Bloc-BAOstan à guichets fermés

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Bloc-BAOstan à guichets fermés

5 décembre 2021 – Je pense que Pépé Escobar va finir par risquer le pire à force d’en rire ; et Lavrov va bien, un jour ou l’autre, éclater de rire au bout de son exaspération.... Car se pose ce bien grave problème : comment voulez-vous continuer (1) à commenter et (2) à négocier, avec cette extraordinaire bande de Pieds-Nickelés zombifiés qui nous sert de direction stratégique/géopolitique/métahistorique ? Escobar a décidé de nommer l’OTAN “NATOstan”, Lavrov de nous donner une copie de tous les e-mails échangés avec les Français et les Allemands à propos de l’accord de Minsk, pour que tout le monde puisse en rire en considérant leur actuelle position par rapport à ce qu’ils promirent.

Vous l’avez deviné, on vous parle d’Ukraine à nouveau, où se concentrent tous les feux actuels du zèle guerrier du bloc-BAO (selon Escobar, l’on pourrait dire : ‘BAOstan’) ; alors pourtant qu’on vous annonce depuis des années que tout se passe du côté de de la Chine, de l’Asie et du Pacifique ; mais bah... Il ne faut pas trop s’inquiéter d’un point de vue géopolitique, sinon pour considérer, pour la chronique  et pour l’instruction autant que pour le point de vue de “l’idiot de la géopolitique” (comme on dit “l’idiot du village”), l’étrange évolution de nos singuliers temps-devenus-fous.

Là, au contraire, du point de vue de la stratégie psychopolitique, le sujet devient grandiose s’il s’agit de comprendre et de définir la politique étrangère des USA principalement, mais suivie avec un zèle considérable par le “bloc-BAOstan”...

Alors, Escobar commence de cette façon, pour vous décrire l’ambiance, le climat à Washington, et les considérables agitations psychologiques qui les agitent tous, avec les besoins qui vont avec, quasiment comme la prise d’un produit dont on est fortement dépendant, ou bien certes de ce qu’on nomme “un besoin pressant” :

« L’hystérie américaine concernant l'invasion “imminente” de l'Ukraine par la Russie a fait exploser tous les détecteurs de connerie-géopolitique disponibles à ce jour : ce n’est pas un mince exploit !

» Quel gâchis. Des fractions du DeepState sont en révolte ouverte contre le dément sénile qui dirige la manœuvre de l’écrasement contrôlé, celui qui se fait passer pour le POTUS. L’axe neocon-R2P a un besoin absolument pressant d’une guerre, mais il ne sait pas comment la vendre à une opinion publique extrêmement divisée... »

Comment, dans ces conditions, parvenir à conduire une enquête sérieuse sur les raisons qui poussent ces factions du pouvoir US à hurler à l’incitation à la guerre, puisqu’il n’y a aucune raison sérieuse, que ces gens (les bellicistes) agissent littéralement pour “faire leurs besoins“, qu’ils sont plus ou moins suivis par les autres  des élites washingtoniennes sans trop chercher à comprendre (“Pourquoi ? ‘Just Because’ ?”).

Il faut tout de même bien s’essayer au commentaire, puisque commentateur il y a. On va voir que tous, puisque nous allons en citer plusieurs, tournent autour du même pot où s’agite un désordre de corruptions incroyables et un chaos de sottises invraisemblables (je veux dire : “D.C.-l’hyperfolle”).

Ainsi, le Saker-US écrivait-il, le 29 octobre 2021, puisqu’on parlait déjà de guerre en Ukraine, c’est-à-dire d’une “invasion” russe (on en parle, – pour cette seule séquence qui n’est pas première, – depuis avril de cette année) :

« La première chose que nous remarquons est que trois des principaux acteurs (USA, UK, EU) veulent forcer la Russie à intervenir.  Pourquoi ? Parce que, comme je l'ai déjà écrit un million de fois, le but n’est pas de vaincre la Russie militairement, le but est de vaincre la Russie politiquement.  Toute intervention russe sera utilisée par les Anglosaxons pour “prouver” que “l’OTAN est vitale pour la sécurité européenne”, et pour le gang 3B+P+U [Pays Baltes, Pologne, Ukraine] pour prouver son utilité à leurs maîtres anglosaxons...

