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• Quelques mots sur la valse de plus en plus désertée des porte-avions de l’US Navy en face de l’Iran. • Nous avons déjà eu ça en 2007, puis en 2010, etc. • Pendant ce temps, l’hyperpuissance américaniste fait ses comptes et comprend qu’elle est incapable de fabriquer des porte-avions plus vite qu’elle ne fait en ne cessant de ralentir pour des coûts en constante augmentation (15 ans et 15 $milliards pour fabriquer une unité, avec un seul chantier naval capable de faire cette besogne). • Et les hypothèses des missiles hypersoniques iraniens.
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Il y a à peu près vingt ans, – en 2006-2007, – l’attaque de l’Iran était déjà la grande guerre du jour, une sorte de “croisade” à laquelle on ne comprend rien et qu’on suit comme un vertige qui va guérir le monde de toutes ses rétivités à l’encontre de la “Loi du Bien” que l’Occident-convulsif (dernière étape de l’Occident-compulsif) doit imposer au monde pour le Bien commun parce que “Bien globalisé”. On voit que “plus ça change, plus c’est la même chose”, n’est-ce pas ? Simplement, le Graal n’est plus saint du tout et a pris la forme d’un policier globalisé-transgenre.
Toujours prévoyant, le président Sarkozy nouvellement élu (mai 2007) nous annonçait que la crise iranienne était la crise la plus grave du siècle, qui pouvait nous entraîner dans la Troisième dernière. Aujourd’hui, nous n’avons plus cette sorte de préoccupation ringarde ; la “Troisième dernière” est devenue une sorte de destination incontestable et déjà largement atteinte, sinon dépassée ; nous en sommes au Premier Effondrement Mondial.../
Déjà, à cette époque (2006-2007, – vingt ans déjà, n’est-ce pas ?) avait lieu une sorte de “saga” des porte-avions américaniste d’attaque (de 90 000 puis 100 000 tonnes) à laquelle l’US Navy se prêtait du bout de la proue, et avec une mauvaise humeur évidente, allant jusqu’à fabriquer subrepticement des croisières-bidon pour une sorte de “porte-avions volant”, – le USS ‘Enterprise’ envoyé “en renfort” en juillet 2007 le plus doucement possible et en faisant des ronds dans l’eau pour une improbable attaque de l’Iran. Cette “saga” portait sur deux ou trois porte-avions avec leurs groupes d’attaque, le chiffre de deux étant considéré comme la surveillance “de croisière” de l’Iran et le chiffre de trois, le minimum historique et opérationnel pour lancer une attaque importante sur un “front” nouveau.
Début 2007, donc bien avant la croisière de l’USS ‘Enterprise’, une force d’attaque minimale était en place, mais dans des conditions jugées assez délicates. Il s’agissait de trois unité (trois groupes d’attaque autour de trois porte-avions), et non d’une seule difficilement disponible passant à deux-trois dans la plus grande difficulté, comme aujourd’hui... Nous présentions, le 3 mars 2007, ce texte du colonel Dan Smith, sur CounterPunch.org du 26 février de la même année :
« Trois porte-avions se trouvent dans la zone du golfe Persique, de la mer d'Arabie, de l'océan Indien et du golfe d'Oman : le Dwight Eisenhower, le John Stennis et le Nimitz, qui relève l'Eisenhower.
» La “gâchette” historique des “trois porte-avions” pour déclencher le tir d’attaque est donc en place. Mais cette fois-ci, l'administration n'attaquera pas l'Iran, ni aucun autre ennemi. La raison du rejet de ce précédent historique est simple : je n'ai trouvé aucun exemple, depuis la guerre du Vietnam d’un président s'apprêtant à lancer une action militaire centrée sur des groupes aéronavals venant de deux fronts (l'Irak et l'Afghanistan) où ils étaient engagés. La probabilité que le président s'attaque à un troisième front (l'Iran) est encore plus faible car l'administration ne dispose pas d'un soutien plus large – à savoir, celui des autres membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, de l'Allemagne et des autres pays de l'Union européenne – pour une action militaire. En réalité, Washington est incapable de parvenir à un accord sur des sanctions sévères pour contraindre l'Iran à respecter les résolutions du Conseil de sécurité concernant ses activités nucléaires. »
Aujourd’hui, vingt ans plus tard, alors que l’Iran s’est renforcé militairement d’une façon considérable, quantitativement et qualitativement, et qu’il bénéficie désormais de l’aide directe de la Russie et de la Chine, on est passé de 3 à un groupe de porte-avions pour faire savoir qu’on envisage une attaque, avec l’espoir de voir arriver en renfort le USS ‘Gerald R. Ford’ puis le USS ‘George HW Bush’ chacun avec ses 100 000 tonnes et son escorte, le premier directement venu de son engagement sur le front de combat du Venezuela où il se trouvait en opération depuis juin 2025. C’est un pari bien incertain, lorsqu’on observe que la limite d’un engagement opérationnel pour un porte-avions d’attaque avant une immobilisation de remise à niveau est de 6 à 7 mois.
Il y a là une mesure inquiétante de l’affaiblissement de la flotte de porte-avions de l’US Navy, alors que cette flotte est la clef de voute de la présence militaire à volonté hégémonique des USA dans le monde. En effet, ce rassemblement de trois porte-avions, si tout se passe bien, privé d’autres zones hautement stratégiques, comme la Mer de Chine, d’une présence significative de la puissance US. Nous ne disons mot ici des risques que courent aujourd’hui ces porte-avions en présence d’un Iran qui pourrait bien avoir des capacités d’endommager, voire de détruire une telle unité ; ce risque existe aujourd’hui bel et bien alors qu’il était nul en 2007.
