des négociations. Le soutien à un rôle accru de l’Europe n’est pas une concession à Bruxelles. Il sert à relativiser la puissance monopolistique de Washington. Lorsque l’Europe est à la table, une structure multipolaire se met en place automatiquement. En même temps, la Russie sort de l’isolement, sans que la Chine ait à prendre ouvertement parti. Pékin étend ainsi sa zone d’influence dans l’espace diplomatique.
Troisièmement, la Chine s’est posée en médiateur incontournable. La combinaison de rhétorique du dialogue politique, d’aide humanitaire et de l’accent sur l’intégrité territoriale crée une légitimité. La Chine devient ainsi un acteur auquel aucun futur format de négociation ne pourra échapper. En même temps, elle ne prend aucune responsabilité quant au résultat. C’est une stratégie optimale: influence sans risque.
Quatrièmement, la Chine a gagné du temps. La stabilité en Europe est nécessaire économiquement pour Pékin. Toute escalade mobilise des ressources, augmente l’incertitude et met en danger les relations commerciales. Par une rhétorique modératrice, la Chine crée de l’espace pour sa propre ascension économique et technologique.
Cinquièmement, la Chine a montré à tous que les partenariats sont relatifs. Les déclarations sur d’éventuelles perspectives positives dans les relations avec les États-Unis ne sont pas en contradiction avec la coopération avec la Russie. Elles montrent plutôt que la Chine maintient des options ouvertes et n’accepte aucune dépendance stratégique.
La leçon essentielle pour l’Allemagne et l’Europe est évidente. Dans un monde multipolaire, ce n’est pas la rhétorique morale qui prime, mais la pertinence structurelle. Ceux qui restent indispensables économiquement et technologiquement seront intégrés. Ceux qui peuvent être remplacés seront évités.
Munich n’était donc pas un lieu de changement de cap pour la Chine. C’était la démonstration d'une logique de puissance. Alors que l’Europe pense encore en termes de loyauté et de communauté de valeurs, d’autres acteurs agissent selon des intérêts à long terme. Ceux qui ne comprennent pas ces règles du jeu ne façonnent pas, ils réagissent. »
Il y a une autre façon de voir, qui n’est ni contradictoire ni concurrente de celle d’Elena Fritz, mais qui simplement place la Chine telle qu’elle fait face à son principal concurrent, son unique concurrent. La Chine, dans ce schéma, est l’infinie patience de la Chine, construite sur des millénaires de sagesse, tandis que le pyromane est l’Amérique plongée dans les folles agitations qu’on sait.
Un auteur s’arrête avec angoisse à cette question ; il signe sous le nom de ‘Karim’, dans un texte écrit pour BettBeat Media, le 13 février 2026, et repris par ‘Spirit of Free Speech’ le 15 février 2026 ; très long texte dont nous ne donnerons que la conclusion après sa présentation de tête. Cette conclusion marque toute l’incertitude angoissée de l’auteur, qui en appelle en désespoir de cause à « la révolution », cet étrange concept d’un autre temps qui eut tout de même la particularité de ravager la civilisation occidentale jusqu’à en faire la satire d’elle-même :
« La stratégie chinoise du long terme vs le pyromane américain
» Nous sommes piégés entre deux catastrophes : la soumission & la guerre. L’Empire a veillé à ce qu’il n’y ait pas d’autre issue. Il a anéanti toute autre possibilité. Sauf une. La révolution. »
‘Karim’ juge que l’Amérique, – le pyromane, – n’acceptera jamais que la Chine établisse la durée de sa patience pour construire une alternative à ce que lui-même, l’Empire, entendait imposer au monde. Il juge qu’à ce compte, peut-être vaut-il mieux une confrontation immédiate plutôt que de subir des attaques incessantes du nihilisme américaniste attaché à la seule tâche de la déconstructuration du monde, donc de la Chine en priorité.
Voici comment il termine cette longue description de ce qu’il ne peut s’empêcher de juger comme l’agonie de la patience...
« La question
Je reviens donc au point de départ.
Ai-je tort d’exiger une confrontation ? Peut-être. Si la confrontation signifie l’apocalypse, alors oui, j’ai tort.
Ai-je tort de douter de la stratégie de long terme ? Peut-être. Si attendre signifie survivre, si survivre signifie gagner, si le pyromane finit par manquer de combustible, alors oui, j’ai eu tort de douter.
Mais voici ce que je ne peux pas admettre :
La stratégie du long terme exige que la Chine reste ce qu’elle est : un pays bâtisseur et commerçant, qui gagne en construisant plutôt qu’en détruisant. Cependant, la stratégie de l’Empire est conçue pour rendre toute démarche constructive impossible. Chaque port devient une cible. Chaque allié un coup d’État en puissance. Chaque investissement devient vulnérabilité.
Voilà pourquoi la Chine construit des bases militaires en mer de Chine méridionale. Voilà pourquoi elle développe son arsenal nucléaire. Elle développe également des missiles hypersoniques, des porte-avions et tout l’arsenal de destruction qu’elle semblait autrefois rejeter.
Est-ce de la sagesse ? Est-ce la protection indispensable d’un bâtisseur contraint de se défendre contre des incendiaires ?
