C’est la faute à Poutine

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C’est la faute à Poutine

• RapSit-USA2023 et l’Ukraine. • Un récit précis avec tous les enjeux de la bataille qui a mené à l’élimination de McCarthy. • L’Ukraine n’était pas l’enjeu central mais l’aide US à l’Ukraine, c’est-à-dire l’engagement US, a constitué un des principaux motifs indirectsde l’affrontement. • Bien entendu, cette bataille est annonciatrice des affrontements qui vont émailler la campagne présidentielle, avec d’ores et déjà le retour de ‘Russiagate’ et de la préhistorique Hillary Clinton. • Que la fête commence ! • Avec un article de la talentueuse Rachel Marsden.

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L’éviction du Speaker de la Chambre des Représentants du Congrès US est un bel épisode ; non seulement historique (une première dans l’histoire des États-Unis) mais très significatif sur le plan politique, pour la situation aux USA par rapport à l’élection présidentielle de 2024 et, indirectement, par rapport à la guerre en Ukraine. Lorsqu’on développe le récit de l’épisode, on y trouve à peu près tous les ingrédients du système de l’américanisme et de la modernité, ainsi que tous les facteurs de la politique qui s’y rapporte ; on y trouve même la traîtrise du corrompu des tragédies antiques, avec un peu de sauce hollywoodienne bien entendu. L’article de Rachel Marsden ci-dessous, en direct de RT.com bien sûr, est très complet à cet égard, sans la moindre timidité déplacée.

Même Larry Johnson, pourtant peu friand des agitations washingtoniennes cantonnées dans la corruption, la délation et la trahison, sort cette fois de sa réserve. Il a cru distinguer dans l’épisode des signes encourageants, évidemment directement liés à l’activisme du ‘Freedom Caucus’, Matt Gaetz en tête. 

« Normalement, j'évite de parler du théâtre politique kabuki de Washington, DC. En particulier la lutte politique qui définit le Congrès américain. Mais l'éjection du président de la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, est une affaire importante et a des effets directs sur la politique étrangère des États-Unis, en particulier sur l'Ukraine.

» McCarthy a gagné le droit de devenir président de la Chambre des Représentants parce qu'il était un joueur doué dans le jeu politique de la Chambre des représentants. Qu'est-ce que cela signifie ? Il était doué pour collecter de l'argent et le transmettre aux membres du Congrès qui, à leur tour, étaient obligés de le soutenir. Seul petit problème : le Republican Freedom Caucus. La semaine dernière, ils ont envoyé une lettre à McCarthy pour lui faire part de leurs inquiétudes quant à l'adoption d'une “résolution de continuation” et le président de la Chambre leur a dit d'aller se faire voir ailleurs. [...]

» McCarthy est devenu président de la Chambre en janvier après avoir fait un certain nombre de promesses aux membres du Freedom Caucus, notamment celle de traiter les projets de loi de finances séparément plutôt que de les regrouper dans une résolution permanente. McCarthy n'a pas tenu cette promesse. C'est la raison pour laquelle le Freedom Caucus a fait volte-face et a imposé le vote à l'assemblée. »

Il faut rappeler que cette capacité de mettre en accusation le Speaker et de la congédier est spécifiquement une mesure voulue par le Caucus en janvier, une des conditions pour soutenir McCarthy, – et c’était même la première d’une liste de sept que McCarthy dut accepter, scellant ainsi par avance le sort d’une élection qu’il avait dû acheter :

« 1. Comme cela a été rapporté, il suffira d'un seul membre du Congrès, agissant dans le cadre de ce que l'on appelle la “motion Jeffersonnienne” (“Jeffersonian Motion”), pour proposer de destituer le Speaker s'il revient sur sa parole ou son programme politique. »

Qui donc a grugé l’autre ?

Dans une inversion remarquable de logique, Marsden démolit avec brio l’argument d’un Matt Gaetz solitaire, ayant réussi un “coup” par surprise en se vendant aux démocrates alors qu’il prétend le combattre. Pour un peu on nous dirait que Gaetz a été manipulé, conformément à la narrative qui entend se réserver la désignation de la dupe qu’on trouve toujours chez les dissidents. Marsden explique exactement le contraire : c’est Gaetz et le Caucus qui ont manipulé les démocrates et leur obéissance aveugle aux consignes “du Parti”, – vote antirépublicain, donc contre McCarthy alors que McCarthy était un Speaker qui leur convenait parfaitement sans qu’ils le réalisent. Gaetz, lui, est leur ennemi, il est bien connu et notablement renforcé après l’éviction de McCarthy.

