Trump & la Russie, enjeu eschatologique

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Trump & la Russie, enjeu eschatologique 

09 janvier 2017 – Il y a une série de trois tweets diffusés par Trump avant-hier. Il y en a trois parce que le résumé extrêmement comprimé de l’idée qu’il veut faire passer nécessite tout de même plusieurs fois les 140 signes fatidiques ; signe indiscutable dans ces temps d’hyper-compression de l’information de l’importance du problème que constitue la relations des USA-de-Trump avec la Russie, importance qui vaut à la fois pour les situations extérieures et intérieures des USA, importance qui résume à elle seule la crise US autant que la crise du Système (les deux s’équivalent). Nous ne sommes pas loin de penser, et nous le pensons catégoriquement dans tous les cas dans les conditions présentes et les perspectives qu’on peut en dégager, que les relations des USA-de-Trump avec la Russie constituent l’enjeu central, non seulement de sa présidence mais finalement de la crise US elle-même.... Lorsque nous disons la Russie bien entendu, nous voulons désigner ce qu’elle provoque à Washington D.C. selon des démarches absolument irrationnelles, complètement inverties, faussaires, hystériques et paroxystiques, etc., c’est-à-dire ce que nous désignons comme “antirussisme” selon la définition que nous en avons donnée et qui dépasse très largement les seuls aspects politique, géopolitique, économique, etc., pour s’installer dans les grands domaines fondamentaux du symbolique et du métahistorique.

Les trois tweets successifs de Trump ont été bien entendu très largement répandus, essentiellement dans la presse antiSystème qui en fait grand cas, la presse-Système n’étant là que pour le dénigrement et le mensonge compris sous la forme diffamatoire extrême à laquelle les contraignent le Système et son déterminisme-narrativiste. On les trouve par exemple dans ZeroHedge.com, qui les rapporte en montrant combien ils s’opposent au courant général dans l’establishment washingtonien, et notamment dans les positions désormais très-officielles des services de renseignement ; on les trouve par exemple dans TheDuran.com, avec une rapide réflexion sur les suites possibles de cette main-tweeteuse tendue à la Russie... Voici l’objet du délit en trois chapitres :

« Having a good relationship with Russia is a good thing, not a bad thing. Only “stupid” people, or fools, would think that it is bad! We... »

«  have enough problems around the world without yet another one. When I am President, Russia will respect us far more than they do now and... »

« both countries will, perhaps, work together to solve some of the many great and pressing problems and issues of the WORLD! »

Cette offensive “tweeteuse” de Trump, au moment où il se trouve dans la position délicate de contredire les pressions énormes qui pèsent sur lui pour qu’il accepte la version totalement faussaire du “complot russe” montre que le président entend dépasser cette phase en laissant entendre décisivement que cette version est fausse, puisque effectivement une telle politique que celle qu’il entend entreprendre dit cela du jugement qu’il peut avoir à cet égard. Certains, – très nombreux, bref toute la presse-Système, – s’en émeuvent comme s’il apparaissait totalement impensable, sacrilège, incompréhensible que le président, comme tout Président, ne suive pas les orientations impératives des services de renseignement.

Le colonel Pat Lang, ancien colonel de la DIA qui dirige le site SST (Sic Semper Tyrannis) s’arrête à cette observation courroucée et stupéfaite du Washington Post, le 6 janvier : « ... how tenable is this for Trump? How long can he go on questioning the information he receives from intelligence briefings, as he seems intent upon doing? » Lang y répond longuement, en tant que spécialiste des renseignements, – mais d’abord directement à la question du Post : « Combien cette position de Trump est-elle tenable ? Combien de temps peut-il tenir en mettant en question les informations des services de renseignement.... ? », par ce simple mot définitif : « Indéfiniment ». Lang explique le fonctionnement de l’Intelligence Community (IC), où les directions avec les échelons supérieurs faits de divers conseillers, adjoints, chefs de service, etc., sont toutes acquises aux intérêts extrêmement “politisés” (et anti-Trump pour la situation présente) de leurs agences et services respectifs, et non à la recherche d’une information objective qu’on ne peut espérer trouver qu’à partir des rangs inférieurs, là où l’on commence à trouver des officiers du service public qui n’ont pas (souvent pas encore, en attendant d’être nommés) des intérêts politiciens orientés. Trump consultera donc, s’il le peut, ces rangs subalternes, en même temps que d’autres sources, non-IC ; “les informations venues de l’IC sont là pour supporter la politique du président, jamais pour la déterminer”, observe Lang... Pour Trump, plus qu’aucun autre président vues les positions politiciennes des agences et services de l’IC, l’IC n’est qu’un “groupe de consultants parmi d’autres”, et certainement ni le plus digne de confiance, ni le plus influent, ni même le plus brillant, tant s’en faut :

