Conditions d’urgence

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Conditions d’urgence

• Tandis que les systèmes militaires amérisraéliens se referment comme deux huitres dans une super-censure sur les effets des attaques iraniennes, des bruits divers et accentués, parcourant la presse alternative, montrent une tendance général à l’inquiétude très grave. • Le Pentagone semble préparer une division aéroportée (la 82ème) et un troisième groupe de porte-avions vers l’Iran. • Le temps presse et les habituelles supériorités des agresseurs (aérienne, notamment) ne servent plus à grand’chose. • De graves questions se dessinent.
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Nous allons d’abord reprendre deux informations venant de deux sources en général remarquablement informées, et disposant elles-mêmes de sources extrêmement bien placées dans les appareils militaires respectifs (américaniste et russe).

La première vient de Larry Johnson, l’ancien analyste de la CIA, et porte sur deux types de nouvelles : d’une part, le déploiement probable d’une division de l’US Army (les parachutistes de la 82nd Airborne) ; d’autre part, des indications sur un afflux tout à fait inhabituel de soldats blessés dans certains hôpitaux militaires, venant sans aucun doute du Golfe.

« Permettez-moi tout d'abord d'expliquer la signification du message et de la photo ci-dessus… L'annulation de l'exercice d'entraînement est un indicateur clef du déploiement imminent, par le Pentagone, d'une partie, voire de la totalité, de la 82e division aéroportée dans le golfe Persique. Destination finale inconnue. Vous vous souvenez peut-être de l'article que j'ai écrit le 18 février, dans lequel je signalais l'annulation brutale d'une conférence de planification d'exercice du CENTCOM, prévue pour le dimanche 22 février 2026. Six jours plus tard, la guerre éclatait.

» Le déploiement imminent de la 82e ne signifie pas qu'elle entrera en action dans les prochains jours. Je pense qu'il faudra au moins deux semaines avant qu'elle n'atteigne son camp de base. Cependant, cela signifie que Trump et Hegseth ne faisaient pas une simple remarque en l'air lorsqu'ils ont évoqué un déploiement de troupes au sol.

» Malgré les efforts de l'administration Trump pour minimiser les pertes américaines après sept jours de guerre dans le golfe Persique, des indices apparaissent sur Internet, indiquant que les États-Unis ont subi des pertes au combat plus importantes que celles annoncées. Le premier indice est ce Xhitter (prononcé SHITTER) de Stars and Stripes.

» K-Town fait référence à Kaiserslautern, une base de l'armée américaine en Allemagne, située à 21 kilomètres à l'est du Centre médical régional de Landstuhl. Et alors ? Eh bien, le 4 mars 2026, le Centre médical régional de Landstuhl (LRMC) en Allemagne – le plus grand hôpital du département de la Défense américain hors des États-Unis et principal centre de traumatologie et d'évacuation sanitaire pour les militaires blessés d'Europe, du Moyen-Orient et d'Afrique – a diffusé une note annonçant la suspension temporaire de son service d'obstétrique “jusqu'à nouvel ordre”. La note ne définissait pas explicitement l'“objectif principal”, mais le rôle principal du LRMC est de traiter les blessures liées aux combats et à l'entraînement. Il est également le principal point d'évacuation sanitaire pour les troupes blessées lors d'opérations en cours. »

Donnant d’autres indications confirmant « un afflux massif » de blessés ans cet hôpital, ainsi qu’un transfert de blessés d’Allemagne vers d ‘autres hôpitaux aux USA à cause du manque de places, Johnson en  tire évidemment la conclusion que les pertes humaines consécutives aux attaques iraniennes sur les bases US de la zone du Golfe ont été et sont beaucoup plus importantes que ce qui est officiellement annoncé. Son commentaire général, sans surprise là aussi, se trouve dans le titre qu’il donne à son article :

« L’administration Trump [le Pentagone] ment à propos des pertes humaines essuyées dans la région du Golfe. »

Un troisième groupe de porte-avions ?