De ce point de vue de la tactique politique  et parlementaire aussi, le comportement du Freedom Caucus a été brillant. Ils ont montré qu’une très petite minorité peut mener la Chambre par le bout de son gros nez sur les affaires les plus importantes. 

« Le fait que la discipline partisane des démocrates ait été utilisée avec succès contre McCarthy par le Freedom Caucus pour l'évincer prouve simplement que la différence entre les deux principaux partis américains importe beaucoup moins dans les deux sens de nos jours, alors que les caciques des deux partis étaient et sont en général constamment d'accord pour imposer des éléments d'un programme qui semble profiter principalement aux intérêts des élites établies occidentales. S’ils peuvent s’unir de manière bipartite sur ce point, il ne devrait y avoir désormais aucun problème à faire cause commune avec ceux de l’autre côté, ceux qui s’y opposent. C’est sans doute même le modèle pour la défaite du programme de l’establishment – pour que le paradigme droite/gauche passe au second plan. »

Retour de Russiagate (et d’Hilary !)

L’affaire McCarthy est donc intéressante en nombre d’aspect, et elle a mis nettement mais indirectement en avant la question de l’Ukraine. “Indirectement” parce que l’on mesure combien l’hostilité grandissante chez les parlementaires au soutien à l’Ukraine n’est ni stratégique, ni politique, mais purement financier et politicien, et fondé sur la philosophie ‘America First’. La plupart des arguments sont d’ordre financier et économique, bien peu abordent la question de la Russie, de la justification du conflit, etc.

Peu importe, les neocon veillent ! Et c’est ainsi qu’on peut sans grandes difficultés comprendre que cette opposition à l’aide à l’Ukraine sera très vite tentativement transférée et développée sur le terrain idéologique ; et c’est ainsi que le retour de Russiagate est déjà effectif... On a même sorti l’épouvantable Hillary de la naphtaline, elle qui fut la principale inventeuse/inventrice de cette cabale russe pour dissimuler ses propres actes complètement illégaux, véritables  “fautes d’État”, notamment avec l’usage qu’elle fit de ses courriels officiels en tant que secrétaire d’État pour ses besoins personnels, notamment de promotion. Comme les mauvaises herbes, elle est absolument increvable après avoir menti, corrompu et été corrompue, trompé, fraudé, diffamé, etc. Elle parvient même à désigner, dans une nouvelle performance, le propagateur principal de Russiagate, dans le chef du réseau RT ; – ce qui permet à RT de nous offrir une manchette et un long compte-rendu puisque l’occasion est trop belle.

Quelques belles envolées rapportées par RT.com qui n’a jamais été aussi satisfait d’être attaqué de cette façon, par une personnalité de cette sorte, sur un sujet aussi usé et si mal rapiécé. On, notera sur la fin de l’extrait une reprise de la fameuse exclamation d’Hillary saluant la mort atroce de Kadhafi d’un grand éclat de rire (« We came, we saw, he died ! ») ; cette personne répugnante est vraiment étrange à force de cruauté et de morbidité, elle qui veut faire subir le même traitement à Poutine, et peut-être bien à Matt Geitz...

« Dans un entretien avec Geoff Bennett de PBS publié mardi, l'ancienne secrétaire d'État et principale architecte de la théorie du complot du Russiagate a été interrogée sur la manière dont elle pense que la Russie perçoit l'opposition croissante des législateurs américains au financement de l'aide à Kiev. 

» Clinton a laissé entendre que Poutine ne se contentait pas de se réjouir des dissensions entre les hommes politiques américains, mais qu'il les “fomentait” afin de “saper la démocratie” et de “suborner les dirigeants politiques”. 

» “Lorsque je vois des gens répéter des points de discussion russes qui ont été diffusés pour la première fois sur Russia Today [RT] ou dans un discours d'un responsable russe, c'est un grand point marqué pour Poutine”, a déclaré Clinton. 

» Elle a ensuite suggéré qu'en dépit des clivages politiques “idéologiques” et “partisans”, le Congrès américain devait se pencher sur ses problèmes et finir par adopter une législation qui garantirait la poursuite de l'aide à l'Ukraine. 

