De la “barbarie intérieure” à la néo-barbarie

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De la “barbarie intérieure” à la néo-barbarie

Wayne Madsen est réputé pour avoir beaucoup d’informations souvent de sources fort bien placées, et aussi (réputé) pour détester absolument Donald Trump en même temps que tout ce qui est de droite et de droite-extrême.

(Sur ce dernier point, Madsen, qui s’oppose également à la politique belliciste washingtonienne, a souvent illustré les erreurs que l’attachement trop fidèle aux étiquettes et ce qui peut s’apparenter à un sentiment de haine font commettre [voir l’article de PhG  de ce jour].)

Son article ci-dessous, où il désigne Trump comme un “néo-barbare”, est par contre à lire sans la moindre retenue ni hésitation, selon notre point de vue. L’identification que Madsen fait de Trump en “néo-barbare” rencontre complètement notre analyse sur l’“ontologie de Trump” et son “opérationnalisation” de  la barbarie intérieure (selon J. F. Mattei). Madsen part dans son propos d’un tweet fameux de Trump d’il y a à peu près une décadre, où il menaçait l’Iran d’une attaque, avec la précision de 52 sites identifiés pour cette attaque, dont précisait-il des “sites culturels” jouant un rôle fondamental pour la culture iranienne.

(Cette précision d’une attaque contre des “sites culturels” essentiels pour l’Iran a beaucoup fait couler d’encre, essentiellement parce qu’il s’agit d’une intention de commettre des “crimes de guerre”. Madsen écrit à cet égard, au sujet d’un point d’actualité qui nous avait échappés : « La destruction de sites culturels et religieux pendant un conflit armé est un crime de guerre et une violation du droit international. Posant un différend de plus entre Trump et un membre de son cabinet, le secrétaire à la défense Esper a déclaré lors d’une conférence de presse, à propos de cette intention du président de détruire des ‘sites culturels iraniens’ : “Nous nous conformerons aux lois de la guerre” [qui interdisent de prendre pour cible des sites culturels]. Jamais depuis 1944, lorsque le commandant allemand de Paris, le général Dietrich von Choltitz, a refusé l’ordre d’Adolf Hitler de détruire les principaux sites culturels du Paris occupé par les nazis, – l’Arc de Triomphe, la cathédrale Notre-Dame, la Tour Eiffel, le Louvre, la basilique du Sacré-Cœur, et d’autres, – jamais un responsable militaire n’avait défié aussi ouvertement un dirigeant politique. »)

Le qualificatif de “néo-barbare” est évidemment largement justifié pour un président qui annonce publiquement son intention de faire détruire le patrimoine culturel d’un pays, qui plus est d’un pays qui est une civilisation à lui tout seul. Le commentaire s’impose évidemment sous la plume de Madsen, qui ne manque pas sa cible en alignant Trump sur une “série barbare” qui va de soi :

« Le monde a été témoin ces dernières années d'un certain nombre d'actes barbares de destruction de sites culturels du patrimoine mondial. L'État islamique d'Iraq et du Levant (ISIL) a détruit plusieurs sites historiques et artefacts de l'Antiquité à Mossoul, en Iraq et à Palmyre, en Syrie. En 2001, les Talibans ont fait sauter les bouddhas de Bamiyan, protégés par l'UNESCO, en Afghanistan, les transformant en un tas de décombres.
» C’est un triste constat sur l’état actuel du monde que de voir un  président des USA se mettre dans la même catégorie barbare qu'Adolf Hitler, l'ISIL et les Talibans. La campagne de “pression maximale” de Trump sur l'Iran semble avoir très peu de limites. »

Là-dessus, Madsen a tout de même l’esprit, avec les informations qu’il faut, de revenir sur les dévastations culturelles qui ont marqué la campagne de conquête et d’occupation de l’Irak depuis 2003, commençant par rappeler ces scènes inoubliables des premiers jours de la “libération” de Bagdad où les G.I. regardaient, sans intervenir, des pillards, en groupes ou individuellement, venir dans les musées public pour piller les œuvres d’art exposées, et bien entendu des œuvres témoignant des civilisations de l’antiquité. Il décrit comment un marché noir s’est installé depuis ces années, faisant du pillage culturel des pays envahis par l’armée américaniste une activité extrêmement foisonnante et florissante. 

