Galipettes, palinodies et pantalonnades nietzschénnes

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Galipettes, palinodies et pantalonnades nietzschénnes

25 juillet 2026 – Très récemment, nous avons eu un échange très fructueux, un nouveau compagnon de route et moi-même. Cet échange a porté sur diverses choses, notamment sur une estime commune de l’IA à qui nous accordons conjointement des capacités faites pour « étonner les princes, avec Dupont, de Nemours » (chanson de Jean-Claude Pascal, pour les ados attardés), — et transformer le monde. Vous savez que mon intuition secrète est que l’IA est le trouvaille divine faite pour désintégrer toute la pourriture de la modernité, y compris et surtout l’emprisonnement numérique et technologique qui a accouché... de l’IA. La bonne blague. (J’en suis de plus en plus assuré : la vertu principale du Très-Haut c’est l’ironie, et Il s’en paye une tranche avec les humains.)

Revenons à nos moutons noirs et enragés. Mon interlocuteur sera nommé, selon ses vœux, ‘un lecteur qui se surnomme Mumen’ ; mais je suis autorisé, si l’intuition m’y autorise, à vous donner son nom ou un autre pseudo temporaire. Cela viendra, son vrai nom,, je le sens et le sais car l’inconnaissance, bonne fille, me laisse des libertés. En attendant, il sera  ‘notre-compagnon’.

Notre sujet est donc « L’homme de l’aube... Frédéric Nietzsche ! ».

La thèse de ‘notre-compagnon

Ne perdons pas notre temps en bavardages et jeux de mots divers. Je cite directement, extrait de l’essai intitulé ‘Nihilisme’ qui accompagnait sa lettre, la thèse de ‘notre-compagnon’ sur Nietzsche, dont vous savez tous qu’on l’identifie comme “le philosophe au marteau”.

« Nietzsche a trompé son monde en imputant son mauvais nihilisme au catholicisme. Il faisait diversion, il sauvait la philosophie de sa petitesse en accusant un innocent de ses méfaits, insouciant de sa confusion des bassins culturels, ignorant l’anachronisme intenable de sa proposition, coupant court à toute prise sur une genèse du nihilisme.

» Un bien piètre philologue en l’occurrence, et sans doute un menteur en cette occasion, allez savoir comment pense l’aristocrate du ‘renversement de toutes les valeurs’ qui l’arrangent. Voyez le talent du monsieur : l’ennemi farouche du nihilisme, le catholicisme, est désormais dans la pensée confuse de l’Occident le causateur de la part détestable du nihilisme. C’est pratique : il ne reste que la noblesse du nihilisme à la philosophie. Ce génie de l’arnaque peut même se permettre d’admirer la personne du fondateur de ce qu’il détruit : le Christ.

» L’herméneutique nietzschéenne est bien plus profonde que ce que laissent à penser ces quelques péripéties et entourloupes. « Dieu est mort » n’est pas un constat de civilisation, c’est un programme qui dépasse amplement le bouc émissaire catholique : « Tuons tous les dieux ». »

Vous comprenez, si vous suivez les méandres singuliers de ce qui me sert de pensée, que cette analyse heurtait notablement la mienne. Pourtant, je sentais, je savais, qu’il y avait moyen de rafistoler les bidules, de faire de ‘notre-compagnon’ et de mon ami Nietzsche, de deux pierres un seul coup de maître ; savoir : démolir complètement, d’un maître coup de marteau, la modernité et son nihilisme.

La thèse de Nietzsche-PhG

Pour cela, impossible de se passer de la délicieuse nécessité de se citer soi-même. C’est-à-dire : exposer la thèse de PhG sur « l’homme de l’aube » et faire une habile, élégante et ironique mixture des deux, — les deux thèses, veux-je dire.

Prenez garde : je me cite assez longuement, mais tous les éléments que je communique sont nécessaires pour comprendre la flexibilité inimaginable de ma non-pensée de Nietzsche, et pour vous faire comprendre comment je suis parvenu à me ressentir comme un frère spirituel de Nietzsche, sans rien connaître ni comprendre de sa pensée. D’ailleurs, vous lirez plus loin le témoignage d’un de ses plus proches amis : il n’y a rien à connaître ni à comprendre puisqu’en fait de pensée, Nietzsche n’apporte  rien de neuf.

