«…It Was a Very Good Year»

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«…It Was a Very Good Year»

3 janvier 2011 — Ainsi va la chanson de Frank Sinatra, figure exceptionnelle de l’américanisme, entre un réel talent de communication et de show-business, une voix exceptionnellement posée d’un velours assez ferme, propre à soulever l’imagination de toutes les belles âmes des dames de l’américanisme, tout cela sans aucune référence à l’art et toutes les références du monde à l’entertainment ; ses liens avec Cosa Nostra, son cynisme conformiste, sa grossièreté concertée avec sa bande Rat Pack (avec Dean Martin, Sammy Davis Jr., Peter Lawford, etc.), son conservatisme étoilée après son libéralisme-bidon de type JFK-Marilyn, etc.

…Pourtant cette chanson, sur une très belle musique mélancolique et presque désespérée, semble dire in fine ce que Sinatra et l’américanisme, et le Système, n’ont jamais voulu avouer : que leurs jours (leurs années) sont comptés. «It Was a Very Good Year» ? La chanson égraine les “très bonnes années” de l’âge de sapiens chantant, dix-sept ans, vingt-et-un ans, trente-cinq ans, – puis, soudain, le ton qui s’assombrit…

«But now the days grow short / I’m in the autumn of the year / And now I think of my life as vintage wine… / It was a mess of good years…» (But it’s all over now…, – cela, de notre commentaire, et citant en partie les Rolling Stones… )

Ainsi 2010 fut-elle une de ces années où l’on commence à songer sérieusement à l’automne de toutes ces “very good years”. L’un de nos lecteurs extrêmement érudits et proches par l’amitié nous faisait remarquer que nous passions du chiffre 10 (2010) au chiffre 11 (2011), – lequel est également celui du 11 septembre 2001, – et, citant l’excellent Dictionnaire des symboles de Chevalier et Gheerbrant (1969) :

«S'ajoutant à la plénitude du 10, qui symbolise un cycle complet, le 11 est le signe de l'excès, de la démesure, du débordement, dans quelque ordre que ce soit, incontinence, violence, outrance de jugement; ce nombre annonce un conflit virtuel. Son ambivalence réside en ceci que l'excès qu'il signifie peut être envisagé, soit comme le début d'un renouvellement, soit comme une rupture et une détérioration du 10, une faille dans l'univers. C'est en ce sens qu'Augustin pourra dire que “le nombre 11 est l'armoirie du péché”. Son action perturbatrice peut être conçue comme un dédoublement hypertrophique et déséquilibrant d'un des éléments constructifs de l'univers (10) : ce qui définit le désordre, la maladie, la faute. D'une façon générale, ce nombre est celui de l'initiative individuelle, mais s'exerçant sans rapports avec l'harmonie cosmique, par conséquent d'un caractère plutôt défavorable…»

• 2010 fut donc l’année où le philosophe Slavoj Zizek, surnommé “le Elvis Presley de la philosophie”, ou encore comme il est dit ici, “the most dangerous philosopher in the West” (et le plus barbu, également), – où Zizek s’interrogea sur le fait de savoir si nous ne sommes pas en train de vivre “la fin des temps”… (Sur Aljazeera.net, le 11 novembre 2010.)… «According to renowned philosopher Slavoj Zizek the capitalist system is pushing us all towards an apocalyptic doomsday. He points to the faltering economy, global warming and deteriorating ethnic relations as evidence. On Thursday's Riz Khan we speak with Zizek, who has been called the “most dangerous philosopher in the West”, about his controversial theories and prognosis for the future…»

• 2011 sera-t-il 1848 ? 1848 est une année importante dans l’histoire du monde. Pour les USA, pour ses commentateurs, pour ses historiens, etc., 1848 était jusqu’ici l’année de la ruée vers l’or en Californie, une sorte d’ouverture wagnérienne, certes en plus grossier et en plus lourd (il faut le faire), de la puissance US par l’argent, par le brigandage, par le piratage des terres annexées, – naissance de l’American Dream, version crasseuse et poisseuse d’illégalité… Aujourd’hui, pour le commentateur US, 1848 c’est l’année de la révolution qui parcourt l’Europe comme un immense frisson de révolte, et les USA doivent absolument faire de 2011 leur 1848 ou ils connaîtront un sort tragique («If they do not, there is evil in the air and we have a long and dreary future ahead of us.»)… Les temps changent, et les commentaires aussi.

Philip Geraldi, commentateur sur Antiwar.com, nous parle donc (le 29 décembre 2010) de 1848 devenu modèle pour 2011, sous peine de catastrophe… «Violence erupted throughout Europe in 1848, a time that was later dubbed the “year of revolution.” […] Alexis de Tocqueville described the turmoil in his native France as “society was cut in two: those who had nothing united in common envy, and those who had anything united in common terror.” How much different will 2011 be?»