» “Ce combat est le nôtre”, a affirmé Clinton, ajoutant qu'elle ne comprenait pas comment les Américains pouvaient se ranger du côté de Poutine. “Mais nous l'avons vu, nous l'avons entendu et nous devons le combattre”, a-t-elle déclaré. »

Mais quoi, Russiagate nous paraît tout de même un peu voyant dans la vétusté et le ridicule, comme Hillary elle-même bien sûr. Certains y croiront encore, certes, mais ce sont les indécrottables, qui ne croient à rien sauf à ce qui satisfait leur folie ou/et leurs intérêts ; donc, gens sans existence ni opinion, que rien ne fera changer. Ce sont les autres, plus nuancés, voire très critiques, qui aujourd’hui sont de plus en plus nombreux au Congrès, qui ne seront certainement pas très émus ni mobilisés par un porte-drapeau comme Hillary... L’effet pourrait même être inverse. Il y a un temps venu où il vaut mieux mettre les déchets sous le tapis.

Quoi qu’il en soit, si le parti démocrate continue à laisser parler Hillary en jugeant que c’est un atout de sa mobilisation, c’est qu’il se trouve dans un état aussi désespéré que Mister Z et son armée. Marsden nous montre bien combien ce parti, malgré toute sa puissance idéologique, n’est pas très habile dans les batailles des couloirs du Congrès. Le terrain se prépare à Washington pour une superbe bataille.

(Le titre de l’article de Rachel Marsden est de notre cru.)

dedefensa.org

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La chute de McCarthy ? Voyez Poutine 

Dans un vote de 216 voix contre 210, les républicains ont voté avec 208 démocrates à la Chambre des représentants des États-Unis en faveur du changement de régime de l'un des leurs, le président de la Chambre, Kevin McCarthy (R-CA). McCarthy avait tenté d’apaiser l’establishment sur le financement de l’Ukraine tout en faisant semblant de soutenir les populistes à qui il devait son poste de président de la Chambre ; il vient d’être récompensé par l’honneur d’être le premier Speaker détrôné de l’histoire des États-Unis. C’est une victoire pour l’Américain moyen – à moins que vous ne soyez un hacker de l’establishment, auquel cas tout tourne autour de la Russie.

« Les Chinois sont contents, les Russes sont contents, les Iraniens sont contents. Les Américains devraient être furieux de ce que ces huit personnes ont fait cela à notre pays », a déclaré le représentant Dan Bacon (R-NE). Comment oserait-on faire dérailler les politiques de l’establishment alors qu’ils ont tout fait pour l’Américain moyen ? Les partisans de McCarthy accusent les opposants au sein de son propre parti d’avoir collecté des fonds pour son éviction. Si les Américains sont prêts à récompenser leur éviction en faisant un don aux responsables, alors il semblerait qu’ils ne soient pas vraiment « fous comme l’enfer » et que ce soient les Républicains de l’establishment qui soient hors-jeu.

Il est tout à fait approprié que la goutte d'eau qui ait fait déborder le vase dans le cas de McCarthy semble être les allégations, évoquées par le représentant Matt Gaetz (R-FL), selon lesquelles il aurait travaillé, sans en aviser son parti, avec l'administration Biden pour trouver une solution au flux continu d'aide à L’Ukraine qui avait été sans vergogne associée à une loi budgétaire permettantt au gouvernement fédéral de continuer à fonctionner pendant au moins 45 jours supplémentaires. La disposition relative au financement de l’Ukraine avait été le point de friction qui avait empêché les Républicains d’approuver le projet de loi jusqu’à ce que McCarthy le supprime. Mais Gaetz a ensuite accusé McCarthy d’avoir conclu un accord avec Biden pour relancer une nouvelle série d’aides à l’Ukraine lors d’un vote séparé à la Chambre.

