France d’abord

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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France d’abord

11 juin 2024 (19h25) – Deux choses étaient remarquables avant ces élections européennes, plutôt admises comme des non-dites, choses allant de soi :

• Comme toutes les élections européennes, celles-ci n’avaient guère d’importance sur le plan national. Même les plus acharnées des européistes tenaient cela pour acquit, avec une moue de mépris pour “les mases” qui ne comprennent rien et sans trop s’attarder sur ce que ce fait (le vote pour le PE) disait de son attrait pour “les masses” auxquelles il est destiné et qu’il était censé séduire.

• S’agissant d’élections européennes tenues pour peu d’importance pour les diverses situations nationales, on ne tiendrait guère compte des grands problèmes internationaux dans lesquels l’UE se trouve engagé, et notamment la guerre en Ukraine.

En théorie, ces deux choses non-dite se sont révélées exactes, mais contre toute attente elles ont produit un effet majeur et parfaitement inverse à celui qu’on pouvait en attendre si on en avait attendu quelque effet. Au lieu de ne point avoir ces élections européennes à l’esprit, on n’eut guère que cela à l’esprit une fois qu’elles furent accomplies. Ce qui devait servir à ne pas inquiéter l’Europe dans l’esprit des votants, servit au contraire comme instruments principaux chez eux pour s’inquiéter de l’Europe dans le sens de la plus complète dénonciation.

• Ces élections n’avaient pas d’importance dans les diverses petites chamailleries internes ? Eh bien, servons-nous en pour régler leur compte à certaines de ces chamailleries.

• Elles ne concernent pas nos problèmes ? Mais elles concernent les causes indirectes de nos problèmes et c’est ainsi qu’elles seront traitées, notamment à propos de cette guerre d’Ukraine qui a rendu folle la place de Bruxelles en même temps qu’elle ruine “l’Europe des nations”.

Ainsi, certains pays ont joué un rôle important, sinon essentiel, et l’un d’entre eux se distingue absolument parmi tous les autres, celui qu’on jugeait justement embourbés dans une sorte de marigot de mélasse et d’excréments, comme figés dans l’ignominie, sans plus la moindre conscience des exigences de son passé et de sa grandeur. Vous vous doutez bien que c’est de la France dont je parle.

Curieusement, ou bien alors tout au contraire d’une façon extrêmement caractéristique et significative, c’est la France, par la voie et la voix de son président si habile d’habitude pour réduire les catastrophes en résidus négligeables, qui fit de ce scrutin une catastrophe majeure pour lui-même et tout son système alors qu’il auraiut pu jouer au ‘Bel indifférent’.

« Il aurait pu faire comme il fait souvent, remarqua Christoforou, ignorer la chose, la réduire à du négligeable, passer à autre chose, aux Jeux Olympiques par exemple, dont il aurait aisément montré l’importance bien plus grande que ce scrutin européen... »

Christoforou n’a pas tort : après tout, la catastrophe n’a pas seulement touché la France, l’Allemagne n’a pas fait tellement mieux, ni la Grèce, ni etc., et partout, et dans le même sens, et partout on ne s’en émut pas trop sur l’instant... Mais non, il a fallu que Macron s’en émeuve au-delà du raisonnable, une sorte de « Moi ou le chaos » à la de Gaulle revu à la sauce Macron et utilisé à l’envers, en mode inverti ; personne ne lui demandait rien de plus à cette occasion, que de recevoir l’habituel tombereau de condamnations et de dénonciations dont il est régulièrement accablés depuis qu’il se trouve où on le trouve. Quoiqu’il en soit, il a donc mis le feu aux poudres et l’explosion a retenti à travers tout le monde américaniste-occidentaliste.