« Any intelligence is destined to support decision making for policy.  It should NEVER be prescriptive.  The news idiots keep asking old intelligence hands what policy should be...  What a sad joke. For Trump, the IC is just another consultant group. »

Ce cas vital des relations Trump-IC indique combien le président-élu doit se conduire dans les circonstances actuelles avec une prudence de Sioux, subissant une méfiance sinon une hostilité systématique avec les milieux habituels du Système agissant pour le pouvoir. Sa solitude est complète à cet égard, nous l’avons déjà dit, et il doit chercher des arrangements et mettre en place des réseaux complètement inhabituels. Il est assez bien placé pour cela parce qu’il vient d’un milieu qui ne dépend en rien des réseaux politiques habituels du Système, mais des réseaux des affaires et de la finance, qui sont certes proches du Système par leur nature, mais qui n’ont le plus souvent pas de parti-pris politique précis et circonstancié selon l’influence du Système, hors quelques slogans sans conséquence, parce que ce n’est pas leur domaine d’action. Dire cela, c’est en venir à l’idée que le pouvoir de Trump devra complètement sortir des sentiers battus et acquérir une originalité propre, laquelle n’est d’ailleurs pas sans précédent dans la forme...

On en revient à la “formule-Nixon”, adaptée à la situation, que nous avons plusieurs fois évoquée à propos de Trump ; par exemple, formule résumée le 16 novembre 2016 pour l’essentiel :

« La guerre interne de l’administration-en-formation est donc clairement déclenchée. Dans l’extraordinaire climat de tension, de confusion politique, y compris dans le chef des soutiens de Trump, il apparaît difficile de mettre en place une équipe complète, soudée et efficace. Une issue pour Trump serait de constituer certains groupes concentrés de direction pour les domaines principaux. Pour celui des questions de sécurité nationale, il peut revenir à la formule Nixon-I (1969-1973) qui conduisit à de grands succès diplomatiques : un secrétaire d’État marginalisée et une direction resserrée sur le président avec son conseiller de sécurité nationale (directeur du NSC, Kissinger pour Nixon) contrôlant indirectement la CIA, et dans le cas de Trump, éventuellement avec son “conseiller en stratégie” Bannon.

... Ce que nous voulons signifier par ce rappel d’une formule et d’une époque qui figurent comme parmi les plus atypiques et les plus détestées de l’histoire du gouvernement US, avec des personnages eux-mêmes détestées et des politiques souvent mises en procès, mais aussi des succès sans précédent et très inattendus, c’est que Trump doit effectivement chercher des voies originales correspondantes à son statut d’homme seul. Un “homme seul” doté des pouvoirs présidentiels doit s’isoler et agir en solitaire. Ainsi peut-on espérer devenir un “Gorbatchev américain”. »

