JSF versus JET: euh, il va falloir prendre des décisions

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Le 23 octobre, le site InsideDefense.News a publié la nouvelle exclusive des grandes lignes du rapport que l’équipe JET doit remettre à la direction politique du Pentagone concernant le programme JSF. La nouvelle est reprise par diverses sources, que ce soit Dod.Buzz.com le 23 octobre 2009, JSF.Nieuws le même 23 octobre 2009 (en hollandais, traduction Google), le même 23 octobre 2009 sur le blog de Graham Warwick sur AviationWeek.com, etc.

• D’une façon générale, l’équipe JET confirme son rapport de 2008 et même l’aggrave en parlant d’un coût supplémentaire de $17 milliards (au lieu de $15 milliards) sur 5 ans pour le programme. Il confirme les retards de délai (2 ans) par rapport aux prévisions Lockheed Martin.

• D’une façon générale, la réaction de Lockheed Martin, indirectement par l’un ou l’autre commentateur est de dire: “rien de nouveau, l’équipe JET utilise une méthodologie dépassée...”, etc. Warwick écrit: «This is not a surprise. The JSF Joint Program Office and Lockheed Martin execs have said previously they did not expect the JET to revise its estimate, primarily because there has not been enough progress to persuade the JET to put aside legacy data and accept the program's projections for flight-test productivity.»

• D’une façon générale (suite), les estimations de JET vont impliquer une pression extrême pour que le programme JSF soit placé sous la législation Nunn-McCurdy, affectant tous les programmes qui dépasse de 25% leur estimation initiale. Cela implique, soit l’abandon, soit la restructuration du programme. InsideDefense.News (dans son édition Inside the Air Force) écrit, selon Warwick: «Acquisition reform legislation enacted in May, says the story, “requires the Pentagon to presume termination of any program with a critical Nunn-McCurdy breach. Should the Pentagon want to retain the program, as it most certainly would, it would have to be restructured and recertified” as essential to national security.»

• D’une façon plus précise dans ce cas, DoDBuzz.com rapporte des échos du Congrès, où l’on n’a pas encore été informé des résultats de l’équipe JET mais où l’on en connaît les grandes lignes. DodBuzz.com note cette remarque d’un membre d’une équipe parlementaire: «One aide scoffed that the new cost estimates were “no surprise to anyone who hasn’t drunk the JSF Kool-Aid.”» Puis il poursuit:

«Two congressional aides familiar with the program said the cost estimate seemed to indicate that the approach of developing, building, flying and testing planes as they come off the assembly line – known as concurrency – may pose too much program risk in the short term and should lead Defense Secretary Robert Gates to scale back the emphasis on producing and testing planes and trim the number of planes the Pentagon wants to buy in next year’s budget.

»“Unfortunately, DoD has put all its eggs in the JSF basket and it is now too big to fail, just like Wall Street. The JSF program has shown no signs of getting back on schedule, and I think a Nunn-McCurdy is fairly likely. Gates should get out in front and restructure the program,” said one congressional aide.»

• Avant d’en terminer avec l’exposé des faits, une “bonne nouvelle” de Bill Sweetman; le 23 octobre 2009: «Lead with the good news on the Joint Strike Fighter program: aircraft BF-1 should be headed to Patuxent River next week to start short take-off, vertical landing (STOVL) trials, accomplishing that milestone before the beginning of November, and only two weeks later than promised in September.»

Effectivement, personne n’est surpris. A Lockheed Martin, on n’est pas surpris et on trouve déraisonnable que l’équipe JET “n’accepte pas d’être convaincue”, malgré les efforts et prévisions de LM dans le sens inverse, par les estimations de LM parce qu’il n’y a pas assez de progrès dans le programme, et que cette équipe “refuse d’abandonner ses estimations dépassées”... La phrase est orwellienne au second degré (....there has not been enough progress to persuade the JET to put aside legacy data and accept the progam's projections for flight-test productivity»). Au Congrès, on n’est pas surpris, car quiconque n’a pas bu le breuvage miracle de la com’ de LM, c’est-à-dire sa narrative virtualiste, n’est effectivement pas surpris par le simple constat de la rélité. Mais comme le Pentagone a décrété que le JSF est “too big to fall/to fail” et qu’il estime n’avoir pas d’alternative, on va continuer.

...Ce qui n’empêche qu’il devient vraiment très difficile de ne pas restructurer le programme conformément aux injonctions de la loi Nunn-McCurdy; ce qui implique un nouvel effort bureaucratique pour chambouler un programme déjà dans le plus complet désordre; ce qui implique également un ralentissement probable du programme alors qu’au contraire on avait décidé de l’accélérer – et ainsi de suite. Le programme JSF est comme un boxeur saoûl, soit des coups qu’il ne cesse de recevoir, soit d’avoir bu trop du breuvage-miracle de Lockheed Marin racontant que tout va bien dans le meilleur des mondes-JSF, soit des deux.

Certes, on répétera qu’il est difficile de ne pas conclure qu’on se rapproche de plus en plus d’un point dramatique où il va falloir prendre des décisions. L’équipe JET a été investie de tous les pouvoirs d’enquête par la nouvelle équipe du Pentagone. Elle rapporte ses conclusions qui sont les mêmes, en pire, que celles de l’année dernière. De quelque côté qu’on se tourne, les conclusions sont toujours les mêmes, et il faudrait être aveugle volontaire et héroïque pour ne pas admettre qu’il faut maintenant faire quelque chose. Mais quoi? Le JSF est un programme TINA (There Is No Alternative), selon la philosophie générale de notre système. Il prend eau de toutes parts. On bouche une voie d’eau ici, une voie d’eau là, tandis que d’autres se déclarent, toujours en plus grand nombre. On considère comme une victoire l’annonce que le prototype BF-1 (version F-35B à décollage vertical) ait seulement deux semaines de retard pour son arrivée pour les tests de décollage/atterrissage par rapport à une annonce de septembre qui suit elle-même des retards successifs, et une situation objectivement catastrophique au niveau des essais de notre F-35 Godot.

Il est difficile, à un moment donné où il faut se décider à envisager de produire réellement la chose, de continuer à se reposer sur la narrative du constructeur. Le secrétaire à la défense Gates est devant la perspective de semaines difficiles où il va devoir prendre des décisions également difficiles. Puisque nous sommes dans la philosophie TINA, on continuera, à moins d’un “coup d’Etat bureaucratique”. Les mesures seront des demi-mesures, des quart de mesures par rapport à ce qu’il faudrait décider... D’ailleurs, non, ce seront en réalité des “non-mesures” par rapport au bon sens qui conseillerait l’abandon de ce programme. Mais TINA c’est TINA; on devra continuer, simplement à vitesse moins élevée, vers la catastrophe? Ou bien quoi? Dire que tout va bien malgré tout? Ne plus rien dire du tout? Plus personne ne peut avancer de réponse. Le JSF est évidemment hors de contrôle, un programme aéronautique de type maistrien. Tout se déroule selon le plan prévu – plan basé sur l’absence de plan ou plan basé sur un faux plan. Bon week-end.


Mis en ligne le 24 octobre 2009 à 08H06