« C’est super ! »

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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 « C’est super ! »

14 juin 2021 – Puisque l’on parle de la question de “la gouvernance” sur cette page, une petite histoire, une plaisanterie, un bon mot qui court les salons climatisés et les bars enfin rouverts, et qui a provoqué chez moi, pour un instant, un fou-rire un tantinet nerveux tant la caricature est aussi vive que le vrai :

« Une voiture vide s’arrête devant Matignon. Jean Castex en descend. »

En une seule journée, le ministre dit de la Justice & ci-devant Garde des Sceaux se brocarde avec un candidat du RN assis avec des amis à une terrasse d’un café (rouvert) et, quelques instants ou heures plus tard, s’invective dans un marché à ciel ouvert avec un candidat de La France Insoumise. Images de campagne sans divertissement, où Dupond-Moretti, dit “Bitbull-la-Rolex”, joue le rôle du non-candidat d’en-dessous de la mêlée (le talonneur en rugby) chargé d’entretenir la guérilla de la communication.

Nous sommes dans ces temps pleins de signes, entre une gifle à l’insupportable légèreté et une piste semée de « marques satanistes »

Signes des temps s’exclame Michel Maffesoli, l’homme de “L’ère des soulèvements”, – et signes qui se montrent également dans toutes ces “petites effervescences” que l’on constate dans le temps courant ; comme cet événement hors-couvre-feu, – tant est risible et ridicule cette tentative de caporalisation sanitaire (le couvre-feu !), – ce rassemblement “de jeunes” aux Invalides vendredi soir, à mettre effectivement dans les “petites effervescences” annonciatrices de grands changements.

Maffesoli pense que nous sommes dans un “entre-deux” : l’époque de la modernité s’effondre et, en même temps que le spectacle de la gouvernance du spectacle divertit nos soirées, une nouvelle époque s’approche dont nul encore ne sait rien. Pour caractériser la situation présente dite d’“entre-deux”, avec son sourire ironique et son nœud papillon, Maffesoli évoque l’“anomie” selon l’identification qu’en donne Durkheim :

« ... [U]ne situation sociale caractérisée par la perte ou l’effacement des valeurs (morales, religieuses, civiques…) et le sentiment associé d'aliénation et d’irrésolution. Un tel recul des valeurs conduirait à la destruction de l'ordre social : les lois et les règles ne pourraient plus garantir la régulation sociale. L’anomie est caractérisée par le manque de régulation de la société sur l’individu. »

C’est-à-dire que, loin d’être dans une époque évoluant vers un autoritarisme comme tant de plumes et de tirades nous en avertissent, une sorte de pseudo-“démocrature” pour prendre le terme à la mode, nous sommes au contraire englués dans une jungle de régulations et de tentatives de mise en ordre qui n’ont plus aucun effet et produisent le contraire de ce qu’elles veulent, disons du “désordre par défaut” ; car cette société qui se voudrait teintée d’autoritarisme-Jupitérien (suivez son regard) ne parvient qu’à rendre inopérant sinon ridicule toutes ses tentatives dans ce sens.

Vous vous dites à propos de ces diverses péripéties : “Encore ces insupportables Gaulois réfractaires !”. Notre-président a su s’en dégager le temps d’un week-end prolongé, pour longuement copiner avec son nouveau copain : « C’est super ! », s’exclame-t-il avec les autres, comme s’ils avaient enfin terrassé le monstre, Adolf Trump. Je suis sûr qu’ils y croient et que, tous, ils reprennent en chœur : « C’est super ! »

Il faut dire qu’ils ont gagné au change. Voici donc deux petites scènes bucoliques à rajouter au florilège, et qu’on sache bien ainsi qu’il n’y a pas que les “Gaulois réfractaires” au monde ; je veux dire que l’“entre-deux” identifié par Maffesoli se signale à peu près partout.

• Voici donc le brave “Ol’White Joe” en action, ici lors d’une réunion des sept du G7, coaché par Boris Johnson qui a vraiment l’air de prendre en main le gamin, là, à ce moment où Joe se permet d’intervenir après que Johnson ait salué ses invités, membres du G7  et quelques réservoirs supplémentaires, dont le Sud-Africain Ramaphosa :

« Mais c’est alors que Joe Biden interrompt confusément Johnson. “Et le président de l’Afrique du Sud” dit Biden alors que Johnson venait de présenter Ramaphosa. Biden fait un double coup de poing simulé en direction du président sud-africain, qui se trouve de l'autre côté de la table. Johnson le corrige et dit qu’il a déjà mentionné Ramaphosa, ce à quoi Joe semble répondre qu’il n’a pas entendu. Joe semble dire qu’il n’a pas entendu. Ni Jill ni Kamala n’étaient là pour surveiller son comportement avec les autres leaders et intervenir lorsqu’il fait une erreur. Johnson tend le bras vers celui de Joe à plusieurs reprises pour arrêter son intervention, le traitant comme un enfant de cinq ans qui parle à tort et à travers. Tout le monde rit. C’est en fait plus embarrassant que de ne pas savoir qui a été présenté. Joe semble absent et semble ne pas comprendre Johnson. Il est clair que Johnson pense qu’il peut traiter Biden de cette façon, ce qui n’est pas une image très engageante, – une image incroyable de faiblesse et d’embarras alors qu’il est question du président des États-Unis. »

