Gabbard ? In Memoriam et la mémoire courte

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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 2004

Gabbard ? In Memoriam et la mémoire courte

29 juin 2019 – Il m’a paru rien moins que très intéressant de suivre les effets et retombées de l’excellente performance, en termes d’intérêt du public, de Tulsi Gabbard dans le premier des deux débats de la cohorte des candidats à la désignation démocrate. Le reste, y compris dans le deuxième débat, avec les vieux croutons type-Biden, type-Sanders, – vraiment aucun intérêt, chacun calibrant ses interventions. La fille de McCain (Meghan), aussi inepte que son père, avait pourtant raison dans son tweet retiré au bout de quelques toutes petites heures, – car franchise et honnêteté sont des denrées rares, qu’il ne faut pas trop gaspiller au nez et la barbe dure des impératifs d’image, de communication et de bienpensance partisane : Gabbard fut “la plus authentique”. Qu’en reste-t-il dans le système de la communication ? Voilà l’objet de cette intervention.

... Pratiquement rien pour le Système, la presseSystème & Cie. Gabbard fut l’objet d’un déni, d’une sorte de négationnisme auprès duquel l’“autre”, le seul acceptable, fait figure de piètre montage. Le déni non-Gabbard est autant “authentique” qu’elle le fut elle-même... La bienpensance, ou politically correct, c’est un peu comme la vache qui rumine : on mâche deux, trois fois après régurgitation de l’estomac les vérités-de-situation jusqu’à ce qu’il n’en reste rien, sinon quelques pets malodorants sous forme d’articles des sacro-saintes putains des New York Times et WashingtonPostdu cartéchisme.

Pour ce faire ma rapide enquête, j’emprunte deux textes qui situeront la chose : aussi bien un détail engagé de l’intervention de Gabbard par rapport à Trump par un partisan honnête de Trump quand elle n’est pas mâchée-remâchée ; que, pour le second texte, un florilège des réactions du Système dans la presseSystème.

• Le premier est du vieux briscard Patrick Buchanan, un des vieux sages de grande influence cachée du parti conservateur, tendance paléo, un malgré-tout-fidèle de Trump mais qui ne mâche pas ses mots quand il pense que son président est totalement en, mode erratique de trahison de ses engagements. Le titre en dit déjà long : « Memo pour Trump : remplacez Bolton par Gabbard » (chronique de Buchanan sur son site, reprise pour UNZ.com, où l’on voit bien que le vieux-sage se fiche complètement des autres croutons pourris jusqu’à l’os, Sanders, Biden, Warren & Cie).

