Au G20, BHO a la tête ailleurs

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Au G20, BHO a la tête ailleurs

Il y a deux jours, le Guardian annonçait l’arrivée au G20 d’un Obama renforcé, pas encore triomphant mais avec lui (BHO) on n’en est jamais si loin dans sa façon de déployer sa rhétorique du “Yes, we can”. C’était dans l’édition du 4 septembre 2013, où BHO semblait bien armé pour la bataille qui l’attendait contre un Poutine toujours discrédité d’avance, selon la technique anglo-saxonne standard :

«But Obama arrives at the summit with his hand strengthened by the growing impression that he will win the support of Congress next week to take military action. In signs that the political tide was slowly turning Obama's way in Washington, US senators on an important committee yesterday agreed on a draft resolution backing the use of US military force in Syria. The Senate foreign relations committee passed an amended resolution to authorise military action. It authorises strikes against the Syrian regime within a 60-day window, extendable to 90 days, as requested by the White House.»

L'auteur Dan Roberts (avec Patrick Wintour), écrivant de Washington, aurait pu lire l’entame de l’analyse correspondante de McClatchy, publiée deux heures après son propre article, le 4 septembre 2013 également :

«Even as Congress took a step Wednesday toward authorizing the use of force in Syria, a growing number of lawmakers spoke out strongly against a U.S. military strik and warned that it would draw the United States into an escalating conflict that could spread throughout the Middle East. [...] But the Senate committee’s 10-7 vote indicated deep divisions within Congress that President Barack Obama still must overcome in his quest to demonstrate to Syria, Iran and other nations that the use of chemical or nuclear arms is unacceptable.»

Dans un commentaire incendiaire de The Independent, le 5 septembre 2013, l’ancien commentateur politique du Spectator passé à The Independent Bruce Anderson, constatant que «History is already against us» (“nous“, le bloc BAO, le Système enfin), trace un portrait terrible de ce président-là, vide de toute conviction, n’ayant comme stratégie que ses slogans et sa “couleur” de premier président Africain-Américain. Lui, BHO qui semblait au-dessus de tout cela, le président qui-marche-sur-l’eau littéralement, s’inscrit soudain dans l’image terrifiante d’un naufrage dans le vide également terrifiant que crée l’activisme autodestructeur du Système ; ce président, dans sa modernité indicible, se révélant dans le cours du développement de cette phase critique de la crise d’effondrement du Système comme un vide conceptuel réduit “à ses slogans et à sa ‘couleur’”, comme “la créature” d'une machine et rien d'autre...

Anderson : «Barack Obama is the creature of a Chicago machine, the political descendants of Al Capone. Ruthless election-winners, they needed a respectable front. Mr Obama was perfect. Although he had never said or done anything to suggest that he was presidential timber, his name and his colour were enough. Such critical faculties as the liberal bien-pensantry possessed were instantly suspended. The Nobel Prize committee members made idiots of themselves. But the height of absurdity was attained with the claim that he was a great orator. In reality, his speeches consist of indifferent rhetoric delivered in a flat voice. George W Bush was a far better speaker.

»The Obama people had one triumph. America is a can-do country or it is nothing, so “Yes we can” was the best presidential slogan since “I like Ike”. There is only one problem: can we what? “Yes we can” has turned into “no we haven’t”. Even those of us who never expected much from Mr Obama assumed he might improve in office; he does have a brain. But there were a number of related problems. His political instincts were far to the left of electability, partly because he does not like his country (though he dislikes it less than his wife does). So he never had a moral compass, or a political one, except the aching desire to be re-elected. He was. Since then, the haemorrhage of authority has broken all records, and there are more than three years to go: not a comforting thought. Barack Obama makes Jimmy Carter look like Theodore Roosevelt...»

Opérationnellement, dirait-on, Dan Roberts a dû en rabattre, et nous fournir des indications précieuses puisqu’il est bon journaliste même s’il est journaliste tangentiellement orienté. Ainsi nous décrit-il, ce 5 septembre 2013, un Obama en route vers le G20 occupé à frénétiquement passer des appels à des parlementaires de Washington peu intéressés par son projet d’attaque en Syrie. Spectacle surréaliste : en route vers le sommet où il met sa puissance et sa réputation en jeu dans l’arêne internationale, il est dans l’arrière-cuisine du lobbying le plus crasseux du Washington-courant. Obama en mode “panique”, lui qui pensait que sa puissance proverbiale, exprimée le 31 août dans son discours, suffirait à mettre en ligne, selon la “ligne du Parti”, ce Congrès qu'il a appris un peu trop vite à mépriser tout en ne parvenant jamais à le maîtriser ...

«Barack Obama began personally calling wavering US lawmakers during his trip to Russia on Thursday as his pursuit of congressional authorisation for military action against Syria threatened to drag on well into next week. The majority of Congress remains undecided, according to various unofficial “whip counts” collated in Washington, and the president has cancelled a trip to California planned for next week to “to work on the Syrian resolution before Congress”, according to a White House official.

»Obama is also expected to make a direct to appeal to the American people in a televised address from the oval office when he returns from the G20 summit in Russia. Although the White House received a boost on Wednesday when an influential Senate committee narrowly voted in favour of military action, the introduction of clauses calling for regime change by hawkish Republicans has complicated efforts to secure support among more liberal Democrats.»

