Haut les mains! Ceci est une demande de crédit…

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En Espagne, le braquage de banque est désormais classé, selon l’expression anglaise, dans la rubrique “occupationnal hazard”, – ce qui serait notre rubrique “accident de travail”? Le terme utilisé dans The Independent, ce 22 juillet 2009, est ainsi défini: «A working condition that can lead to illness or death. Often, people in jobs which pose a high level of risk are paid more than similar but less risky jobs to compensate for the danger involved.»

Cette étonnante classification du braquage de banque renvoie à l’étonnante situation, – mais est-ce si étonnant? – d’une recrudescence exceptionnelle des braquages de banques en Espagne, directement liée à la crise. Ecoutez donc Josè Manuel Murcia, qui dirige le service de la santé et de la sécurité du secteur financier de la fédération des syndicats espagnols: «There's unemployment, there's hunger and there's money in the banks, and the three factors combine. Banks are denying credit, so companies are having problems... People can't pay their mortgages. So it's... logical to rob a bank.» Peut-on mieux dire en vérité? Et cette logique-là n’a-t-elle pas un sens éthique évident ?

«With Spain's economy in freefall and loans squeezed, desperadoes are resorting to robbing banks to solve their personal credit crunch. Bank robberies have risen by 20 per cent in two years, Spain's banking association says; and those who adopt the tactic of the stick-up to pay their debts are novices rather than hardened criminals.

»“In recent months, it has become apparent that Spain is suffering from an increase in bank robberies,” Francisco Perez Abellan, the head of criminology at Camilo Jose Cela University in Madrid, told The New York Times. “We are seeing people committing offences through necessity, first-time offenders who can no longer continue to maintain their lifestyle and so turn to crime,” he said.

»Instances where counter clerks are tied up at gunpoint while masked raiders empty the safe have become so common that Spain's government, prodded by the bank employees' trade union, has classified bank robbery as an occupational hazard.»

Peut-on imaginer situation plus morale? Une situation, en vérité, où même les plus ardents défenseurs du principe de la loi vont être obligés de baisser les bras et de considérer que cette action évidemment classée “hors-la-loi” est devenue, aujourd’hui, quasiment une vertu civique. Ce n’est même pas du non-droit, c’est du droit renversé, lorsque l’attaque de la banque devrait faire jurisprudence pour établir une nouvelle conception de la loi.

Imagine-t-on aujourd’hui une action plus juste, moralement, économiquement, éthiquement, voire politiquement au sens le plus large qu’on puisse imaginer qui est celui de la dignité et de la grandeur de la cité, qu’une attaque contre l’un ou l’autre coffre de Goldman Sachs, si la chose (le coffre) existe? Dans ce cas, la loi devrait accepter cette nouvelle réalité. Cela conduirait à une exigence, pour maintenir l’Etat de droit dont ils font tous tant de gorges chaudes: si l’attaque de la banque devient un acte légal puisque les banques refusent le crédit alors qu’elles sont sauvées de la mort certaine par l’argent du contribuable à qui elles refusent le crédit, c’est que la banque devient hors-la-loi? Pourquoi ne songent-ils pas à cela?

Ainsi en revenons-nous à des temps, qualifiés en général de “sombres”, où la loi se mesure et se détermine d’abord en fonction des situations réelles, fort changeantes, qu’elle affecte. Il y a, dans ces braquages pour venir prendre le crédit qu’on vous refuse, quelque chose comme le Jugement de Dieu qui fait ressembler les braqueurs à des Robins des Bois postmodernes. Leur dossier est plutôt bon.


Mis en ligne le 22 juillet 2009 à 06H11

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