Chine et Russie pourraient faire antimissiles commun

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Chine et Russie pourraient faire antimissiles commun

On connaît l’importance stratégique et de communication que le développement du réseau antimissiles balistiques US (BMD et BMDE pour l’Europe) a acquis depuis 2002-2003. Il est devenu un point majeur de mésentente stratégique entre les USA et la Russie depuis 2006-2007 et, depuis, le dossier n’a cessé d’empirer. On comprend que, dans les conditions actuelles, cette dynamique antagoniste entre les deux puissances va se développer exponentiellement.

... Mais voici qu’apparaît un élément nouveau. Il y a les bruits et les informations de plus en plus corroborés que la Russie développe actuellement un système très diversifié et très sophistiqué à vocation antimissile complète, – stratégique du plus haut niveau certes, mais tactique également. Plus encore, selon Vassili Kachine de La Voix de la Russie, il y a convergence de la Chine avec la Russie pour la nécessité stratégique du systèmes antimissiles, un développement encore embryonnaire d’un tel système du côté chinois, et la possibilité très sérieuse selon Kachine du développement d’un système commun antimissiles russo-chinois. Il s’agirait d’un véritable retournement de situation, stratégique, politique et de communication, avec une dialectique US passant du mode offensif et péremptoire avec leur propre système antimissiles, à un mode d’alerte paniquée si le projet russe, et surtout le projet russe devenant projet russo-chinois avec la coopération qui va avec, apparaissaient comme très sérieux et alors, sans doute, considérés dans la dynamique d’un développement accéléré.... Voici le texte de La Voix de La Russie (le 13 octobre 2014) qui permet de disposer d’informations plus précises sur cette situation russe et russo-chinoise.

«Le ministre de la Défense de Russie Sergueï Choïgou a déclaré récemment que la création d'un Système spatial uni (SSU), un nouveau système d'alerte aux missiles, était une priorité de développement des Forces des fusées stratégiques. De l'avis des experts, dans les conditions actuelles le système d'alerte aux missiles devient un axe des plus prometteurs de la coopération militaro-technique entre la Russie et la Chine.

»Le système russe comprendra des satellites de génération nouvelle, ainsi qu'un réseau de postes de commandement protégés traitant l'information reçue depuis l'orbite. Ce groupe de satellites doit remplacer le système Oko-1 ayant une brève durée de service et des caractéristiques insatisfaisantes. [...] [...L]e SSU pourrait détecter non seulement les lancements des missiles balistiques intercontinentaux, mais aussi les tirs des missiles tactiques. Le SSU sera de ce fait un facteur de sécurité stratégique et pourra fournir des données de reconnaissance de grande valeur pendant des conflits locaux. Les satellites d'alerte avancée auront une durée de service plus longue par rapport aux appareils de la génération précédente. [...]

»La Chine a elle aussi besoin d'un système d'alerte fiable. Son importance croît au fur et à mesure qu'elle construit de nouvelles forces nucléaires stratégiques, mobiles et efficaces, capables, le cas échéant, de porter un coup préventif. La Chine doit tenir compte non seulement de la menace émanant des Etats-Unis, mais aussi de l'apparition des missiles de moyenne portée modernes dans les pays limitrophes. Pékin tente de créer un puissant système de défense antimissile stratégique et a déjà testé des systèmes de défense antimissile capables d'intercepter des cibles balistiques dans la phase moyenne et finale de leur trajectoire. En outre il réalise plusieurs programmes de développement de l'arme antisatellite.

»Il est évident que les capacités du système d'alerte chinois ne correspondent pas au niveau de développement des forces nucléaires stratégiques nationales et à celui atteint dans le développement des systèmes antimissiles et de l'arme antisatellite. Entre-temps, la Russie non seulement construit activement son système d'alerte aux missiles, mais aussi développe des radars d'alerte avancée terrestres tels que la station radar Voronej.

»Ainsi dans les conditions actuelles le système d'alerte avancée aux missiles devient un des domaines les plus prometteurs de la coopération militaro-technique bilatérale. Il n'est pas seulement question de livraison du matériel et de transfert de technologies russes à la Chine. La création d'un système conjoint est également possible ce qui témoignera d'une étape nouvelle du partenariat stratégique bilatérale.»

Cette orientation est évidemment d’une importance qui dépasse très largement l’aspect stratégique pour celui de la plus haute politique, et l’on peut même dire qu’il est d’abord de “haute politique”. Ce constat dérive du fait que le système antimissiles concerne le plus haut degré de l’opérationnalité stratégique et le domaine nucléaire certes, mais aussi et peut-être même surtout de cet autre fait que le système US avec ses diverses intentions de déploiement agressif autour de la Russie a installé un phénomène de communication très important qui se répercute en interprétations politiques. On peut distinguer trois points de réflexion à l’égard de cette dimension de “haute politique”, concernant le développement d’un système antimissiles russe et la possibilité de développement d’un système russo-chinois, et les tractations d’ores et déjà engagées dans ce sens...

