Destins croisés, destins retrouvés

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Destins croisés, destins retrouvés

4 février 2015 – La crise grecque (gouvernement Tsipras) se développe ave une certaine élégance dans sa dimension européenne évidente. La crise ukrainienne poursuit son bonhomme de chemin, sur la voie d’une inéluctable aggravation. “Évidente” et “inéluctable” sont des qualificatifs qui vont bien ensemble, comme vont les deux crises sans aucun doute. C’est en effet par l’absence de doute à ce propos que commencera notre commentaire, – savoir que, selon notre appréciation, ces deux crises sont en train de se fondre dans un Moment véritablement métahistorique. Cette fusion achève de transformer la situation du grand axe Est-Ouest, des USA à la Russie, qui forme désormais la colonne vertébrale de la grande Crise d’effondrement du Système dans sa phase d’ultimité ; et nous ne parlons certainement pas d’un “axe géopolitique“ qui supposerait l’affrontement classique des géopoliticiens, qui est tout à fait hors de notre esprit. (Nous sommes dans l'ère psychopolitique, certes.) L’affrontement est celui du Système contre l’antiSystème et, d’une certaine façon illustrée par la folie produite par la politique-Système, du Système contre lui-même qui pourrait être l’appréciation extrême du cas de l’antagonisme avec la Russie. (... On ne dira jamais assez combien la Russie a cherché loyalement et à un coût inouï à s’insérer dans le Système depuis la fin de l’URSS, notamment dans les années 1990, et combien le Système l’en a découragé en appliquant à son égard une politique féroce de mise à l’encan. Ainsi l’antagonisme actuel est-il le fruit en bonne partie de la violence aveugle et de la brutalité du Système, et finalement pouvant être interprété comme la pression destructrice du Système contre lui-même.)

Nous prenons comme événement symbolique de ce propos, – autant qu’événement tout court d’ailleurs, – la visite d’Angela Merkel à Washington le 9 février, qui est marquée implicitement par l’urgence et la nécessité. Notre idée ne sera ni d’y voir le maître qui convoque son employé, ni d’y reconnaître la rencontre au sommet des deux dirigeants sûrs d’eux du bloc BAO, mais d’une façon très différente de définir une rencontre convoquée et exigée par le Système lui-même, de ses deux principaux contremaîtres. C’est-à-dire, en un sens, que la maison brûle ... Rien ne se passe comme prévue, partout les cahots se font de plus en plus agressifs, et les embardées de plus en déstabilisatrices. Le Système qui use de toute sa surpuissance pour déstructurer et dissoudre tout ce qui a une forme harmonique et ordonnée, n’aime guère sentir sa propre structure attaquée et pressée de toutes parts, elle-même menacée de déstructuration.

• Mais arrêtons-nous à cette rencontre Obama-Merkel. Voici ce qu’en dit Jacques Sapir, dans son commentaire que nous lui empruntons ce 4 février 2015. Il est évident pour lui, et d’ailleurs parfaitement logique avec son commentaire, que cette réunion a d’abord pour objet la situation européenne avec la “nouvelle-Grèce” de Tsipras/Syrisa, dans laquelle l’Allemagne joue un rôle majeur, d’une certaine fureur rentrée qui s’exprime par la rigidité des exigences... Les USA, eux, voudraient bien que cette fureur ne se marquât pas trop, pour ne pas trop menacer l’Europe, la zone-euro et tout son train, parce que ces choses font partie du dispositif général du bloc BAO

«Les Etats-Unis en ont pris la mesure. On sait que Barack Obama a convoqué Angela Merkel à Washington pour le 9 février. Au menu de cette rencontre, il y aura bien entendu le problème grec. Notons que cela montre l’engagement constant dans des Etats-Unis dans les affaires européennes. Tous ceux qui braillent que l’Euro devait nous donner une indépendance par rapport au Dollar feraient bien de méditer sur le sens de cette rencontre. La politique “européenne” se décide largement à Washington. C’est par ailleurs fort logique car l’Euro est la dernière ligne de défense du Dollar. Qu’il disparaisse et le Dollar sera nu face à la spéculation monétaire internationale.»