» Quant au régime nazi de Kiev, son principal objectif est de survivre, de rejeter la responsabilité de la destruction de l'Ukraine sur la Russie et de se débarrasser des territoires déloyaux.  Le fait que ces territoires de l'est de l'Ukraine soient libérés et/ou reconnus par la Russie permettrait aux Ukronazis de déclarer un état d'urgence éternel, de détruire le peu qui reste de l'opposition en les traitant de "traîtres/collaborateurs" et de mettre tout problème interne sur le dos de la Russie. »

Dans son article du 8 novembre 2021 (traduction du Sakerfrancophone), Alastair Crooke reprend l’idée du Saker-US pour l’Ukraine, et il la présente également pour Taïwan et la Chine, et pour Israël et l’Iran. Dans tous ces cas, il s’agit pour les USA de pousser ou de laisser aller une guerre dans laquelle se trouve un de leurs “alliés”, dont l’administration Biden pourra dire qu’elle en est l’inspiratrice principale et éclairée,  politique et morale, au nom du “camp du Bien”, ce qui représente dans leur narrative une victoire même si c’est une défaite.

 « Ainsi, il semblerait que la “finalité” américaine soit de ne laisser à une Russie réticente aucun autre choix que celui d’intervenir. L’objectif ici n’est clairement pas de vaincre la Russie militairement, mais de vaincre la Russie politiquement (comme l’a noté le commentateur spécialiste de la Russie, le Saker). Il fait également remarquer à juste titre que Moscou comprend bien que les États-Unis et les dirigeants de l’UE lui tendent un piège. Néanmoins, la Russie n’aurait pas la possibilité de rester à l’écart, si des familles russes étaient massacrés dans le Donbass. (Il est possible que les forces du Donbass puissent s’en sortir seules, mais les pressions intérieures exercées sur le président Poutine pour qu’il intervienne seraient énormes). [...]

» En Ukraine, le fait de provoquer une intervention militaire russe, même limitée, dans l’est du pays serait salué comme un succès politique. Peu importe les dégâts, les morts ; l’Europe tomberait sous le contrôle total de Washington, et l’OTAN retrouverait sa raison d’être. Mais l’Europe et l’Amérique seraient plus faibles – et encore plus de clients traditionnels de l’Amérique s’affirmeront, en diversifiant leurs relations et en projetant leur pouvoir par le biais d’alliances plus larges. Et plus ils regarderont vers l’est, plus ils s’engageront profondément avec la Chine. [...]

» Des narrative de ‘success stories’ sont nécessaires après la débâcle de Kaboul, et cette administration est très pressée de donner à Biden un semblant de succès en matière de politique étrangère. Pourtant, le poids combiné de ces “succès” fabriqués, vides, sans substance ni cohérence stratégique va, à un moment donné, mal tourner, d’une manière qui dépasse ce que ce système américain dysfonctionnel peut supporter. »

Finalement, Pépé Escobar n’apporte rien de bien nouveau pour expliquer cet épisode sans fin des “folies ukrainiennes”. Mais que voudriez-vous qu’il apportât ? Moi-même, je serai bien incapable d’y voir plus clair et d’en rapporter de plus belles, dans cette aventure habitée par le néant, “racontée par un crétin (ou un idiot) et qui ne signifie rien”.

Voici donc l’explication de Pépé de la crise ukrainienne et de ses multiples tentations de “Troisième Guerre mondiale” ; sans grand espoir de nous et de vous surprendre ces explications, nous tous qui savons bien le vide extraordinaire qu’est devenue cette civilisation qui ne cesse de se glorifier, de se croire si belle, si morale et si humaine, si bonne porteuse de toutes les “valeurs” du “camp du Bien” qui importent... C’est dire si, parfois, à sans cesse se répéter dans les mêmes errements (l’“invasion russea lieu incessamment-sous-peu depuis 2014), ce monde de la modernité tardive et du parfait contentement de ses triomphantes technologies devient paresseux, lent, incroyablement maladroit, perdu et perclus de toutes ses rêvasseries et narrative.