Ou s’agit-il de la véritable victoire de l’Empire : non pas vaincre la Chine, mais la faire basculer ? Forcer le bâtisseur patient à devenir une puissance militaire, un maillon supplémentaire du cycle sans fin de la course à l’armement, des guerres par procuration et de la destruction mutuelle assurée ?
Un jour, quelqu’un a fait remarquer que le plus grand succès d’Hitler n’était pas l’Holocauste lui-même, mais plutôt d’avoir transformé ses victimes en ses plus fervents adeptes. Israël, né d’un génocide, commet aujourd’hui un génocide. La victime devient le bourreau. La leçon retenue n’est pas “plus jamais ça” mais “plus jamais ça pour nous — et nous ferons le nécessaire pour nous en assurer, y compris devenir ce qui nous a détruits”.
L’Empire ne peut tolérer un monde où les alternatives prospèrent pacifiquement. Il s’assure donc que la paix soit impossible. Il contraint ses adversaires à choisir entre soumission et militarisation. Dans les deux cas, l’Empire est gagnant : soit il maintient sa domination, soit il s’assure que l’alternative qui le remplace lui ressemble.
« Ce que je sais — et ce que je ne sais pas
Je sais que l’Empire est en train de mourir. Je sais que sa mort ne sera pas indolore.
Je sais que la Chine joue le long terme. Je sais que ce pari a donné des résultats extraordinaires : une nation de paysans devenue la première puissance économique mondiale en une seule génération, sans les invasions et colonisations qui ont jalonné l’ascension au pouvoir de toutes les autres nations.
Je sais que l’Empire ne peut tolérer ce succès. Il fera tout, absolument tout pour empêcher l’émergence d’un monde offrant d’autres alternatives de prospérer.
Je ne sais pas si la patience peut résister au pyromane. Je ne sais pas si le long terme tiendra quand l’autre joueur brûle l’échiquier. J’ignore si la Chine peut rester ce qu’elle est, un bâtisseur, ou si l’Empire parviendra à lui imposer son modèle.
Je ne sais pas si j’ai tort d’exiger la confrontation. Je ne sais pas si j’ai tort de douter de la patience.
Je sais seulement que nous sommes piégés entre deux catastrophes : celle de la soumission et celle de la guerre. L’Empire a veillé à ce qu’il n’y ait pas d’autre issue. Il a anéanti toute autre possibilité.
Sauf une.
La révolution. »
Les interrogations de ‘Karim’ sont fondées, mais, de notre point de vue, sans espoir aucun d’être résolues. Les questions entre “ce que je sais et ce que je ne sais pas” sont également sans réponses. Par contre, l’analyse d’Elena Fritz uniquement concentrée sur l’interprétation théorique du présent, est révélatrice, lumineuse et dispense la clarté de la logique et de la mesure, – ces attributs de la patience qui fonde la sagesse. Ainsi nous est-il révélé, nous semble-t-il, les fondements de la destinée des relations entre ces deux puissances, et d’une façon générale, entre toutes les puissances. Elles nous disent essentiellement ceci, – où vous ne trouvez nulle part la moindre prédiction mais peut-être le parfum terrible d’un destin inarrêtable, quelque chose comme “l’Amérique est un problème qui ne concerne que l’Amérique” :
• Si la Chine veut s’armer de patience ou pas, chercher la confrontation ou non, – voilà un dilemme insoluble pour les commentateurs. Nous ignorons si les dirigeants chinois ont leur idée là-dessus, et nous nous permettrons simplement d’en douter, – question d’intuition. Elena Fritz nous donne les éléments d’une situation présente et nous doutons qu’il y ait beaucoup plus à en dire parce que la Chine dépend d’une situation insaisissable, incompréhensible et incontrôlable ; une énigme pour elle, si elle y pense.
• Que les USA soient pyromaniaque (inventons donc une pathologie !), aucun doute là-dessus. Nous ajouterions même une tendance suicidaire qui est bel et bien présente dans la fameuse citation que nous répétons à maintes reprises, du tout nouveau (fraîchement élu) député de l’Illinois à la Chambre, Abraham Lincoln, en 1839. (Et sans doute les choses eussent-elles été différentes s’il n’avait pas été assassiné en 1865, lui qui voulait éviter une politique punitive dans le Sud après la victoire.)
« Si la destruction devait un jour nous atteindre, nous devrions en être nous-mêmes les premiers et les ultimes artisans. En tant que nation d’hommes libres, nous devons éternellement survivre, ou mourir en nous suicidant. »
• Cette pensée suicidaire ne semble pas impliquer la destruction du reste du monde pour accompagner celle de l’Amérique. Par contre, elle marque bien l’extrême fragilité de ce colosse encore loin de sa maturité lorsque le jeune Lincoln prononce ces mots. Il est vrai que, lorsqu’on suit la pensée de ‘Karim’, on n’y trouve guère d’allusion aux effets de la situation interne des USA, de Washington D.C.
• Bref, si énigme il y a, c’est à Washington D.C. qu’elle se trouve, au milieu des millions de ‘Epstein’s papers’ dispersés dans la grande capitale, comme autant de glissades pour faire chuter la Grande République...
Mis en ligne le 18 février 2026 à 18H30