Dan Roberts nous la fait encore à l’arnaque, malgré tout. Il sait bien que le constat «The majority of Congress remains undecided, according to various unofficial “whip counts” collated in Washington...» est terriblement sollicité. Au contraire, ce qui affole l’équipe du président et Sa Majesté elle-même, c’est qu’ils sont de moins en moins “undecided”, les parlementaires. Hier soir, ce 5 septembre 2013, Russia Today reprenait l’information qui courait déjà partout sur tweeter et dans quelques articles selon laquelle 199 députés avaient décidé de voter “non” ou étaient “sur le point de décider de voter ‘non’”, contre 49 dans l’autre sens. Un peu plus tard (toujours le 5 septembre 2013), un décompte de ABC.News donnait 217 députés dans le camp du “non/presque non” (la majorité à la Chambre est de 217 voix...) ... Certes, il reste du temps, et Sa Majesté s’avise qu’il faut faire d’extrême urgence son travail de lobbying, d’où la conviction rattrapée de justesse de la presse-Système travaillée selon les consignes, et ce “yet” (“[pas] encore”) d’une discrétion tonitruante dans le titre d’ABC.News, merveilleusement téléphoné lui aussi : «Why Obama Doesn’t Have Congressional Support on Syria – Yet.» Sa Majesté aurait dû écouter notre conseil, après tout, le 2 septembre 2013 :

«Au reste, l’idée de donner jusqu’au 9 septembre pour lancer le débat du Congrès, ce qui supposerait une intense campagne de lobbying d’ici là avec le président au charbon appelant le maximum d’élus à partir de son bureau ovale, alors que justement le président quitte Washington pour éventuellement se faire sermonner par Poutine au G20 de Saint-Petersbourg, cette idée-là finalement ne semble guère en être une, mais plutôt une nonchalance coupable et peut-être bien maladroite. (Diable ! Si l’affaire est si sérieuse, pourquoi BHO n’a-t-il pas annoncé dans la foulée, samedi 31 août, qu’il n’allait pas au G20, – bonne occasion de sur-punir Poutine à la fois pour l’affaire Snowden et l’attitude russe vis-à-vis de la Syrie, – pour rester à Washington et presser les parlementaires de regagner vite fait la ligne-Système? A moins qu’il s’en fiche, BHO, et qu’il s’arrangerait bien de se voir privé de son show anti-Assad? Ainsi cette affaire ne cesse-t-elle, à chaque avancée du constat et du raisonnement, de faire resurgir tous les soupçons.)»

Il faut mesurer l’enjeu ... L'enjeu terrible qui se dessine derrière cette épuisante situation où les intentions de vote négatif se multiplient de toutes parts, et qu’il faut tenter d’endiguer, comme dans un bateau où les voies d’eau se multiplient, où il faut courir de l’une à l’autre, dans un effort qui semble de plus en plus vain ... Bien, la possibilité d’un Congrès qui dirait “non”, dans tous les cas à la Chambre (même au Sénat, la situation est difficile), ne se réduit pas à cette hypothèse déjà terrible du seul vote négatif. Si le Congrès dit “non”, que va faire BHO ? S’incliner ? On l’aurait dit sans doute samedi dernier, mais aujourd’hui, alors que les tensions exacerbées l’enferment dans une position d’arrogance et de défi, du haut de sa fonction présidentielle soi-disant toute-puissante, bloqué contre le mur de ses affirmations et de ses actes autoritaires et illégaux qui ne souffrent aucun de cette sorte de compromis qui lui ferait perdre sa “crédibilité” (bref, la face) ? Poussé à une telle extrémité, un tel caractère ne tend pas à capituler, mais à poursuivre jusqu’au bout la surenchère arrogante. Cela signifie que le président pourrait très bien passer outre un “non” hypothétique du Congrès et annoncer qu’il va continuer à préparer l’attaque (plutôt que la déclencher aussitôt, car le côté de son caractère sinueux demeure, même pour accomplir des actes extrêmes dictés par son arrogance aveugle). Dans ce cas, la réaction du Congrès se développera à partir de cette furieuse réaction exprimée par Rand Paul lors des auditions de la commission des affaires étrangères du Sénat, devant un Kerry qui lui annonçait que le président restait libre d’attaquer si le Congrès disait “non”, – cette réaction qui est de dire “mais vous croyez que vous allez pouvoir jouer avec nous comme avec une chambre d'enregistrement accessoire !” :

«It’s explicit and runs throughout all of Madison’s writings. This power is a congressional power and is not an executive power. … If we do not say that the Constitution applies, if we do not say explicitly that we will abide by this vote, you’re making a joke of us. You’re making us into theater. And so we play Constitutional theater for the president.»

Voilà l’état d’esprit des parlementaires ... Si la crise évolue en “scénario du pire”, occurrence courante ces derniers temps, si le Congrès dit “non” et que le président réplique “je suis tout de même libre d’attaquer”, – alors, c’est la crise constitutionnelle à tous les coups. Hier (voir World Net Daily le 5 septembre 2013), un quatorzième parlementaire, Duncan Hunter de Californie, a évoqué la possibilité du lancement d’une procédure de destitution dans le cas évoqué. Et cette fois, dans ce climat absolument dramatisé, avec la tension formidable qui règne, on peut en être assuré, – la menace n’est nullement de pure forme. Alors, c’est la crise au cœur de Washington, du Système, un Watergate à la puissance mille, dans des conditions générales et mondiales apocalyptiques, – le pouvoir paralysé, ce qui n’est pas nouveau, mais dans des conditions d’antagonisme intérieur et d’urgence extérieure, qui ouvrent la porte aux possibilités exceptionnelles de paralysie institutionnelle explosive, de désordre politique et civil, à des situations mettant en péril l’équilibre même des USA. C’est le Système qui est en jeu.

La formule “‘chaos contrôlé’-devenant-incontrôlable”, chez nous, au sein du bloc BAO et du Système, avant d’affecter la Syrie, cette formule ne cesse de prendre du corps.


Mis en ligne le 6 septembre 2013 à 08H59