... Pourtant, si, il y avait tout de même, depuis un-deux mois, une raison particulière, de plus que les habituelles, de mettre Macron en croix. Depuis qu’il joue son rôle d’héroïque général en chef de la riposte antirusse, sur le terrain, avec ses Légionnaires et ses ‘Mirage’, titillant amicalement le Troisième Guerre Mondiale, sorte de Roosevelt postmoderne venant au secours du Churchill postmoderne qu’est Mister Z., oui, la détestation est montée d’un cran. Des gens aussi différents que François Ruffin et Michel Onfray ont mis en doute ces deux derniers jours, ses capacités mentales et psychologiques. Onfray nous rappela ce fameux professeur Segatori, psychiatre de profession diagnostiquant en avril 2017 une psychopathie narcissique très dangereuse chez le candidat-président. Le même Onfray allait jusqu’à observer que la décision de dissolution pourrait bien être perçue comme une sorte de premier pas d’un suicide politique, menant à une démission pour un grandiose départ, là aussi à-la-de-Gaulle.

Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre, à peu près en même temps, donc sans la moindre correspondance entre eux deux sinon une transmission de pensée traduction comprise, Mercouris émettre la même hypothèse, se risquant à une phrase en français venue de Louis XV “du plus heureux effet”...

« C’est vrai, je ne le vois pas supporter une cohabitation avec une Le Pen si le Rassemblement National l’emporte, et préférer plutôt démissionner... Ce serait du plus heureux effet, ce serait un “Après moi, le dékluge” de Louis XV... Enfin, c’est vraiment pure spéculation de ma part... »

Qu’importe, car ce qui importe dans tout cela c’est que l’épisode nous ramène à l’Ukraine et aux  positions de matamore du Macron d’où viennent l’essentiel de ces spéculations et la brusque montée d’exaspération à son encontre. Brusquement alors, on découvre que cette élection européenne justifiait son déroulement et ses résultats étonnant du fait de la guerre en Ukraine. Parlant de la France, Mercouris estime que l'Ukraine est pour 50% dans le choix des opposants, et 30% du fait de l'aventure vaccinale. Comme on l’imagine, RT.com ne fut pas le dernier à faire le recensement des partis qui avaient obtenu des résultats brillants et de n’y trouver que des adversaires des sanctions contre la Russie.

« Les partis opposés aux sanctions contre la Russie progressent dans les élections européennes

» Les partis de droite et conservateurs gagnent du terrain au Parlement européen, selon les premiers résultats. »

Vous comprenez, ce n’est pas la justesse du jugement qui nous importe, ni tel ou tel détail, ni tel raisonnement, mais le ton, le ton qui fait la chanson, – le ton était donné... On a vite commencé, partout en Europe et surtout en France à comptabiliser les opposants dans les votes en “opposants plus ou moins dissimulés à la guerre en Ukraine”, et le parti des partisans des institutions sacro-saintes et de leurs dirigeants-zombies, en partisans de la guerre. Pour la France, c’est un brutal changement psychologique par rapport à l’esprit de censure et d’autocensure écrasantes qui y règne d’une façon tout simplement extraordinaire depuis deux ans et quelques. C’est aussi une occasion exceptionnelle de sortir ce pays, et bien sûr les autres mais de manière moins spectaculaire parce qu’ils ne sont pas la France de tradition indépendante, de cette position, cette “sorte de marigot de mélasse et d’excréments, comme figés dans l’ignominie, sans plus la moindre conscience des exigences de son, passé et de sa grandeur”, – comme cité plus haut.

C’est ce constat qui m’intéresse essentiellement, le reste n’étant effectivement que spéculation dans une situation d’une extrême complexité. Tout se passe comme si les forçats enchaînés avaient réussi à rompre une des nombreuses chaînes qui entravaient tous leurs mouvements et tenaient serrées et impitoyablement alignées leurs pensées et leurs paroles dans le conformisme absolument sans précédent impitoyable dont ont accouché les temps modernes.

Vous admettrez que cela vaut bien une Assemblée Nationale et un président qui avait eu l’idée incroyable, – pensée de croque-mort de la bourgeoisie provinciale, venue de la fausse “France profonde”, – d’endosser pour son discours funèbre un costume noir et une cravate du même ton, exactement.

Viens, mon biquet lui dit une voix rassurante, viens, maman (qui commence à en avoir marre) va te consoler des méchants français qui votent à côté de leurs pompes.