Et ainsi se décide le sort du monde, – I do not object...

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Et ainsi se décide le sort du monde, – I do not object...

La démocratie, lorsqu’on lit le texte de l’ancien député (Representative) Dennis Kucinich, a quelque chose de fascinant. (Et qui plus est, nous parlons de l’Auto-Proclamée “Démocratie la plus exemplaire du monde”, celle de l’Obama-Saint, celle du Beacon of Freedom, celle qui fait pleurer d’émotion sacralisée nos intellectuels Rive-Gauche et type-Grand Journal, et peut-être bien notre président-poire lui-même, – vous avez gagné parce que vous avez deviné de Laquelle nous parlons...) Rarement a-t-il été aussi prestement démontré et confirmé que “la démocratie est le pire des régimes, d’autant plus qu’il n’y en a pas d’autre qui soit pire”, comme ne disait pas l’Anglo-Saxon et nécessairement bon démocrate Winston Churchill, autre Saint de Notre-Église. (Si aucun de nos lecteurs ne dit “I object”, la formule présentée ici sur “la démocratie est le pire...etc...” est adoptée par “unanimous consent”, et l’on verra plus loin comment.)

Kucinich nous décrit (Truthdig.org, le 16 décembre 2014) comment la Chambre des Représentants a “voté” le 11 décembre une deuxième loi antirusse, disons une deuxième “déclaration de guerre à la Russie” après celle du début du mois, que nous décrivions le 5 décembre 2014. Il s’agit d’une loi pour de nouvelles sanctions antirusses, provocatrices, méprisantes, scandaleusement illégales au regard du droit international, fondées sur une argumentation (une narrative) universellement entendue par tout honnête homme raisonnablement informée comme une chaîne de mensonges grossiers et grotesques.

Comment s’est passé le scrutin qui a abouti d’une façon formelle par un “vote à l’unanimité” de la Chambre avec trois députés présents sur les 435 de la Chambre, dont 425 présents ? Nous allons nous essayer à une explication “francisée” selon le texte ci-dessous de Kucinich, en espérant ne pas faire d’erreur tant la législation de fonctionnement du Congrès des États-Unis est d’une complexité inouïe pour assurer qu’il s’agit bien dela Démocratie soi-même. Si nous faisons une erreur, Dieu, qui a partie liée avec la susdite-Démocratie, nous pardonnera dans son immense mansuétude qui est un autre des caractères de ce régime sublime. Voici donc...

Il existe une formule parlementaire étrange, nous explique Kucinich, qui se nomme “unanimous consent”, et qui ne demande aucune condition effective du type-quorum au moment où le vote a lieu, ni aucune des autres conditions habituelles pour un vote, – puisque d’ailleurs il n’y a pas nécessité de vote effectif mais “unanimité” proclamée. Il suffit qu’un parlementaire se lève, demande l’application de cette procédure “unanimous consent” pour une motion qu’il favorise, et si personne ne dit la simple formule “I object”, la motion est considérée comme votée “à l’unanimité” sans nécessité de vote effectif. (Si un seul parlementaire dit “I object”, la motion est bloquée et la loi qu’elle présente enterrée sans autre forme de procès ni vote nécessaire.)

Ce jour-là, il y avait eu 425 parlementaires présents à la Chambre pour la session. Sur la fin du jour, tous s’étaient égayés dans les couloirs pour discutailler à perte de vue, répondre à des interviews, être filmés par une CNN quelconque, préparer sa soirée, etc., à propos de la décision de cette même Chambre favorable au budget de l’administration de $1.100 milliards, dans un vote (réel, celui-là) qui évitait ainsi une nouvelle “mise à pied” temporaire de cette même administration, comme l’année précédente. L’hémicycle était donc vide, mais la Chambre était toujours opérationnellement en séance. Trois parlementaires investirent le lieu, l’un demanda un “unanimous consent” pour une motion concernant une loi sur de nouvelles sanctions antirusses concoctée par plusieurs commissions noyautées par quelques parlementaires antirusses ; les deux autres le chamaillèrent un peu, parlant sans doute de la pluie et du beau temps en Ukraine et en Crimée, selon un scénario bien rôdé qui doit nous rappeler que le débat démocratique existe, mais aucun des deux n’allant jusqu’à proclamer “I object”, – un oubli, sans doute. La motion fut donc adoptée par “unanimous consent” et la loi antirusse ainsi votée à l’unanimité sans vote nécessaire d’une Chambre-fantôme qui avait d’autres choix à fouetter et n’existait pas pour le temps courant. Bienveillant, Kucinich nous donne le lien du clerk’s record du jour, nous restituant mécaniquement ces détails de la procédure...

«Late Thursday night, the House of Representatives unanimously passed a far-reaching Russia sanctions bill, a hydra-headed incubator of poisonous conflict. The second provocative anti-Russian legislation in a week, it further polarizes our relations with Russia, helping to cement a Russia-China alliance against Western hegemony, and undermines long-term America’s financial and physical security by handing the national treasury over to war profiteers.

»Here’s how the House’s touted “unanimity” was achieved: Under a parliamentary motion termed “unanimous consent,” legislative rules can be suspended and any bill can be called up. If any member of Congress objects, the motion is blocked and the bill dies.

»At 10:23:54 p.m. on Thursday, a member rose to ask “unanimous consent” for four committees to be relieved of a Russia sanctions bill. At this point the motion, and the legislation, could have been blocked by a single member who would say “I object.” No one objected, because no one was watching for last-minute bills to be slipped through. Most of the House and the media had emptied out of the chambers after passage of the $1.1 trillion government spending package.

»The Congressional Record will show only three of 425 members were present on the floor to consider the sanctions bill. Two of the three feigned objection, creating the legislative equivalent of a ‘time out.’ They entered a few words of support, withdrew their “objections” and the clock resumed. According to the clerk’s records, once the bill was considered under unanimous consent, it was passed, at 10:23:55 p.m., without objection, in one recorded, time-stamped second, unanimously.

»Then the House adjourned...»

Comme nous l’observons souvent, ces temps-ci de l’histoire du monde sont ceux de ces actes si absolument dérisoires dans les modalités de leur manufacture, plus ou moins machinées, plus ou moins arrangés, pathétiques et pourtant décisifs, marqués par une irresponsabilité inconsciente aussi parfaite que le paysage d’un désert sans fin figurant le désordre arrivé à une entropisation comme production ultime du Système, accouchant pourtant et même par conséquent d’effets monstrueux qui bouleversent ce qui reste de l’ordre du monde... La Grande Démocratie de notre-Église Sainte-et-Laïque, non comme une souris qui rugissait, mais comme une souris qui accouchait, et d’une sacrée montagne en l'occurrence... Ni vu ni connu, pas vu pas pris, attention au pickpocket et mise en alerte des forces nucléaires stratégiques. Mais non, finalement, puisque la Chambre a levé sa séance, «the House ajourned»...


Mis en ligne le 18 décembre 2014 à 04H55