Désordre à trois : Trump, the Squad, Netanyahou 

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Désordre à trois : Trump, the Squad, Netanyahou 

Quelle comédie, – comédie-bouffe pour le coup, – que ce monde-là, et particulièrement le Nouveau-Monde, The United States of America. Il faut espérer que le lecteur suit les aventures des filles de The Squad, dans tous les cas d’un détachement (deux sur les 4) qui vient d’avoir un méchant accrochage avec le gouvernement du pays qui, selon l’une d’elles, entretient « ces conditions oppressives qui s’opposent à tout ce que je crois, – la lutte contre le racisme, l’oppression et l’injustice », – on parle d’Israël certes, mais nous ne faisons que citer en l’occurrence. Nous espérons qu’en même temps le lecteur suivra les agitations du The-Donald pour calculer-voir s’il ne rallongerait pas son mandat de quelques années, tandis que Netanyahou attend au téléphone les dernières instructions du même The-Donaldconcernant les filles du Squad et que l’AIPAC, le fameux et si puissant lobby pro-Netanyahou, est fort courroucé par l’attitude du Premier ministre israélien et le fait savoir publiquement, – événement sans aucun doute sensationnel.

Personne n’y comprend rien ? Voire...  Nous allons essayer  d’éclairer les lanternes de nos lecteurs à l’aide de nos lumières déclinantes et défaillantes, – ou le contraire, défaillantes parce que déclinantes. Ainsi pourront-ils mieux tenter d’embrasser la folie du monde de cette “étrange époque” et la grande cohérence des complots qui dirigent le monde selon les observateurs les mieux informés du phénomène.

Bien, le premier cas est celui où, mercredi dernier, Trump s’est mis une fois de plus à spéculer à propos de la possibilité qu’il considérerait la prolongation unilatérale de son mandat d’actuellement quatre ans, disons de deux années supplémentaires... Il avait déjà fait de telles supputations  il y a trois mois, prenant à son compte la suggestion d’un de ses partisans placé très à droite, le prédicateur évangélique et président de Université Liberty, Jerry Falwell Jr. Cette suggestion stipule que le mandat du président Trump devrait être prolongé de deux ans pour compenser les deux années que l’enquête sur le Russiagate, largement lancée à l’initiative des démocrates, lui avait fait perdre. La déclaration de mercredi était présentée sous forme de plaisanterie lors d’un grand meeting au Shell Pennsylvania Petrochemicals Complex de Monaca, en Pennsylvanie, à une soixantaine de kilomètres de Pittsburgh, devant une foule qui réclamait même trois, sinon quatre mandats successifs pour Trump, et là sans plaisanter. Tout cela n’a pas échappé  à la vigilance de WSWS.orget à son appréciation sérieuse des événements, jusqu’à en saisir l’extrême complexité complotiste :

« [Ce] n'est pas une plaisanterie. C'est un signal envoyé délibérément à la fois aux partisans et aux opposants, qui comprendront que Trump est sérieux et qu'il est prêt à poursuivre des méthodes anticonstitutionnelles pour rester au pouvoir. Cela fait partie d'un modèle de plus en plus dictatorial que Trump et ses conseillers fascistes ont depuis longtemps planifié... »

Nous sommes donc dans le volet “Trump-dictateur”, et c’est dans cette veine, plus que jamais, que WSWS.org poursuit, le lendemain jeudi, en dénonçant un tweet de Trump, – qui s’avère, dans l’esprit de la chose, bien plus qu’un tweet, mais bien ceci : « Dans un geste dictatorial, Trump bloque le voyage de deux membres du Congrès en Israël ». C’est là que nous retrouvons nos deux filles (sur quatre) du Squad, Tlaib et Oman, les deux musulmanes du Squad, qui préparaient un voyage en Israël, notamment sinon essentiellement pour enquêter et dénoncer les conditions faites aux Palestiniens. (Rashida Tlaib est Palestino-Américaine, d’une famille palestinienne installée aux USA, elle-même née aux USA et citoyenne américaine, et élue députée à la Chambre ; Oman est née au Soudan, naturalisée Américaine et élue également à la Chambre).