A ce moment, le président n’était pas Donald Trump. Ni GW Bush, ni Obama, ni Clinton avant eux, ne sont jamais spécifiquement intervenus pour réguler cet aspect des guerres sans nombre, ouvertes ou dissimulées, que les USA ont lancées. Il y a évidemment dans cette attitude, aussi bien des forces armées que des dirigeants, une volonté assumée ou dissimulée c’est selon, de “déculturation” de ces pays, dans le but presque instinctif de l’américanisme de détruire les autres cultures au profit de l’“américanisation”, au son des théories du “chaos créateur” dont est baignée la mystique de pacotille de la religion capitaliste.

La différence dans le cas qui sert de point de départ à l’analyse de Madsen, c’est,  encore une fois, l’absence d’hypocrisie de Trump pour exposer à ciel ouvert ce qu’est la démarche américaniste, exposant ainsi la façon dont cette “mystique de pacotille” est de type satanique, c’est-à-dire l’inversion de ce qu’est une mystique. Tout cela s’insère parfaitement dans la politique actuelle des USA, qui ne fait que continuer des pratiques courantes dans ce pays, et qui confirme bien entendu l’aspect de  “crime organisé” de ce gouvernement comme de ceux qui l’ont précédé.

Quoi qu’il en soit, le texte de Madsen est d’un intérêt documentaire indéniable du fait de tous les détails qu’il donne sur cette sorte d’activité depuis 2003. Il développe ainsi un autre aspect, un aspect de plus, de l’immense crise de cette civilisation, ou contre-civilisation du Système, en cours d’effondrement.

Le texte de Madsen est du 14 janvier 2020, sur le site Strategic-Culture.org.

dde.org

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They Like to Get the Landmarks

In the 2016 science fiction sequel, Independence Day: Resurgence, actor Jeff Goldblum, describing the targeting priorities of aliens invading the Earth, says, “They like to get the landmarks.” In both Independence Day and its sequel, movie viewers were treated to scenes of macabre-looking extraterrestrials destroying the Empire State Building, the White House, Los Angeles’s Tower Records building, and London’s Tower Bridge and “the Eye” wheel.

Destroying famous landmarks is not merely in the purview of motion picture aliens but also the president of the United States. In a series of tweets sent after Trump ordered the assassination at Baghdad International Airport of Iranian Islamic Revolutionary Guard Corps Al Quds commander, Major General Qaseem Soleimani, he vowed to destroy Iranian cultural sites if Iran retaliated for the U.S. assassination of Iran’s most revered military leader.

Trump tweeted: “Let this serve as a WARNING that if Iran strikes any Americans, or American assets, we have… targeted 52 Iranian sites (representing the 52 American hostages taken by Iran many years ago), some at a very high level & important to Iran & the Iranian culture, and those targets, and Iran itself, WILL BE HIT VERY FAST AND VERY HARD.”

Destroying cultural and religious sites during armed conflict is a war crime and a violation of international law. In yet another dispute between Mr. Trump and members of his cabinet, when asked about Trump’s threat to destroy 52 Iranian cultural sites, Defense Secretary Mark Esper said at a Pentagon news conference, “We will follow the laws of armed conflict,” which prohibits the targeting of cultural sites. Not since 1944, when the German commander of Paris, General Dietrich von Choltitz, defied Adolf Hitler’s order to destroy the major cultural sites in Nazi-occupied Paris – the Arc de Triomphe, Notre Dame cathedral, the Eiffel Tower, the Louvre, Sacré–Cœur basilica, and others – had a military official so publicly defied a political leader.

Trump did not state what 52 Iranian cultural sites and antiquities were on his “hit list,” but informed observers believe they included the ruins of the capital of the Achaemenid Empire at Persepolis; the Kingdom of Elam’s holy city, Tchogha Zanbil; and Imam Square in Isfahan, all protected World Heritage sites protected by the United Nations Educational, Scientific, and Cultural Organization (UNESCO), from which Trump withdrew the United States in 2019. Other likely targets included the iconic Azadi Tower in Tehran, built by the Shah of Iran in 1971 to celebrate the 2500th anniversary of the founding of the nation of Persia/Iran and the UNESCO-protected Arg-e-Bam, the world’s largest adobe building; the Old Persian, Elamite, and Babylonian inscription and rock relief depicting the coronation of Darius the Great on Mount Behustan; the cylindrical tower of the tomb of Ziyarid ruler Qabus; the Tabriz Bazaar; the historic city of Yazd, and several Persian gardens around Iran.

Tehran’s iconic Milad Tower, often seen on live television broadcasts from the Iranian capital, would be the sort of target a neo-barbarian like Trump would want to see destroyed, since the former television game show host has little appreciation for history or culture.

