Junior Partner”, ou “l’Empire contre-attaque”

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Junior Partner”, ou “l’Empire contre-attaque”

• La longue rencontre poutine-Xi vue par le monde du simulacre de l’“Occident-collectif” ? Un pensum adressé par le patron (Xi) au ‘Junior Partner’ (Poutine). • La contre-offensive de l’‘Empire‘ devant cette longue offense que furent les trois jours de Moscou, c’est bien de tourner la narrative et d’orienter le simulacre de façon à ce que la Russie semble se transformer en vaincue de l’Ukraine et “régime-changé” à Moscou. • L’arme absolue se trouve dans la formule magique : ‘Junior Partner’, qui tient lieu de parabole du leadership mondial.

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Que dire de la longue rencontre Poutine-Xi ? Quelle est sa véritable signification ? Qu’en pensent nos élitesSystème, ces zombies jamais découragés de l’être de plus en plus ? Aussitôt, la consigne est passée, – non pas une note de service complotiste, ni une exhortation bureaucratique, ni un mâchouilli de Joe Biden, – non, une formule magique venue d’on ne sait où ; devenue aussitôt un puissant effet de mode, de mimétisme, d’automatisme de psychologie collective, une bouée de sauvetage rhétorique imposée par la toute-puissance système de la communication.

La “formule magique” du zombie-standard est : la Russie a capitulé devant la Chine, elle est devenue le “Junior Partner” de l’Empire du Milieu. Le résultat stra-té-gi-que, – sinon on-to-lo-gi-que, –  de cet automatisme de la perception des élitesSystème est implicitement de réduire à « un misérable petit tas d’ambitions vaines et perdues » la stature de la Russie, – avant que l’on ne s’occupe très sérieusement de la Chine, – mais cela est une autre narrative.

C’est ce thème que développe le 23 marsTheMoonofAlabama’ (MoA en traduction française du ‘Sakerfrancophonele 24 mars)...

« Il est assez intéressant de voir comment les concepts politiques “occidentaux” sont créés et diffusés.

» “Le nouveau vassal de la Chine. La guerre en Ukraine a transformé Moscou en partenaire junior de Pékin”, 9 août 2022, Foreign Affairs.

» “La Chine était le partenaire junior de la Russie. L’Ukraine a changé la donne”, 24 février 2023, MSNBC.

» “La Russie devient le partenaire junior de la Chine”, John Bolton le 13 mars 2023, MENAFN.

» “Le fatalisme n’est pas une option pour aborder les relations Chine-Russie”, 17 mars 2023, Brookings Institute : “Les dirigeants chinois semblent guidés par trois objectifs principaux dans leur approche de la Russie. Le premier est de s’accaparer la Russie sur le long terme en tant que partenaire junior de la Chine”.

» La Maison Blanche qualifie la Russie de “partenaire junior” de la Chine, 21 mars 2023, ‘Washington Post’ : “La Russie est-elle désormais un État client de la Chine, a demandé un journaliste au porte-parole du Conseil de sécurité nationale, John Kirby, lors de la conférence de presse quotidienne de la Maison Blanche. ‘La Russie en est certainement le partenaire junior’, a répondu Kirby, une réponse qui ne manquera pas de faire écho au Kremlin et au siège du Parti communiste chinois.”

» D’un vieil article de Foreign Affairs à un rédacteur d’opinion de MSNBC, en passant par le belliciste Bolton et le groupe de réflexion libéral Brookings, jusqu’à la Maison Blanche.

» “Et de là, ce terme se retrouve, de manière synchronisée, dans tous les médias... »

Puis, MoA appuie sa démonstration de quelques autres titres de journaux comme autant de copiés-collés, avant de montrer toute l’évidente fausseté du concept. Il suffit de montrer l’évidence, effectivement, inutile de “démontrer” tant le niveau de la pensée est effectivement, du côté du “Zombie-collectif”, juste caractérisé par un « un misérable petit tas... » d’on ne sait trop quoi.

On signale une approche et une démonstration similaires dans le chef de Caitline Johnstone, qui détaille les comportements à la fois étranges, bureaucratiquement hystériques et robotisés de représentants du système de l’américanisme, “maître du monde”... Si le “Junior Partner” n’est pas sémantiquement présent, la réponse est positive à la question centrale : “Esprit, es-tu là ?”.

« En réponse aux questions qui lui ont été posées lors d’une conférence de presse lundi sur la rencontre Xi Jinping-Vladimir Poutine cimentant une "nouvelle ère" dans le partenariat stratégique entre la Chine et la Russie, John Kirby, du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, a affirmé pas moins de sept fois que les États-Unis sont le "leader" du monde.

» Voici quelques extraits de ses commentaires :

»  – Les deux pays se sont rapprochés. Mais ce sont tous deux des pays qui s'irritent du leadership des États-Unis dans le monde”.

» [... etc., etc...]