Le porte-avions d’attaque, arme essentielle de la “politiqueSystème” des USA, dont le coût est passé en trente-cinq ans de 3 $milliards à 15 $milliards, est confronté à une situation impossible à dominer puisque tenant à la capacité industrielle elle-même. Le cas est d’autant plus grave que le porte-avions, en plus de son énormité, est un formidable entassement de toutes les technologies imaginables et nouvelles, jusqu’aux plus délicates et aux plus sensibles. Le résultat a été mis en évidence par un chercheur russe, Ilya Kramnik du Centre IMEMO de l'Académie des sciences de Russie pour l'étude de la planification stratégique (compte @kramnikcat).
« L'industrie américaine de la construction et de la réparation navales ne peut assurer, pour diverses raisons, ni le rythme de renouvellement nécessaire de la flotte, ni les volumes d'entretien requis pour les navires de guerre déjà construits et mis en service. Dans ces conditions, le service opérationnel doit être régulièrement prolongé, ce qui nuit à l'état des navires (qui nécessitent encore plus de réparations, dont les possibilités sont limitées) et aux équipages (dont la fatigue s'accroît avec le risque d'incidents).
» En 2020, cette situation a été analysée en détail dans l'édition américaine de USNI News (et ailleurs), établissant un lien entre les problèmes et le retard de mise en service du Ford. Or, bien que le Ford soit désormais en service, le problème persiste. Fait notable, le nombre de porte-avions n'augmente pas : en avril, le Nimitz, en service depuis 50 ans, sera retiré de la flotte, tandis que la date de mise en service du nouveau porte-avions de type Ford, l'USS John F. Kennedy (CVN-79), reste incertaine. Avec dix porte-avions en service, les États-Unis prévoyaient d'en maintenir au moins quatre opérationnels, et jusqu'à six en cas de réserve opérationnelle (la capacité de déploiement rapide). Cependant, en réalité, leur nombre pourrait difficilement atteindre trois, même en ajoutant le George H. W. Bush au Lincoln et au Ford. [...]
» Lorsque la construction navale commerciale aux États-Unis a cessé d'être rentable et que les capitaux ont fui vers l'Europe occidentale, puis vers le Japon, la Corée du Sud et enfin la Chine, ces fondations ont commencé à s'effriter. Et, par conséquent, l'industrie de la défense se détériore également. »
Comme on l’a vu, l’Iran est loin d’être le “front” principal des USA, – pourtant, il mobiliserait à lui seul les capacités aéronavales opérationnelles disponibles selon les comptes et décomptes d’Ilya Kramnik. Et le Pacifique, avec la Mer de Chine et Taïwan ? Et le reste du Moyen-Orient (Gaza, le Liban, le Canal de Suez, la Mer Rouge avec ses Houthis) ? L’Europe (l’Ukraine et la Russie) ? L’Amérique Latine (Venezuela & Cie, dont le cas fort épineux de Cuba) ? etc, – le reste du monde, quoi, pour lequel une flotte de vingt porte-avions d’attaque suffisait à peine en 1960.
Et Kramnik d’en rajouter, faisant directement allusion à l’extraordinaire désertification industrielle des USA, qui touche non seulement l’industrie des armements, mais l’industrie civile qui lui est un soutien indirect primordial : :
« Cette situation illustre parfaitement le fait que même le budget militaire le plus important ne garantit pas un fonctionnement normal en cas de déséquilibres économiques que l'argent ne peut combler. La puissance de la construction navale militaire américaine reposait sur les solides fondations de la puissance, encore plus impressionnante, de la construction navale commerciale.
» Lorsque la construction navale commerciale aux États-Unis a cessé d'être rentable et que les capitaux ont fui vers l'Europe occidentale, puis vers le Japon, la Corée du Sud et enfin la Chine, ces fondations ont commencé à s'effriter. Et, par conséquent, l'industrie de la défense se détériore également.
» La principale conclusion de cette situation est que l'ère de la présence illimitée des États-Unis dans toutes les régions du monde grâce aux porte-avions touche à sa fin. L'engrenage géopolitique dans lequel la marine américaine est prise par des inflations budgétaires incessantes risque de rendre l'illusion de la supériorité numérique américaine flagrante aux yeux de tous. »
Le résultat, c’est une formidable prise de risque concernant ce symbole même de la puissance US qu’est devenu le porte-avions, sorte d’icône sacrée d’autant plus sacrée qu’elle est extrêmement rare. Lorsque la flotte avait vingt porte-avions, qu’un grave incendie accidentel à bord de l’un d’eux (le ‘Forrestal’) mettait cette unité hors service pour au moins une année, c’était un événement préoccupant mais nullement fondamental. Aujourd’hui, risquer la peau d’un porte-avions du fait des missiles iraniens dont on ne sait rien de précis constitue un risque inouïe, moins pour la stratégie militaire US que pour la psychologie du pays tout entier, pour sa stabilité, pour la sécurité intérieure du gouvernement fédéral et de toutes ses directions. C’est mettre un mythe au risque de la pire des dramaturgies symboliques.
Là-dessus flotte, comme un commentaire ironique du passé (15 ans déjà), de la part du néo-sécessionniste du Vermont :
« “Il existe trois ou quatre scénarios possibles qui pourraient entraîner la chute de l’empire”, estime Naylor. “L’une de ces possibilités est une guerre avec l’Iran...” »