De 1776 aux guerres en-cours

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De 1776 aux guerres en-cours

• Dès USA, où les dissidents fêtent le 250ème anniversaire,—  sombre célébration, en vérité, — nous viennent quelques nouvelles, aussi sombres en vérité, des débacles de l’“empire” devenu fou. • Mercouris, accueilli là-bas comme un frère, nous communiquent la description de l’encerclement d’Odessa, par la terre après la mer. • Puis il nous décrit le sombre avenir des fous de l’Europe-UE, confrontés à leur folie. • Le meilleur spécialiste des missiles aux USA nous décrit également les prodiges de la puissance iranienne.

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Depuis deux jours, nos amis Christoforou et Mercouris (C&M) se trouvent aux États-Unis, à Chattanooga (‘Chattanooga Tchou Tchou’, l’un des fameux morceaux de Glenn Miller en 1935-45) où a lieu une convention nationale (‘The 1776 Conference’ organisée par Robert Barnes, pour le 250ème anniversaire de la Déclaration d’Indépendance rédigée par Thomas Jefferson). Larry Johson, un des participants bien entendu, en dit quelques mots dans un article sur fond  iranien...

Les C&M ont été accueillis avec enthousiasme par tout ce que les milieux de la sécurité nationale aux USA comptent de dissidents, ‘Samizdat’(toute une aventure) à l’américaine. Ils se trouvaient au cœur bourdonnant de l’opposition à la dégénérescence et à l’effondrement de l’“empire” de l’américanisme, faite notamment d’anciens officiers de la CIA, de la DIA, des forces armées, etc. N’oubliant en rien son activité principale, Mercouris a pris un peu plus d’une heure de son temps pour nous informer des dernières nouvelles du tourbillon crisique ukrainien. Nous en relevons quelques aspects.

L’encerclement d’Odessa, Rassvet aidant

La situation générale montre une avancée significative des forces russes sur tous les fronts, avec un très fort accent mis  sur la région d’Odessa ; désormais complètement prisonniers du blocus maritime russe, Odessa et les ports annexes d’Ukraine sont coupés des flots de ravitaillement, notamment des armements occidentaux. Cette situation est en train d’être complétée par un encerclement terrestre qui s’exerce pour l’instant par l’annihilation ou la neutralisation des points de communication du reste de l’Ukraine vers Odessa.

Mercouris est très prudents, très mesurés dans ses appréciations, ne manquant pas de nous donner des détails sur les actions ukrainiennes (drones) vers la Russie, et notamment la Crimée. Il sait que le grand œil du blanchiment de l’information selon les normes du Camp du Bien reste fermement ouvert et veille au premier faux-pas.

En attendant, Mercouris nous informe des signes de plus en plus évidents de la mise en service du système Rassvet, analogue au Starlink américain. (Et, comble de malchance, Zelenski a raté un rendez-vous qu’il avait avec Elon Musk, l’homme de Starlink,  sans que Musk n’insiste aussitôt pour une nouvelle rencontre... Le Pentagone laisse démocratiquement faire.)

« On trouve désormais de nombreux commentaires dans les médias russes concernant le système Rassvet, l'équivalent russe de Starlink. Deux lancements de fusées emportant des satellites Rassvet ont eu lieu, et leur nombre ne cesse d'augmenter. Les commentaires russes que je lis semblent corroborer mes soupçons, que j'avais depuis un certain temps : les drones russes à guidage optique, qui mènent des frappes dans le centre de l'Ukraine, reçoivent bien des signaux d'opérateurs au sol en Russie via le système Rassvet. De la même manière que les drones ukrainiens lancés en profondeur en Russie reçoivent des signaux du système américain Starlink. »

Faisons donc confiance à cet homme prudent et au-dessus de tout soupçon pour ce qui est du scrupuleux respects des vertus de vérité et d’authenticité qui sont la marque de l’exceptionnelle justesse de la narrative du Système et de ses acrobaties selon les normes du simulacre . Il en résulte que, oui semble-t-il, la situation ukrainienne est difficile.

Les USA s’en vont (suite prestissimo)

... Elle est d’autant plus difficile que divers signes montrent que la partie américaniste se désintéresse de plus en plus de l’Ukraine, un peu à l’image du rendez-vous raté Zerlenski-Musk. Les signes sont discrets mais tangibles, à Wiesbaden et, près de cette ville, sur l’immense base US de Ramstein, point central de toutes les opérations des forces américanistes en Europe et au Moyen-Orient.

« Et comme je l'ai également évoqué dans mon émission d'hier, il devient de plus en plus évident que les Américains, du moins l'administration américaine, prennent une fois de plus leurs distances avec le conflit.