• Une description un peu plus longue (tout cela avec vidéo, comme la performance précédente) s’attache à la conférence de presse de Biden à l’occasion de ce G7. Même scène bouffe et désolante, où Biden nous entretient des difficultés des Russes en Syrie, – euh non, pardon, en Libye...

« Comme l’a rapporté mon collègue Bonchie, Biden a donné une horrible conférence de presse en solo. Il a confié qu’il craignait d’avoir “des problèmes avec [son] équipe” s’il ne convoquait pas les journalistes de la liste pré-approuvée, il s’est montré vindicatif lorsqu’on lui a posé une question et a donné la réponse la plus bizarre qui soit. Il a également semblé ébahi et affaibli lorsqu’on lui a demandé pourquoi il ne prévoyait pas une conférence de presse conjointe avec Poutine [lors du sommet du 16], en répondant qu’il ne cherchait pas à entrer en conflit avec la Russie.

» Biden a également montré son état de confusion en prenant la Lybie pour la Syrie, et cela trois fois de suite. Ce fut un moment horrible de la scène politique mondiale.

» Il a déclaré que nous pouvons “travailler ensemble avec la Russie, par exemple en Libye”, qu’ils [les USA et la Russie] devraient fournir une “assistance vitale” à une population qui est en réelle difficulté. Biden a clairement commencé à se perdre dans ce qu’il essayait de dire et a regardé désespérément ses notes, utilisant des mots de remplissage alors qu’il essayait de lire les notes.

» “La Russie s’est engagée dans des activités qui, selon nous, sont contraires aux normes internationales.” Il a dit que la Russie s’est plongée dans de gros problèmes qu’ils vont avoir du mal à gérer comme la reconstruction de “la Syrie, de la Libye, là où ils se trouvent”. Il a terminé en disant qu’il espère qu’on pourra trouver un arrangement [avec la Russie] qui puisse sauver la vie des gens en Libye.

» Chaque fois qu’il a dit Libye, il aurait dû dire Syrie. La Russie n’est pas en Libye, mais il ne semble même pas s’en apercevoir... »

Certes, il est facile de moquer Biden, ou bien difficile de ne pas le moquer, disons selon un regard dépouillé de toute autre considération et s’en tenant à son seul rôle de spectateur à qui l’on impose le spectacle de “la gouvernance du spectacle”. Il est également à la fois incroyable et catastrophique qu’un pays de la puissance et de l’influence des USA se soit manipulé lui-même, comme on le sait suffisamment avec tous les montages et fraudes que l’on connaît, jusqu’à montrer une véritable pathologie entre paranoïa et schizophrénie (et, dans notre pharmacie personnelle, déterminisme-narrativiste tout simplement), pour aboutir à installer quasiment de force une personne aussi diminuée et manifestement atteinte de sénilité dans cette fonction fondamentale.

On n’en parle pas trop dans la presseSystème, croulant sous le poids de la ménagerie où ils se trouvent, transformée en une formidable mensongerie, avec leurs chroniqueurs complètement hallucinées, ivres de leur politiquement-correct, tapant sur la réalité du monde avec leur langue de bois. Il faut alors mesurer, je dirais peser en tonnes et en tonnes, le poids monumental des mensonges et des simulacres que nous nous infligeons à nous-mêmes, aveugles entre les aveugles, transformant ce G7, pour ce cas parmi d’autres, en un spectacle sordide et affreux de marionnettes robotisées.

(Après tout, seul Johnson, lorsqu’il remet vertement Biden à sa place, comme ferait un prof ou un papa de l’ancien temps, semble avoir l’air de savoir ce qui se passe. Bien entendu, il ne dit rien et fait comme si de rien n’était, comme tout bon Britannique qui se demande ce qu’il va pouvoir tirer de cette foire de dingues, pour le compte de Sa Très-Gracieuse Majesté.)

De fait, ces incroyables ratés de Biden sont également du domaine des effervescences dont parle Maffesoli. On en trouve partout, à la pelle, menant tambour battant “The Greatest Show on Earth”, absolument hollywoodien. Tout le monde est en “entre-deux”, absolument  tout le monde ; alors il y a ceux qui le savent et ceux qui ne veulent absolument rien en savoir. Cela n’empêche pas les choses qui doivent se faire de se faire.

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