Finalement le voyage n’a pas eu lieu comme il devait avoir lieu. (L’aventure n’est peut-être pas finie : on verra...) Cela est dû, nous conte WSWS.org, à l’intervention effectivement “dictatoriale” de Trump, qui n’aime vraiment pasThe Squad, auprès de Netanyahou, le second considéré dans cette version comme la marionnette rétribuée (le “laquais”) du premier, ce qui devrait en étonner plus d’un, notamment parmi les commères complotistes qui plaident en général l’inverse (Trump, marionnette de Netanyahou). Cela donne sur notre site préféré (traduction française  du 17 août d’un texte anglais du 16 août) :

« La décision prise jeudi par le gouvernement israélien d'interdire la visite en Israël et en Cisjordanie des membres du Congrès américain Rashida Tlaib et Ilhan Omar est une attaque autoritaire contre les droits démocratiques, menée sous la direction du président américain Donald Trump.
» Il ne s'agit pas d'une décision prise à Jérusalem, mais d'une action dictée au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu par Washington. Il s'agissait d'un acte du chef de l'exécutif américain, dirigé contre deux critiques du pouvoir législatif, en violation totale des normes constitutionnelles américaines.
» Jeudi, le président Trump a dénoncé la visite prévue de Mmes Tlaib et Omar dans un tweet rempli de ses mensonges éhontés. Il a affirmé que les deux Représentantes “détestent Israël et tous les juifs” et qu’“il n’y a rien qui puisse être dit ou fait pour les faire changer d’avis”, estimant qu’en les laissant accéder à son territoire, Israël ferait preuve d’une “grande faiblesse”.
» Le cabinet restreint israélien, qui s'est réuni quelques minutes plus tard, a bien compris le message. Il a renversé une décision antérieure et a décidé d'interdire à Rashida Tlaib et à Ilhan Omar d'entrer en Israël ou dans les territoires que ce pays occupe, tels que la Cisjordanie et Jérusalem-Est.
» Ce qui rapproche Trump et Netanyahou, ce n'est pas seulement la relation entre le bailleur de fonds impérialiste et le régime laquais, aussi importante soit-elle, mais une stratégie politique commune... »

La décision du Netanyahou, manifestement sur les ordres de Trump semble-t-il donc, fit beaucoup de remous. Il y eut même cette extraordinaire prise de position de l’AIPAC, le fameux The Lobby, absolument aux ordres d’Israël et surtout de Netanyahou,  rompant brutalement dans cette affaire sa complète allégeancetout en restant dans sa propre logique (BDS, initiales du mouvement de boycott d’Israël) :

« Nous sommes en désaccord avec le soutien des Représentantes Omar et Tlaib pour le mouvement anti-paix BDS, et aussi avec les appels de Tlaib en faveur de le solution d’un seul État. Nous croyons également que tout membre du Congrès doit pouvoir visiter et mesurer de ses propres yeuxl’expérience de notre alliée la démocratie israélienne. »

Il s’ensuivit alors un rapide ballet qui eut surtout l’avantage, à notre sens, 1) de montrer l’embarras du gouvernement israélien, particulièrement face aux pressions de l’AIPAC qui insiste sur les conséquences possibles au Congrès, qui est son principal champ de manœuvre, de l’interdiction d’accès du territoire israélien faite à deux parlementaires ; 2) d’exacerber encore plus l’antagonisme de the Squad à l’encontre d’Israël (et de Trump), et éventuellement de confirmer la possibilité d’une dégradation des relations d’Israël avec le Congrès US.