» L'effet de vérité illusoire est un biais cognitif qui pousse les gens à prendre une chose qu'ils ont entendue plusieurs fois pour un fait établi, parce que la façon dont le cerveau humain reçoit et interprète les informations tend à faire peu ou pas de distinction entre la répétition et la vérité. Les propagandistes et les gestionnaires d'empire tirent souvent parti de cette faille dans notre système nerveux, et c'est ce qui se passe lorsque vous les voyez répéter sans cesse des phrases clés qu'ils veulent faire croire aux gens.

» Cette phrase a été répétée récemment lors d'une conférence en ligne organisée par la Chambre de commerce des États-Unis, au cours de laquelle l'ambassadeur américain en Chine a affirmé que Pékin devait accepter que les États-Unis soient le ‘leader’ de la région occupée par la Chine.

» Les gestionnaires de l'empire américain s'affirment de plus en plus comme les ‘leaders’ du monde parce que ce ‘leadership’ autoproclamé est contesté par la Chine et les nations qui la soutiennent de plus en plus ouvertement, comme la Russie. La plupart des grands sujets d'actualité internationale sont directement ou indirectement liés à cette dynamique, dans laquelle les États-Unis s'efforcent d'assurer leur domination planétaire unipolaire en contrecarrant la montée en puissance de la Chine et en affaiblissant leurs partenaires.

» Le message qu'ils envoient est le suivant : “Ce monde est à nous. C'est nous qui commandons. Quiconque prétend le contraire est bizarre et anormal, et il faut s'y opposer”. »

On s’attardera enfin à la franche rigolade [retour au “Junior partner”] que nous offre Alexander Mercouris, qui relève (à partir de la 35ème minute sur sa vidéo de la soirée de ce 24 mars) le même épisode maniaque de la communication essentiellement anglo-saxonne pour pouvoir se sortir victorieusement de la longue rencontre Poutine-Xi.

« ... Il y a aussi une cascade d’articles et de déclarations officielles à propos du fait que la Russie est le “Junior Partner” de cette relation [entre la Chine et la Russie], ce qui est effectivement le cas [du point de vue quantitatif] sans que je puisse distinguer en quoi cela constitue un problème [marquant une grave défaite de la Russie] et sur quelle base en faire un problème, alors qu’on voit bien [que les Occidentaux] voudraient que la Russie soit subordonnée à l’‘Occident-collectif’ beaucoup plus que la Chine ne veuille qu’elle lui soit subordonnée ...

» J’irais même jusqu’à penser que les Russes et les Chinois ne sont pas mécontents de cette interprétation qui retarde le moment [où les Occidentaux] vont prendre conscience des véritables dimensions d’une nouvelle relation qui est beaucoup plus une alliance qu’une simple relation amicale... »

Mercouris pense en effet qu’une certaine discrétion russo-chinoise, notamment sur le retard apporté à la publication des documents complets adoptés à l’issue de la rencontre, justifie cette satisfaction d’une si complète erreur d’interprétation du bloc-BAO à propos des nouveaux liens entre la Russie et la Chine. Cela donne un peu de temps et un peu d’air pour permettre la mise en place de ces nouvelles relations sans avoir à se garder des coups fourrés de la puissance occidentale en plein naufrage.

On comprend l’argument de Mercouris qui va dans “le sens du bon sens”, le mot ‘Junior’ signifiant le plus petit des deux et n’ayant pas à ses yeux de connotations de servilité, de domination, etc. Une telle interprétation qu’écarte Mercouris de façon évidente est absurde lorsqu’on voit le nombre de domaines où l’apport russe à la Chine est vital, – on citera notamment celui des armements, pour les armes anti-aériennes et les armes hypersoniques... Ce n’est pas le cas des Anglo-Saxons, qui ont abandonné l’anglais shakespearien pour le sabir anglo-américaniste empreint de néologismes pompeux et sans nécessité de démonstration, à la fois technologisme et “idéal de puissance” selon Guglielmo Ferrero, constituant les seules “références principielles” acceptables, complètement conformes au ‘règne de la quantité’ de Guénon.

Dans tous les cas, il nous semble non seulement utile mais impératif de nous arrêter à cet incident de rhétorique qui nous en dit bien plus sur le caractère, le comportement, et donc les ambitions et les objectifs du système de l’américanisme, de la politiqueSystème, de l’Occident-collectif”, du bloc-BAO, – selon l’expression qui vous plaira, – que mille et mille rapports et synthèses universitaires des tank-thinkers choyés par le Système...

Rhétorique et comportement

Pour présenter notre structure critique et crisique de l’appréciation de cette rhétorique et de ce comportement, nous suivons deux voies méthodologiques : l’une psychologique, l’autre disons “idéologico-symbolique” (où l’idée de l’idéologie est représentée symboliquement).

