Il n'y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.
• Encore une poussée guerrière ; mais l’on passe brusquement de l’Iran à l’Ukraine. • La Russie s’alarme et voit une nouvelle opération ‘Barbarossa’ contre elle autour de 2030. • De plus en plus de commentateurs sont d’accord : il faut l’emporter très vite en Ukraine pour être mieux préparé au choc de l’attaque européenne. • Cette perspective a des couleurs nucléaires et paraît avoir touché autant les dirigeants et le public russes comme une fatalité inévitable. • La Russie glisse résolument dans l’état de l’avant-guerre immédiat.
______________________
Nous mettons ce titre en italique car il fut déjà employé par PhG, alors journaliste-commentateur dans un quotidien, en 1984, à partir du titre d’une chanson très en vogue à cette époque de 1984 — tout cela sans qu’on sache d’où et de qui venait la menace... Une sorte de ‘Fantasy’ qui avait infecté tous les esprits de l’époque, déjà infestés de pubs et de simulacres...
Note de PhGBis : « C’est simple...1984 rappelant tellement le livre d’Orwell, ‘1984’, terrorisait tout le monde dans nos fragiles nations, même les publicitaires. Pourtant sans aucune intention prémonitoire puisqu’Orwell, à court d’idées pour son titre, avait simplement inversé les deux derniers chiffre de 1948, année de rédaction du livre. »
Nous étions dans une période d’extrême tension qui suivait la crise de novembre 1984, (au moment du déploiement des ‘Pershing II’ et GLICOM, lorsque Reagan s’était précipité pour supprimer un exercice de simulation de guerre nucléaire de l’OTAN, ‘Marble Archer’, prévu pour le 21 novembre 1984, de crainte que la direction soviétique, — alors en pleine crise gérontocratique, les vieillards malades succédant aux vieillards malades après une année de survie, avant l’arrivée de Gorbatchev, — ne prenne ce déploiement pour la préparation d’une attaque nucléaire de première frappe. Dans les mois suivant la tension s’était accentuée, avec, comme exemples symboliques...
• Un Mitterrand prévenant « Il y aura la guerre en 1984 »
• Et notre fameuse chanson ; “Ca sent drôlement la guerre” (non pas le titre mais une ligne : « Ça sent drôlement la guerre, passez-moi mon tambour »).
Aujourd’hui, c’est un peu la même chose à part la durée, les guerres préparatrices et le plus souvent jamais achevées sinon dans le désordre, les menaces et les lignes rouges, la marche endiablée et joyeuse vers le nihilisme total, l’intelligence artificielle et tout le toutim qui ne semble plus devoir s’arrêter et auquel tout le monde ne comprend rien sinon les lignes droites de travers, — sur ce point, nous attendons quelques surprises somptueuses pour les nihilistes et les experts.
Enfin, laissons la volaille à ses occupations et citons quelques documents et contributions vous décrivant les sombres nuées s’amoncelant à l’horizon.
• Larry Johnson, d’abord, qui se concentre sur le discours fait le 23 juin par Poutine aux diplômés des principales Écoles de Sécurité de la Russie. Johnson parle notamment de la “menace occidentale” qui pèse sur la Russie :
« Cela fait quelque temps que je n’ai pas écrit sur la Russie et la guerre en Ukraine ; toutefois, le discours prononcé mardi 23 juin par Vladimir Poutine au Kremlin, devant les diplômés des grandes écoles militaires et des institutions de sécurité russes (cadets et officiers), mérite l’attention car il contient un avertissement indirect mais profond à l’adresse de l’Occident.[...]
» Je me concentre ici sur la partie du discours traitant de la menace occidentale, car elle indique que la Russie, en réaction aux actions de l’Occident, se prépare à un conflit de plus grande ampleur. Le discours suivait une structure cohérente en quatre volets : l’Occident fabrique la menace ; il accuse ensuite la Russie d’en être à l’origine ; ce schéma se répète historiquement depuis 1941 ; enfin, la réponse de la Russie repose à la fois sur une préparation militaire et sur une vision alternative de l’ordre mondial, fondée sur des principes. Ce qui a rendu ce discours particulièrement marquant, c’est l’affirmation explicite selon laquelle l’OTAN est passée du soutien par procuration à la préparation ouverte d’une guerre directe ; il s’agit là d’une déclaration d’escalade calibrée pour rappeler aux diplômés, ainsi qu’au public plus large, les enjeux de leur engagement. »
• Ensuite, nous passons à nos amis M&C, qui font un point consacré à la situation de la tension de guerre en Russie, — guerre dont fort peu de Russes doutent encore qu’elle n’oppose pas la Russie à l’Ukraine mais sans aucun doute la Russie à l’Occident-collectif. C’est essentiellement Mercouris qui parle, qui vient de faire un séjour en Russie à l’occasion d’une invitation pour participer à des réunions et à des symposiums où il a pris la parole.