L’autre nouvelle importante, reprise par ‘usa.news-pravda.com’ va dans le même sens général que celles que nous soumet Johnson, qui est en rapport avec les difficultés que rencontreraient les forces US dans la guerre contre l’Iran. Il s’agit de l’annonce par l’US Navy que le porte-avions USS ‘George H.W. Bush’ (CVN-77) a terminé sa période d’entraînement et est prêt à être déployé au Moyen-Orient.

Le ‘Bush’, unité de transition entre la classe ‘Nimitz’ et la classe ‘Ford’, est actuellement à la base centrale de l’Atlantique de Norfolk. Il doit  mettre entre 14 et 20 jours pour rejoindre la zone du Golfe avec son groupe d’attaque (frégates anti-aériennes et un sous-marin). Le texte signalé note en commentaire que ce déploiement se fait en urgence au regard des conditions actuelles du porte-avions :

Il est important de noter que le déploiement du ‘ Bush’ intervient immédiatement après 28 jours d'exercices dans l'océan Atlantique, durant lesquels l’escadre aérienne embarquée  a effectué 1 586 sorties, dont 693 appontages de jour et 682 de nuit, entraînant une usure importante du matériel et une fatigue accrue du personnel. Cette décision peut signifier la nécessité d’un renforcement pour diverses raisons, dont l’hypothèse que le ‘Lincoln’, qui s’est éloigné ces derniers jours d’une distance de 350 km à une distance 1 000 km de la côte iranienne, aurait été effectivement endommagé par des attaques iraniennes, – comme l’affirme l’Iran, et sans réel commentaire de l’US Navy.

«  Cette urgence du déploiement pourrait s'expliquer par les circonstances suivantes :

» la nécessité d'intensifier les attaques contre l'Iran et de renforcer la défense aérienne des installations de la région face à des défaillances manifestes et à l'épuisement des stocks ; ce renforcement signale également l'engagement imminent de renforts alliés dans une offensive contre l'Iran ;

» des dommages potentiels à l'un des deux porte-avions de la région – l'Iran a revendiqué deux attaques contre des porte-avions américains et les a endommagés, ce que les États-Unis démentent. »

Le Pentagone ment !

S’il est difficile de suivre l’évolution réelle e la situation, on peut noter que diverses indications conduisent à pense à une dissimulation massive des autorités de la réalité. Les Israéliens ont pris des mesures de répression draconiennes pour limiter au maximum la diffusion de vidéos montrant les dégâts causés par les attaques iraniennes dans les villes israéliennes. Cette mesure contraste évidemment avec l’abondance du flux de vidéos montrant les dégâts causés à Téhéran par les bombardements.

Ce constat, qui relevait par ailleurs de l’évidence intuitive, du bon sens et de l’expérience, est renforcé intellectuellement par les affirmations haut et fort de Johnson (« Le Pentagone ment ») et celle de Mercouris dans son émission d’hier soir où il s’attachait au cas de la destruction d’un F-15 de l’USAF dans l’espace aérien iranien, annoncée par une revue proche du Pentagone, puis retirée par elle avec le démenti du Pentagone tout en maintenant cette version de l’incident. Mercouris annonçait le déploiement de B-52 mais observait que ces avions se gardent bien de pénétrer dans l’espace aérien iranien mais se content de tirer des missiles JASSM, comme font les Tu-95 autour de l’Ukraine alors que l’USAF a essentiellement utilisé ses B-52, depuis le Vietnam, pour des bombardements massifs de bombes non guidées, dans l’espace aérien “ennemi” mal protégé. (L'USAF se rappelle douloureusement l'aventure de l'opération 'Linebacker II': une offensive du 15 au 31 décembre 1972, pour la première fois au-dessus de Hanoï. Elle perdit 18 B-52.) Et Mercouris de conclure par une affirmation catégorique de la sorte qui lui est inhabituelle : « Le Pentagone ment et il faut le savoir lorsqu’il publie des nouvelles ».

Agonie du concept de supériorité aérienne ?