C’est justement à la “formule-Nixon” (mais pas selon le thème qui nous intéresse) que fait allusion un texte de Dean Parker, dans Russia Insider, le 5 janvier, où il nous est annoncé une nouvelle qui a fort peu figuré dans les journaux de la presse-Système, bien trop occupés à démonter le machiavélisme du “complot russe” contre les présidentielles US : il s’agit d’une visite en février d’une délégation de parlementaires US à Moscou, en principe à l’invitation de la Douma, le Parlement russe. En soi, ce n’est pas un événement extraordinaire, une visite de délégation parlementaire d’un pays dans un autre pays, sur invitation de Parlement à Parlement ; ce l’est tout de même un peu puisqu’il s’agit de la Russie, dont on connaît la réputation diabolique et excommuniée au sein du Congrès US en général ; ce l’est même un peu plus lorsqu’on sait que cette délégation sera conduite par Dana Rohrabacher, dont on sait la position très originale (anti-chinois mais extrêmement pro-russe, soutien des Russes en Syrie, etc.), dont on sait que son nom a été évoqué à propos de l’équipe Trump, jusqu’à en faire un candidat-Secrétaire d’État, dont on sait enfin qu’Alexander Mercouris a affirmé il y a quelques temps, – mais rien de neuf depuis à cet égard, — qu’il serait l’ambassadeur des USA à Moscou.

Dean Parker précise donc, à propos de cette visite guidée (par Rohrabacher) à Moscou :

« Except consider this:

» Rohrabacher, who sees China as America's biggest rival by far, has long been  an outspoken supporter of pursuing better relations with Russia. He is identified as an important (and rare) ally of Trump in Congress, who has likewise stated repeatedly he would like to “get along with Russia” and who also harbors serious misgivings about China. Actually Rohrabacher was named in the press as a serious contender for the Secretary of State job which eventually went to the Exxon CEO Tillerson and was one of the people who has met with Trump since he was elected.

» Whether he has talked about this trip with Trump or not, it is highly likely that Rohrabacher's hope is that his visit will pave the way for more US-Russia contacts at a higher level.

«Are Trump, Tillerson and Rohrabacher trio going to attempt a “reverse Nixon” and try to lure Russia away from China? We don't know but if they were to do it, this would be how they would start it off. (Nixon likewise did not merely show up on China's doorstep one day. His visit was preceded by sevevral months of preparations including a preceding (secret) trip by Henry Kissinger.)

On comprend qu’il n’est pas acquis que nous partagions la thèse selon laquelle Rohrabacher va préparer une rupture Moscou-Pékin au profit d’un rapprochement Moscou-Washington, – tant s’en faut, et de beaucoup. Il s’agit plutôt de l’hypothèse de la forme d’action diplomatique secrète, ou disons discrète, éventuellement par le biais d’émissaires qui sembleraient anodin, ou inconnus de la plupart des journalistes de la presse-Système, bien entendu. C’est plutôt cet aspect-là de la réflexion que nous inspire ce déplacement de Rohrabacher, avec pour l’instant, l’objectif absolument essentiel pour Trump de s’entendre avec Poutine sur les modalités et la forme d’un rapprochement.

L’essentialité de la politique russe de Trump

... Pour mesurer les différences d’intérêt que Trump porte aux relations des USA avec le Rest Of the World (ROW), et le reste qui nous intéresse particulièrement, on doit savoir que l’UE en est encore à préparer un premier contact avec l’équipe Trump, ayant jusqu’ici hésité et tergiversé à cet égard, avec un ambassadeur de l’UE à Washington jusqu’ici sans aucun intérêt pour une telle rencontre et l’équipe Trump étant en général désignée par les dirigeants européens par l’expression méprisante de “ces gens-là” ; on doit savoir également qu’il y a eu une invitation de l’UE à une rencontre au sommet avec Trump, par une lettre de la mi-novembre qui contenait également une leçon de morale évidemment méprisante pour le premier de “ces gens-là”, de type postmoderniste et progressiste-sociétale, et concernant les “valeurs” auxquelles l’interlocuteur était invité à souscrire sans ambages, et cette lettre signée du duo brillantissime Tusk-Juncker qui est toujours sans réponse du président-élu. Au contraire, avec la Russie, Trump ne cesse d’échanger clins d’yeux,  pouce levé, félicitations appuyées, tweets prometteurs, etc., avec des déclarations à mesure de Poutine et des commentaires russes nombreux et dans le même sens. Manifestement, pour Trump, l’Europe-telle-qu’elle-est n’a strictement aucun intérêt sinon d’être le modèle des USA-catastrophiques tels qu’ils deviendraient selon lui si les frontières étaient laissées ouvertes à l’immigration massive.