• Pour autant, la crise ukrainienne n’est pas loin, elle est même tout aussi présente et pressante. C’est cela que nous disait Sputnik.News, le 2 février 2015, en annonçant la rencontre et en la caractérisant essentiellement par un aspect spécifique de la crise ukrainienne («For months, the United States has been supplying non-lethal aid to Ukrainian forces. But a number of officials have urged for that support to include lethal assistance, and with German Chancellor Merkel visiting Washington next week, those talks will be on the table»). Dans ce cas, ce sont les Allemands qui montrent la plus grande inquiétude des intentions washingtoniennes d’envoyer des armes au régime de Kiev qui accumule les défaites face aux séparatistes de Novorussia. On imagine aisément qu’il y a, dans le chef des deux dirigeants politiques, une démarche selon laquelle il faudrait voir si l’on ne peut pas aménager toutes ces “politiques” d’une façon plus coordonnée, chacun espérant influencer l’autre dans un sens qu’il juge favorable à sa cause.

• ... Là-dessus, il est permis de sourire, car cette observation entraîne aussitôt la question : mais de quelles “politiques” s’agit-il ? Sur ce point, nous avons une analyse différente de celle de Jacques Sapir lorsqu’il écrit que «cela montre l’engagement constant des Etats-Unis dans les affaires européennes... [...] La politique “européenne” se décide largement à Washington.» Nous avons une analyse différente puisque nous observons, pour notre compte, que nul ne sait “qui contrôle la politique extérieure US” (voir le 3 février 2015) et que nous apprenons plus ou moins explicitement que nul ne sait vraiment qui a décidé quoi, et même si le président des États-Unis était au courant, par exemple à propos des péripéties de ce qu’on est justifié désormais de désigner officiellement comme “le putsch US en Ukraine” (de février 2014). Ainsi, à propos des livraisons d’armes que les USA envisageraient de faire à l’Ukraine et qui inquiètent tant les Allemands, on doit avoir à l’esprit que le président US est dans une position presque aussi difficile que celle de la chancelière allemande pour faire changer cette politique : pour l’essentiel, il ne fait que suivre un flux incontrôlable et assez peu identifiable, où le Congrès joue un rôle considérable de pression belliciste.

• La situation de la politique allemande n’est pas tellement plus claire ni plus assurée que la situation de la politique américaniste... Les Russes, de leur côté, ont appris en quelques mois ce qu’il fallait attendre des liens qu’ils croyaient solides, qu’ils avaient établis avec l’Allemagne. Eux-mêmes ont dû enquêter avec entêtement sur la définition de la véritable politique allemande du temps de Merkel, pour conclure qu’elle se trouvait quelque part, – tel un objet improbable et illusoire, et insaisissable, – entre les écoutes de la NSA suivies d’un éventuel dossier substantiel des “services” US sur (contre) Merkel, et les ambitions allemandes mises un temps dans le boxeur poids lourd Klitschko (recyclé depuis en maire de la bonne ville de Kiev) pour prendre en main pour le compte de Berlin les destinées ukrainiennes. Les Russes ont-ils compris que la “politique” allemande est aussi insaisissable et incontrôlable que la politique US, – ou bien croient-ils encore et toujours à un complot du bloc BAO, ex-Occident, ex-Europe des Lumières, comme se plaint désespérément et furieusement le pauvre Saker-US, le 3 février 2015 ?

«But concerning the West (here as the US and the EU), I think that this last western invasion of the Ukraine will mark the end of a very long historic era which saw a long series of tragic, often bloody, and always unsuccessful attempts at somehow making Russia part of Europe or, more accurately, at submitting Russia and colonizing it for Europe. From the fanatic hatred of the Teutonic Knights to the lure of Napoleon's freemasonery, from Hitler's grim determination to conquer of what he believed was “his” Lebensraum to the imaginary “democratic lovefest” which never happened - Russia always zig-zagged between resistance and submission, between isolation and integration. I think that this process is now over: while the will to resist any invasion (military, economic or cultural) is still there, there is no more admiration and no more hope, only a sense of complete disgust.

»Like all wars, the current one will end, but I think that the sense to complete disillusionment and disgust for the “West” and its “values” will remain a core reality of the Russian political future. Oh sure, diplomats will smile and past conflicts will be put to rest, but I don't think that there is any future in Russia for those who want Russia to become “like the West”, at least no other than as a 5th columnist or the object of jokes.»