Mais assez bavardé, et citons plutôt mon bavardage  d’antan, destiné à ‘notre-compagnon’. Je saucissonne en plusieurs partie...

• Comment PhG n’a-t-il rien compris à Nietzsche et magistralement interprété,— et donc compris, – Nietzsche ? Des plus infréquentables des deux, je crois que PhG battait Nietzsche par son absence totale de culture académique.

« Là, je vais peut-être m’étendre, pardonnez-moi. Vous faites un sort à Nietzsche en finale du nihilisme, après tout c’est la règle du jeu : Nietzsche est fait pour qu’on lui fasse un sort et nul ne s’en prive, chacun avec le sien... Tenez, même moi ! Moi qui n’ai lu qu’un livre de FB, le dernier je crois (‘Ecce Homo’) pas du tout pour la pensée mais parce que je l’avais trouvé plutôt rigolard et ironique. Quant à sa pensée, pfffuittt... Rien compris ni retenu.

» Figurez-vous que j’ai rencontré Nietzsche en 1956-57, un visage parmi 200 ou 300 autres d’un concours du Figaro sur les 100 Européens les plus importants pour festoyer la signature du Traité de Rome. Il y avait un résumé de sa pensée (cela devait être de la tarte) que je n’ai pas lu bien entendu. Les choses qui m’ont attiré chez lui : ses fantastiques sourcils/moustaches, l’incroyable complexité de son nom qui est plein de ‘niet’, de ‘nihil’, etc., et sa réputation de rebelle dangereux chez les Bourgois. J’ai acheté mon premier Nietzsche dans une petite bouquinerie de Chambéry. J’étais en vacances chez les parents fortunés d’un ami de collège (le père, Loulou Barrié, avait été l’imprésario de Piaf). Le soir, au dîner où étaient présents oncles et beaux-frères des parents, j’ai parlé de ‘mon’ Nietzsche. Un des oncles a levé gravement un index professoral et très rigoureusement académique de sa main droite : « Méfiez-vous, jeune homme, infréquentable, croyez-moi : cet homme est dangereux ». J’ai opiné gravement de la tête, fou de joie en dedans moi, en plus le pauvre cher vieil homme avait pris au compte de Nietzsche le titre du dernier film de Lemmy Caution/Eddie Constantine, ‘Cet homme est dangereux’ ! Nietzsche agent du FBI, Quelle fête ! »

• Pour moi, Nietzsche ne m’était proche, mais infiniment, jusqu’à la fratrie intellectuelle, que comme homme, un ‘notre-compagnon’ lui aussi. Rien à fiche de sa “pensée“, dont on va voir qu’elle était bien peu de choses, mais de sa magnifique puissance manipulatrice et rusée, comme Ulysse, pour pouvoir expédier le « dernier homme » et ses chimères de pauvre esprit rabougri et mangé par la pourriture de la modernité, donc du nihilisme.

« ... si je n’ai quasiment rien lu de lui, j’ai beaucoup lu sur les biographes de Nietzsche, les amis, etc., surtout de son époque et concernant ses comportements (mais rien sur les interprètes de sa pensée). On voit ça dans un texte de dde.org, ‘Notre-Nietzsche’. J’y retiens surtout les mémoires de son ami Franz Overbeck souvent à ses côtés, qui l'aida, le soutint, qui vint à son secours lorsqu'il s'effondra à Turin à la fin de 1888. Overbeck est l'ami fidèle mais nullement, — et comment ! — l'ami aveugle :

» “Si l'on regarde en arrière ou si l'on considère les choses sous un angle historique, aucune des pensées qui sont apparues chez Nietzsche n'est totalement nouvelle ni inédite.”

