Drôle de guerre

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Drôle de guerre


7 août 2002 — Parfois, l'esprit vient où on ne l'attend pas. C'est le cas de cet éditorial du New York Times du 5 août, où l'on distingue une certaine impatience, du type : “Il est temps d'être sérieux, non ?”

Voici l'extrait qui nous importe :

« With all their talk about forcing a regime change in Iraq, President George W. Bush and his aides are creating the 2002 equivalent of the 1939 “phony war” in Europe — the period following the German invasion of Poland when everyone knew war was coming but the shooting hadn't commenced.

» The anticipation of war stirs uncertainty and puts people on edge, which is the way America, already shaken by Sept. 11, is feeling these days. It is time for Bush to level with the nation about his intentions. There may be a compelling case to be made for war with Iraq. The administration has not yet made it. »

La machine PR (Public Relations) de l'administration GW est si impressionnante de puissance, ces gens de l'administration sont tous si complètement absents de la réalité et plongés dans leurs diatribes idéologiques, leurs querelles bureaucratiques et leurs obsessions politiques, qu'ils ne mesurent plus le spectacle qu'ils offrent. Il est temps, en effet, de détacher la cause éventuelle d'une guerre (Saddam) et cette guerre éventuelle elle-même, d'une part, des “préparatifs” de la “guerre”, d'autre part. Il y a là deux choses bien différentes.

Saddam, ses projets, ses vilenies et ses turpitudes, on connaît puisqu'on nous en rebat les oreilles depuis exactement 12 ans. (Hitler n'avait pas eu droit à tant d'égards, ni tant d'attention dans la durée.) L'on sait aujourd'hui que, sur ce sujet, l'on ne sait rien de précis, que c'est un débat général, complexe, délicat, etc. Bref, un cas pour l'analyse rationnelle, la mesure, l'évaluation, etc, où le débat est ouvert : face à un Scott Ritter, l'ancien chef (américain) des inspecteurs de l'ONU, qui affirme que les capacités en “armes de destruction massive” de Saddam sont proches d'être nulles, il y a des affirmations épisodiques du contraire, mais aucun accord général d'analyse. Autrement dit, comme le titrait le Washington Post du 31 juillet, « In Assessing Iraq's Arsenal, The “Reality Is Uncertainty” »

Ce qui nous intéresse ici, c'est le reste, l'autre monde, l'autre côté du miroir, ce qu'on a désigné, avec tous les guillemets du monde, comme les “préparatifs” de la “guerre”. Là, on se trouve dans le domaine de la fantasmagorie, une sorte de DisneyWorld de la politique et des relations internationales. La façon dont l'entreprise de PR de l'administration GW jongle avec la “cause” de la guerre est simplement ébouriffante, — comme s'il nous était dit, droitement, regard planté dans le nôtre, avec un sourire innocent : “Oui, vous comprenez, nous voulons, nous devons faire cette guerre. Mais notre problème, c'est de trouver pourquoi.”

Le site WSWS a recensé notamment cet aspect du “débat” washingtonien, dans un texte qu'il a publié le 6 août. Nous empruntons ce passage du texte WSWS qu'on pourrait intituler : “à propos de la recherche de la cause de la guerre que nous devons absolument faire” :

« The political pretext for hostilities with Iraq keeps shifting, as the Bush administration seeks, so far unsuccessfully, to find a pretext that can stampede the public behind its war plans. On one day war against Iraq is necessary because UN weapons inspectors have been absent from the country since 1998, and Baghdad has supposedly resumed the development of chemical, biological and nuclear weapons. (However, when Iraq offered last week to readmit the inspectors, the Bush administration immediately rejected the proposal).

» The next day Hussein’s removal from power is declared a must because the Iraqi ruler already has weapons of mass destruction and may give them to Al Qaeda — although the enmity between the Islamic fundamentalism of Al Qaeda and the secular nationalism of Hussein’s Ba’athist regime is well established.

» A day later it turns out that Hussein must be removed because he might use weapons of mass destruction against American targets himself (although that would be suicide for his regime) or against Israel (which possesses an estimated 200 nuclear bombs).

» On the morrow Hussein is declared a threat to his Arab neighbors and to the supply of oil from the Persian Gulf to world markets, despite the fact that Iraq signed a boundary agreement with Kuwait giving up all claims on the emirate, and that all of the Gulf states publicly oppose an American attack on Baghdad.

» By the end of the week, Saddam Hussein is declared responsible for the September 11 attacks on the World Trade Center and the Pentagon, justifying a retaliatory war.

» This latest—and most desperate—attempt to manufacture a casus belli was reported by the Los Angeles Times August 2. The newspaper wrote that the White House and Pentagon had decided to endorse claims that suicide hijacker Mohammed Atta met with an Iraqi official in the Czech Republic several months before September 11, although both the CIA and FBI have dismissed the Czech report as unproven and unfounded. As the front-page LA Times report made clear, the Bush administration made its decision not as a result of new intelligence information, but because it felt the need for a September 11 link to generate support for its war plans. »

L'intensité de la campagne pour la guerre en Irak est telle, et sur une telle durée, à l'intérieur de la bureaucratie et dans les cercles proches du pouvoir, qu'on peut dire que ce cas devient l'essentiel de la préoccupation et de l'activité politique de l'administration GW, au dépens du reste. (Ainsi, l'inexistence de l'administration dans la question de la crise du corporate system et la crise boursière, et aussi dans les conséquences économiques, est due pour l'essentielle à cette préoccupation irakienne de la préparation de la guerre).

De ce point de vue, une comparaison est en train de se faire jour entre l'administration Johnson et l'administration GW : l'obsession irakienne de la seconde vaut en intensité l'obsession vietnamienne de la première. On pourrait parler d'une “vietnamisation” de l'administration GW, mais dans son comportement, son fonctionnement et ses conceptions, pas sur le terrain. Cela admis, la différence saute aux yeux : du temps de Johnson, il s'agissait d'une vraie guerre ; dans le cas présent, il s'agit d'une guerre qu'on ne parvient pas à faire. Deux citations résument le sentiment dont on veut rendre compte, à observer cette situation :

• « We seem to be distant observers of our own nation's preparation for war, watching…a process we have nothing to do with and cannot affect. » (Washington Post, 12 juillet)

• « The Bush administration knows it wants to bomb Iraq and it knows it wants to get rid of Saddam — it just doesn't know when, how or why to do it. » (un journaliste US, cité par The Independent, 21 juillet).


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