Bernanke-le-fataliste va-t-il protester contre Wall Street ?

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Ben Bernanke, le flegmatique président de la Federal Reserve, les comprend, en un mot ; “Je ne peux pas les blâmer”, dit-il à propos des protestataires de Occupy Wall Street, – ce qui marque la première déclaration d’un officiel non engagé en faveur des protestataires et occupant un poste de direction fondamental dans les affaires économiques et financières, émettant un avis presque favorable sur le mouvement. Cette déclaration ressemblerait presque à une légitimation de OWS. Il nous semble bien que Bernanke, s’il est flegmatique de nature, est aussi fataliste en l’occurrence...

Quelques aperçus de la scène, lors d’une séance de la commission financière du Sénat, mardi après-midi, sur RAW Story le 4 octobre 2011.

«Senator Bernie Sanders (I-VT) and others questioned Federal Reserve Chairman Ben Bernanke on Tuesday about the ongoing “Occupy Wall Street” protest in lower Manhattan.

»“Chairman, as you know, there are people demonstrating against Wall Street in New York City and other cities around the country, and I think the perception on the part of these demonstrators and millions of other Americans is that as a result of the greed, the recklessness and the illegal behavior on Wall Street, we were plunged into the horrendous recession that we’re in right now,” Sanders said at a Joint Economic Committee hearing on the economic outlook. “Do you agree with that assessment?” he asked Bernanke. “Did Wall Street’s greed and recklessness cause this recession, that lead to so many people losing their jobs?” Bernanke responded that excessive risk taking on Wall Street and the failure of financial regulators “had a lot to do” with the recession.

»“You see protests both on the right and the left,” said another member of the Joint Economic Committee, Rep. Michael Burgess (R-TX). “The protests you see right now getting the headlines are on the left in New York. What is the protest saying to you? What are you hearing from that activity in New York right now?”

»“Well, I would say very generally I think people are quite unhappy with the state of the economy and what’s happening,” Bernanke said. “They blame, with some justification, the problems in the financial sector for getting us into this mess, and they’re dissatisfied with the policy response here in Washington.” “And at some level, I can’t blame them,” he added. “Certainly 9 percent unemployment and very slow growth is not a very good situation.”»

Ben Bernanke est l’homme qui mena la charge, au printemps 2009, pour annoncer la “reprise” après la catastrophe de l’automne 2008. Dès mars 2009, il se mit au travail, dans le domaine essentiel de la communication, pour développer la narrative de la reprise. Ce fut notamment l’image météorologique et champêtre des “jeunes pousses” du printemps, qui eut son heure de gloire et fit effectivement le fond de commerce de tous les éditoriaux et analyses de la presse-Système durant la période. L’épisode nous convainquit que Bernanke jouait un rôle clef dans la campagne de communication pour tenter d’enterrer la crise et toutes les vérités qui l’accompagnaient.

Depuis, Bernanke s’est trouvé face à deux événements. Le premier est celui de la vérité générale de la situation, savoir que la crise n’était pas finie, qu’elle n’est pas finie, qu’elle se poursuit et s’aggrave parce que l’épisode de l’automne 2008 n’est pas un accident conjoncturel mais, justement, un épisode de quelque chose d’infiniment plus grave. Le second est la mise à découvert, grâce à l’activisme du Représentant du Texas Ron Paul, d’une partie non négligeable des activités cachées de la Federal Reserve durant l’épisode de l’automne 2008. Comme on l’a lu hier, rappelée par la plume de Doug Wead, l’action de Ron Paul a permis de mettre en évidence une partie importante de la véritable activité de la Fed, et de son président :

«Congressman Ron Paul has been railing about the unfairness of the Federal Reserve and the fact that it creates additional money, in secret, unaudited by anyone. So thanks to Ron Paul, this past year, we were finally given a partial audit of the Federal Reserve. This applied to their activity in 2008. Here is what we learned. We learned that the Federal Reserved loaned out $16 trillion. That’s in one year. Keep in mind that the entire accumulated national debt is just over $14 trillion. Remember Glenn Beck’s towering charts in his television studio?