Il faut que 2011 devienne 1848-sur-Potomac et que les Américains, les citoyens de la Grande République, dressent enfin leurs barricades… «Can it be that Obama is a tyrant on the order of the kings and princes of the nineteenth century? He is in fact worse, far worse, because he has the technology and means to monitor and punish every citizen through an acquiescent judiciary and congress, national security letters, military commissions, and Patriot Acts. Guantánamo is still open and Attorney General Holder will undoubtedly be sending more prisoners there in the new year, possibly to include Julian Assange of WikiLeaks fame. If you want to travel on an airplane President Obama even has a machine that can see you naked and if you reject the treatment don’t try to leave the airport because you can be arrested. And when the president imprisons the innocent or strips someone of his or her rights he can cover up the crime, not through citation of the divine right of kings, but through the state secrets privilege. The United States badly need a change of course, and 2011 will be a good opportunity to see if the American people will take up the challenge and march to the barricades. If they do not, there is evil in the air and we have a long and dreary future ahead of us.»

• Une certitude, selon “Spengler”, de Atimes.com le 23 décembre 2010, c’est la fin de la puissance des USA. Mais, assez curieusement, tout le monde tient à dissimuler cette chose, que “le roi est nu”. (Nous avons déjà cité une partie de cet article ; nous persistons, car cela servira d’argument à notre commentaire…)

«America is exceptional – utterly and absolutely exceptional – because the rest of the world depends on American guns, American money and American mediation in a way that no other country or combination of countries possibly might replace. Any other power that suffered the setbacks that America sustained during 2010 under the Barack Obama presidency would have been pushed off the top of the hill. The reason America still has diplomatic currency to spend in Asia as well as actual currency to borrow demonstrates its indispensable role: no one, least of all Chinese Premier Wen Jiabao or Russian Prime Minister Vladimir Putin, wants America to fail.

»That is why a conspiracy of silence surrounds the observation that the emperor is naked. But the facts are depressingly clear… […]

»America's competitors have seen the erosion of American power as if through a time-lapse camera, and they don't like it at all. Obama's self-shrinkage of American influence may give us a civil war in Iraq, a new Israeli-Hezbollah war in Lebanon, a nuclear-armed Iran, a replay of the Cuban missile crisis in Venezuela, an unshackled rogue state in North Korea, an ungovernable Pakistan, and - worst of all - another American recession as the US Treasury struggles to fund a government deficit in excess of 12 percentage points of gross domestic product. Confronted with the consequences of a naked emperor in Washington, the other powers of the world can only avert their eyes and hope he will get some clothes before it is too late…»

«…[B]efore it is too late…» ? “Too late” pour quoi ? Spengler, cet admirateur de l’explication du monde par les forces brutes de la géopolitique, comme l’indique son patronyme, nous prend-il pour des billes lorsqu’il nous explique que «the rest of the world depends on… […] American mediation in a way that no other country or combination of countries possibly might replace» ? (Nous passons sur les guns et la money, qui n’ont jamais rien résolu durablement par eux-mêmes et qui font partie de l’“arsenal” intellectuel du géopoliticien, commentateur né et en général fasciné du triomphe de l’“idéal de puissance” et du “déchaînement de la matière” débouchant sur le Système d’aujourd’hui.) Spengler veut-il nous faire croire que les USA furent jamais, au grand jamais, une “force de médiation” dans le sens de l’harmonie diplomatique de l’expression, quelque part dans le monde, à quelque époque que ce soit ? A qui croit-il parler ? A Sarkozy, à BHL ? Ignore-t-il que tous les foyers de tension qu’il nous détaille, où la “force de médiation” des USA n’a servi à rien en 2010 (puisqu’il parle de cette année), ce qui marque effectivement l'effondrement de leur influence, sont dus pour l’essentiel à la politique extérieure des USA, à leurs canons et à leur fric, pour ne pas parler du reste ? Veut-il nous faire gober que l’incendiaire qui ne sait qu’allumer compulsivement des incendies est vraiment le mieux équipé pour venir nous donner la recette de l’extinction de l’incendie, et l’appliquer sous nos yeux éblouis ?

Il n’empêche… L’aveuglement extraordinaire de Spengler pour tenter d’expliquer l’évidence qu’il constate par ailleurs (l’effondrement de la puissance US, pour laquelle 2010 fut une “very good year”) nous indique des voies d’exploration évidentes, ou plutôt nous confirme dans ces voies d’exploration où nous sommes déjà engagés. Tout ce qu’il ne voit pas et qu’il ne verra pas, et qu’il ne verra jamais si l’on mesure le degré d’infection de sa psychologie, c’est là qu’il faut chercher et c’est là que se trouve la vérité. L’aveuglement de ceux qui font partie du Système, dont la substance intellectuelle est toute entière prisonnière de la “matière déchainée”, est une lumière évidente pour ceux qui ont déclaré n’être plus vraiment intéressé par le suicide collectif et universel que nous promet le Système.