Pour parvenir à cela, deux phases successives très rapides, qui firent croire d’abord à une sorte de retraite précipitée du Squad dans le chef de Tlaib, puis son rétablissement abrupt sans doute sous la pression de certains de ses soutiens, sinon de ses équipières :
• première phase, hier en milieu de journée : le ministère israélien de l’Intérieur autorise sur sa demande la venue de Tlaib pour des raisons humanitaires, pour voir sa grand’mère vieille et malade, « peut-être pour la dernière fois » dit la parlementaire dans une lettre curieusement accommodante au gouvernement israélien où elle n’aborde que l’aspect humanitaire. Bien entendu, le ministère conditionne son acceptation d’une totale censure du moindre langage politique pro-palestinien de Tlaib ;
• seconde phase, presque dans la foulée : Tlaib se ravise et refuse ce qu’elle avait d’abord demandé elle-même : « Je ne peux pas permettre à l’État d’Israël (…)d’utiliser mon amour pour ma “sity”[“grand-mère” en arabe palestinien] afin de me soumettre à leurs politiques oppressives et racistes »

Nous en sommes là à l’heure de cette publication. L’on peut penser qu’il s’agit, derrière le brouhaha de la communication, d’une phase importante, d’un épisode politique qui ne sera pas du tout sans lendemain.Il a  montré 1) l’importance et la puissance d’influence de the Squadmalgré les cafouillages dues à l’attitude de Tlaib, donc un renforcement de l’aile gauche qui se regroupe autour de ses membres ; 2) la détermination de Trump dans sa vindicte de la gauche extrême du parti démocrate, jusqu’à prendre une position impérative vis-à-vis de Netanyahou ; et 3) par contraste avec ce qui précède, l’embarras d’Israël et de ses outils d’influence dans une querelle où ses habituels atouts de communication jouent les uns contre les autres.

Il y a donc là l’occasion, une fois de plus, – et nous n’y manquons pas une seconde, – de mettre en évidence les extraordinaires contradictionsqui se manifestent lorsqu’on veut juger le comportement des uns et des autres selon la seule référence qui compte, par rapport au Système ; par conséquent,mise en évidence de la fragilité, sinon de la volatilitédes étiquettes idéologiques et des positions d’influence et de domination des uns et des autres telles qu’on a l’habitude de les définir. On passe d’une position pro-Système à une position antiSystème sans y prendre garde, comme l’on change de chemise...

• D’abord les relations d’Israël et de Washington, et précisément de Netanyahou et de Trump. On a tant l’habitude de voir Netanyahou comme le manipulateur et Trump comme le manipulé, et brusquement c’est le contraire qui apparaît dans cet épisode. On peut penser qu’il y a vraiment très longtemps qu’un président des USA ne s’était conduit, d’une façon publique et affichée dans le style de Trump, aussi abruptement avec le gouvernement israélien dans une affaire intérieure israélienne, provoquant une réunion d’urgence quelques minutes après le commentaire-ultimatum de Trump, et y cédant complètement. On dira : “c’est de la communication, ce n’est pas une politique”, et l’on sera loin d’avoir raison car la communication, à chaque fois qu’elle est utilisée, fixe le degré de suprématie dans les influences réciproques. Netanyahou obtient beaucoup de Trump parce que ce qu’il veut de lui répond à ce que Trump lui-même veut pour lui-même ; mais lorsqu’il y a désaccord, comme nous le montre l’épisode, Trump peut se montrer d’une extrême brutalité et Netanyahou cède... Et l’AIPAC est furieuse contre celui dont elle fait la promotion impudente, mais l’AIPAC est impuissante !

• D’autre part, il y a les Squadet leur attitude tantôt objectivement pro-Système, tantôt objectivement antiSystème, sans que la bande ne veuille rien de spécifique dans cette classification-là (par rapport au Système). Il est certain que the Squad représente une tendance globaliste de gauche, pro-immigrationnisme, féministe et tout le bazar LGTBQ, dont on sait combien le Système est friand jusqu’à en faire bombance. En même temps, comme le démontre l’aventure de Tlaib malgré ses avatars, son action réussit à mettre les relations entre les USA et Israël dans un état de tension et de confusion très inhabituel, sinon sans précédent, de la sorte qui peut mettre en danger la fluidité des liens stratégiques, surtout avec une personnalité telle que celle de Trump qui voue une haine sans retour au Squad – et, par conséquent, mettant en péril le lien principal et les puissances centrales des entreprises de déstructuration et d’entropisation qui rencontrent toutes les vœux du Système.

