ISIS et l'alchimiste postmoderne

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ISIS et l'alchimiste postmoderne

... Bref, si ISIS n’existait pas il leur faudrait, et nous de même, l’inventer, rien de moins, tant cette organisation résume bien cette époque, ses faux-nez, ses faux-mondes parallèles, son vide et son désordre. Au reste, ISIS existe et il faut parler de lui, et il sert même d’arguments à des thèses, des contre-thèses, des narrative, des soupçons et des certitudes, des confirmations et des points d’interrogations sans nombre. Il est même l’occasion de niaiseries et de naïvetés remarquables de la part des commentateurs, de décapitations et de montages de décapitation de la part des services de communication du groupe terroriste.

On ignore dans quelle mesure ISIS est ce qu’il est, ce qu’il paraît être, ce qu’il prétend être, – et, au-delà et par-dessus tout, si ISIS est cet instrument de manipulation mis au point et en place par des forces obscures dont l’inspiration ne peut être qu’américaniste et Système. En attendant (de savoir), on ne peut que constater qu’ISIS est devenu sans aucun doute possible un formidable objet de communication au sein du Système, c’est-à-dire un porteur d’arguments dans tous les sens, dont résonne Washington, un argument lui-même pour les montées aux extrêmes rhétoriques qui animent les affrontements entre partis et entre différents centres de pouvoir, et un formidable producteur de désordre à l’intérieur du pouvoir paralysé et impuissant, à Washington D.C., c'est-à-dire à l'intérieur du vide qui produit du désordre.

Dans ce contexte de communication nécessairement intensif, trois faits marquants ont marqué, ces dernières 24 heures, le développement de la rhétorique à propos de l’ISIS. Prudemment, nous n’excluront pas que l’un ou l’autre “fait de communication” dissimule un fait pur et simple, disons de vérité d’une situation, avec d’éventuels prolongements bien réels. Les choses peuvent être réelles parfois, par inadvertance.

• Le premier “fait” marquant est un appel à une mobilisation globale, une “alliance globale”, qui est en fait une resucée classique dans l’arsenal de communication du Système, au moins depuis 9/11 et la Guerre contre la Terreur. John Kerry fait un article pompeux dans le New York Times à ce propos, ce 30 août 2014, que Le Monde juge assez important pour en faire un commentaire également pompeux, ce même 30 août 2014, tant il est vrai qu’avec ce genre de sujet et cette sorte de projet on ne peut faire que pompeux ... Musique, – ou plutôt rengaine et refrain :

«Les pays vont-il s'allier pour lutter contre l'Etat islamique (EI) ? C'est en tout cas le souhait du secrétaire d'Etat américain, John Kerry, qui a plaidé, vendredi 29 août, en faveur d'une large coalition mondiale pour combattre les djihadistes de l'EI qui sévissent en Irak et en Syrie. A une semaine d'un sommet de l'Otan au Pays de Galles du 4 au 5 septembre, le chef de la diplomatie américaine appelle ainsi dans une tribune dans le New York Times à une “réaction conjuguée conduite par les Etats-Unis et la plus large coalition de nations possible”.

»John Kerry explique qu'il cherchera, en compagnie du secrétaire à la défense Chuck Hagel, à former cette coalition lors des discussions avec ses partenaires occidentaux en marge du sommet. Il ajoute que le président américain Barack Obama proposerait une stratégie contre l'Etat islamique lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'Onu, dont les Etats-Unis prennent la présidence en septembre...»

Et bla bla bla, bien entendu, et il ne sera pas permis au “cancer” de s’étendre, et ainsi de suite. Quoi que soit ISIS, – un cancer ou autre chose, mais ce n’est évidemment pas le propos ici, – nous parlons d’une minable tentative de plus d’établir, comme par réflexe pavlovien, le leadership mondial des USA-Système, suivant la même rengaine qui utilise un refrain similaire, selon le même système de la croisade et de la coalition globale, sous l’inspiration évidemment éclairée des USA. Il s’agit de pure communication, qui n’a jamais rien apporté aux USA que la poursuite accélérée de son déclin par rapport à ses états successifs de puissance hégémonique de 1945 et 1989, et d’autre part des satisfactions temporaires d’une vanité chronique qu’on n’ose plus nommer hybris parce que ce serait bien de l’honneur que d’employer un terme de vieux grec pour qualifier un caractère pathologique de cette chose.

La bande Obama fait du Bush-fils au rabais, lequel faisait du Clinton au rabais, lequel faisait du Bush-père au rabais et ainsi de suite. Ces manœuvres de communication, pour l’épisode présent, et pour l’administration Obama à la différence de ses prédécesseurs qui arrivaient tout de même à produire certaines actions politiques durables pendant au moins quelques mois sans catastrophe majeure, se déroulent parallèlement à la poursuite de l’histoire du monde, sans qu’il y ait la moindre interférence entre les premières et la seconde, sinon pour accélérer le désordre produit par les premières à destination de la seconde...

La Russie n’est pas invitée à cette fiesta onusienne, mais peut-être sera-t-elle invitée après tout, selon quelle équipe de communication de l’administration Obama sera chargée de l’organisation du sommet onusien. En attendant, ou plutôt sans attendre, Poutine a déjà répondu à l’invitation, lors de son discours devant le Forum des Jeunes (voir Russia Today, le 29 août 2014) en comparant les USA à une sorte d’alchimiste postmoderne, – “tout ce que touchent les USA se transforme en Libye ou en Irak”...