» Des informations font état du retrait actuel des Américains du quartier général de Wiesbaden, situé en Allemagne, qui coordonnait le soutien de l'OTAN à l'Ukraine et d'où, d'après les médias américains, ont été menées les offensives de 2022, ainsi que l'offensive ukrainienne catastrophique de l'été 2023 vers la mer Noire. Quoi qu'il en soit, les Américains semblent se retirer de Wiesbaden. Ils affirment de plus en plus que c'est aux Européens de prendre le relais et de diriger les opérations. Or, comme chacun sait, c'est quasiment impossible. Les Européens ne sont pas en mesure de prendre la direction de la guerre à la place des Etats-Unis. »

Les Européens devant leur catastrophique destin

... Effectivement, ils ne sont pas « en mesure de prendre la direction de la guerre à la place des Etats-Unis », mais plus encore, — c’est-à-dire pire encore, conformément aux consignes de la liberté de pensée, — il semble qu’ils sont sur le point d’emprunter le chemin du désintérêt pour cette guerre

« Plusieurs articles parus dans la presse occidentale, notamment britannique, vont dans ce sens. Le Daily Telegraph, paru aujourd'hui, affirme qu'avec le départ de Karmer du poste de Premier ministre britannique et le départ imminent d'Emmanuel Macron, le temps presse pour la coalition européenne des volontaires. Un vide de leadership se profile. »

Mercouris, Britannique jusqu’au bout des ongles et habitué des fréquentations instructives, est particulièrement affirmatif, avec toutes les réserves et clins d’yeux d’usage, pour ce qui concerne le nouveau Premier Ministre de son pays.

« Andy Bernham, le Premier ministre britannique, est bien moins enthousiaste à l'égard de cette coalition que ne l'était Starmer, selon ces articles.

» D’ailleurs, j'entends des rumeurs, que je ne peux confirmer, selon lesquelles Bernham serait effectivement beaucoup moins enthousiaste que Starmer concernant le projet ukrainien. Il semblerait qu'il ait été contraint de rencontrer Zelinski dès sa prise de fonction, et qu'il se soit volontairement mis en tenue négligée lors de la signature de l'accord sur la construction d'une usine de drones avec Zelinski. Bernham aurait délibérément adopté une tenue négligée pour manifester son mécontentement au sein de l'establishment britannique. Et je commence à avoir l'impression qu'une partie de l'establishment britannique est de plus en plus agacée par Bernham en raison de ce qu'elle perçoit comme un engagement insuffisant envers le projet ukrainien... »

Sur les France, qui semble être le principal sujet d’inquiétude du Camp du Bien, Mercouris est bien entendu bien moins informé, mais il nous rapporte tout de même une intéressante appréciation de la façon dont l’avenir de ce pays est perçu dans les capitales des “pays-frères”, hors des affrontements de platzaux télévisés parisiens.

« La coalition des volontaires vacille, et la plus grande inquiétude semble concerner la France, où Emmanuel Macron devrait quitter la scène politique début 2027. Aucun de ses successeurs potentiels, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, ni aucun autre candidat du centre qui les défierait, ne semble enthousiaste quant au projet ukrainien. Mélenchon, en particulier, se montre ouvertement hostile et affirme vouloir retirer la France de l'OTAN. J'ai cependant du mal à croire que Mélanchon ait la moindre chance d'être élu président de la République. Quant à Marine Le Pen, même si elle se conforme aux idées des orthodoxes occidentaux, il est fort improbable qu'elle partage l'enthousiasme de Macron pour le projet ukrainien, si jamais elle était élue présidente de la République.

» On a donc le sentiment que la coalition des volontaires est peut-être en train de disparaître. »

Il est évident que ces diverses perspectives, telles qu’elles sont perçues au niveau “diplomatique” (!) de l’UE vont résonner désagréablement aux oreilles de son délégué au Palais de l’Élysée. Nous aurions donc bien des bruits de  casseroles et autres breloques dans les prochains mois. Le triste aspect du problème, souligné également par Mercouris selon ce qu’on voit actuellement de l’Allemagne, est que le troisième des pieds-nickelés, l’interminable Merz, n’est pas en meilleure forme que les deux autres. L’entr’aide entre tant de bras cassés aura bien du mal à nous donner les moyens de conjurer les attaques des comploteurs pro-russes et ultra-russes qui nous encerclent et nous menacent.

De Montesquieu aux missiles iraniens

Passant de la première guerre en-cours à la seconde, plus au Sud, on observera qu’il y a longtemps que le monde occidentaliste-américaniste n’en finit pas de découvrir l’Iran, ancienne Perse. Montesquieu avait allumé la mèche dans ses ‘Lettres Persanes’, comme père spirituel de ces Lumières clignotantes qui tinrent à partir de là le haut du pavé de notre civilisation modernisée et “ouverte sur le monde”... Eh bien, il semble bien qu’on en sache aujourd’hui aussi peu que du temps de Montesquieu sur les Persans.

