Eine de Gaulle de gauche ?

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Eine de Gaulle de gauche ?

• Les sondages donnent le parti encore à créer de Sahra Wagenknecht à 14%, ce qui est une perspective extraordinaire. • Cela témoigne de la force de l’exaspération du peuple allemand devant le rôle confié à l’Allemagne par l’OTAN et les USA dans l’affaire ukrainienne. • Si le parti de Wagenknecht tient ses promesses, c’est peut-être bien une révolution qui s’amorce en Allemagne et une transformation radicale possible offerte à l’Europe. • Pour résumer l’action de Sahra Wagenknecht, on pourrait la nommer “de Gaulle de gauche”. • Vaste programme !

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On a annoncé il y a une semaine la décision de l’ancienne vedette du parti ‘La Gauche’ (‘Der Linke’), Sahra Wagenknecht, de créer son propre parti, surnommé “le parti de la paix”, dont un sondage annonçait alors qu’il intéresserait 27% des électeurs. Depuis, des précisions sont apportées par de nouveaux sondages tandis que Wagenknecht annonce qu’elle espère présenter ses premiers candidats à des élections régionales au début 2024 (Saxe, Thuringe et Brandebourg). Ces précisions sont extrêmement, sinon extraordinairement prometteuses, à partir de sondages du journal ‘Bild am Suntag’ (les éditions de dimanche du ‘Bild’), qui n’est pourtant pas un journal (de droite conformiste) favorable à la pseudo-“gauchiste”, communiste staliniuenne.

« Dans un article publié samedi, ‘Bild am Sonntag’ a cité deux enquêtes menées au cours de la semaine – l'une mettant en vedette l'organisation jusqu'ici anonyme et l'autre non. Le média a tenté de déduire quels partis existants perdraient des partisans au profit de leur rival potentiel.

» Selon l'un des sondages mentionnés ci-dessus, environ 14% des Allemands voteraient déjà pour le parti, ce qui le placerait en quatrième position. Le Parti social-démocrate de Scholz n’a qu’un point d’avance, tandis que les deux autres membres de la coalition au pouvoir, les Verts et les Libéraux-Démocrates, sont à la traîne du vilain petit canard de Wagenknecht, avec respectivement 12% et 5%.

» Les sondages suggèrent que le parti qui perdrait le plus grand nombre d'électeurs si le nouveau groupe entrait dans le paysage politique serait le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD). En l’état actuel des choses, 21% des Allemands voteraient pour l’AfD ; cependant, si on leur présentait l’option Wagenknecht, 4% changeraient de camp. Le nouveau parti semble également susceptible d’attirer des électeurs qui, autrement, soutiendraient des partis plus petits non représentés au parlement allemand. »

Quelques remarques immédiates :

• La position du parti formellement virtuel mais intellectuellement déjà actif de Wagenknecht est phénoménale pour un premier classement dans les sondages. Pour un point, il se placerait devant les trois partis formant la coalition au pouvoir ! Merci au triangle magique Scholze-Annabella-Zelenski.

• Son antagonisme avec AfD n’est que statistique. Il était évident que  Wagenknecht prendrait nombre d’électeurs qui ne se classent pas à l’extrême-droite mais veulent avant tout la cessation la fin de la politique atlantiste et globaliste qui entraîne la tuerie ukrainienne, la rupture avec la Russie et l’effondrement de l’Allemagne. Tout cela est acté par tous et l’on sait que Wagenknecht, avant de quitter ‘Der Linke’, entretenait des rapports avec l’AfD et préconisait une certaine coopération avec ce parti à cause des mêmes buts poursuivis (outre ceux déjà mentionnés, un très fort contrôle de l’immigration, toujours au programme de Wagenknecht).

• Même un aveugle croirait voir se dessiner une proximité, sinon une alliance de facto entre souverainistes-identitaires et populistes de droite et de gauche ; ce que les Français ont raté en 2013-2017, à cause de leaders complètement inconsistants et idéologisés, – pour accoucher du monstrueux-Macron, – bon appétit au suceur de sang...

Un modèle gaullien pour l'Europe?

Certes, nous dit le bon peuple, il y a loin de la coupe aux lèvres ; mais par ces temps de disette où la bêtise règne en impitoyable despote totalitaire admiré par les élites, il n’est pas temps de faire la fine bouche.

Wagenknecht a une drôle de parentèle politique. Nous la placerions volontiers dans le flux intermittent d’un courant qui montra le bout de son nez dans les années 1950, lorsque certains Allemands de la RFA voulaient tenir une position de neutralité, type-“finlandisation” du bon temps où la Finlande était intelligente. Tout ce qui ressemblait à cette tendance fut brisé net par les atlantistes et séides de la CIA en RFA avec la rupture des projets entre de Gaulle et Adenauer et ne reparut qu’épisodiquement (notamment lors de la crise des ‘euromissiles’ de 1977-1983). Oskar Lafontaine, futur compagnon puis mari de Wagenknecht représenta ce mouvement, à l’extrême-gauche du SPD, comme une sorte de Chevènement allemand à l’extrême fin du XXème siècle. Ce même Lafontaine, quelques années plus tard handicapé par un cancer de la prostate non sans avoir audacieusement mais justement proclamé que la zone euro était une grave erreur et fondé ‘Der Linke’, s’effaça peu à peu tandis que sa compagne Wagenknecht s’affirmait.

Note de PhG-Bis : « Ces deux-là, Lafontaine [81 ans] et Wagenknecht [53 ans] forment une drôle d’équipe : lui avec son drôle de nom allemand, né d’un aïeul qui fut un soldat français de la Grande Armée ; elle née à Iéna [victoire de Napoléon fondatrice du Reich et grande ville de la RDA communiste] d’un père iranien qu’elle n’a jamais vu puisque disparu aussitôt son coup fait, et adepte d’un parti communiste stalinien jusqu’au bout de l’année 1989, fameuse pour les murs qui tombent... Que du bon pain au milieu de nos gentils démocrates adeptes de la mie la plus molle possible... »

Si elle réussit son coup, et les dieux sont peut-être avec elle, elle amènera sur la scène politique allemande quelque chose de complètement inédit pour ceux qui hésitent entre le Reich triomphant et le cirage de bottes transatlantique. On cite pour situer les conséquences très probables de ce que serait son action, une recherche naturelle et évidente de deux/trois grands projets :

• Une Allemagne réconciliée avec la Russie pour établir une sécurité collective en Europe (avec la France si ce pays s’est débarrassé de son avorton pseudo-royal Ixodida Ier, surnommé “la tique”).

• Une Europe réconciliée avec les nations qui la forment dans un monde multipolaire où triompheraient les nations-civilisations chères à Douguine.

• Bref, un ensemble tout entier conçu pour rompre les amarres transatlantiques et laisser l’Amérique couler toute seule et par la seule grâce de ses propres œuvres, comme le réclamait Lincoln.

Effectivement, Wagenknecht étant de gauche selon les bruits qui courent, pourquoi pas une de Gaulle de gauche ?

 

Mis en ligne le 30 octobre 2023 à 15H45