« “Pendant trop longtemps, nos dirigeants nous ont laissé tomber, nous entraînant d’une guerre de regime change à l'autre, nous menant à une nouvelle guerre froide et à la course aux armements, ce qui nous a coûté des milliards de dollars durement gagnés en impôts et d'innombrables vies. Cette folie doit cesser.”
» Donald Trump, circa-2016 ?
» Pas du tout. Cette dénonciation de l'interventionnisme de John Bolton est venue de la députée Tulsi Gabbard d'Hawaï lors du débat de parti démocrate de mercredi soir. A 38 ans, elle était la plus jeune candidate sur scène.
» Gabbard a passé à la moulinette à la fois le “président et son cabinet de poule mouillée (qui) nous ont menés au bord de la guerre avec l'Iran”.
» Au cours d'un échange enflammé, le parlementaire Tim Ryan de l'Ohio a répondu que l'Amérique ne peut se désengager de l'Afghanistan : “Quand nous n'étions pas là, ils ont commencé à lancer des avions contre nos bâtiments.”
» “Les talibans ne nous ont pas attaqués le 11 septembre, répondit Gabbard, Al-Qaida nous a attaqués le 11 septembre. C'est pour ça que moi et tant d'autres personnes nous sommes enrôlés dans l'armée, pour poursuivre Al-Qaïda, pas les talibans.”
» Quand Ryan a insisté pour qu'on reste engagés en Afghanistan, Gabbard a riposté :
» “C'est ce que vous allez dire aux parents de ces deux soldats qui viennent d'être tués en Afghanistan ? ‘Eh bien oui, nous devons continuer à rester engagés’. En tant que soldat, je vous le dis, cette réponse est inacceptable. ... Nous ne sommes pas en meilleure position aujourd’hui en Afghanistan que lorsque cette guerre a commencé.”
» À la fin du débat, Gabbard était le vainqueur incontestable des sondages ‘en-ligne’ Drudge Report et Washington Examiner, loin devant parmi tous les candidats démocrates dont les noms ont été recherchés sur Google.
» Bien qu'on lui ait accordé moins de sept minutes de temps de parole dans un débat de deux heures, elle n'aurait pas pu utiliser ce temps plus efficacement. Et sa performance pourrait ébranler la campagne USA-2020 démocrate.
» Si elle peut se hisser quelques points au-dessus de ses 1 à 2 % dans les sondages, elle pourrait être assurée d'une place dans la deuxième série de débats.
» Si c'est le cas, les modérateurs vont maintenant lui poser des questions de politique étrangère qui ne seraient pas soulevées sans sa présence, et ces questions révéleront les divisions cachées du Parti démocrate.
» On pourrait demander aux principaux candidats démocrates de déclarer ce que devrait être la politique américaine, non seulement envers l'Afghanistan, mais aussi envers l'Irak, la Syrie, le Yémen, l'Arabie saoudite, Israël, le "Deal of the Century" de Jared Kushner et le rejet apparent de Trump de la solution à deux États.
» Si elle atteint le deuxième tour, Gabbard pourrait devenir le catalyseur du genre de débat mondialiste contre nationaliste qui a éclaté entre Trump et les républicains de Bush en 2016, un débat qui a contribué à la victoire de Trump à la convention de Cleveland et au vote de novembre.
» Le problème que Gabbard présente pour les démocrates est que, comme on l'a vu lors de la joute avec Ryan, elle prend des positions qui divisent son parti, alors que ses rivaux et rivales préfèrent parler de ce qui unit le parti, comme l’affreuse conduite de Trump, les frais de scolarité gratuits et le favoritisme  des riches.
» Avec plus de temps d'antenne, elle présentera également des problèmes pour le GOP. Car la politique étrangère que Tulsi Gabbard réclame n'est pas loin de la politique étrangère promise par Donald Trump en 2016, qui n'a pas tenu ses promesses depuis... »

• Le deuxième  texte est de “b.”, de MoonofAlabama (disons MoA), excellent chroniqueur au jour le jour des infamies du Système, qu’il dénonce essentiellement à l’aide de la mise en évidence des constructions, des manipulations, des simulacre, du  déterminisme-narrativiste du Système. Le Sakerfrancophone a eu l’heureuse idée de suivre MoA en traduction française, pratiquement “en temps réel” avec le texte initial traduit et mis en ligne dans la journée de sa parution ; il nous donnait donc hier l’analyse critique de MoA des réactions et commentaires qui ont suivi le premier débat où Gabbard a brillé jusqu’à figurer très largement en tête de tous les sondages “en-ligne”, ceux que notre site présentait  de cette façon qui, je dois le reconnaître, me va comme un gant bien ajusté : ces sondages « les moins sûrs scientifiquement et sans le professionnalisme des experts du sondage, donc  les plus assurés d’être proches du véritable sentiment d’intérêt, sinon de soutien des téléspectateurs et internautes. »

Je ne reprends pas cette première partie  du texte MoA, qui doublonne notre brave Brève de crise  du 27 juin, mais sa deuxième partie où il est question des réactions de la presseSystème à propos de l’excellente performance de Gabbard, devenue soudain inexistante, invisible, inconnue au bataillon, – “Gabbard qui, dites-vous ? Jamais entendu ce nom-là, qui fait pas très américaniste, hein !”