(La direction moisie du parti démocrate, notamment la quasi-octogénaire Nancy Pelosi, a tenté sans succès durant cet épisode de se poser en défenderesse farouche des liens du parti démocrate avec Israël ; on ne l’a guère entendu.)

Le problème, – pour tous les pays du monde, mais pour Israël plus qu’aucun autre, – c’est qu’il existe un jeu d’affrontement, de tension hystérique, voire de haine furieuse, entre le Congrès (surtout la Chambre) emporté par l’extrémisme des “nouveaux-démocrates” et l’exécutif qui s’alimente aux humeurs imprévisibles de Trump. On ne prendra pas trop au sérieux, – pas encore, voulons-nous dire, – les considérations sur la dictature trumpiste de WSWS.org. Il n’empêche que les rapports de ce président-là avec le Congrès, surtout lorsque le Congrès semble marcher au rythme du Squadpeut conduire Trump à chercher des solutions extraconstitutionnelles, c’est-à-dire anticonstitutionnelles pour l’instant, pour être quitte de personnalités politiques de cette sorte. Il peut alors y avoir effectivement des tentations d’intervenir par des mesures extraordinaires, du type loi martiale notamment ou gouvernement par ordonnances selon la question hautement polémiques (on le vit notamment lors de la présidence Nixon) du “privilège présidentiel”. Cette possibilité peut être alimentée également par certaines initiatives prises par des directions locales gauchistes (démocrates), inspirées par the Squad, comme les situations qu’évoque le colonel Lang (voir le 13 août 2019) :

» L'opposition à peine cachée des démocrates de gauche au contrôle des frontières est révélatrice.  Les démocrates de gauche veulent réduire la frontière sud-ouest des États-Unis jusqu'à ce que ce ne soit plus qu'une ligne sur la carte.  Ils veulent le faire pour inonder le pays d'illégaux assurant une solide majorité démocrate dans les États où le parti démocrate contrôle le gouvernements de l’État. Rappelez-vous, les États organisent eux-mêmes les élections fédérales. 
» La Californie est un exemple de cette sale entourloupette visant à truquer davantage les résultats des élections. Gavin Newsom, le chef actuel de la cabale gauchiste de Sacramento, a signé une loi visant à exclure Trump du vote des présidentielles si le président persiste à refuser de faire connaître publiquement ses déclarations de revenus... »

Il est certain que ce type de situation ne pourrait pas exister et demeurer avec un Trump réélu ; de même elle pourrait servir d’arguments d’ailleurs pas très loin d’être valablespour des initiatives de l’exécutif en cas de flottement, voire même de défaite de Trump durant USA-2020, initiatives que WSWS.org qualifie d’avance de « dictatoriales »... Mais l’on serait alors, dans les circonstances évoquées qui seraient à venir, plus justifiés de les définir comme “extraconstitutionnelles” à la différence d’“anticonstitutionnelles”, signifiant par cela que la Constitution autant que le système politique actuel des USA, salués encore il y a 15-20 ans comme la plus parfaite organisation de gouvernance du monde, n’ont absolument plus la possibilité de fonctionner.

Étant nous-mêmes très sceptiques sur la possibilité d’une dictature aux USA, et complètement partisans de l’hypothèse sécessionniste, de l’éclatement centrifuge, etc., nous constaterions alors que l’addition antagoniste d’un président-bouffe et d’un gauchisme sociétal déchaîné, loin d’illustrer le schéma sagement politique “nationalisme” versus “globalisme”, donnerait plutôt dans le tohu-bohu du désordre la clef de la désintégration des États-Unis d’Amérique, c’est-à-dire du relais opérationnel fondamental du Système, – et par conséquent,coup fatal au Système. La “politique du spectacle” mise en place grâce à Trump, pourrait être paradoxalement un coup mortel pour la “société du spectacle”où nous sommes englués. 

 

Mis en ligne le 17 août 2019 à 17H04