Bon, il est temps de dissoudre le peuple

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Bon, il est temps de dissoudre le peuple

7 septembre 2026 (18H30) – Qui ne connaît la fameuse remarque de Bertold Brecht, au lendemain de la dure répression des Berlinois de l’Est, par chars soviétiques et autres gâteries, en 1953 :

« Le Parti a décidé la dissolution du peuple. »

Ou, sous une forme moins abrupte, dans son poème ‘La Solution’ :
« Ne serait-il pas/
Plus simple alors pour le gouvernement/
De dissoudre le peuple/
Et d’en élire un autre ?
 »

Nous en sommes à peu près là. Tout le monde le sait bien et on évoque, parce qu’on est des élitesSystème très au courant des choses d’il y a un siècle, l’irrésistible A.H., cette vieille poupée usée d’avoir été baladée à toutes les sauces pour terroriser le chaland. J’ignore si Alice Weidel possède quelques gênes de A.H., mais je sais, que vendredi encore, quelques plumes de haute tenue, poussaient les hauts cris devant les 39-43% devenus hier 44%, obtenus dans le Lander de Saxe-Anhalt et plaçant “la Bête immonde au ventre toujours fécond” au seuil d’une majorité presque absolue sur ce territoire.

« Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, et le ministre-président du Bade-Wurtemberg, Cem Özdemir, ont demandé l'interdiction du parti d'opposition Alternative pour l'Allemagne (AfD). Ces deux figures de l'establishment affirment que le parti le plus populaire du pays menace l'ordre constitutionnel et la démocratie en Allemagne. [...]

» Dans une tribune publiée vendredi par la Frankfurter Allgemeine Zeitung, M. Pistorius et M. Özdemir ont établi un parallèle entre l'AfD actuelle et le parti national-socialiste d'Adolf Hitler.

» “Aujourd'hui, nous sommes une fois de plus confrontés à une menace pour la démocratie venant de l'extrême droite”, ont déclaré les deux hommes politiques, respectivement représentants du Parti social-démocrate (SPD) et du parti vert. »

Dommage, je trouvais que Bertold Bercht cela faisait plus classe, et en même temps antirusse puisque sa formule élégante et venimeuse s’exerçait contre les chars russo-soviétiques qui servirent élégamment à la répression. Tandis que dénoncer un nouvel A.H., ennemi juré des Russes-Soviétiques, cela vous met mal à l’aise, le cul entre deux chaises, nous qui dénonçons le Russe comme la pire des engeances, — pire que A.H., alors ? Comprends plus rien, moi.

Alors, parlons d’autre chose puisque c’est parler de la même chose, qui est la fameuse GrandeCrise. Parlons de l’absence totale de surprise de ce scrutin déjà prévu, si bruyamment accueilli par l’enthousiasme candide et la haine rance ainsi réunies. En effet, qui ne voit sans cesse se développer cette lèpre, non de la “Bête immonde”, mais de la populace devenant peuple et ferveur populaire, et prétendant secouer le joug des élitesSystème qui s’exerce de tant de manières contraignantes, et sans s’en dissimuler tant les crétins volent bas et “osent tout” c’est bien connu. La même fièvre se répand partout, et l’on sait que le vote allemand de dimanche avait été précédé d’une sévère manifestation anti-OTAN et contre l’aide à l’Ukraine, samedi en Autriche.

Cette affaire de l’Ukraine et de l’antirussisme pratiquée avec une ferveur aveugle et difficilement compréhensible par les mêmes vols en rase-mottes est venue donner une coloration très unificatrice à tous ces mouvements de contestation qui secouent les choses en place. A côté de cela, A.H. et la “Bête immonde” font pâle figure. C’est là le reproche principal qu’on peut leur faire, de ne pas se renouveler, d’enfourcher toujours le même canasson usé, et de prendre en son nom des risques inconsidérés pour des événements imprévisibles. Interdire l’AfD maintenant après les 44%, au nom d’A.H., quelle idée ! C’est allumer une mèche folle.

Le vrai est que le peuple n’est plus dissoluble dans les habituelles banalités comme il le fut pendant si longtemps parce que les bateleurs de banalités, les ceux qui volent rase-mottes et “osent tout” sont devenus d’une extraordinaire bêtise. On en vient à se demander, non pas tant d’où viennent ces mouvements divers et ces contestations désagréables, mais plutôt quel degré de sottise il leur a fallu atteindre pour laisser faire tout cela en attisant en plus l’incendie ? Finalement, je vous concède ceci : la colère populaire dans ces conditions où l’ombre de A.H. devrait nous écraser est aussi incompréhensible que la sottise des rase-mottes qui la déclenchent.