• Nos anathèmes historiques et nos clichés, souvent héritées d’une historiographie déjà déformée par les nécessités des engagements dont l’on retrouve la trace aujourd’hui, nous conduisent en général à des jugements excessifs. Où le Saker-US a-t-il vu que les dirigeants du bloc BAO ait quelque lien que ce soit avec les peuples qu’ils prétendent représenter, et par conséquent que leur politique reflète une hostilité générale de l’“Ouest” contre la Russie ? Où a-t-il vu, par exemple, qu’un Napoléon ait représenté l’“Ouest”, l’Europe, et même la France, lorsqu’il se lança dans la catastrophe russe ? Au contraire, jamais la Russie ne fut plus européenne que dans cette période, comme en témoigne son rôle en 1814-1815, Napoléon représentant au contraire à cette époque, par exemple aux yeux du plus grand des “souverainistes” français, une pure usurpation ...

«Guglielmo Ferrero, dans son Talleyrand au Congrès de Vienne, rend compte de cet instant de magie dans la rencontre du 31 mars 1814 entre Talleyrand et le jeune tsar Alexandre, qui devait déboucher sur une déclaration d’intention sur une organisation de l’Europe et du monde qui, si elle avait été suivie, aurait installé une exceptionnelle concorde et qui, dans tous les cas, insuffla un élan qui fit de cette immense jacasserie de presque une année du Congrès de Vienne un événement diplomatique respectable d’arrangement après 25 ans de terreur révolutionnaire et de dévastation napoléonienne. C’est ce caractère-là qui inspira le Talleyrand de 1814, représentant le grand vaincu du Congrès et arrivant pour annoncer que la France, ce grand vaincu qui était un grand pays, faisait le geste magnanime de renoncer aux conquêtes de l’Empire, – “La maison de Bourbon seule, pouvait noblement faire reprendre à la France les heureuses proportions indiquées par la politique et par la nature. Avec la maison de Bourbon, la France cessait d’être gigantesque pour devenir grande. Soulagée du poids de ses conquêtes, la maison de Bourbon seule, pouvait la replacer au rang élevé qu’elle doit occuper dans le système social ; seule, elle pouvait détourner les vengeances que vingt ans d’excès avaient amoncelées contre elle.”» (Voir le 7 janvier 2015.)

... Si nous introduisons à ce point ce rappel historique, qui a pour nous la force de la métahistoire, c’est pour en annoncer d’autres et placer ainsi la rencontre Obama-Merkel, cette rencontre USA-Allemagne, justement dans un cadre métahistorique que nous voudrions installer pour mieux nous représenter ce Moment essentiel que nous vivons. C’est en effet dans cette dimension (métahistorique) que nous voudrions apprécier la situation présente, sans pour autant donner à ce “sommet” USA-Allemagne une importance démesurée, – et même au contraire puisqu’à notre sens il ne donnera rien d’essentiel, parce que les acteurs eux-mêmes sont réduits à l’impuissance. Par contre, son importance symbolique est pour nous réelle et très significative, alors que les deux acteurs, partenaires dans ce cas-là, ont chacun des responsabilités considérables, – autant pour la situation européenne, qui est le pur produit de l’ouragan capitaliste dont les USA sont la matrice opérationnelle, que pour la situation ukrainienne où chacun des deux pays a joué un rôle occulte important durant les événements qui ont conduit à la guerre civile actuelle. Au contraire, la Russie, loin d’être rejetée par l’“Ouest” et ses “valeurs”, apparaît comme un enjeu fondamental et une référence essentielle dans les tensions qui affectent le bloc BAO et le Système lui-même. Plus précisément, ce pays constitue aujourd’hui, sans aucun doute, la référence principale de tous ceux qui, dans le bloc BAO, suivent une ligne antiSystème ou cherchent à s’en rapprocher.