«“Do you remember the joke: ‘Whatever Russians make, they always end up with a Kalashnikov?’ I get an impression that whatever Americans touch they always end up with Libya or Iraq,” Putin told the participants of the 10th forum held on Lake Seliger in Tver region, some 370 km north of Moscow. “When decisions are made unilaterally, they always turn out to be short lived. And the other way round: it’s difficult to reach consensus at the UN because often opposite opinions and positions collide. But that is the only way to achieve long-term decisions,” he said.»

• Au reste, et parallèlement à cette vaste mobilisation du monde entier-moins-Poutine, et quant à savoir quelle voie fondamentale va suivre cette coalition, en d’autres mots quelle stratégie elle va suivre, il s’avère qu’il n’y en a aucune, – rien, nada, nothing, selon le président des USA, dans un élan oratoire qu’Antiwar.com identifie comme “un de [ses] rares moments de candeur”, ou disons de “vérité par inadvertance” ... (Quant au Monde et à John Kerry associés, eux, ils ont pourtant déjà distingué cette “stratégie” que le président cherche en vain : «[Kerry] ajoute que le président américain Barack Obama proposerait une stratégie contre l'Etat islamique lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'Onu, dont les Etats-Unis prennent la présidence en septembre...» Don d'ubiquité, sort of.)

Antiwar.com, le 30 août 2014 : «Nothing is more unwise for politicians than honesty, and President Obama was caught in a pretty significant moment of candor with his admission that “we don’t have a strategy yet” for the ISIS war. [...]

»Yet the lack of a strategy isn’t some oversight, like the Pentagon simply forgot to come up with a plan for victory in this huge new war. Rather, it reflects the reality of the situation, that no such strategy for victory even exists. President Obama’s reticence to escalate the war to the outrageous extent that some want shows at least a modicum of prudence on his part. It would’ve been nice, however, if he’d given such careful thought before launching an unwinnable war in the first place...»

Si Antiwar.com qualifie d’“imprudent” cet “instant de vérité” (ou d’“honnêteté”) d’Obama, c’est simplement parce que cet aveu a évidemment alimenté un torrent de critiques des super-faucons qui hantent les couloirs du Congrès et les divers talk-shows de la capitale du système de l’américanisme (CNN n’en donne qu’un bref aperçu, ce 30 août 2014). La critique générale porte sur la simple question : “Mais pourquoi ne fait-il pas la guerre, n’importe laquelle, puisque la stratégie pour nous, c’est la guerre point final ?” Il n’empêche, l’aveu d'Obama (depuis, largement édulcoré par des précisions type damage control de son équipe de communication) a au moins la vertu de situer effectivement au niveau qu’on a dit la pompeuse proposition de Kerry passée en revue ci-dessus. Pure communication et, derrière, le désordre et le vide. Si l’on ignore précisément ce qu’est ISIS, et s’il est peut-être une production du vide washingtonien, on est par contre rassuré et assuré à ce propos : le vide règne à Washington et, par conséquent, la puissance de Washington ne produit que du désordre, – effectivement, l’alchimiste postmoderne...

• Ah non, tout de même ! Nous allions oublier, car, bien entendu, l’ennemi est à nos portes ... Nous avons donc une multiplication des bruits, des confidences, des sources, des évaluations, qui, toutes, nous disent que la connexion est très sérieusement établie entre ISIS et les cartels de la drogue, sur la frontière sud et mexicaine des USA. (Le gouverneur du Texas Perry, habitué des bobards et des annonces sensationnelles, avait déjà annoncé la chose, mais il avait été rudement démenti par le Pentagone ; mais le canard persiste, et ses “coin coin” finissent par faire plus vrai que nature...)

Bien entendu, Infowars.com saute sur l’occasion (le 29 août 2014) pour développer ce nouveau témoignage de la puissance de l’Empire. On s’attardera à cette information parce que, vraiment, elle est intéressante, parce qu’il est toujours intéressant de voir revenir à la source du vide, le désordre produit par le vide... Et puis, hein, si non è vero, è ben trovato, d’autant plus que l’attaque d’ISIS contre les USA est prévue le 11 septembre 2014. Il est bon qu’ISIS en soit avisé, – d’autant que cela pourrait être vrai, non ?

«According to high level sources, ISIS terrorist are operating in Ciudad Juarez on the border across from the city of El Paso, Texas. The sources state ISIS operatives will use vehicle born improvised explosive devices in the attacks. Homeland Security, Justice and Defense Department agents have been placed on high alert “and instructed to aggressively work all possible leads and sources concerning this imminent terrorist threat,” Judicial Watch reports.

»The attack is “coming very soon” the high-level source warned. It is speculated an attack will happen on the anniversary of the September 11, 2001 terror attacks. “An attack is so imminent that the commanding general at Ft. Bliss, the U.S. Army post in El Paso, is being briefed, another source confirms. The Department of Homeland Security (DHS) did not respond to multiple inquiries from Judicial Watch, both telephonic and in writing, about this information,” reports Judicial Watch.

»Last week a former CIA covert operations officer, Mike Baker, said on the Laura Ingraham Show he believes there is “a lot of communication” between ISIS and Mexican drug cartels. “We’ve had good intel over the years about al Qaeda, about their efforts to coordinate with, as an example, Mexican cartels… in an effort to try to exploit our southern border,” he said. He added that ISIS is well aware of the lack of security on the border and may take advantage of it. Prior to Baker’s remarks, Rep. Ted Poe, a Texas Republican, said ISIS and Mexico’s notorious drug cartels communicate with each other...»


Mis en ligne le 30 août 2014 à 14H26