« ... Qu'il s'agisse de responsables officiels ou de personnes de ce genre... mais lorsque je discutais avec des gens issus de tous les milieux en Russie — des ouvriers d'usine jusqu'aux cadres supérieurs des entreprises russes —, tous étaient absolument convaincus qu'il ne s'agit plus tant d'une guerre entre l'Ukraine et la Russie. C'est une guerre entre la Russie et l'Occident collectif. À ce niveau-là — celui de la société russe dans son ensemble —, ils en ont une conscience parfaite.. »
Un peu plus loin sur la vidéo, Mercouris signale une intervention du vice-ministre des affaires étrangères qui lui permet de préciser l’ampleur du sentiment qui habite les Russes, en comparant avec les prémisses de la Grande Guerre Patriotique. Mercouris précise , en citant le journaliste Gordon Hahn, que la volonté d’attaquer la Russie est très loin d’être majoritaire chez les dirigeants européens mais une “minorité irresponsable” est absolument décidée à y conduire, — et cette minorité semblant irrésistiblement entraîner le reste :
« Peu avant que nous n'enregistrions cette émission, un vice-ministre russe des Affaires étrangères a fait une déclaration : il a affirmé qu'en observant les préparatifs militaires en Europe, les Russes ont le sentiment de revivre l'opération Barbarossa — l'attaque lancée par l'Allemagne contre l'Union soviétique le 22 juin 1941. C'est un point de vue de plus en plus répandu en Russie, face à une Europe dont le dirigeants sont loin de partager cette volonté d’attaquer la Russie, sinon une minorité tout à fait irresponsable et déterminée... [...]
« Notre ami Gordon Hahn — avec qui nous avons déjà réalisé des émissions sur notre chaîne — a récemment publié un article (très intéressant et de grande qualité, à mon sens) dans lequel il explique que la majeure partie de la classe politique européenne ne souhaite probablement pas de guerre avec la Russie. Toutefois, ce n'est pas le cas de tout le monde : au sein des dirigeants politiques européens, il existe un groupe très puissant et très influent qui, lui, veut absolument une guerre contre la Russie et met tout en œuvre pour la provoquer. Je suis convaincu qu'il a raison... Il affirme : “Ne sous-estimez jamais, au grand jamais, l'irrationalité de ces gens ni leur déconnexion totale de la réalité”. Et je pense qu'il a tout à fait raison. »
... Ce qui le conduit à terminer par ce constat définitif :
« En somme, lorsqu'on parle du Rubicon franchi, c'est bel et bien le cas, et ce processus va se poursuivre. »
• En addendum de ce qui précède, on mentionnera donc les références et quelques mots sur l’intervention du vice-ministre que cite Mercouris. C’est sur RT.com le 22 juin 2026 qu’est notamment présenté et mis en vedette pour l’audience internationale le propos qui vient d’une interview dans les ‘Izvestia’, c’est-à-dire sur un réseau (RT.com) particulièrement modéré et aligné sur les conceptions du président Poutine. Le vice-ministre Alexandre Grouchko, des affaires étrangères, n’est pas une voix accessoire ; il est unanimement admis comme devant être le successeur de Lavrov, ce qui donne une idée de l’importance de ses propos.
