De l’admirable et sophistiquée réinvention du fil à couper le beurre

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Nous, nous avons notre interprétation… Le départ abrupt du général David McKiernan, qui commande les forces US et de l’OTAN en Afghanistan, ressemble fort, en plus de la version officielle qui a aussi sa valeur, à un limogeage suite à l’attaque de l’USAF qui a massacré un nombre assez élevé de civils afghans. La version officielle est que David McKiernan s’en va, après seulement onze mois de commandement (au lieu de 24 ou 36 mois), parce qu’on a besoin, selon Gates, d’une “fresch thinking”, pour appliquer la nouvelle “stratégie” (ce qui semble signifier qu’il y en avait une, désormais ancienne, ce qui est une agréable surprise et une nouvelle intéressante). En fait, les deux explications se complètent, le dernier massacre en date ayant montré qu'on a vraiment besoin d'une “fresch thinking”.

Voici comment le Times de Londres, de ce 12 mai 2009, annonce la nouvelle:

«The top US military commander in Afghanistan was sacked yesterday after both the Pentagon and the White House decided that “fresh thinking” was needed to win the war.

»General David McKiernan, who has spent just 11 months in charge of Nato forces in Afghanistan, will be replaced by Lieutenant-General Stanley McChrystal who previously led the special operations command and is credited with killing the leader of al-Qaeda in Iraq, Abu Musab al-Zarqawi. Lieutenant-General David Rodriguez will be handed a new position of deputy commander of US forces in Afghanistan.

»Robert Gates, Defence Secretary, told a Pentagon press conference that, after consultation with military chiefs “and with the approval of the President, I have asked for the resignation of General David McKiernan”. He added: “This is the right time to make the change, at a time when we are at the beginning of the implementation of a new strategy. The focus here is simply on getting fresh thinking, fresh eyes on the problem, and in how we implement the strategy and the mission going forward.”»

Là-dessus, le même journal, ce même 12 mai 2009, nous annonce que des troupes US supplémentaires arrivent en Afghanistan, avec leur formidable puissance de feu. Autre agréable surprise, ce n’est pas pour détruire les talibans, c’est pour assurer la sécurité des zones ainsi investies et se transformer en “soldat-laboureur” pour reconstruire le pays.

«The sheer scale of the American firepower now being drafted into southern Afghanistan to take on the Taleban – who generally fight in flip-flops with a Kalashnikov in their hand – might convince some people that this enemy is going to be defeated by superior weaponry and ground manoeuvre warfare.

»But it has not worked yet, not in the eight years the US-dominated forces have had to try to rid Afghanistan of the Taleban threat. Now, however, under a troop-reinforcement programme started by George Bush and expanded significantly by Barack Obama, the plan is to flood key parts of the south, where the Taleban have greatest influence and control, with thousands of US Marines and other American combat units. After seizing the territory they would hold it with the help of the burgeoning Afghan National Security Forces (ANSF) and coalition troops, such as the British, who have already been in the south for three years.

»The difference between the Americans and the Russians – who deployed more than 100,000 troops to Afghanistan and killed thousands of civilians with bombs and helicopter gunships fighting the Mujahidin in the 1980s - is that the US and the rest of the coalition are determined to use their superior firepower and ground manoeuvre tactics to create safe, Taleban-free zones of population. In those areas rapid construction projects - roads, government buildings, improved electricity - and agricultural programmes can be introduced to change the lives of the Afghan people for ever. Such zones already exist but they are now to be expanded into new areas.»

Tout cela se présente sous des auspices idylliques. On liquide le général qui n’est capable de penser qu’en tonnes d’explosifs balancés sur les civils afghans, on le remplace par un qui est supposé être plus nuancé, et l’on envoie des forces bourrées de puissance de feu en annonçant que c’est pour s’en servir le moins possible.

La chose réussira-t-elle? Faisons quelques remarques.

• La première est que la “guerre” en Afghanistan a commencé en octobre 2001 et qu’il faudrait attendre mai 2009 pour “découvrir” qu’il vaudrait mieux aider les paysans à construire leurs maisons que les démolir à coup de missiles tirés par l’USAF.

• La seconde est que, – au fait, – cette disposition d’esprit de faire la guerre en s’adaptant aux conditions, aux habitants, etc., existait dès l’origine. Rumsfeld avait proclamé la chose en novembre 2001 en montrant cette photo d’un soldat des forces spéciales US sur un cheval afghan, avec d’autres cavaliers afghans. Force est d’observer que, chaque fois, la chose a basculé dans les vieilles habitudes américanistes de toujours préférer “écraser un problème” plutôt que le résoudre.

• La troisième est qu’il est toujours stupéfiant de constater que la “stratégie” d’une “guerre” comme celle de l’Afghanistan puisse encore donner lieu à un débat, comme s’il y avait à débattre à ce propos, comme s’il n’était pas évident que cette guerre est, bien sûr, ce qu’on découvre aujourd’hui pour la nième fois qu’elle est, – une guerre de guérilla où les grosses pointures de l’USAF ne font qu’aggraver les choses. Et pourtant, oui, l’on débat, et l’on arrive à la conclusion qui est la réinvention tonitruante du fil à couper le beurre.


Mis en ligne le 12 mai 2009 à 14H58

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