« Dans les œuvres de Montesquieu, et plus précisément dans son roman épistolaire célèbre Lettres persanes, ce sont les Persans (symbolisés par les personnages d'Usbek et de Rica) qui sont explicitement présentés comme des voyageurs venus d'Orient et totalement étrangers à la culture et au monde occidental

» “Les doutes et les moqueries s'incarnent en deux figures, Usbek et Rica, venus de Perse pour découvrir un monde étranger.” »

La démonstration de cette ignorance soigneusement entretenue et cajolée par notre arrogance et notre hubris déchaîné est faite dans l’analyse des capacités extraordinaires de la technologie militaire de l’Iran. Celles-ci sont très précisément détaillées par l’incontable maître de ces matières, l’ancien professeur du MIT Ted Postol qui explique au colonel Daniel Davis (‘Daniel Davis Deep Dive Français’) les formidables capacités des missiles hypersoniques iraniens, dont il juge que le plus puissant d’entre eux est supérieur en puissance au fameux ‘Orechnik’ russe.

Mais tout cela commence par le ‘Patriot’ PAC-3, la merveille dont Trump vient d’affirmer qu’il avait détruit les cinq ogives balistiques qui attaquaient une base US en Jordanie. Si vous distinguez un peu d’ironie chez Postol, ne croyez pas que vous avez la berlue...

« En fait, même le fabricant a des données. Les éléments disponibles indiquent que peut-être 1 ou 2 % des Patriot PAC-3, en supposant que ce soit bien des PAC-3 qui ont été tirés, sont réellement capables d'intercepter des missiles balistiques. Donc en gros, si l'on suppose par exemple qu'il y a une chance sur 100 de toucher une ogive, ce qui correspond à peu près à ce que nous observons. puisqu'il y en a cinq, la probabilité qu'ils aient touché les cinq est d'environ une sur 10 milliards compte tenu de ce que nous savons.

» Donc s'il affirme qu'un événement dont la probabilité est d'une sur 10 milliards s'est produit, alors je suppose, je ne sais pas, on peut le prendre au pied de la lettre, mais cela ne paraît vraiment pas très probable. »

Là-dessus, Postol développe sur un ton égal ce qu’il répète depuis des mois et que personne n’écoute ni n’entend, — pardi, bien trop occupé à lire Montesquieu...

« Et pour moi, c'est extraordinaire que ces gens commencent seulement à en parler maintenant. Cela montre que les dernières personnes à être au courant de choses connues publiquement sont celles qui sont censées avoir accès à toutes ces informations classifiées. Et vous savez, on peut simplement regarder ça. Voici quelques images satellites. Les États-Unis essayent de bloquer ce genre de choses que les sociétés de satellites continuent de diffuser. Ce sont des preuves des cibles précises que le camp iranien a visé.

» Toutes les bases américaines que vous voyez à l'écran ont des cibles parfaitement localisées. Donc à chaque fois qu'ils tirent sur quelque chose, il l'atteignent. »

Maintenant et pour en terminer, quelques précisions sur le missile iranien qui s’avère plus puissant que l’‘Orechnik’. Toute l’interview de Postol, illustrée par des imageries satellitaires et avec des précisions remarquables, doit être écoutés attentivement... Après cela, d’accord, on peut relire Montesquieu.

Ted Postol : « L'ogive, je vais vous le montrer, produit sur la cible l'équivalent d'une charge explosive de 4 ou 5000 livres. C'est une charge explosive énorme et l'essentiel de la puissance de cette explosion vient de l'énergie cinétique de l'impact. Autrement dit, cet engin frappe le sol si vite qu'il se vaporise tout simplement. Sa vitesse dépasse largement celle par exemple des munitions ‘Orechnik’. »

Dave Davis : « Waouh ! »

Ted Postol : « Les munitions ‘Orechnik’ frappent le sol à peut-être 3 km par seconde. Cet engin, lui, frappe le sol à plus de 4 km/s. Or, à 3 km/s vous obtenez une énergie cinétique équivalente à une énergie explosive équivalente au poids de la munition en TNT. Autrement dit, tout ça ce n'est pas une explosion dû à des matériaux explosifs. C'est une explosion provoquée par toute cette énergie cinétique convertie presque instantanément en chaleur.

Vous savez, le morceau de matériaux qui frappe le sol est comprimé si vite par l'interaction avec le sol qu'il surchauffe jusqu'à 5000-6000 degrés Kelvin, soit la température à la surface du soleil. Et cela se dilate violemment vers l'extérieur comme une explosion. C'est une explosion. »


Mis en ligne le 3 août 2026 à 18H30