En Mer Noire, Mullen à la barre

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Des déclarations de l’amiral Mullen, le président du Joint Chiefs of Staff, évidemment directement proche de l’U.S. Navy de par son origine, confirment que, comme à l’accoutumé de ces dernières années, les militaires US sont extrêmement prudents. Cette prise de position concerne la situation dans la Mer Noire, où la Navy est impliquée au premier chef.

Une dépêche Reuters du 28 août rapporte des déclarations de Mullen. D’abord, pour ce qui concerne la situation en Mer Noire :

«Adm. Mike Mullen, chairman of the Joint Chiefs of Staff, also said Russian and U.S. military officials were working carefully to coordinate the movements of their navies in an increasingly crowded Black Sea region to avoid any potential for direct confrontation. (…)

»Mullen acknowledged Thursday that the increased military presence raised the danger of an inadvertent confrontation between navies. “Certainly there is potential there because physically the Russian navy is operating in the Black Sea, so is the United States Navy,” he said. “We've worked hard over many years to figure out ways to both operate together, operate around each other. We know how to do that and I believe we'll continue to do that safely.”»

Parmi les autres sujets abordés, Mullen a parlé de l’avenir de la coopération militaire entre les USA et la Russie à la lumière et avec les conséquences de la crise.

«“The message that has come from the Russians is one that is tied to invading another country, invading sovereign territory,” Mullen told reporters at a Pentagon briefing. That “has a lot of us concerned about what it means now, what it means a year from now, what it means long term with our relationship on the military-military side as well as the relationship between our two countries,” he added.

»Mullen offered no specifics. But Pentagon officials said before the invasion that they would pursue closer U.S.-Russian military and security cooperation in an effort to encourage constructive behavior by Moscow in the international arena.

Le ton, les brèves analyses, l’évocation des perspectives, les mesures opérationnelles, tout dans les déclarations de Mullen suggère la modération et le désir d’éviter à tout prix les risques d’incident, la perspective d’une rupture, etc. Comme on l’a souvent constaté, il est très probable que Mullen parle avec le soutien de Gates, ce qui fait du Pentagone, du point de vue politique, un bloc de modération dans le paysage politique de cette crise. On constate que le changement de théâtre de crise (par rapport à la crise avec l’Iran, qui constitua la tension précédente où les militaires US eurent et gardent un rôle à la fois opérationnel et politique) ne change rien au comportement des militaires. On irait jusqu’à dire que le fait d’avoir affaire aux Russes, avec lesquels ils coopèrent aux niveau opérationnel et autres et dont ils savent le poids, rend encore plus évidente et plus aisée cette relation de gestion modérée de la crise avec l’“adversaire”. Toutes les indications existantes montrent que la coopération des militaires US et russes (contacts de personne, communications, etc.) n’a jamais été aussi intense qu’actuellement, pour éviter tout incident et garder le contrôle de la situation.

La situation constatée est assez remarquable. D’un côté, les militaires russes sont partie prenante dans la crise, très en avant, très agressifs vis-à-vis de la Géorgie et au niveau politique vis-à-vis de l’Occident. Pour les militaires US, c’est presque une sorte de neutralité, avec une distance certaine vis-à-vis de la rhétorique furieuse de l’administration et du Congrès (cette situation correspond par ailleurs, organiquement, à l’éclatement des pouvoirs qui s’est imposé ces dernières années à Washington). Les militaires US ne développe aucune rhétorique anti-russe, ils observent les événements, accomplissent avec prudence leurs missions plutôt dans le mode minimaliste, veillent à éviter tout incident. Ils ont, beaucoup plus que les civils, la perception de la réalité politique des zones d'influence et mesurent l'irresponsabilité du pouvoir politique tel qu'il est devenu, avec sa rhétorique maximaliste.


Mis en ligne me 29 août 2008 à 11H22