« Le Washington Post discute  des gagnants et des perdants du débat et place Gabbard dans la deuxième catégorie :
» “Gabbard était perdue pendant une grande partie du débat. Ce n'était peut-être pas de sa faute, – on ne lui a pas posé beaucoup de questions...”
» Oups !
» L’article principal  du New York Times sur le débat ne mentionne Gabbard qu’une seule fois, au paragraphe 32, sur 45 paragraphes. Il ne révèle rien sur ses positions politiques :
» “Il y a eu peu de discussions sur la politique étrangère jusqu'à ce que, vers la fin du débat, deux législateurs peu connus de la Chambre, Tulsi Gabbard d'Hawaii et Tim Ryan de l'Ohio, s'affrontent sur la façon de cibler les talibans avec détermination.”
» Le New York Times a aussi réuni des “experts” qui ont  discuté des gagnants et des perdants. Gabbard n’est mentionné qu’à la toute fin, et par un républicain, comme candidat potentiel au poste de Secrétaire à la Défense.
» CNN a aussi discuté des  gagnants et des perdants. Gabbard n’y est pas mentionné du tout.
» NBC News  a classé les performances des candidats. Il a mis Gabbard à la 8ème place et l’enfonce carrément :
» “Tulsi Gabbard, D-Hawaii : Elle a saisi l’occasion de mettre en lumière son expérience militaire en Afghanistan et son point de vue caractéristique en matière de politique étrangère puisqu’elle est anti-interventionniste, sans être gênée par ses sympathiques commentaires passés concernant le dictateur syrien Bachar al-Assad.”
» La plupart des médias évoqués ci-dessus ont pendant longtemps cherché à éviter de mentionner Gabbard et de discuter de ses positions politiques. Il est tout à fait évident que les médias grand public n’aiment pas ses opinions contre la politique de ‘regime change’ dans le monde et ont même peur d’écrire à ce sujet.
» Le bureau de campagne de Tulsi Gabbard a posté une  vidéo de ses déclarations pendant le débat. Elle y est bien applaudie. »

Il y a tout de même des remarques incroyables, qui illuminent comme la Tour Eiffel célébrant un discours de Sa Majesté Macron l’extraordinaire insignifiance d’inversion et de simulacre des plumes variées et colorées de ces zombies-plumitifs qu’on n’ose qualifier de “salopards” type-sartrien, – moi, je m’en garderais, ce serait leur faire tout de même un peu trop d’honneur. Deux exemples : 

• Le NYT, qui nous parle de ces « deux législateurs peu connus de la Chambre, Tulsi Gabbard d'Hawaii et... ». Ces petites plumes des zombies-plumitifs ont donc la mémoire aussi courte que leurs autres attributs. Ils ont oublié, ces chers anges, le  tintamarre extraordinaire que déclencha, en janvier de cette année, il y a cinq mois d’ici, l’annonce par Tulsi de sa candidature, – la candidature-inconnue de cette législatrice peu-connue dont personne n’a jamais parlé du tout, pas du tout, pas du tout :

Et donc ceci, datant de janvier 2019 : « RT-USA, qui n’a pas manqué l’occasion de sauter sur cette nouvelle, développe un article essentiellement à partir d’une collection de tweet exprimant l’horreur et la confusion absolues qui se sont emparées de la ménagerie des zombieSystème, neocon & harpies R2P, LGTBQ, DeepState, presseSystème, establishment et toute la clique tonitruante. [J’ai fait “Gabbard-2020” sur le sympathique moteur de recherche Google à 10H30 et ai obtenu 8 780 000 résultats en 0,30 seconde.] Titre de l’article RT-USA : “La ‘marionnette de Poutine’ contre la ‘complice d’Assad’ : Démocrates et Républicains unis dans une panique commune à l’idée d’une Gabbard défiant Trump en 2020”. »

• NBC, qui remarque à propos de cette faussaire Tulsi : « Elle a saisi l’occasion de mettre en lumière son expérience militaire en Afghanistan... » Ce ton ! On a l’impression évidemment pleinement justifiée que c’est une lâcheté et un déshonneur incroyables, au milieu de toutes ces héroïques chickenhawks(les décorées-poulesmouillées), de rappeler qu’on est allé au combat et qu’on s’est battu dans les guerres qu’ils vous concoctent depuis “D.C.-la-folle”. Scandaleuse “Politically Incorrect”, la Gabbard.

