Dame Pelosi, dictatrice démocrate ?

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Dame Pelosi, dictatrice démocrate ?

On a beaucoup moqué Nancy Pelosi, ses presque-80 ans, ses prières de fervente catholique pour l’âme du président qu’elle veut liquider (paix à son âme) parce qu’il n’a pas d’âme, ses manœuvres kafkaïennes et ses déclarations incompréhensibles, ses volte-face, pour en arriverai enfin à déposer sur le bureau du Sénat les deux Articles formant l’acte d’accusation justifiant la destitution du susdit président. Pour certains, que de temps gâché, tant le résultat du vote du Sénat est couru d’avance, voire une attitude de désordre institutionnel sans précédent ! Pour quelques autres, cette affaire peut nous réserver (encore) bien des surprises... (On a vu cela avec “The Fog of the Circus”.)

L’argument est, dans ce cas, que le chef de la majorité républicaine au Sénat (le sénateur Mitch McConnell) est un homme faible qui peut être influencé par des pressions et des semi-menaces, et qu’il pourrait finalement accepter l’idée d’un procès avec témoignages au lieu d’un vote de refus de l’acte d’accusation en première et unique réponse du Sénat. Dans ce cas, les démocrates jugent qu’il pourrait produire des témoignages qui renforceraient leur position, notamment celui d’un témoin de “dernière minute”, Lev Parnas, un ancien conseiller de l’avocat de Trump, Rudy Giuliani. Bref, on, peut évoquer l’hypothèse d’une victoire des démocrates jusqu’à la destitution, bien que paraissant pour l’instant fort improbable.

C’est sur cette hypothèse que commence un texte du colonel Lang, qui s’intéresse moins au fond des accusations contre Trump qui l’emporteraient dans ce cas, que dans la situation institutionnelle nouvelle qui serait ainsi créée. Son approche est très originale car il estime qu’alors, la personne qui sortirait victorieuse serait la Speaker de la Chambre, qui aurait prouvé la supériorité de la Chambre à la fois sur le Sénat et sur le président. Dès lors, cette “victoire” marquerait un retour au système confédéral qui marqua le gouvernement des Etats-Unis de 1783 (avec création en 1775 pour ouvrir la guerre d’Indépendance) à 1788, et qu’une voie confédérale entendait renforcer les Articles de la Confédération par l’ajout de “Recommandations” faites aux États.

(Finalement, les “fédéralistes”, partisans d’un exécutif central fort et d’une union beaucoup plus contraignantes des États l’emportèrent et marquèrent la Constitution de1788 dans ce sens, dans une opération de détournement qui enveloppe la fondation des États-Unis d’un manteau de doute et de soupçon, et laisse une voie intéressante à la réflexion si, finalement, le projet initial de renforcement de la formule confédérative avait été suivie. Diverses circonstances expliquent le succès de cette manœuvre, notamment l’absence de Jefferson, ambassadeur des USA à Paris de 1785 à 1790, et qui aurait pu, au nom de sa conception de la démocratie localiste, appuyer d’une façon décisive le courant confédéral.)

La situation envisagée par Lang conduirait donc les USA à une sorte de démocratie parlementaire où les organes les plus centralisateurs du système de l’américanisme, le Sénat au Congrès et l’exécutif, se trouveraient en difficultés par la menace de la toute-puissance de la Chambre dont les élus sont beaucoup plus l’émanation démocratique du peuple que les sénateurs (deux par États, alors que les populations vont du moins d’un million du Maine aux 37 millions de la Californie) et le président (élu par la majorité d’un collège de Grands Électeurs même s’il est battu par la majorité des votes populaires). Cette spéculation de Lang n’est pas inutile, même si la “victoire” de Pelosi est vraiment une hypothèse extrêmement minoritaire : il est évident que si la Chambre à majorité démocrate, avec ses groupes extrémistes très actifs et influents (The Squad), occupait la position envisagée, elle s’engagerait sur la voie de réformes complètement déstabilisantes et déstructurantes pour le système de l’américanisme.

