Borchgrave nous dit qu’Israël a (avait?) des bases en Géorgie pour attaquer l’Iran

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Arnaud de Borchgrave a déjà été souvent mentionné sur notre site, notamment pour des vues inhabituelles (par rapport à l’establishment médiatique US) sur les crises extérieures en cours, et parfois pour des révélations de type sensationnel. En général, Borchgrave est bien renseigné et ses interventions, si elles ne s’avèrent pas toujours à 100% exactes, mentionnent souvent certains faits inédits intéressants. En voici une de plus, de révélation, qui concerne Israël, la Géorgie et l’Iran, et lie les deux crises de l’Iran et de la Géorgie. Borchgrave donne ses informations-révélations dans un texte de UPI repris ce 3 septembre sur le site Middele East Times.

Arnaud de Borchgrave explique que la coopération des Israéliens avec les Géorgiens, notamment la formation des troupes géorgiennes, était payée par la Géorgie par la mise à disposition pour Israël de deux bases aériennes en Géorgie, à partir desquelles pourrait, ou aurait pu être lancée une attaque contre l’Iran (la proximité de la Géorgie de l’Iran rendrait en effet très avantageuse la disposition de ces bases en cas d’attaque israélienne de l’Iran).

Le texte de Borchgrave aborde d’abord la question de la coopération en général. C’est dans ce contexte qu’il mentionne la question des deux bases utilisables en cas d’attaque contre l’Iran.

«In a secret agreement between Israel and Georgia, two military airfields in southern Georgia had been earmarked for the use of Israeli fighter-bombers in the event of pre-emptive attacks against Iranian nuclear installations. This would sharply reduce the distance Israeli fighter-bombers would have to fly to hit targets in Iran. And to reach Georgian airstrips, the Israeli air force would fly over Turkey.

»The attack ordered by Saakashvili against South Ossetia the night of Aug. 7 provided the Russians the pretext for Moscow to order Special Forces to raid these Israeli facilities where some Israeli drones were reported captured. (…)

»The Tel Aviv-Tbilisi military axis appears to have been cemented at the highest levels, according to YNet, the Israeli electronic daily. But whether the IAF can still count on those air bases to launch bombing missions against Iran's nuke facilities is now in doubt.»

Borchgrave donne donc également de très nombreux détails sur la coopération entre la Géorgie et Israël, qui a commencé il y a 7 ans. Certains de ces détails ne sont pas inédits et cet aspect de ses révélations est moins impressionnant, quoique très utile dans le détail. Les précisions qu’il donne sur les raisons de l’échec de Saakachvili, notamment par des faiblesses US au niveau du renseignement et la pénétration des Géorgiens par des agents doubles russes, sont par contre très révélatrices. On a la confirmation que Saakachvili se croyait assuré d’un soutien total des USA, comme si la Géorgie était l’“Israël du Caucase”. (Détail amusant que rapporte Borchgrave, citant le Jerusalem Post, la réponse israélienne à l’ambassadeur géorgien demandant, après l’échec de l’attaque géorgienne, que Tel Aviv exerce des pressions sur Moscou : «…the Georgian was told “the address for that type of pressure is Washington.”»)

«That Russia assessed these Israeli training missions as U.S.-approved is a given. The United States was also handicapped by a shortage of spy-in-the-sky satellite capability, already overextended by the Iraq and Afghan wars. Neither U.S. nor Georgian intelligence knew Russian forces were ready with an immediate and massive response to the Georgian attack Moscow knew was coming. Russian double agents ostensibly working for Georgia most probably egged on the military fantasies of the impetuous Saakashvili's “surprise attack” plans.

»Saakashvili was convinced that by sending 2,000 of his soldiers to serve in Iraq (who were immediately flown home by the United States when Russia launched a massive counterattack into Georgia), he would be rewarded for his loyalty. He could not believe President Bush, a personal friend, would leave him in the lurch. Georgia, as Saakashvili saw his country's role, was the “Israel of the Caucasus.”»

Si les révélations de Borchgrave sont confirmées, ou si on leur accorde quelque crédit, comme c’est plus probable, la vision réaliste de la crise géorgienne prend une autre dimension. Elle propose une vision d’une affaire géorgienne inextricablement liée aux intrigues sans nombre des axes militaro-industriels USA-Israël, avec implication plus ou moins assurée dans un possible conflit avec l’Iran. La question de l’adhésion de la Géorgie à l’OTAN, et à l’UE pendant qu’on y est, prend une allure cocasse et grandguignolesque à force d’intrigues et de complications absolument incontrôlables. La rhétorique vertueuse de l’“Ouest” à l’égard de la Géorgie va être de plus en plus difficile à soutenir et la diplomatie européenne de plus en plus confrontée aux combines déstructurantes des groupes plus ou moins contrôlés aux USA et en Israël.

En attendant, l’usage des bases géorgiennes par Israël, si bases il y a effectivement, devient, avec la présence russe, complètement aléatoire. Peut-être, un jour pas si lointain, certains Européens ne seront pas mécontents qu’il y ait des troupes russes maintenues sur les bordures du territoire géorgien ; et la rhétorique russe anti-Saakachvili acquiert dans ce cas d’autant plus de poids. Certaines explications secrètes entre la Russie et Israël, – Israël ayant beaucoup d’intérêts à ne pas se brouiller avec la Russie, qui pourrait armer efficacement l’Iran et la Syrie, – ne doivent pas manquer de piquant.


Mis en ligne le 2 septembre 2008 à 09H38