Une connivence métahistorique

Bien entendu, nous le répétons avec force, nous n’envisageons nullement la situation du point de vue classique du rapport des forces, de la géopolitique, etc. L’affrontement en cours dans cet axe transversal Est-Ouest ne dépend, selon nous, d’aucune de ces références, soit idéologiques, soit productrices de puissance, dont le Système a fait depuis longtemps ses armes favorites pour diviser ce qui peut l’être chez ceux qui peuvent être ou devenir ses adversaires. Nous voyons dans cette rencontre USA-Allemagne, à un point si crucial du grand Moment métahistorique que nous vivons, une connivence renvoyant à notre thèse centrale qui soutient tout notre travail, et dont une partie a été exposée en détails dans La Grâce de l’Histoire. Il s’agit de l’idée selon laquelle l’Allemagne et les USA, et chronologiquement l’Allemagne puis les USA, constituent les vecteurs politiques, culturels, technologiques, etc., du phénomène du “déchaînement de la Matière” bientôt constitué en Système ; il s’agit par conséquent de l’idée selon laquelle les conceptions similaires de ces deux pays renvoient précisément à l’“idéal de puissance”.

Nous avons symbolisé cette forme de pérennisation, dans le chef du passage de cette manipulation de la puissance, ou bien cette manipulation des entités humaines par la puissance déchaînée de la Matière, lors du moment de l’intervention des USA en Europe, à la fin de la Grande Guerre. (Dans ce cas, nous posons l’hypothèse que, dès 1918-1919, les USA ont pris la direction des “affaires”, l’Allemagne cherchant à poursuivre son destin interrompu jusqu’à la folie hitlérienne conduisant à son abdication finale bientôt transformée, dans les années 1945-1950, en une nouvelle forme de connivence avec ses vainqueurs et successeurs américanistes, ou panaméricanistes.) Nous décrivons ainsi ce moment du “passage du flambeau”, dans La Grâce de l’Histoire, p. 212-214...

«C’est bien une image d’Epinal américanisée, cette façon de donner ce rôle, le beau rôle, à l’Amérique, car l’essentiel du poids de la Grande Guerre fut porté jusqu’au bout par ceux qui l’avaient subie depuis le début ; mais cette image renvoie bien entendu à la psychologie. Ces deux dernières années [1917-1918] et l’effet psychologique de la représentation de la puissance américaine sur le sol de France dont elles furent l’occasion, conduisent définitivement l’esprit vers ces grands débats de 1919 et après, jusqu’en 1933, qui ont pour objet fondamental l’avenir de la civilisation, – c’est-à-dire l’Amérique, sans nul doute. L’Allemagne elle-même semble s’accorder sur cette idée de l’Amérique comme “avenir de la civilisation”, mais selon sa conception à elle, l’Allemagne, dont elle devine qu’elle est aussi celle de l’Amérique ; l’échange de télégrammes entre le Grand Etat-major allemand et le président Wilson, en octobre et novembre 1918, montre une troublante connivence de conceptions et l’on sent bien que l’on parle, assez naturellement, des mêmes choses dans le même sens. Cette connivence est celle des deux principaux acteurs de “l’idéal de puissance”, dont l’un, dans cet étrange entre-deux qui est entre la fin de la guerre et la fausse paix comme intermède pour permettre la réalisation de l’opération, passe le flambeau à l’autre. Cette connivence conceptuelle du monde germano-américaniste est un des grands flux secrets du XXème siècle, dont les racines ont proliféré, comme on les a vues, dès la deuxième partie du XIXème siècle, et qui constitue la structure “opérationnelle” fondamentale du grand courant historique que nous suivons depuis la fin du XVIIIème siècle et que nous suivrons jusqu’à notre début de XXIème siècle.

»Quand l’Allemagne se convulse plutôt que s’écrouler à l’automne de 1918, quand elle se retrouve, comme Thomas Mann le dit des Allemands, “aussi [molle] qu’un nouveau-né”, nous savons bien que gisent les restes incertains du rêve pangermaniste de l’ouverture grandiose et wagnérienne de 1914. Nous sentons bien, dans le même mouvement de l’intuition, que l’Amérique, qui contemple ces restes, est présente pour représenter ce qui va succéder au rêve pangermaniste, qui a nom américanisme ; on ne prend même pas la peine de lui appliquer la même expression, le terme “panaméricanisme” étant curieusement réservé, comme par une ultime et coquette manœuvre sémantique, au cadre restreint des Amériques ; mais c’est de cela qu’il s’agit, avec le suffixe pan ayant le sens de la totalité de la chose qu’il nuance décisivement dans le sens de la globalité… Nous nous y ferons, nous n’ignorons plus que l’américanisme contient, en lui-même, la puissante nuance de l’expansionnisme total qui importe. L’américanisme est, par essence, sans qu’il soit nécessaire de l’écrire, évidemment panaméricanisme.»