On en vient donc, par logique contraire, à considérer que la réélection de Trump serait la formule de la stabilité et de la continuité ? On admettra que cette affirmation est pour le moins contestable, tant Trump  a montré ses capacités déstabilisatrices, et qu’il voudra certainement, s’il est réélu, lancer une offensive très puissante contre la gauche démocrate et ceux qu’il nomme “les socialistes”, et laisser dans la situation et les institutions américanistes sa marque personnelle sinon plus... On peut envisager que, de leur côté, les démocrates, à cause de l’échec de la destitution dans ce cas, et fouettés par la réélection de Trump, songeraient à une riposte “populaire”, par des mouvements de rue et des pressions extra-parlementaires.

Trump peut, lui aussi, lancer des “mobilisations populaires”, et ce qui se passe  actuellement en Virginie  peut éventuellement être considéré comme un signe avant-coureur de cette orientation de l’attitude des démocrates là où ils le peuvent et des partisans de Trump. Des deux côtés, la tension ne cesse plus de monter et la possibilité d’une entente bipartisane, qui est le fondement même du système de l’américanisme, ne cesse de s’éloigner. Parallèlement à cette discorde profonde, on comprend combien toute la structure fédérale des États-Unis va être soumise à des tensions difficilement supportables.

Toutes ces logiques conduisent à considérer de plus en plus l’élections USA-2020 comme une élection nécessairement de rupture. Il devient extrêmement difficile, sinon impossible d’empêcher que la fracture colossale qui s’est manifestée dans ce pays ne soit pas actée d’une façon ou l’autre dans les urnes et dans la représentation politique, sans quoi cette représentation sera complètement et en permanence soumise à la pression de la rue, c’est-à-dire sans possibilité de d’exprimer et de veiller au bon fonctionnement du Système. D’ores et déjà, des candidats “de gauche” (Sanders et Warren) sont en bonne position chez les démocrates, avec des mesures qui sont effectivement qualifiées de “socialistes” aux USA. (Parallèlement, apparaît une contestation des démocrates radicaux dans ce qu’ils perçoivent comme une manœuvre pour bloquer la candidature de Sanders pour favoriser Biden : USA-2016 revisité, mais dans un climat combien plus tendu !)

Peut-être ceci est-il l’un des paradoxes de la situation hypothétique que développe le colonel Lang, – ou bien une mesure du poids que les engagements historiques autour de la mythologie américaniste continue à peser ? Lui qui est un adversaire farouche de la situation de corruption de Washington (ce qu’il nomme The Borg), il s’affirme adversaire d’un développement comme celui qu’il envisage en cas de destitution, alors que ce développement constituerait une possibilité de rupture entre divers ensembles qui ne peuvent plus désormais cohabiter.

Ci-dessous, le texte du colonel Lang du  18 janvier 2020 sur son site Sic Semper Tyrannis (SST), sous le titre de « If Trump is removed, will the Speaker of the House not be the Sovereign? »

dedefensa.org

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Si Trump est destitué...

Après la guerre d’Indépendance qui nous libéra de la Grande-Bretagne, les États-Unis eurent une forme de gouvernement très différente de celle d’aujourd’hui. Il fonctionnait sous la forme d’une Confédération. Ce gouvernement avait été constitué en 1775 et avait assez bien servi les colonies rebelles tout au long de la guerre et pendant les premières années de paix et de séparation de la mère patrie de l'autre côté de l’Atlantique.

Certains jugèrent que ce gouvernement était un arrangement trop incertain entre les États constituants.  Un nombre suffisant de personnes de cet avis persuadèrent les États de convoquer une convention à Philadelphie pour examiner certains amendements aux Articles de la Confédération et les présenter sous forme de RECOMMANDATIONS aux législatures des États.