Si Biden voulait prendre le risque d’ajouter son soutien à l’Ukraine à un projet de loi dont il pensait que les législateurs seraient obligés de l’adopter de peur que l’alternative ne soit une fermeture de l’ensemble du gouvernement, alors il aurait dû assumer toutes les conséquences de ce plan... Laissons le gouvernement fermer ses portes puisque le président américain pensait que son financement était aussi important que celui de l’Ukraine – et que le paiement des bureaucrates américains serait directement lié à la volonté des législateurs de continuer à payer celui de Kiev. Lorsque ceux qui estiment qu’ils représentent le mieux le groupe croissant d’électeurs américains qui sont de plus en plus opposés à davantage d’argent pour Kiev alors que leur propre situation économique subit une détérioration provoquée par des politiques malavisées de l’establishment rejettent l’abomination législative à deux têtes, ils rejettent logiquement la faute sur Biden pour avoir même pris le risque de l'évoquer en premier lieu.

McCarthy a nié toute transaction en coulisses et l’on devinait vite ce que valaient ses affirmations... McCarthy n'aurait certainement pas occupé cette fonction s'il n'avait pas promis à la faction populiste du GOP – le Freedom Caucus – qu'il ne donnerait pas un « chèque en blanc » à l’Ukraine. Mais il semblait influencé par les critiques des représentants de l'establishment GOP comme la députée Liz Cheney (R-WY). « L’idée selon laquelle le parti ne va plus soutenir le peuple ukrainien est intolérable. Pour quelqu’un qui a la photo de Ronald Reagan sur le mur de son bureau au Capitole, l’idée que Kevin McCarthy va devenir le chef de l’aile pro-Poutine de mon parti est tout simplement stupéfiante », avait déclaré Cheney. dans une interview l’année dernière. Soudain, McCarthy comparait Poutine et l’Ukraine à Adolf Hitler et à la Seconde Guerre mondiale, de la même manière qu’un adolescent à qui on dit qu’il est efféminé surcompense en faisant de l’haltérophilie et en frappant agressivement les filles. C'est comme si McCarthy avait quelque chose à prouver. Et comme chacun le sait, cela signifie généralement que sous la surface se cache autre chose – une crise d’identité ou, à tout le moins, un manque de confiance en soi rendant compte de la fragilité de ses positions.

Cheney, quant à elle, a perdu ses primaires l’année dernière face à un challenger pro-Trump, ce qui n’est qu’une preuve supplémentaire du décalage croissant entre les électeurs et ceux envoyés à Washington pour représenter leurs intérêts. En essayant même d’apaiser des gens comme Cheney et de trianguler ou d’accommoder leurs récits et leurs positions institutionnelles, McCarthy a seulement montré qu’il ne pouvait pas comprendre le public même lorsqu’il s’agissait de ses électeurs.

De toute évidence, le Freedom Caucus donne sa confiance, mais il sait la reprendre. Et l'establishment républicain se comporte désormais comme s'il était victime d'un petit groupe de législateurs de son propre parti qui osent faire obstacle aux copains habituels qui imposent tout ce qu'ils veulent, même s'ils sont en décalage avec le populisme croissant de la base du parti. La même base dont les idées sont devenues si courantes qu’elles ont porté Trump à la présidence en 2016 et le placent encore loin devant parmi les électeurs du GOP pour 2024, malgré ses multiples problèmes juridiques.

Le fait que la discipline partisane des démocrates ait été utilisée avec succès contre McCarthy par le Freedom Caucus pour l'évincer prouve simplement que la différence entre les deux principaux partis américains importe beaucoup moins dans les deux sens de nos jours, alors que les caciques des deux partis étaient et sont en général constamment d'accord pour imposer des éléments d'un programme qui semble profiter principalement aux intérêts des élites établies occidentales. S’ils peuvent s’unir de manière bipartite sur ce point, il ne devrait y avoir désormais aucun problème à faire cause commune avec ceux de l’autre côté, ceux qui s’y opposent. C’est sans doute même le modèle pour la défaite du programme de l’establishment – pour que le paradigme droite/gauche passe au second plan.

Mais si vous demandez leur sentiment aux partisans de McCarthy, ils vous disent que c'est Poutine qui est ravi – et non les Américains moyens qui viennent d'être épargnés, au moins temporairement, de voir une plus grande partie de leurs impôts enfoui dans les multiples poches du président ukrainien Vladimir Zelenski ou blanchis dans ceux des amis du complexe militaro-industriel qui se proclament “pour Ukraine”. Apparemment, faire honte à ses adversaires par Poutine interposé perd de son éclat en tant qu’arme rhétorique conçue pour freiner l’enthousiasme des patriotes à ouvrir les poubelles à la vue de tous.

Rachel Marsden