Deux parallèles qui se rejoignent

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Deux parallèles qui se rejoignent

31 août 2026 (19H45) – Il est remarquable de constater une certaine simultanéité de l’aggravation brutale des deux principaux conflits en cours, en Ukraine et en Iran. On ne donnera pas trop de détails sur cette double fournaise qui pourrait très bien paraître n’en faire qu’une, laquelle produit des masses d’informations pour la plupart sinon toutes invérifiables mais extrêmement caractéristiques de l’aggravation de la situation.

D’une façon générale, ce sont les deux “alliés” de fait, la Russie et l’Iran, qui sont le plus sur une position offensive (même si la première attaque dans le cas iranien est venue des USA). La violence des résolutions dans les divers points d’affrontement est telle qu’on observe une modification certaine du flux des informations du côté de la presseSystème dans l’Occident-compulsif. Il est devenu très difficile de continuer à parler, comme on le fit souvent, d’un avantage ukrainien ou d’une “guerre figée” en Ukraine. Pour l’Iran, le gros des informations va aux actions iraniennes, montrant que la perception des réactions iraniennes depuis le début du conflit a radicalement changé l’image que l’on avait des capacités de ce pays.

L’Ukraine, pour saluer Ratcliffe ?

En Ukraine, ce sont les Russes qui ont brusquement accentué leur pression, aussi bien dans l’offensive aérienne que dans diverses offensives tout au long d’un front qui couvre l’énorme distance de plus de 1 200 kilomètres. L’attaque aérienne est surtout très intense à Kiev et autour de la capitale. Cette brusque accélération et intensification de la pression russe suit quasiment d’une journée la visite éclair-et-mystère du directeur de la CIA à Moscou dont on peut difficilement dire qu’elle ait apporté le moindre apaisement.

La nouvelle qui a dominé ces derniers jours est l’énorme explosion qui s’est produite à Myla, dans une agglomération de la région de Kiev. Il y a eu au moins 37 morts dans la population civile. Il y a quatre ans, on aurait parlé de la barbarie russe et inscrit Myla sur la stèle  des malédictions des crimes russes contre l’humanité. Mais justement, l’aspect remarquable, dans la presse ukrainienne très critique des autorités alors que Zelenski se trouve très contesté par la population, autant que dans la déclaration de Zelenski lui-même, c’est l’accent mis sur l’irresponsabilité de ceux qui ont installé un énorme dépôt de munitions au milieu d’habitations civiles. On mesure ainsi la fragilité du régime-Zelenski.

« Au moins 37 personnes ont été tuées lors d'une frappe russe contre un dépôt de munitions à Myla, dans la région de Kiev en Ukraine. L'attaque a provoqué de violentes explosions et des incendies qui ont endommagé au moins 50 bâtiments résidentiels. Plus de 370 personnes ont été évacuées. Le président ukrainien Zelensku a qualifié le stockage d'explosifs à proximité de zones civiles de “terrible négligence”, confirmant que des obus, des mines, des munitions et des drones avaient explosé sur le site des Forces de défense ukrainiennes. Kiev a engagé des poursuites pénales et ouvert une enquête sur le stockage de matériel militaire. La Russie a déclaré avoir ciblé des infrastructures militaires près de Kiev. »

A côté de diverses autres informations venues du front ukrainien, comme l’affirmation par des sources russes officieuse de la défection d’une unité ukrainienne de garde-frontières, il y a cette affirmation du ‘Daily Mail’ selon laquelle la Russie aurait communiqué des avertissements aux sociétés fabriquant des matériels de combat pour l’Ukraine. Si le journal parle de “sabotage”, il met également cette information en parallèle avec les tirs de drones russes contre l’Ukraine. C’est un exemple des nouvelles ou rumeurs alimentant la possibilité d’interventions russes hors d’Ukraine.

La puissance de l’Iran

En Iran, c’est une attaque américaniste lancée dimanche contre l’île de Larak qui a amené aussitôt une riposte très puissante de l’Iran contre des bases US en Jordanie et au Qatar. Il s’agit du premier échange d’importance depuis un mois, et cette fois dans un contexte beaucoup plus tendu  à cause de la situation générale. Il semble qu’on accorde beaucoup plus d’importance à la riposte iranienne qu’à l’attaque américaniste, encore une fois à cause de la posture volontaire et de la communication beaucoup plus offensives des Iraniens.

« L'Iran a lancé des frappes de missiles et de drones contre des positions militaires américaines en Jordanie après l'attaque américaine de l'île iranienne de Larak, relançant les hostilités directes après un mois d'accalmie.

» Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a déclaré que son opération de représailles visait les bases aériennes Roi Hussein et Al-Azraq [...]

» Les hostilités ont débuté dimanche lorsque les forces américaines ont frappé l'île de Larak, située près du point le plus étroit du détroit d'Ormuz, tuant et blessant plusieurs soldats et civils iraniens. »

Parmi les diverses observations diffusées par diverses sources autour de cette relance des hostilités, on doit en noter certaines qui témoignent de cet activisme offensif des Iraniens. Il y a par exemple, ci-dessous, cette information du CentralCommand US redoublée par des précisions venues du côté iranien (CGRI) concernant une nouvelle technique de “pose” de mines dans le détroit d’Ormouz, avec des missiles “porte-mines” (plutôt que missiles type “stylo à billes”).