Cela ne s'est pas produit.  Au lieu de cela, les délégués à cette convention prirent le contrôle de l'ordre du jour et rédigèrent un document qui créait une forme de gouvernement dans lequel il y avait un pouvoir exécutif habilité de bien des façons à agir sans la direction donnée par le pouvoir législatif.  Ce pouvoir exécutif devait être particulièrement indépendant dans la conduite de la guerre et dans les relations internationales.  Certaines restrictions furent établies en ce sens que l'armée devait être financée par la législature (si elle choisissait de le faire). L'armée devait être conçue par la législature et ses officiers devaient être nommés par le Sénat sur recommandation du président.  Dans le domaine des affaires étrangères, la nomination des ambassadeurs et l'approbation des traités internationaux relevaient également du Sénat, mais tant en temps de guerre que dans le domaine des relations étrangères, le contenu et la conduite de ces affaires gouvernementales étaient réservés au pouvoir exécutif.  A titre d'exemple, le Congrès des Etats-Unis n’eut aucun rôle dans la conduite de la Seconde Guerre mondiale... La Chambre des représentants n'a pas “approuvé” l'opération Overlord ni aucun autre plan.  Le Congrès a bien tenté de contrôler les opérations militaires pendant la guerre de Sécession.  Un comité mixte sur la conduite de la guerre fut formé à partir des républicains les plus radicaux des deux chambres, mais Lincoln ignora largement les pressions de cet organisme.  

Trump va être jugé pour abus de pouvoir et obstruction au Congrès. Selon le premier Article de la mise en accusation, il est accusé d'avoir cherché à obtenir un avantage politique en sollicitant une enquête sur les affaires de Joe Biden lors d'un appel téléphonique au président de l'Ukraine.  Ses motivations dans cet appel ne sont pas claires et sont contestées même parmi ceux qui ont écouté l'appel à titre officiel.  Joe Biden n'était alors pas candidat à la présidence. Il était un candidat potentiel. Avec le deuxième article, Trump est accusé d'obstruction au Congrès.  Aucun président n'a jamais été mis en accusation pour une telle raison, même si un conflit inhérent entre les pouvoirs exécutif et législatif a été intégré dans la structure de la Constitution des États-Unis afin de limiter le pouvoir des deux branches.  Par exemple, le président peut souhaiter apporter à la pratique gouvernementale certains changements que le Congrès ne souhaite pas.  De nombreux présidents ont cherché à éviter cette difficulté en joignant des déclarations de signature aux lois adoptées par le Congrès. Celles-ci disent souvent, en effet, “Je signe ceci mais je n'exécuterai pas la volonté du Congrès.”  Aucun président n’a jamais été mis en accusation pour avoir fait ça.  Obama l’a fait de nombreuses fois.

La Speaker (présidente) de la Chambre Nancy Pelosi a réussi à inculper Trump pour de tels motifs et cherche maintenant à contrôler le procès du président au Sénat par l'intimidation des membres et par des moyens tels que l’accusation contre le leader de la majorité au Sénat d'être un agent d'influence russe, – “Moscow Mitch”.  Sa justification pour cela est le manque de volonté de McConnell à lui obéir.

Pelosi et compagnie tentent donc de destituer un président pour les raisons mentionnées ci-dessus.  S’ils y parviennent, ils auront réussi à rétablir la structure initiale du pouvoir au sein du gouvernement fédéral, en le ramenant à quelque chose qui ressemble beaucoup au gouvernement des articles de la Confédération. Dans ce contexte, le gouvernement fédéral serait dirigé par la Chambre des représentants, laquelle deviendrait le seul organe de contrôle du gouvernement fédéral ayant la capacité de destituer un président de l'opposition par un vote à la majorité simple et un procès d'approbation tacite dans un Sénat intimidé.  Nous serions alors devenus une démocratie parlementaire où le Speaker de la Chambre contrôlerait tout.

Alan Dershowitz témoignera dans ce sens au procès de Trump. Je soutiens sa position.

Pat Lang

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