Itinéraire d’une FakeNews de référence

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Itinéraire d’une FakeNews de référence

Nous n’avons accordé que peu d’importance, si pas du tout, par la “nouvelle” diffusée en exclusivité par le New York Times (NYT) selon laquelle les Russes offraient des “primes” aux talibans pour qu’ils tuent des soldats US. (“Comme si les talibans avaient besoin de “prime” pour cela !” observait un commentateur étonné par l’extrême pauvreté du montage, ce qui est étonnant de la part d'un journal si réputé.)

Douze jours plus tard, après une avalanche de commentaires officieux-officiels hésitants, sinon franchement négatifs, le NYT publie un éditorial où il dément avec une sorte d’étrange sévérité et rigueur professionnelles, comme s’il s’adressait à un confrère bien peu professionnel et de quelques grade en-dessous de lui-“journal de référence”, ce qu’il avait écrit avec la certitude du “journal de référence” douze jours plus tôt.

Comme à son habitude, le site WSWS.org décortique l’épisode avec sa minutie et sa niaque trotskiste coutumières. Ce qu’il nous donne ainsi à voir est un univers de la communication complètement déstructuré, sans aucune référence solide, – et surtout pas, surtout pas le “journal de référence” qui s’en va en confettis sans rigueur, sans dignité, sans mémoire, sans rien du tout... Déstructuration, en effet, avec l’édito du NYT qui est écrit comme s’il faisait la leçon à un autre, un minable faussaire sans aucune règle professionnelle, alors que c’est son information qu’il découpe à la tronçonneuse. L’univers de la communication est tellement déstructuré que le NYT d’aujourd’hui, éditorialisant doctement, n’a strictement aucun lien, ni de proximité, ni de parenté, avec le NYT d’il y a douze jours.

Déstructuration également, dans l’univers hyper-complotiste et tant vanté pour sa puissance et son efficacité du DeepState, et cela est une confirmation bien plus intéressante que la bassesse et l’arrogance du New York Times, petit télégraphiste empressé de la CIA, – “de référence”... Ce qui a été remarquable, ces douze derniers jours, c’est la façon dont différents acteurs du DeepState, dont des grosses pointures comme la NSA, ont déchiré à belles dents le montage enfantin de la CIA repris par le NYT. Tonnerre ! Il s’agissait pourtant d’une belle torpille tirée contre Trump dont tout le monde veut la peau, et en faveur du maintien des troupes US en Afghanistan, dont tout le monde pense que c’est le génie même de la pensée stratégique du système de l’américanisme, donc du Système lui-même.

Il s’agissait également d’un joli coup pour aider les démocrates et la vieille baderne tremblante et belliciste de Joe-le-confiné. Même si tout le monde fait comme s’il n’y avait pas eu de démenti, chacun manque un peu de conviction en répétant ce bobard dénoncé par les architectes même de la puissance que ces mêmes démocrates sont censés restaurer.

Pour terminer enfin, pour mettre le NYT groggy, le chef lui-même, le commandant en chef de théâtre le plus adulé de tout le dispositif stratégique du Pentagone et du DeepState, le chef du Central Command, intervint lourdement :

« L’éditorial est paru le mercredi 8 juillet, un jour après que le général Frank McKenzie, le commandant de Centcom, responsable de l'Afghanistan et du Moyen-Orient, ait déclaré à la presse qu’il n’y avait aucune preuve que des soldats américains avaient été tués à cause des prétendues primes russes.
» “Je n’ai pas trouvé de lien de causalité”, a déclaré McKenzie, “le cas ne m’a pas été prouvé par nos moyens de renseignement.” Dans tous les cas, a-t-il poursuivi, aucune précaution supplémentaire n’est nécessaire car l'armée américaine prend déjà des “mesures de protection de force extrême” en Afghanistan, et cela “que les Russes paient les Talibans ou non”.
» McKenzie s’est entretenu mardi par téléphone avec un groupe de journalistes, dont l’Associated Press, qui a publié un reportage. Le Times n’a pas rapporté ses commentaires, contredisant diamétralement le reportage du journal du 27 juin. »

Le coup est rude... McKenzie est quasiment méprisant pour le NYT, même si indirectement, avec son “Dans tous les cas, ... aucune précaution supplémentaire n’est nécessaire”, – ce qui signifie à l’intention du quotidien “de référence” : “Même si votre information n’était pas le bidon trouée qu’elle est, cela n’aurait aucune importance car je suis maître de la sécurité de mes troupes comme de l’univers...”