... Ce sont ces deux acteurs qui se retrouvent aujourd’hui, investis des pouvoirs essentiels et d’une puissance à mesure, pourtant placés devant un désordre immense que leurs actions diverses ne font qu’aggraver. Ils représentent les deux fondements du bloc BAO, les USA tenant l’axe transatlantique, l’Allemagne tenant l’Europe. Les incertitudes initiales de la crise ukrainienne ont laissé la place à des engagements fermes, surtout du côté allemand après que l’on eut pensé que l’Allemagne pouvait jouer un rôle conciliateur avec la Russie. Quelles que soient les causes de cette évolution et notamment les manigances qui seraient intervenues, il y a le constat objectif que l’Allemagne de la chancelière Merkel a finalement choisi d’occuper la place de relais des USA en Europe, contre la Russie. Du coup, la crise grecque se révélant à l’occasion des élections générales de la fin janvier, l’Allemagne se trouve engagée et défiée sur deux fronts à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe, transformant ainsi complètement sa position ... Il y a un an, elle constituait encore une force à prétention stabilisatrice dominant l’Europe dans un mode pédagogique, en même temps qu’un pont “hors-Système” avec de bonnes relations et des liens économiques et personnels innombrables avec la Russie ; aujourd’hui, la voici engagée dans une voie faisant d’elle une dynamique déstabilisatrice éveillant d’une part des contestations et des antagonismes à l’intérieur d’une Europe plongée dans une crise de confiance profonde où sa position privilégiée est de plus en plus ressentie comme un joug, et perdant d’autre part tout le capital de confiance accumulé avec la Russie.

Il y a un an, l’Allemagne pouvait apparaître comme une alternative apaisante et structurante aux USA, pour qui voulait établir des relations avec le bloc BAO. Aujourd’hui, elle apparaît presque comme une “seconde Amérique”, et l’on est tenté alors de voir reconstituée cette proximité conceptuelle de l’“idéal de puissance” qui s’exprima surtout par une concurrence guerrière dans l’histoire, mais qui s’exprimerait cette fois pour affronter les conséquences catastrophiques de la politique qui en est issue et que ces deux puissances assumèrent successivement. C’est à ce point que le symbolisme de cette rencontre du 9 février prend toute sa force et dégage toute sa signification. Il s’agit d’une rencontre qui place ces deux puissances devant les effets combinées des politiques qu’elles menèrent depuis le XIXème siècle, alors que l’on parvient au terme crisique de l’aventure ; il s’agit d’une rencontre qui met à nu le phénomène de l’“impuissance de la puissance” qui est le caractère même de cette crise du Système, où toutes les manifestations de puissance accordée au Système produisent du désordre qui contrecarre les intérêts du Système.

C’est à ce point encore que l’absence de la France apparaît comme un événement d’une considérable importance. (On n’accordera pas trop de perspective, même si l’on peut noter la bonne volonté, aux bruits qui ont couru d’une volonté française, d’une part d se rapprocher de la Russie, d’autre part d’envisager de jouer le rôle d’“honnête conciliateur” entre l’Allemagne et les pays européens qui repoussent le plus vivement la politique d’austérité. Pour parvenir à des résultats significatifs, il faudrait la puissance d’influence et d’entraînement d’une France souveraine et indépendante comme elle fut à telle ou telle occasion, et nullement ce pays horriblement affaibli par ses propres doutes, par la perte totale de toute conviction, toute foi et toute force dans les principes de souveraineté et d’indépendance dans le chef de sa direction politique et de ses élites-Système “autorisées”.) D’un autre point de vue, peut-être cette absence est-elle, pour l’instant et les choses étant considérées objectivement, un facteur positif dans la mesure où elle permet au phénomène de l’effondrement du Système d’accélérer toujours plus, sans résistance notable, selon l’idée de plus en plus évidente que seul le Système, avec sa surpuissance retournée en force d’autodestruction, peut accumuler lui-même assez de puissance pour provoquer sa propre destruction. Peut-être cette absence est-elle une bonne condition pour que la France parvienne à opérer une transmutation d’elle-même, pour retrouver ses vertus principielles dans une situation générale d’effondrement catastrophique du Système.

 

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