« Le commandement central américain (CENTCOM) a déclaré avoir ciblé deux lanceurs iraniens après avoir observé, selon ses dires, des forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) se préparer à tirer des missiles chargées de mines marines dans le détroit d'Ormuz. Le CENTCOM a par la suite qualifié l'attaque de “limitée” et “précise”, affirmant avoir agi contre une “menace imminente”. Il n'a cependant pas fourni publiquement de preuves visuelles à l'appui de l'allégation de pose de mines. »

« Alors que les tensions s'intensifient, des images récemment diffusées par la chaîne de télévision d'État iranienne IRIB semblent montrer une méthode utilisée par la marine du CGRI pour déployer des mines marines sans envoyer de navires dans la zone ciblée. Ces images montrent une fusée Fajr-5 de 333 mm transportant une mine marine au lieu de son ogive explosive conventionnelle, la transformant ainsi en un système de minage télécommandé capable de poser des mines à distance. »

... Il y a aussi ces précisions concernant la destruction d’un drone lourd de reconnaissance stratégique, de communication et d’attaque ‘Reaper’ MQ-9, le moyen principal des forces US d’observation et de suivi des forces iraniennes. Cet engin très couteux (entre $40 et $50 millions l’unité)  aurait é produit à 185 exemplaires, dont 45 auraient été abattus depuis février. Ces très nombreuses destructions font penser que les Iraniens disposeraient de moyens électroniques précis et originaux pour détecter et repérer les MQ-9, puis interférer sur leur électronique jusqu’à provoquer un accident ou  guider des missiles de défense aérienne vers eux. Ils auraient été aidés par les Chinois, qui connaissent bien le MQ-9, pour développer ces méthodes.

« Le Corps des gardiens de la révolution islamique affirme avoir abattu un nouveau drone Reaper américain. Les MQ-9 Reaper étaient censés être les yeux des forces américaines dans le ciel iranien. Mais aujourd'hui, ces mêmes yeux sont traqués. La forte dépendance de Washington envers le MQ-9 est confrontée à une dure réalité.

» Selon un article du Washington Post, les États-Unis ont perdu au moins 45 MQ-9 Reaper au cours des six mois de conflit. Cela représenterait environ un quart de la flotte de drones estimée à 185 que les États-Unis possédaient avant la guerre. »

Un parallèle révélateur

On revient en effet sur le parallèle dans la relance ou l’accentuation des hostilités, de la part des deux pays “alliés” que sont la Russie et l’Iran. Manifestement, la Russie est passée à une intensité d’action supérieure tandis que l’Iran a montré une extrême agressivité vis-à-vis des USA. Les deux ne cherchent plus du tout un arrangement, ils prennent leur avantage sur le terrain.

• La question que l’on peut se poser est de savoir quelle est la raison de l’attaque de CentralCommand alors que la situation s’aggrave en Ukraine et après la visite de Ratcliffe à Moscou ?

• Une première hypothèse est bien sûr celle de la coïncidence, alors qu’effectivement les forces US (grâce à leur MQ-9 ?) avaient repéré deux sites de lanceurs de missiles porte-mines. C’est à envisager et à voir car la vérité est toujours possible, même par inadvertance.

• Une seconde hypothèse est le désir de Trump de tenter de détourner l’attention de la montée en puissance de la Russie en Ukraine, et par conséquent de l’échec de la mission de Ratcliffe. Mais est-ce bien habile alors que l’un des résultats de l’affaire est la montée du prix du pétrole ? (Mais qui a dit que la politique de Trump était habile ?)

• Une troisième hypothèse est le désir de Trump de montrer qu’il est toujours actif contre l’Iran et la “garde” du détroit d’Ormouz qui fait aujourd’hui partie des États-Unis (comme le Canada et le Groenland). Cela permet de rappeler les discussions régulièrement fuitées entre Trump et son ministre “de la guerre” concernant l’utilisation d’armes nucléaires tactiques en Iran, puisqu’il s’avère de plus en plus qu’une invasion terrestre est de moins en moins considérée... Ce qui conduit à conclure sur cet écho, donné par le ‘Hindustan Times’, qui ferait penser que les Iraniens, de leur côté, auraient bel et bien développé des armes nucléaires, qu’ils testeraient.

« Un séisme de magnitude 3,8 aurait frappé l'est de Téhéran à 7h19 heure locale, alimentant les spéculations en ligne après une importante attaque de représailles iranienne contre les forces américaines. Cette secousse survient dans un contexte de fortes tensions régionales suite aux frappes américaines sur l'île iranienne de Larak et aux attaques iraniennes de missiles et de drones visant des sites du Golfe. »

• Et puis, il y a l’hypothèse métahistorique, ma préférée on s’en doute. Les événements s’arrangent d’eux-mêmes. Ils savent qu’ils sont de la même eau, qu’ils représentent la même situation, qu’ils répondent à la même logique. Ils se font en conséquence.

Dans tous les cas, ces divers éléments renforcent la perception que l’Iran et l’Ukraine, c’est “blanc bonnet et bonnet blanc”, — que ce sont les deux faces de la même guerre. Donc, deux trajectoires parallèles saisissantes, mais qui se rejoignent ? Pauvre Thalès !