Le moins qu’on puisse dire est qu’on ne s’entraide guère, entre agents du DeepState. Il a fallu une bonne journée au NYT, informé par une dépêche AP en plus, pour récupérer et larguer toute la pourriture embarrassante en affirmant ce sidérant simulacre aussi troué et faussaire que la FakeNews initiale (“Ce n’est pas nous, dit l’édito du NYT, c’est le NYT qui est coupable”). On nous dira que peut-être McKenzie visait après tout autant sinon plus la CIA que le quotidien “de référence”, que cela n’enlèverait rien à la remarque, – pire, que ça l’aggraverait en ajoutant une querelle de plus dans l’embrouillement extraordinaire des haines internes du deepState.

On pourrait alors décrire avec encore plus de sûreté, combien le Système est entré dans sa phase d’auto-déstructuration, ou auto-déconstructuration. On se souviendra, en les relisant ci-dessous, de nos remarques concernant le fait de « Déconstruire la structuration déstructurante » ; c’était à propos de la “loi Avia” en France, cela vaut pour le quotidien “de référence”, “D.C.-la-folle”, le général McKenzie, la CIA et le DeepState, tout cela mis ensemble dans une folle farandole... En effet, la loi de “la déconstruction de la structuration déstructurante” est universelle, puisque loi centrale et finale à la fois du Système.

« Il apparaît de plus en plus d’événements qui peuvent être qualifiés paradoxalement et selon un oxymore apparent, ou simulacre d’oxymore, “la déconstruction de la déconstruction”. Le phénomène de “déconstruction” se décompose pour nous dans une trilogie complétant le processus, de “déstructuration, dissolution & entropisation” (dd&e). Dans cette trilogie, la déstructuration est ce qui s’apparente le plus à la “déconstruction” de cette fameuse écoule philosophique, ou “anti-école philosophique”, – la ‘French Theory’ comme l'on dit sur les campus US, tant prisée et intégralement appliquée par les masses progressistes-sociétales et intellectuelles du système de l’américanisme suivies par nos salons parisiens & autres, – nous nommerions notamment mais puissamment et talentueusement, Jacques Derrida, Michel Foucault, Gilles Deleuze... Cela s’apparente tellement que nous avons évoqué ce possible néologisme de “déconstructuration”, qui mettrait tout sous le même emballage.
» Mais il se trouve que, selon l’évidence des techniques du Système qui manipule le tout en tant que déjection opérationnelle du “déchaînement de la Matière”, – le Grand’Oeuvre de la “déconstructuration”, pour être vraiment “grand”, doit se structurer lui-même et produire ainsi plus de son efficacité déstructurante absolument décisive grâce à ses propres structures déstructurantes. Malgré le foisonnement du terme, la rigueur de l’observation rend compte de sa simplicité : si l’on veut, pour détruire les créatures de Dieu, le Diable a besoin de se faire passer pour créature de Dieu ou Dieu Soi-même ; par conséquent, à un moment ou l’autre il s’attaquera à lui-même... Remplacez Dieu par “structuration”, le Diable par “déstructuration” qui a besoin de se faire passer pour Dieu en devenant lui-même structuration, et tout s’éclaire. »

Le texte ci-dessous est une adaptation française de l’article du 10 juillet 2020 de WSWS.org.

dedefensa.org

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Le collapsus d’une campagne du New York Times

Moins de deux semaines après avoir suscité volontairement une frénésie médiatique avec son rapport en première page affirmant que l’agence de renseignement militaire russe GRU avait payé des primes aux combattants talibans en Afghanistan pour tuer des soldats américains, le New York Times a publié un éditorial concédant effectivement qu'il n'y avait pas de base factuelle pour son reportage.