« Les plans de l'OTAN concernant la Russie rappellent l'opération Barbarossa d'Hitler, selon Moscou
«L'Occident se prépare à une guerre de grande envergure d'ici 2030, a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko. »
« Le vice-ministre des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, a tenu ces propos dans un entretien accordé au journal ‘Izvestia( et publié le lundi 22 juin — date à laquelle l'Allemagne nazie a lancé l'opération Barbarossa contre l'Union soviétique en 1941, une offensive que les historiens qualifient de plus vaste invasion de l'histoire militaire. »
Le regard sombre de Korybko
Pour terminer ce tour d’horizon sélectif, nous citons un texte du 25 juin d’Andrew Korybko, qui développe l’hypothèse de l’enchaînement des événements jusqu’à l’affrontement avec l’OTAN. Son regard est particulièrement sombre, ce qui n’est pas dans ses habitudes où il met en général toutes les nuances possibles. Est-ce l’influence du sombre climat régnant en Russie ? Poser la question...
Korybko juge absolument, vitalement nécessaire que la Russie l’emporte le plus rapidement possible en Ukraine, sans plus rien espérer de négociations pour un arrangement de paix, pour préparer une meilleure position dans l’affrontement avec l’OTAN. On peut penser que cette opinion de la nécessité d’aller plus vite et très vite en Ukraine, jusqu’ici assez partagée dans l’opinion russe (dirigeants et public), est désormais très majoritaire jusqu’à proche d’être unanime.
« Un affrontement Russie-OTAN autour de 2030 ?
« Si la Russie continue de mener cette “guerre d'usure” pendant les années à venir au lieu d'y mettre un terme décisif rapidement, elle sera plus vulnérable que jamais aux menaces d'invasion émanant du “cordon sanitaire” aux alentours de 2030 ; elle se verrait alors contrainte soit de capituler, soit de recourir à l'arme nucléaire pour se défendre.
RT a attiré l'attention sur une récente analyse du vice-ministre des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko, selon laquelle “nous partons du principe que [l'OTAN] se prépare réellement à un affrontement militaire avec la Russie aux alentours de 2030”. Cette déclaration faisait suite à la Stratégie de défense nationale, laquelle affirmait que “l’'OTAN européenne surpasse largement la Russie en termes de poids économique, de population et, par conséquent, de puissance militaire latente”, tout en soulignant que ces ressources doivent être gérées correctement pour libérer leur plein potentiel. Les États-Unis cherchent à assumer ce rôle de gestionnaire pour l'UE.
En conséquence, il a été conclu que “l'UE représente une menace bien plus crédible pour la Russie que l'inverse” ; ce constat a précédé les avertissements de l'ancien président et actuel vice-président du Conseil de sécurité, Dmitri Medvedev, concernant la menace — comparable à celle de 1941 — que fait peser le réarmement de l'Allemagne. Plus tôt ce mois-ci, l'ancien haut responsable du renseignement russe Andreï Bezrukov a attiré l'attention sur la “nouvelle guerre” dans laquelle la Russie serait engagée et qui pourrait durer des décennies, l'un des objectifs principaux étant de neutraliser ses capacités nucléaires.
L'analyse de Grouchko a coïncidé avec le début de la “guerre d'usure” menée par l'administration ‘Trump 2.0’ contre la Russie ; ainsi, si l'on considère la chronologie des événements, on peut supposer que les États-Unis espèrent affaiblir la Russie par l'intermédiaire de l'Ukraine avant que l'UE ne devienne assez puissante pour menacer d'invasion une Russie alors fragilisée. Le “cordon sanitaire’ qui s'est constitué autour de la Russie au cours de l'année écoulée — en grande partie sous l'impulsion de la doctrine “Neo-Reagan” de Trump 2.0 — pourrait également amener la Turquie et/ou le Japon à brandir une menace similaire afin d'obtenir un maximum de concessions de la part de Moscou.
Cette architecture géostratégique orchestrée par les États-Unis s'est bâtie dans la zone Arctique-Baltique sous l'impulsion du Royaume-Uni, en Europe centrale sous celle de la Pologne, le long de toute la périphérie sud de la Russie sous l'égide de la Turquie, et en Asie du Nord-Est sous celle du Japon. Si, d'ici là, les capacités nucléaires de la Russie sont neutralisées ou gravement affaiblies, elle pourrait être contrainte de céder aux Occidentaux, pour une fraction de leur valeur réelle, des parts majoritaires dans ses entreprises publiques de ressources naturelles — ce qui constitue l'objectif stratégique majeur d'une éventuelle administration “Trump 2.0”.
