…Et mécontentement US contre l'ami UK

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Nous revenons, avec un autre point de vue, sur les interventions d’Hillary Clinton et de Robert Gates, à propos des réductions du budget de la défense britannique. Ces actes d’ingérence peu ordinaires dans la politique intérieure UK ont été exprimés, doivent penser les protagonistes US, avec une grande finesse diplomatique. Il s’agissait d’une appréciation générale selon laquelle c’est une faute grave que les pays européens de l’OTAN ne remplissent pas leurs obligations en matière de dépenses de défense, mais avec l’accent, pour le cas de Clinton selon la question posée, sur le cas du Royaume-Uni. (Voir le précédent Bloc-Notes du 15 octobre 2010.) C’est surtout la réaction du Premier ministre britannique (sa porte-parole) qui devrait indisposer les américanistes, si ce système avait quelque finesse.

La porte-parole a déclaré : «Hillary Clinton was talking about defence cuts across Europe and specifically in the context of Nato. She is absolutely right when she says that each country has to be able to make its appropriate contribution to common defence in Nato and Britain will always do that.». (Nous notions en commentaire et en interprétation que tout se passe comme si la porte-parole avait déclaré : “Clinton parle pour les autres pays de l’OTAN en disant qu’il faut que ces pays remplissent leur devoir vis-à-vis de l’OTAN, et le Royaume-Uni n’est pas concerné puisqu’il fait et fera toujours son devoir, c’est bien connu…”)

Notre commentaire

@PAYANT La réaction britannique marie l’impudence et éventuellement une sorte d’ironie involontaire en déformant sciemment, à son avantage, la déclaration de Clinton. D’autre part, il s’agit d’une réaction qui peut être interprétée comme une fin de non-recevoir, d’une façon où Cameron dirait aux USA “nous savons ce que nous faisons, c’est nous qui décidons du jugement à cet égard et nous estimons que nous faisons et ferons ce qu’il faut”. Les écarts considérables de dialectique des dirigeants politiques par rapport à la réalité permettent cette réaction, éventuellement si manifestement méprisante pour les déclarations US, sans choquer publiquement.

Pour notre part, nous serions inclinés à envisager de privilégier bien plus qu’une dialectique de fortune pour détourner l’attaque US, mais peut-être un message éventuellement subtil, – les USA comprendront ou non, c’est selon, avec l’avantage qu’on devine pour la seconde option, – qui signifierait aux USA que leurs ingérences directes, publiques, grossières, tendraient à devenir difficiles à accepter. Le résultat de l’intervention du Premier ministre britannique reviendrait alors, dans tous les cas, à affirmer in fine que les réductions dans le budget de la défense (toujours en discussion) seraient faites, et que le Royaume-Uni estimerait souverainement que cela ne mettrait pas en cause l’apport qu’il juge lui-même nécessaire et suffisant pour sa contribution à l’OTAN.

Ce point de vue est étayé par divers signes que le Premier ministre Cameron, soutenu en cela par son partenaire de la coalition, le vice-Premier Clegg, tient à prendre de plus en plus de distance de l’establishment militaire britannique qu’il sait proche des thèses américanistes et marqué par un tropisme atlantiste très affirmé. Il y a notamment le bruit selon lequel Cameron appointerait un conseiller spécial pour les questions militaires, ce qui priverait les forces armées de ce poste (c’est normalement le chef d’état-major général qui assume cette fonction) et de leur influence traditionnelle auprès du Premier ministre.

Parallèlement à ces péripéties, et en rapport avec elles, le ministre de la défense Liam Fox publie ce matin dans le Times un article pour réaffirmer l’engagement UK dans l’OTAN, l’excellence des spécial relationships et ainsi de suite. Les arguments de cet article reprennent la position de Fox sans qu’on puisse savoir si c’est pour renforcer les affirmations dialectiques du Premier ministre ou pour prendre ses distances du même Cameron, – ou les deux à la fois, bien sûr, selon la tournure des événements. (Le Times, lui, qualifie de “rare” l’intervention de Clinton dans la question du budget de la défense UK, mais sans doute ce journal si sensible à l’orgueil national britannique a-t-il voulu écrire “d’une rare grossièreté” car c’est bien ainsi rejoindre la vérité de cette intervention.)

Quoi qu’il en soit et compte tenu du fait que les réductions des dépenses de défense des Britanniques semblent inéluctables, il est à prévoir que la chose, quand elle sera connue, provoquera une nouvelle fureur des USA, avec à nouveau ingérence et injonctions conjuguées à l’intention des Britanniques. La direction américaniste, toujours aussi insensible aux faits et confiante dans l’aveuglement éclairé de ses diverses bureaucraties, ne doute pas une seconde que ses interventions (comme celle de Clinton), qui sont tout à fait exceptionnelles dans le registre pourtant fourni de l’ingérence, auront provoqué l’effet voulu. Elle attend donc que le gouvernement Cameron se conforme aux consignes. Lorsque le programme des réductions britanniques sera connu, il y a fort à penser qu’elles seront effectivement jugées “impensables” par l’establishment de sécurité nationale US, et considérées comme la trahison d’un engagement de facto acquis par la simple hypothèse considérée comme une évidence que l’admonestation de Clinton aurait dû être nécessairement suivi d’un alignement britannique.


Mis en ligne le 15 octobre 2010 à 13H45