L’éditorial est paru le mercredi 8 juillet, un jour après que le général Frank McKenzie, le commandant de Centcom, responsable de l'Afghanistan et du Moyen-Orient, ait déclaré à la presse qu’il n’y avait aucune preuve que des soldats américains avaient été tués à cause des prétendues primes russes.

“Je n’ai pas trouvé de lien de causalité”, a déclaré McKenzie, “le cas ne m’a pas été prouvé par nos moyens de renseignement.” Dans tous les cas, a-t-il poursuivi, aucune précaution supplémentaire n’est nécessaire car l'armée américaine prend déjà des “mesures de protection de force extrême” en Afghanistan, et cela “que les Russes paient les Talibans ou non”.

McKenzie s’est entretenu mardi par téléphone avec un groupe de journalistes, dont l’Associated Press, qui a publié un reportage. Le Times n'a pas rapporté ses commentaires, contredisant diamétralement le reportage du journal du 27 juin.

Mais la nuit dernière [du 9-10 juillet], le NYT a capitulé à sa façon, publiant un éditorial de la rédaction sur le site web du Times, paru le lendemain matin [10 juillet] dans l’édition imprimée, sous le titre “Ne pas laisser l’ingérence russe paralyser les plans de retrait d’Afghanistan”.

L'éditorial commence par l’admission : “Il manque encore beaucoup de choses dans les rapports selon lesquels la Russie a payé pour les attaques contre les forces américaines et d'autres forces de la coalition en Afghanistan. C'est pourquoi il est essentiel que les émotions et la politique soient tenues à distance jusqu’à ce que les faits soient connus”.

Cet appel à attendre “jusqu’à ce que les faits soient connus” est surréaliste puisque le Times lui-même avait prétendu être en possession des faits concernant les efforts présumés de la Russie pour faire assassiner des soldats américains, citant des “agents de renseignement” non nommés, et donnant ainsi le signal d’une vaste campagne médiatique visant à attiser une “émotion” très spécifique, la haine de la Russie.

De plus, le Parti démocrate, – avec lequel le Times est étroitement lié, – s’est immédiatement saisi de ce rapport pour ressusciter ses affirmations, discréditées depuis longtemps, selon lesquelles Trump est une marionnette des Russe et ne fait rien sans la direction et l'approbation de Vladimir Poutine.

Ce fut la base, d’abord de l’enquête Mueller puis de l’enquête sur la mise en accusation ; aucune n’a permis d’obtenir des preuves crédibles étayant les hurlements de type maccarthiste sur la soumission de la Maison Blanche aux quatre volontés du Kremlin. Aujourd’hui, les articles du Times sont devenus la base des demandes des démocrates, et de nombreux républicains, pour que Trump prenne des mesures immédiates qui, selon les mots d'un sénateur, auraient pour conséquence que les Russes rentreraient chez eux “dans des cercueils”.

L'éditorial admet en outre qu’il n’y a pas eu de reportage indépendant pour étayer les demandes de versement de primes aux Russes. Ses articles citaient sans vergogne “les conclusions des services de renseignement”. En d’autres termes, le Times a servi d’intermédiaire pour des fonctionnaires non nommés, apparemment de la CIA, qui ont divulgué des allégations non corroborées et contestées, prétendument basées sur l'interrogatoire de prisonniers capturés dans la guerre avec les Talibans. La CIA n’a pas révélé qui sont ces prisonniers, où ils sont détenus, et quels tortures ou autres mauvais traitements ils ont pu subir.

L'éditorial poursuit en disant : “Ensuite, il y a la question des motifs des fuites et de la solidité de l'information.”

On pourrait penser qu'une première règle du journalisme serait de s'interroger sur les motivations des fonctionnaires lorsqu'ils présentent des allégations aussi incendiaires, ainsi que de chercher à obtenir confirmation des affirmations faites par une agence spécialisée dans le mensonge et les provocations politiques. Mais ce n’est pas la sorte de relations qu’entretient le New York Times avec la CIA.