Compte tenu de cet objectif et du mode opératoire envisagé — à savoir tenter d'abord d'y parvenir via la « guerre d'usure » naissante contre la Russie, avant de brandir la menace du recours à la force vers 2030 en cas d'échec —, les intérêts immédiats de la Russie sont les suivants. Elle doit mettre fin rapidement au conflit ukrainien en imposant le plus grand nombre possible de ses propres conditions, afin de pouvoir ensuite se concentrer sur la préparation d'affrontements potentiellement imminents avec le “cordon sanitaire” dirigé par les États-Unis. S'éterniser dans cette “guerre d'usure” épuiserait ses forces et l'affaiblirait considérablement d'ici cette échéance.
D'ici là, la Russie devra également déployer des stratégies innovantes pour briser ce “cordon sanitaire” ou, à tout le moins, empêcher son extension au Kazakhstan ; cela potentiellement implique, par exemple, des opérations de renseignement prioritaires ciblant l'Azerbaïdjan — membre de facto de l’OTAN — voire le lancement d'une nouvelle opération spéciale. Parallèlement, elle pourrait exploiter son influence sur la Corée du Nord pour encourager Kim Jong-un à multiplier les essais de missiles, voire les essais nucléaires, dans l'espoir de détourner brutalement l'attention des États-Unis de l'Europe vers la région Asie-Pacifique.
Si la Russie persiste dans cette “guerre d'usure” pendant les années à venir au lieu d'y mettre un terme décisif et rapide, elle se retrouvera plus vulnérable aux menaces d'invasion émanant du “cordon sanitaire” à l'horizon 2030, ce qui la contraindrait soit à capituler, soit à recourir à l’arme nucléaire pour se défendre. Aucun de ces scénarios n'est favorable, mais tous deux résulteraient de l'incapacité de la Russie à rétablir sa capacité de dissuasion d'ici là. Il est donc impératif de rétablir immédiatement la dissuasion, de remporter rapidement le conflit ukrainien, puis de briser ce nouveau “cordon sanitaire”. »
• Comme on vient de le lire et pouvons le lire par ailleurs, signalons-le en passant, Trump a changé de monture. Il passe de l’Iran où il ressent encore les brûlures du coup de pied à l’âne et se précipite vers l’Ukraine (signature du communiqué du G7). Un détail en passant, pour la chronique et selon l’humeur.
Bien, — nous ne parlons pas ici des questions directement liées à un conflit (puissance militaire générale, puissance nucléaire, capacités de production des armements, valeur des forces, etc.), — qui, pourtant, mériterait elles-mêmes des appréciations nuancées.
• Quelle étrange époque. Dans les dernières semaines, et même les derniers mois, on ne parlait que de l’Iran et des Amérisraéliens. C’était le centre du monde, de la GrandeCrise, de la Guerre Mondiale qui nous est promise. Et puis soudain, non ! C’est la Russie, l’Ukraine, l’Europe. D’accord, mais de l’autre côté, ce n’est pas terminé non plus. Difficile, dans ce cas, de faire l’impasse sur ce conflit et ses conséquences, de n’en pas tenir compte. La GrandeCrise est leur mère à tous, elle ne cesse d’influer sur tous à la fois et de brouiller les cartes et les analyses.
• ...D’’autant plus que l’affaire Iran-Ormouz est partie, bon an mal an, pour alimenter une crise mondiale à laquelle les pays européens seront bien plus sensibles que la Russie. Hitler n’avait pas cette sorte de problème.
• Et les pays européens, à part les brillantissimes Kalas, Der La Hyène, Macron & Cie, nous présentent-ils un paysage impeccable et implacable d’union derrière la guerre contre la Russie ? La popularité de ces gouvernants atteint-elle 90% comme l’idiotissime GW Bush après 9/11 et avant l’attaque de l’Irak ? Au contraire, leur fragilité est extrême, ils sont tous devant des élections bourrées de champs de mines, des populations furieuses et continuellement en état de révolte à peine contrôlée. Ce n’est pas une très bonne base d’attaque pour la guerre envisagée.
... Enfin et pour autant, iI est vrai qu’en 1984, nous n’eûmes pas la guerre. Par contre, nous eûmes Gorbatchev en 1985. Qui sait présager de la couleur des choses ?
Mis en ligne le 26 juin 2026 à 09H15