»And to whom did this money go? Well, banks – including banks that were owned by the members of the Federal Reserve board…»

Ces divers événements ont considérablement assombri l’humeur de Bernanke. Depuis quelques semaines, le président de la Federal Reserve répète un message désormais pessimiste, bien loin des “jeunes pousses” du printemps 2009. Il déclare et même déclame que la reprise est quasiment inexistante, que la situation économique et de l’emploi est particulièrement préoccupante. C’est en soi une innovation, d’entendre le président de la Fed axer son “message” de communication, notamment et d’une façon répétée sur la situation de l’emploi. Les déclarations qu’il a faites mardi devant les sénateurs, qui sont reprises ci-dessus, vont évidemment dans ce sens. On s’exclamera sans doute qu’il pourrait difficilement faire autrement que de partager la préoccupation générale, devant la vérité de la situation. Ce n’est pas si évident dans ce milieu des dirigeants-Système, qui n’est fait que de diverses narratives qui s’affrontent. Dans ce contexte, les quelques mots lâchés par Bernanke, observant à propos d’une question spécifique sur le mouvement Occupy Wall Street qu’il ne peut pas blâmer ceux qui réagissent ainsi parce que, effectivement, les banques sont pour beaucoup dans cette situation catastrophique, ainsi que les réactions des pouvoirs politiques également impliqués par lui, représentent sans aucun doute une position nouvelle et remarquable, un événement de communication qui n’est pas courant et tendrait presque à donner une sorte de légitimité au mouvement en cours. («They blame, with some justification, the problems in the financial sector for getting us into this mess, and they’re dissatisfied with the policy response here in Washington. And at some level, I can’t blame them..»)

Il y a là une position nouvelle d’un haut dirigeant de la puissance financière US, une position qui reflète aussi bien la gravité de la situation, que le découragement de ceux qui s’emploient à défendre le Système et n’obtiennent que de piètres résultats, jusqu’à l’éventuel constat de l’impossibilité de remédier à cette situation malgré des efforts et des machinations extraordinaires et gigantesques (les centaines et milliers de $milliards imprimés en un flot gigantesque de monnaie de singe). On peut observer qu’il peut s’agir aussi bien d’une position tactique de Bernanke, cherchant à dégager sa responsabilité (il donne une sorte d’approbation aux activistes d’OWS, aux dépens de Wall Street et de la direction politique de Washington), que d’une attitude psychologique fondamentale. Il y a sans doute, effectivement, un épuisement psychologique dans son cas, et un aspect fataliste par conséquent dans ses déclarations ; comme si Bernanke actait inconsciemment de l’impossibilité de redresser un système qui est si évidemment passé de la dynamique de la surpuissance à la dynamique de l’autodestruction. Dans ce cas, Bernanke serait parfaitement le représentant d’une évolution qui est en cours, parmi les dirigeants du Système, où l’impuissance des réactions formidables de sauvegarde de ce Système laisse place à la reconnaissance de l’inutilité de ces efforts. Bernanke semblait devant la commission du Sénat comme un homme fataliste qui parlerait comme s’il passait la main… “Passer la main” à qui ? Il n’en sait rien, bien sûr, et puisqu’Occupy Wall Steet est pour l’instant en pleine action, pourquoi pas “passer la main” à Occupy Wall Street ? D’un certain point de vue, n’est-ce pas, on ne peut pas les blâmer pour ce qu’ils font… Quelque part au fond de lui, Bernanke doit même ressentir un sentiment de solidarité, et serait-il prêt lui-même à rejoindre OWS pour protester contre Wall Street noyé dans les milliers de $milliards de monnaie de singe et incapable de donner quelque substance à sa narrative du printemps 2009.


Mis en ligne le 6 octobre 2011 à 05H46

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