Le Times a été un sténographe docile et un propagandiste zélé des services de renseignement américains pendant de nombreuses décennies, en remontant à la fraude sur les “armes de destruction massive” qui a ouvert la voie à l'invasion américaine de l'Irak en 2003, et bien avant.

L'éditorial se poursuit : “D'autres questions se pressent : Quand les paiements déclarés ont-ils commencé ? S’agissait-il d'un remboursement du soutien américain aux militants afghans contre les troupes soviétiques dans les années 1980, ou d’autre chose ? Les paiements ont-ils été un facteur dans la mort de troupes américaines ou d'autres troupes de la coalition ? Les renseignements ont-ils été modifiés par des personnes cherchant à entraver les efforts de retrait des troupes américaines ?”

Telles sont les questions qui auraient dû, bien sûr, être abordées avant que le Times ne publie son “exposé” initial en première page. Le fait qu'elles ne soient soulevées que dans un éditorial publié 12 jours après est la marque d’une déroute totale du journalisme professionnel.

Comme le suggèrent la dernière question de la liste, ainsi que le titre de l'éditorial, il apparaît maintenant que les responsables de la CIA opposés à la décision de Trump de retirer la plupart des troupes américaines d'Afghanistan selon un calendrier axé sur l'élection du 3 novembre ont fuité l’affaire des “primes” à l’intention du Times afin de générer une pression politique pour renverser cette décision. Ils ont réussi, car la Maison Blanche a maintenant retardé le retrait final, ce qui signifie qu'il peut être plus facilement annulé par une nouvelle administration démocrate si Trump perd les élections.

Le Times n'est pas le seul organisme d’information à être pris la main dans le sac de l’affaire des “primes”. NBC News a publié une rétractation similaire sur son site web, sous le titre défensif “Les responsables américains disent que les informations sur les primes russes étaient moins que concluantes. Cela ne tient pas compte de la situation générale”.

NBC admet qu'un “chœur grandissant de responsables américains” disent que les preuves de l'existence de primes russes sont “moins que concluantes”. Mais le réseau affirme que la “situation générale” est la confirmation nouvelle sans surprise que les intérêts russes et américains en Afghanistan ne coïncident pas, et que Moscou a cherché à cultiver des relations avec les Talibans ces dernières années, et même à leur fournir un soutien indirect.

NBC reproche au Times d’avoir qualifié le rapport sur les primes de “conclusion” de la communauté du renseignement, c'est-à-dire une évaluation consensuelle, ce qui s'est avéré faux. La CIA a tiré sa conclusion avec une “confiance modérée”, – une litote poétique signifiant en fait “nous l’avons inventé”, – alors que la National Security Agency, une branche du Pentagone, a déclaré qu’elle “ne pouvait pas corroborer” les rapports.

Rien de tout cela ne change le fait que l'allégation de primes russes est entrée dans la circulation sanguine de la politique capitaliste américaine comme un venin de serpent pour lequel il n'y a pas d'antidote.

D'où le spectacle du représentant Jason Crow, un ancien officier des forces spéciales de l'armée en Afghanistan, un des “démocrates de la CIA” dont la mise en place a été analysée et exposée par WSWS en 2018, se joignant à la républicaine Liz Cheney, la fille de l'ancien vice-président et criminel de guerre non accusé, pour co-parrainer un amendement à la loi d'autorisation de la défense nationale interdisant à l'administration Trump de retirer les troupes d’Afghanistan tant qu'elle n'aura pas pris de mesures concernant les allégations de “primes russes”.

Il ne fait guère de doute que les candidats démocrates, de Joe Biden au plus anonyme, feront jusqu'au 3 novembre leur numéro sur l’impuissance de Trump à “punir” la Russie pour avoir fait tuer des soldats américains, indépendamment de l’auto-désaveu abject de ces fausses accusations par le Times.

Patrick Martin (WSWS.org.)

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