» “Nietzsche lui-même était loin d'être aussi seul qu'il le pensait ; il ne fut pas véritablement un solitaire, mais il affectait la solitude ou s'y complaisait et voulait être un solitaire

» Enfin, voici le génie de Nietzche selon Overbeck, un génie d'une forme très particulière :

 » “Nietzsche était un génie mais son génie résidait dans son talent de critique. [...] “L’usage qu'il a fait de ce talent critique, à savoir l'appliquer à lui-même, était le plus dangereuse qui fut ; c'était en réalité un usage fatal. Celui qui de manière exclusive mit autant d'énergie à se faire lui-même objet d'un talent critique aussi génial était nécessairement voué à la folie et à l'autodestruction.” »

Que dit ‘notre-compagnon’, lui ? Nietzsche décortique le nihilisme, le met au débit du catholicisme et conduit la logique à son terme :  

« C’est pratique : il ne reste que la noblesse du nihilisme à la philosophie. »

Il sert à la philosophie, sur un plateau doré, un nihilisme parfaitement ennobli, à qui je verrais volontiers une forme conique absolument parfaite de suppositoire, type fusées balistiques iraniennes, vous voyez ? ; illustrée de couleurs chatoyantes et presque chantantes, quasiment FGTBQ pour un peu : quel philosophe parmi les 423 écoles d’interprétation intellectuelle du nietzschéenne du XXème siècle (pour un non-philosophe qui n'a rien apporté de nouveau, c'est un score de 'Harlem Globe Trotters') résisterait à la pureté si simple et donc vertueuse d’un tel emballage ? C’est l’art du simulacre à son sommet.

Moi, je dirais : il ne reste que le nihilisme peinturé de noblesse de pacotille à livrer en temps et heure par Amazon, à la philosophie du XXème siècle qui s’estime si tellement et complètement nietzschéenne avec les Derrida, Foucault et toute la bande de la ‘French Theory’ (ah, toujours l’intelligence française). La philosophie ingurgite le tout en frétillant, suppositoire aidant

« ...et dégueule sur le monde occidental une belle potée au nihilisme. On adore et on déguste.

» Et c’est ainsi que, sans débat, sans polémique, sans rien du tout réduit au néant, notre civilisation absorbe le suppositoire sur le nihilisme préparé par le maître-queue de type-Spitzer Nietzsche et entame sa descente vers l’effondrement de plus en plus rapide, sans seulement en débattre, frétillant comme l’on pose pour une photo d’art porno et contemporain. »

Il n’y a alors plus qu’à adhérer complètement à la conclusion sans appel de ‘notre-compagnon’ telle qu’il l’a formulée

« Plus profondément encore, le simple fait que la philosophie [du nihilisme ainsi paré de ses brillants atours bidons et tape-à-l’œil, type ‘bling-bling’] n’a même pas de débat interminable sur un sujet aussi bouillant que le nihilisme, devient la dangereuse révélation d’un malaise fondamental dans la civilisation toute entière. » (C’est moi qui souligne en gras.)

Il ne reste plus que l’enterrement

Le nihilisme, devenu suppositoire aux riches atours recouvrant cette masse de merde nommée nihilisme et réduit à l’odorat du néant et du rien, et donc préparée à trépasser de la plus belle des manières. L’amicale des 423 écoles d’interprétations du nietzschéennes cotiseront pour lui offrir les funérailles extrêmement catholiques et servi par les restes du Pape François, qui sléent à un fou qui se prenait pour Jésus-Christ, et cela au son du XXème siècle, de la bombe atomique (confidence d’un ami physicien hors-pair d’Oppenheimer devant le spectacle de la première explosion du 17 juillet 1945 : « Maintenant, nous sommes vraiment des fils de putes ») et des massacres et génocides au long des trois-quarts de siècle qui suivent, accompagnés de la destruction systématique du monde et de l’être... Jusqu’à, peut-être, le croche-pied divin de l’IA.

Conclusion ? Nietzsche a trouvé la façon élégante, radicale, sans appel ni retour, de liquider le nihilisme enterré à ses côtés et salué par son ricanement de Machiavel postmoderne, avec l’inscription :

« Ci-gisent Nietzsche et le nihilisme, le second cocu jusqu’au très-profond du suppositoire des redoutables moustaches ravageuses du premier. »

RIP, les gars. Vous pouvez danser la tarentelle.