Effectivement, Spengler a raison… Tout le monde constate l’effondrement US et personne ne se précipite pour prendre la place laissée vacante. Cela vaut pour la Chine, bien entendu, énigmatique et campée sur ses plus de 2.000 ans d’histoire dont certaines racines plongent vers les restes de la Tradition qui anime l’Histoire haute, ou la métahistoire, – la Chine, qui refuse les suggestions des employés du Système qui la pressent de prendre à son compte la place du numéro un de l’Amérique à la dérive, pour poursuivre, – vers la catastrophe finale, à toutes vapeurs… A partir de là, Spengler a évidemment tout faux, avec presque l’entrain d’un automatisme de système (du Système). Cette abstention des autres, il la prend pour la reconnaissance par tous que, sans les USA, rien ne peut être fait dans ce très-bas monde. Et tous, dans la littérature hallucinée de serviteur de la puissance de la “matière déchaînée” qu’est Spengler, sont donc plongés dans un état de prière fervente, sans doute vers le Dieu-Matière ou le Dieu-Système, dans l’attente que l’Amérique reprenne des couleurs, – que l’empereur nu récupère quelques loques («…the other powers of the world can only avert their eyes and hope he will get some clothes before it is too late…»)… Tout cela, “avant qu’il ne soit trop tard” !

Laissons là Spengler, il nous a donné ce qui importait. Cette abstention dans les relations internationales est une réalité, et cette réalité est celle de l’impuissance et de la paralysie US en train de devenir, avec l’effondrement de la puissance US, la substance de ces relations. Bien entendu, certaines puissances prennent leurs précautions dans le cadre du Système, dans certains domaines très spécifiques ; on a vu le cas des armements, pour la Chine et la Russie ; on pourrait envisager l’une ou l’autre hypothèse plus politique, comme par exemple celle de la Russie concevant de pousser vers des alliances nouvelles avec des pays européens à la lumière fort incertaine de la ratification de START-II. Mais sur le fond des choses et pour l’essentiel, la réalité est que nul ne veut profiter (sic) de l’effondrement US, non pas parce qu’on attend que le Messie se fasse phénix et renaisse de ses cendres, mais parce que cet effondrement met évidemment en cause le Système lui-même et qu’alors, tout peut devenir complètement différent, bien au-delà du simple effondrement US. (Notre idée que l’effondrement du Système apportera tant de changements qu’il imposera le changement fondamental : «C’est lui, le Système-en-soi, qui, en s’effondrant, nous donnera la solution de l’énigme.»)

Alors, les véritables choses qui bougent ne sont plus les “rapports de puissance” si chère à Spengler qui continue (dans le texte référencé) à citer Kissinger malgré la poussière qui recouvre le personnage («…the simple reason cited by Henry Kissinger: nothing maintains peace except hegemony and the balance of power»). Les véritables choses qui bougent, c’est le brouhaha général de ceux qui scrutent les prémisses et les hypothèses de la catastrophe finale, de l’“Elvis Presley de la philosophie” à Philip Geraldi, et à tant d’autres bien entendu, – y compris, le passage du chiffre 10 au chiffre 11, pour faire un compte rond de cette affaire.

De 9/11 à 9/11/11

En effet, nous voici en 2011… Il paraît qu’Obama a pris une sacrée résolution : il entend faire de la résolution (bis) de la crise économique US (“to fix it”, comme on répare la plomberie) sa priorité pour cette belle année. On admire le sens de l’organisation et la marche rationnelle vers les “lendemains qui chantent” de ce président, qu’il ne manquera pas, lui-même, de célébrer en célébrant 9/11 dix ans plus tard, 9/11 en 2011 (ou 9/11/11… Avec tout le sens qu’il faut donner à ce poids de symbolisme autour du chiffre 11).

Laissons-les jouer avec leurs poussières puisqu’il faut bien qu’ils s’occupent. Cette attente, cette abstention des autres puissances que les USA et peu pressées d’occuper la place des USA, dont Spengler tire des enseignements d’une finesse que certains esprits peu judicieux seraient tentés de qualifier de kolossal, signifient en vérité qu’il existe des forces historiques considérables en action. Plus que jamais, nous confirmons l’analyse que nous donnions le 30 septembre 2010, que l’on retrouve, développée, dans notre dde.crisis du 10 octobre 2010 (voir aussi notre Note d’Analyse du 13 octobre 2010). Succinctement dite, cette analyse fixe l’année 2010 comme le passage à la crise eschatologique terminale, dans laquelle les facteurs géopolitiques deviennent secondaires, s’ils existent toujours, et ne sont plus là que pour traduire dans la politique par rapport à la géographie des soubresauts qui sont d’une plus bien plus grande hauteur, qui marquent la crise d'effondrement du Système fortement accélérée et manifestée par la communication (le système de la communication, dans l’ère psychopolitique).