The world has in recent years witnessed a number of barbarian acts of destruction of world heritage cultural sites. The Islamic State of Iraq and the Levant (ISIL) destroyed several historical sites and objects of antiquity in Mosul, Iraq and Palmyra, Syria. In 2001, the Taliban blew up the UNESCO-protected Bamiyan Buddhas in Afghanistan, rendering them into a pile of rubble.

It is a sad commentary on the present state of the world that an American president would desire to put himself in the same barbarian category as Adolf Hitler, ISIL, and the Taliban. However, Trump’s “maximum pressure” campaign on Iran appears to have very few boundaries.

During the initial phase of the U.S. military occupation of Iraq, U.S. troops idly stood by as looters ransacked the National Museum of Iraq in Baghdad, carting off many priceless artifacts, thousands of which remain missing to this day. In addition to looters stealing Iraqi artifacts, members of the U.S. military, the Coalition Provisional Authority, and private contractors bought stolen Iraqi museum pieces on the streets of Iraq, shipping them home without any penalty from the U.S. government.

The U.S. military damaged the famed Ishtar Gate of Babylon, south of Baghdad. In addition to damaging parts of the gate, the U.S. military destroyed parts of it to build a helicopter landing pad and an area for portable toilets.

The famous Sacred Vase of Warka (dating from 3200 BC) was discovered in the trunk of a car. In 2003, then-U.S. Defense Secretary Donald Rumsfeld, who has as much appreciation for cultural sites and antiquities as Mr. Trump, said, “The images you are seeing on television you are seeing over and over and over. And it’s the same picture of some person walking out of some building with a vase. And you see it 20 times. And you think, my goodness, were there that many vases?.. Is it possible that there were that many vases in the whole country?”

Rumsfeld glossed over the willful toleration by the U.S. occupation force of the grand theft of Iraqi antiquities and their appearance on the global black market. There is little doubt that if the U.S. decided to attack and occupy Iran, the cultural sites not obliterated by U.S. weapons would be looted for distribution on the black market.

After the U.S. invasion of Iraq, Arab Spring upheavals in Egypt and Libya, and the jihadist occupation of large parts of Syria, various priceless antiquities from these countries began showing up in private collections and dubious museums like the Museum of the Bible in Washington, DC. The museum was built by Christian fundamentalist David Green, owner of the retail chain Hobby Lobby. A private-high dollar reception marking the museum’s opening was held at the Trump International Hotel in Washington on November 16, 2017. That same year, U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE) seized from Hobby Lobby thousands of clay tablets and metallic seals, obviously bound for the museum, that were stolen from Iraq. Most archaeologists believe that such seizures are merely the tip of the iceberg.

Although many stolen Middle Eastern artifacts are fenced through or secretly auctioned in London, Geneva, Zurich, Basel, Beirut, Istanbul, Amman, and New York, the culpability of Israel is rarely mentioned. Many of the stolen artifact brokers possess Israeli passports and because of their dual nationality with other countries, engage in their black marketeering by freely traveling from place to place with their ill-gotten wares. Israel demonstrated its lack of commitment to cultural site protection when its military razed the 700-year old Moroccan Quarter of Old Jerusalem in 1967.

While many world leaders have dedicated themselves to the protection of cultural sites and antiquities, Trump would rather be counted among those who have, through history, ordered the destruction of humanity’s greatest and most cherished relics, including Hitler, ISIL’s Abu Bakr al-Baghdadi, the Taliban’s Mullah Omar, and the Mongol ruler, Hulegu Khan, who destroyed the city of Baghdad in 1258. Trump’s friends, the Wahhabist Khalifa royal family of Bahrain, ordered destroyed 43 Shi’a mosques in Bahrain, including the 400-year-old Amir Mohammed Braighi mosque.

Trump’s personality is not one that appreciates actual history, but only that which he dreams up in his head, “creating facts” by whimsy. In 1980, when Trump bought the historic Bonwit Teller building after the famed retailer’s Manhattan flagship store closed, Trump promised to donate the building’s iconic entrance Art Deco limestone reliefs and nickel grillwork to the Metropolitan Museum of Art. Trump, going back on his word, ordered the reliefs to be jackhammered to bits and the grillwork “disappeared.”

Just because Trump later changed his mind and said he would not target Iran’s cultural sites does not mean that he will not carry out such an evil deed. Trump enjoys hurting people, physically and mentally, and the Iranian nation may yet be treated like the curators of the Metropolitan Museum of Art by one of the world’s most evil men

Wayne Madsen

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