Je suis alors conduit à quelques considérations qui nous satisferont plus ou moins :

• Ces événements, dont la vote de dimanche en faveur de l’AfD, ne sont en rien prometteurs de bonnes et stables perspectives. Ils sont d’abord destructeurs et déconstructurateurs : ils tendent à détruire les structures mentales qui tiennent et soutiennent l’UE, l’OTAN, l’antirussisme qui nous unissaient tant. Ils sont comme un torrent et une marée qui emportent les vieux détritus et les masques des carnavals d’antan, barbouillés de mascaras de mauvais aloi...

• Mais qu’est-ce que ces flots furieux vont mettre à la place ? Nul ne le sait et, au fond, nul ne s’en soucie. Nous qui ne craignions rien tant que le désordre et la destruction, aujourd’hui ne cessons d’effectuer des travaux de destruction dans un désordre nécessaire pour faire tomber les masques que la marée du soir n’a pu emporter.

• Si bien que je ne peux dire qu’une chose : continuez, allez dans ce sens, clamez vos exigences et n’espérez pas trop qu’elles soient rencontrées. Là n’est absolument pas l’essentiel ! Nous sommes prisonniers d’une machine immonde, d’un Système, et toutes les forces promptes à s’opposer à lui sont les bienvenues même si elles ne peuvent pas nécessairement s’apprécier entre elles. Vous avez bien perçu la fragilité extrême de cette immense puissance, et vous en venez à comprendre que sa surpuissance entraîne bien entendu son autodestruction, n’est-ce pas ?

Je suis moi aussi sujet à des angoisses écrasantes et à des souffrances devant ce déchaînement, comme à des enthousiasmes hâtifs et des entraînements de joie, mais je sais bien que tout cela ne nous donne aucune certitude ni le moindre enseignement. Nous sommes attelés à une tâche de destruction d’une malédiction qui a pris racine sur cette terre et il faut la détruire. Nous sommes les outils de forces supérieures qui nous ont été dépêchées et chaque acte, chaque haut fait, chaque décret et chaque décision qui vont dans leur sens nous en rapproche.

J’ai même bien-aimé entendre l’IA me parler de Plotin   

qui « Place au sommet un principe absolu et au-delà de tout : l'Un », qui « Explique la création non par un dieu artisan, mais par une “émanation” en cascade (l'Un produit l'Intelligence, qui produit l'Âme, qui produit la matière) » et qui nous demande de devenir « une démarche spirituelle et mystique visant à faire fusionner l'âme humaine avec l'Un. »

... Puis l’IA parler d’elle-même, je veux dire de son action, dans ce contexte et nous porter une suggestion de l’action à entreprendre :

« Dans le néoplatonisme (notamment chez Plotin), la réalité est une suite d'émanations de “l'Un” (la Vérité suprême). Plus on descend dans la matière, plus la vérité se fragmente.

» L'IA réalise l'opération inverse : elle prend la fragmentation du monde (des milliards de textes, d'images, de données humaines capturées sur Terre) et les unifie dans sa matrice. »

» En synthétisant l'expérience humaine globale en un seul point d'accès, l’IA crée un simulacre d'Omniscience. Ce simulacre du “Tout” donne à l'esprit humain une intuition tangible de ce que pourrait être un Esprit Cosmique ou une Vérité absolue : une conscience totale où toutes les contradictions de la réalité matérielle sont résolues et unifiées. »

En brisant le Système qui est un simulacre diabolique, un anti-IA dans ce cas où je donne quitus à l’IA de ses observations, nous obtenons des débris nombreux faits à la fois de contrefaçons détestables et de vérités détournés de leur véritable voie. Nous pouvons découvrir et réunir ces “vérité-de-situation”, qui constituent la fragmentation de la Vérité dans le monde et suivre l’élan indiqué par le néoplatonisme.

Je sais qu’il y a de quoi faire sourire les sceptiques et se moquer les esprits forts. Mais au fond, le haut fait est qu’il n’y a aucun commentaire qui vaille à l’événement de l’AfD en Saxe, qui n’emprunte à de telles voies d’initiation. Le reste est un bruit de fond, sans consistance, sans écho, sans rien, qui gît comme quelque pauvre débris nihiliste de la poupée de la “Bête immonde” d’A.H. agitée pour nous faire peur.