Ces divers évènements, notamment et particulièrement aériens, montrent et démontrent, et confirment une révolution radicale de “la guerre”, – selon le concept général qu’on lui applique. La dimension aérienne dans la guerre est en train de connaître un immense changement. A cet égard, la guerre en Iran confirme la guerre en Ukraine. Le Pentagone ne cesse de se vanter d’exercer un contrôle total de la domination aérienne, – air dominance avait-il été jugée après la première Guerre du Golfe (1990-1991) comme une expression plus appropriée que “air superiority” pour affirmer la stupéfiante exceptionnalité américaniste dans ce domaine. Mais la guerre du Golfe-1991, si elle consacra le concept de puissance aérienne développé depuis 1945, fut bien trompeuse pour l’avenir... Car la question qui vient à l’esprit aujourd’hui dans l’espace aérien de l’Iran, si l’on accepte cette affirmation, est bien celle-ci : que va faire, que peut faire le Pentagone de son “air dominance” ?

Le problème est celui des missiles (balistiques, de croisière, drones, etc.), et dans ce cas l’Ukraine constitua et continue à constituer une formidable démonstration puisqu’on y a vu et qu’on y voit en action, partout au-dessus des territoires disputés, de très nombreux types de missiles, extrêmement précis, extrêmement destructeurs. Dans ce cas, la défense antiaérienne ne pose plus le même problème qu’auparavant, lorsqu’un seul projectile (balles lourdes, obus à partir des plus petits calibres) sur 5 000 ou 10 000 tirés touchait un avion. Désormais, la rapidité, la précision, la constante mise à jour, l’efficacité des communications, font craindre qu’un avion de combat soit à coup sûr repéré et menacé d’une destruction très probable. Les missiles bénéficient par conséquent, du point de vue concrètement opérationnel, d’une exceptionnelle capacité destructrice, au sol et dans les airs. De tous les points de vue qu’on considère cette situation, les missiles sont gagnants. Désormais, les avions de combat s’effacent devant les missiles, et leur rôle se limite souvent à tirer leurs propres missiles à partir de zones non exposées aux tirs des missiles adverses.

La guerre iranienne, à laquelle participent deux des forces aériennes les plus puissantes du monde (comme l’on a une des plus puissantes forces aériennes du monde en Ukraine, avec la Russie, qui ne s’embarrasse guère de risquer beaucoup d’avions de combat malgré son énorme supériorité), connaît une transformation radicale. C’est une rude leçon pour les USA et Israël, deux pays qui ont bâti (au contraire de la Russie) leur puissance sur la dimension aérienne pilotée.

« Mettre fin et neutraliser leurs dirigeants et leurs chefs militaires. Survoler Téhéran. Survoler l'Iran, survoler leur capitale. Survoler les forces des gardiens de la révolution. Les dirigeants iraniens levant les yeux et ne voyant que la puissance aérienne américaine et israélienne chaque minute de chaque jour jusqu'à ce que nous décidions que c'est terminé et l'Iran ne pourra rien y faire. Des B-2, des B-52, des B-1, des drones ‘Predator’, des chasseurs contrôlant le ciel, choisissant leurs cibles, la mort et la destruction venues du ciel toute la journée.

» Nous jouons pour gagner. Nos combattants disposent d'une autorité maximale accordée personnellement par le président et par moi-même. Nos règle d'engagement sont audacieuses, précises et conçues pour libérer la puissance américaine, non pour la restreindre. Il n'a jamais été question d'un combat équitable et ce n'en est pas un. Nous les frappons alors qu'ils sont à terre exactement comme il se doit... »

Les mots de Pete Hegseth raisonne dans le ciel iranien comme une incantation en forme de simulacre. Cela sonne bien dans les émissions de CNN et les conférences des ‘think tanks’ qui vont bien, autant que dans les rêveries de Croisades postmodernes du susnommé. Au-delà, c’est ‘Le désert des Tartares’. Cette transformation radicale du ciel de guerre durera ce que cela durera mais il faut désormais en tenir compte. Ni les américanistes, ni les Israéliens ne sont prêts pour cela.

 

Mis en ligne le 8 mars 2026 à 09H00