• Le premier est le constat que la crise ukrainienne et la dégradation des relations entre les USA et la Russie ont réellement lancé la Russie dans un effort d’armement qui prétend s’opposer à la puissance militaire US dans tous les domaines, sans aucune exception. Celui d’une défense antimissiles est singulièrement important, qui constitue paradoxalement dans l’état actuel des forces stratégiques un élément de défense permettant d’accentuer notablement la capacité offensive des forces stratégiques nucléaires. Les Russes ont choisi d’ailleurs une voie qui paraîtrait plus efficace et plus complète que le système US : le système SSU est un système autonome de détection, de communication et de commandement qui embrasse diverses catégories de menaces (du plus haut stratégique au tactique), et il est servi par un réseau de missiles de défense (S-300, S-400, S-500) où les Russes excellent et sont les premiers du monde. Cela confirme que les Russes recherchent la supériorité stratégique par rapport aux USA (voir le 6 octobre 2014) et non pas simplement des forces d’adaptation et d’équilibrage de la menace. La signification politique de cette démarche est évidente et d’une extrême importance, parce qu’elle acte que la Russie est conduite, – certainement contre son gré, elle qui voudrait tant que les relations responsables de puissance avec les USA perdurent, – à envisager le développement de sa puissance d’un point de vue unilatéral, selon les seules nécessités de sa sécurité, et nullement selon un souci d’équilibre concerté comme ce fut le cas durant la Guerre froide entre URSS et USA.

• La coopération entre la Russie et la Chine dans un tel domaine, avec un leadership russe bien entendu, est un événement politique d’une extrême importance. Il s’agit d’un resserrement absolument décisif des liens stratégique, donc d’un événement de grande politique pour les deux puissances, qui scellerait leur alliance stratégique au plus haut niveau. Les deux pays y gagneraient en plus du renforcement de leur alliance : la Chine, en obtenant une garantie stratégique opérationnelle d’une grande importance, qui rehausserait notablement sa position de puissance nucléaire vers le niveau des deux plus grands ; la Russie, en renforçant sa position dans une alliance stratégique qui se développe très vite du fait des événements (Ukraine et la politique du bloc BAO) mais dans une dynamique qui place la Chine en position de force vis-à-vis de la Russie à cause de sa supériorité financière et capitalistique. Effectivement, un tel projet serait la démonstration que la puissance technologique et militaire de la Russie peut équilibrer la puissance financière et capitalistique de la Chine dans cette alliance.

• Du point due vue du système de la communication, on peut être assuré, si le projet de coopération prend forme et lorsque les commentateurs et experts US commenceront à comprendre ce qui se passe, que l’alarme et la panique seront aussitôt les sentiments dominants de leurs réactions. Il y a une expérience et une pratique de l'hystérie à cet égard qui ne trompent pas. Cela conduira à des tensions supplémentaires, à une radicalisation encore renforcée des USA, à des pressions pour un renforcement du budget du Pentagone et du développement des programmes (y compris le programme antimissiles, certes). Ce serait une excellente chose parce que, au niveau de blocage technologique et de gaspillage bureaucratique et gestionnaire où se trouve l’appareil de sécurité nationale US, une telle poussée supplémentaire renforcerait la confusion, le désordre jusqu’à l’hyper-désordre de communication dans le cœur de cet appareil. Là-dessus se grefferaient le rappel hystérique et la résurrection de communication de projets tels que la supériorité nucléaire stratégique avec attaque préventive type-first strike, tel qu’évoqué notamment en 2006 et rappelé récemment (voir le 31 mars 2006 et le 9 juin 2014). (Laquelle first strike devient très, très problématique si existe un réseau antimissiles sérieux.) Là aussi, confusion et hyper-désordre, cette fois de type intellectuel avec la psychologie hystérique qui domine, qui contribueront à rendre encore plus incompréhensible, incontrôlable, erratique et terrorisante la politique stratégique des USA ... Cette réaction sera “terrorisante” surtout pour la pauvre Europe, embourbée dans son obscène vassalité, qui sera confrontée à une surenchère explosive qu’on lui enjoindra de suivre alors qu’elle se trouve au contact de la Russie et dépourvue de capacités stratégiques acceptables pour sa sécurité.

D’une façon générale, un tel projet devrait rehausser encore plus considérablement le statut en pleine renaissance de puissance militaire de la Russie, en même temps que le sérieux jusqu’à l’imbrication structurelle de l’alliance stratégique entre la Chine et la Russie. D’une certaine façon, nous dirions que peu importe que ce projet arrive à son terme ou pas, ou bien qu’il n’y a pas à attendre qu’il arrive à son terme pour en obtenir l’essentiel. Effectivement, le principal effet à en attendre est de pure communication, dans le flot et l’affrontement des diverses narrative qui encombrent les esprits des élites-Système du bloc BAO ; et cet effet sera de grandir le doute et l’hystérie à la fois dans ces mêmes esprits des élites-Système du bloc BAO... Nous ne cachons pas qu’à notre sens, un tel prolongement est la meilleure voie pour déclencher des réactions qui favorisent à la fois, dans un processus serré de cause à effet, la surpuissance du Système et l’accélération de la transmutation de cette surpuissance en autodestruction. Nous écrivons cela selon l’observation qu’il est désormais acquis, selon notre point de vue, que la surpuissance du Système en constante accélération est devenue une dynamique qui tourne à vide parce qu’elle s’exerce sur une substance déclinante pour cause d’appauvrissement et de confusion des instruments dont elle use ; par conséquent, oui, surpuissance immédiatement transcrite opérationnellement en un processus d’autodestruction.


Mis en ligne le 15 octobre 2014 à 06H41

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