Projection inculpabilité-indéfectibilité

Pour nous, l’idée du “Junior Partner” est de l’ordre de la projection psychologique et symbolique et répond au duo psychologique de l’américanisme inculpabilité-indéfectibilité, – comme nous rappelions récemment leur signification, où triomphent les deux principes fondamentaux de cet Outre-Monde, – le fait indubitable que l’Amérique n’est jamais coupable (jamais du côté du Mal) et le fait interminable que l’Amérique ne peut pas perdre (ne peut être vaincue) :

« Il est vrai que les USA sont protégés comme par une cuirasse infranchissable de toute perception acceptable de la réalité du monde (autre définition de la folie) par deux phénomènes, sortes de “technologies psychologiques” absolument impénétrables. Nous en parlons et nous les répétons souvent car nous pensons qu’il faut se convaincre du phénomène et en prendre la mesure et les conséquences. Ces deux “technologies psychologiques” (nous adoptons ce terme pour marquer combien tout est de moins en moins humain dans l’américanisme, jusqu’à l’humain lui-même, car la folie fait son œuvre) sont deux traits psychologiques qui relèvent de la féérie-fantasy propre à l’américanisme, et qui sont aujourd’hui exacerbées jusqu’à la folie, – soit l’inculpabilité (“sentiment de l’absence à terme et décisivement de culpabilité de l’américanisme quelle que soit son action”) et l’indéfectibilité (“sentiment de la certitude [de l’américanisme] de ne pouvoir être battu dans tout ce qui figure conflit et affrontement”), tels qu’ils sont explicités dans [ce textequi rappelle leurs caractères... ».

Pour nous, il existe, face à la représentation-‘Junior Partner’ de la réunion Chine-Russie où la Russie serait dominée et soumise à la Chine un phénomène inconscient de projection des USA, dans le chef de ses élites-Zombie engagées dans le système de la communication ; c’est-à-dire une pulsion de projection de l’entité US dans l’entité chinoise. Dans cette posture psychologique inconsciente, les USA “sont” la Chine (sans les travers de la Chine : inculpabilité) qui soumet la Russie en un ‘Junior Partner’ terriblement humilié. C’est une impeccable revanche de la situation ukrainienne et une façon implacable de réaliser un regime change à Moscou (victoires partout : indéfectibilité). Les USA exercent toujours “leur leadership” sur le monde, – qui devient un “l(e)asership” tant l’intervention est technologiquement impeccable-implacable. Xi n’y voit que du feu, ce qui sied aux “bridés”.

Pulsion “idéal de puissance”

Nous sommes revenus il y a peu sur la notion d’“idéal de puissance” de Guglielmo Ferrero, par opposition  à l’“idéal de perfection”. C’est à nouveau ce concept que nous sollicitions pour expliquer la notion de ‘Junior Partner’ selon l’entendement américaniste.

Selon l’“idéal de puissance”, toute dynamique, toute relation, toute entente sont une question de rapport des forces où la quantité joue un rôle essentiel sinon exclusif, et un rapport de forces évalué selon une logique de confrontation, d’affrontement, de compétition. Dans ce cas, un ‘Junior Partner’ dans une association, voire une alliance, ne peut être que soumis à la puissance et à la domination de son “partenaire”. Cette conception achève la démarche précédente en faisant de la Russie nécessairement une victime de la Chine, et de leur alliance une défaite complète de la Russie. C’est une autre façon d’envisager, et donc de conforter la revanche de l’Ukraine et le regime change de Moscou. Là encore le “leadership”-“l(e)asership” des USA est sain et sauf.

Il nous paraît évident que cette construction fantasmagorique est la seule appréciation possible de la position des USA, au travers du détail révélateur de la narrative du “‘Junior Partner’ terriblement humilié”, et en général du simulacre que constitue dans la perception des USA la crise ‘Ukrisis’ depuis son paroxysme du 24 février 2023. La “contre-offensive de l’Empire” ne peut, comme celle de l’Ukraine elle-même, se réaliser que dans la même dimension de simulacre de l’ensemble de la situation.

La question de savoir si tous ceux qui rapportent cette narrative y croient ou non est superflue dès lors que l’effet répétitif massif tient lieu de vérification sourcée et que le binôme inculpabilité-indéfectibilité assure un bouclage psychologique hermétique contre toute contestation de type autocritique. Cela garantit d’une façon générale une poursuite appuyée des mêmes narrative politiques fantasmées jusqu’à la rencontre des premiers obstacles infranchissables de la réalité et des premiers naufrages pavillon haut (avec l’inscription : “Je ne coule pas, glou glou glou...”). Tout est donc dit...

...Que ce soit par leur grand président Abraham Lincoln : « Si la destruction devait un jour nous atteindre, nous devrions en être nous-mêmes les premiers et les ultimes artisans. En tant que nation d’hommes libres, nous devons éternellement survivre, ou mourir en nous suicidant » ;

que ce soit par leur grand poète Walt Whitman : « Les États-Unis sont destinés à remplacer et à surpasser l’histoire merveilleuse des temps féodaux ou ils constitueront le plus retentissant échec que le monde ait jamais connu… ».

 

Mis en ligne le 26 mars 2023 à 16H05