Tout cela décrit, on comprend combien Tulsi Gabbard est une candidate dont il est bien difficile de dire quoi que ce soit d’assuré. On dira bien entendu qu’avec 1%-2% de popularité dans les sondages, son avenir prête à sourire tristement ; pourtant, on note avec quel zèle, quelle puissance des habituels montages et narrative, on s’évertue à démontrer son inexistence, sa position de non-être en plus d’être une candidate « si peu connue », comme si elle existait vraiment, et dangereuse en plus... Et puis, si je n’ai pas de souvenir précis de la situation de juin 2015, il m’étonnerait beaucoup qu’il y ait eu plus de 1%, et plutôt moins d’ailleurs, aux USA et dans le monde, pour donner une chance à Trump d’être élu en novembre 2016. Le pari de Buchanan, c’est celui de la candidate boule de neige : arrivant à percer ce qu’on nomme dans le baratin des salons d’experts “le plafond de verre”, avec un à trois points de pour-cent en plus, assez pour rester dans la course et, par ses positions exprimées publiquement, forcer au débat sur la politique extérieure, et là s’imposer comme l’évidente représentante d’une ligne qui pourrait peut-être emporter l’adhésion d’un large public si l’opinion s’emparait de la question à sa façon...

On dira : “‘Ils’ ne la laisseront pas faire” ; on disait déjà cela de Trump, et ‘ils’ n’ont rien pu faire, sinon sottise sur sottise. La caractéristique centrale de la situation actuelle à “D.C.-la-folle”, comme d’ailleurs en de nombreux autres lieux du Système, ce n’est pas tant que de si étranges candidats puissent apparaître et éventuellement s’affirmer (et être élu, comme Trump), c’est que le Système semble totalement impuissant à les arrêterune fois qu’ils ont franchi une limite de crédibilité et d’“existence”, d’ailleurs très difficile à identifier et donc à prévenir et à bloquer, dans le système de la communication.

Le grand phénomène de notre temps, ce n’est pas la montée du populisme, ou de l’antiSystème, ou que sais-je encore ; le grand phénomène c’est l’effondrement du Système et l’étalage de son impuissance comme signe de sa dérive autodestructrice, avec la sottise en plus. Comme le diable « ne peut s'empêcher de laisser échapper toujours quelque sottise, qui est comme sa signature... », et avec le NYT et le Post à bonne école, il est bien possible qu’à force de taper sur Gabbard pour ses propos insensés, puis à nier son existence jusqu’à en faire un non-être, ‘ils’ finissent par lui ouvrir une voie inattendue

Par conséquent, Gabbard n’a strictement aucune chance saufsi la chance, qui est un peu sans emploi en ce moment vue la médiocrité des titulaires, passe par là et qu’elle s’en saisisse. Rien n’est possible, tout est possible. Elle aussi est imprévisible comme Trump et donc semeuse de désordre, même si elle l’est d’une façon radicalement différente ; très mesurée et maîtresse d’elle-même, c’est ce qu’elle dit tout haut et très rationnellement de l’absurdité de la politique belliciste du Systèmequi pourrait un jour éclater aux yeux de tous, – vous savez, le coup du “Mais le roi est nu”, – et soudain se transformer en un énorme dynamitage de la chose.

Bref et pour conclure, la saison USA-2020 apparaît grosse de l’une ou l’autre surprise bien rafraîchissante. Par ces temps de canicule, ce n’est pas à dédaigner.

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