Cette hypothèse doit être complétée par celle d’une année 2011 qui va à la fois accélérer et renforcer la situation ainsi décrite, alors que les conditions ne cessent de se détériorer pour le Système dans le sens d’une déstructuration elle-même en pleine accélération. 2011 va être une année de plus dans “[the] mess of good years”, dans la course à l’autodestruction du système désormais bien lancée sur le mode final, au moins depuis 2004-2005 pour cette phase ultime…

Comme toujours dans nos conceptions, certainement depuis cette accélération des grandes forces métahistoriques, la psychologie est la carte maîtresse, le facteur déclencheur, le détonateur, l’accélérateur dans la crise du monde. La psychologie joue un rôle central dans cette évolution, cette fois comme force active, par exemple dans l’organisation spontanée des “systèmes antiSystème” dont l’affaire WikiLeaks-Cablegate ou la position montante de Ron Paul sont des exemples. (Nous allons traiter de cette question des “systèmes antiSystème” et du rôle de la psychologie dans leur formation dans le prochain numéro de dde.crisis, du 10 janvier 2010.) Le Système, lui, se trouve dans une phase maniaque accentuée si on compare l’évolution de sa situation psychologique à celle des pathologies de la psychologie humaine ; mais il s’agit d’une phase maniaque qui a évolué vers des situations seulement conditionnées par le virtualisme, donc où cette agitation forcenée de mystification de la phase maniaque de la psychologie du Système s’exerce sur une réalité déjà elle-même mystifiée et à prétention mystificatrice (le virtualisme), par conséquent avec des effets qui amplifient les catastrophes déstabilisantes pour lui-même. C’est ainsi qu’il continue, le Système, à pousser de toutes ses forces la “politique de l’idéologie et de l’instinct” qui le fait cahoter de catastrophe en catastrophe et s’enfermer dans une structure crisique qui le prive de toute possibilité d’influer sur la “vraie” réalité d’une façon qui lui soit favorable.

Ainsi se trouve-t-on dans une occurrence où l’histoire courante et scolaire issue de nos établissements universitaires et de notre idéologie a désormais complètement cédé la place à la métahistoire, ou la grande Histoire, celle qui traduit directement dans notre destin une vérité métaphysique qui rend naturellement obsolètes toutes les sortes d’analyse jusqu’ici privilégiées par un Système, lorsque le Système marchait encore, lorsqu’il favorisait à son propre avantage l’activité vaniteuse d’une raison humaine dévoyée. Les événements à venir ne peuvent plus être prévus, ni même envisagés, ni selon ces règles du Système, ni même selon des exercices de prévision ou de prédiction de ceux qui ont pris leurs distances du Système.

Nous nous trouvons dans une époque sans équivalent ni précédent selon la mémoire qui nous est accessible, ou qui nous est permise, ou qui ne nous est pas cachée. La pensée commune peut s’en effrayer puisque, effectivement, il s’agit d’une situation qui n’a rien de “commun” dans le sens du courant et de l’habituel de notre situation totalement sous l’influence du Système ; la même pensée commune peut s’en effrayer comme d’une perspective catastrophique, selon la tendance humaine à s’effrayer de tout ce qui semble inconnu au conformisme de référence, selon la tendance paradoxale mais particulièrement révélatrice de la modernité à repousser tout ce qui n’est pas elle, par conséquent la tendance du progressisme à repousser tout ce qui est “nouveau” hors de ses propres définitions. Il n’en reste pas moins que, selon la logique que nous développons, rien, par définition, ne peut être pire que cette situation du Système triomphant que nous vivons actuellement, puisque c’est le triomphe de la matière confirmée en “source de tous les maux”.

En ce sens, on peut faire l’hypothèse que le désordre promis par le chiffre 11 de 2011, qui sera nécessairement supérieur au désordre de 2010, sera une chose excellente et un motif d’espérance puisqu’il affectera évidemment la situation du Système. Le mouvement semble désormais irrésistible de l’accélération exponentielle et qui se nourrit d’elle-même de l’autodestruction du Système. Les grandes forces de la métahistoire sont à l’œuvre, bien plus vite et bien plus puissamment que l’on ne pouvait “raisonnablement” prévoir. Ce qui se passe est bien entendu au-delà de l’entendement d’une raison humaine qui doit désormais, en acceptant le magistère intellectuel et la vertu inspiratrice de l’intuition haute, tenter de retrouver sa vraie place et ses véritables vertus, après des siècles de subversion d’elle-même, de dissolution, de mystification.

 

 

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