« UK-US, qui contrôlent de facto le réseau d’écoute ‘Five Eyes’, n'excellent que dans la propagande. Au bout du compte, c'est donc à l’axe de renseignement CIA-MI6 et à son vaste réseau de chihuahuas médiatiques qu’il incombe d’accélérer le processus de peur et de dégoût à l'infini.

» Les russophobes du Think Tankland américain apprécieraient beaucoup une “invasion” russe, à l'improviste, et se ficheraient éperdument de l'inévitable défaite de l’Ukraine. Le problème est que la Maison Blanche, – et le Pentagone – doivent “intervenir”, avec force, sinon cela représentera une perte catastrophique de “crédibilité” pour l'Empire.

» Alors que veulent ces gens ? Ils veulent provoquer Moscou par tous les moyens disponibles pour exercer “l’agression russe”, ce qui entraînera une guerre éclair qui sera une autoroute vers l'enfer pour l'Ukraine, mais sans aucune victime pour l'OTAN et le Pentagone.

» L’Empire du Chaos accusera alors la Russie, déclenchera un tsunami de nouvelles sanctions, notamment financières, et tentera de couper tous les liens économiques entre la Russie et l'OTAN.

» Cette mascarade est arrivée à un point qui, sur le plan diplomatique, est sans précédent. Le ministre des Affaires étrangères Sergei Lavrov a perdu sa patience et son impassibilité taoïstes. »

En effet, excédé par les pleutreries et les filouteries des Français et des Allemands, à qui la Russie représentait qu’il faudrait que l’Ukraine-Kiev acceptât de parler au Donbass indépendant conformément à l’accord de Minsk, et qui déclarèrent « inacceptable » cette condition pourtant actée par les plus hautes autorités des pays-signataires, a publié les 28 pages d’échanges de courriels mettant au grand jour les positions absolument et considérablement incompréhensibles des deux pays. En commentaire, et peu enclin à mâcher ses mots, Lavrov a expliqué avec une fureur à peine contenue, s’adressant à ses deux “partenaires” européens, pour expliquer la publication de ces courriels pourtant authentiquement “secrets” :

« Je suis sûr que vous comprenez la nécessité de cette démarche non conventionnelle, car il s'agit de transmettre à la communauté mondiale la vérité sur qui remplit, et comment, les obligations de droit international qui ont été convenues au plus haut niveau. »

D’où le refus des Russes de perdre leur temps en négociations vides de sens avec les Franco-Allemands pour espérer que le problème ukrainiens se règlera directement entre les USA et eux. Mais avec quel espoir de succès puisque les gangsters américanistes ont l’attitude que l’on leur voit actuellement, alors qu’ils s’escriment aux joies des découvertes des nouveaux variants qui ne cessent d’affluer du wokenisme et de la ‘Critical Race Theory’ ? Quoi qu’il en soit, il a été décidé que ‘White Ol’Joe’ parlera en virtuel avec Poutine après-demain, dans l’après-midi, disons à l’heure du thé...

Scott Ritter, qui fait une analyse des conditions de la “crise”, des circonstances qui y ont mené, etc., termine par le constat de la folie et du simulacre du déterminisme-narrativiste caractérisant la position du bloc-BAOstan, avec l’extraordinaire furtivité de l’inexistence de ces événements inventés de toutes pièces ; et pourtant, pourtant, dans cette ambiance de folie, Ritter fait le constat de la paradoxale vérité-de-situation de cette pseudo-“crise” pour les pauvres Russes transformés en infirmiers d’hôpital psychiatrique :

« Un jour, les étudiants en relations internationales se gratteront la tête en se demandant ce qui, le cas échéant, a traversé l'esprit des responsables de la crise actuelle. Dans n’importe quelle autre circonstance, ce genre de narrative donnerait matière à une comédie noire. Cependant, les peurs irrationnelles et les réactions instinctives qui en découlent ne sont que trop réelles et, en tant que telles, représentent une situation que la Russie ne peut tout simplement pas ignorer. »

... Tout est inverti, dans cette époque : là où il n’y a qu’une fausse crise, là se trouve la crise.