Son orientation vers la Russie, par contre, ne cesse de se confirmer et de se renforcer chaque jours, et justement dans cette atmosphère semi-clandestine et à mots couverts qui en disent bien plus que beaucoup de communiqués officiels. L’entreprise centrale de l’administration Trump, qui est la rapprochement avec la Russie, se fait dans un tel déchaînement de haine, de dénonciations, de fureurs et de diffamations à Washington-Système, que Trump doit prendre des précautions et ne manier son arme favorite de la provocation qu’après certaines précautions prises. Car, nous répétons ce jugement avec emphase, ce rapprochement avec la Russie est bien l’entreprise centrale de l’administration Trump, tant pour le domaine extérieur que pour le domaine intérieur, c’est-à-dire l’entreprise centrale antiSystème de l’administration Trump.

Nous allons tenter d’expliquer ce qui, à notre sens, et cela dans la perspective des événements qui se sont produits à Washington D.C., non seulement jusqu’au 8 novembre, mais surtout depuis le 8 novembre 2016, contribue à donner ce rôle considérable dans le chef du rapprochement avec la Russie proclamée au niveau de la communication. Grosso-modo, ils y aurait trois sortes d’implications, selon notre appréciation méthodologique.

• La première sorte est la plus classique et elle a été maintes fois débattue. L’entente avec la Russie, c’est la possibilité d’une détente sur de nombreux fronts de crise Moyen-Orient et Syrie, Ukraine, etc.) ; la possibilité d’une coopération efficace dans certains domaines essentiels de la sécurité (lutte contre le terrorisme, notamment) ; la possibilité de faire passer au second plan quelques instruments multinationaux dans lesquels Trump, qui est un unilatéraliste non-interventionniste, voit plus d’inconvénients que d’avantages pour les USA, comme l’OTAN par exemple ; enfin la possibilité de désengagements significatifs en limitant les dégâts du point de vue de l’influence, de la stature psychologique, etc. Toutes ces manœuvres n’ont pour Trump qu’il seul but : alléger les charges budgétaires pour les USA, charges qu’ils considèrent comme improductives, comme des investissements souvent à fonds perdus, ou bien les rentabiliser par l’efficacité comme notamment une entente avec la Russie dans la lutte contre le terrorisme constitué en une immense organisation de crime organisée à l’échelle globale. Programme America First classique, qui n’empêche en rien, ni la puissance financière, ni le capitalisme américaniste le plus débridé, mais qui détourne l’un et l’autre de l'orientation globaliste...

(On peut bien entendu dauber sur la présence d’un secteur financier puissant, – y compris venu de Goldman-Sachs,  – dans le gouvernement Trump. Cette critique semble justifiée mais elle a ses limites si le président a, comme c’est le cas, une réelle expérience en matière financière et s’il a des buts clairement affirmés. Goldman-Sachs ou pas Goldman-Sachs, si Trump veut le rétablissement d’un certain protectionnisme, la régulation du libre-échange, une attaque contre le statut privé de la Federal Reserve, etc., le personnel dirigeant financier au sein de l’administration devra suivre et il suivra avec l’expertise d’anciens dirigeants de Goldman-Sachs. D’une façon générale, la critique anti-Trump disant qu’en mettant un des membres des 0,1%-“très-riches” à la tête des USA, on met les USA dans les mains des 0,1% est extrêmement faible : si le personnage type-0,1% a choisi une politique qui n’est pas le globalisme soutenu en principe par la finance, – mais qui a institué cette règle et dit qu’elle existe vraiment et qu’elle serait suivie systématiquement ? – il sera d’autant plus efficace pour la faire appliquer qu’il connaît les ficelles de la finance. Une marionnette des 0;1% [Obama] fait la politique des 0,1% ; un membre des 0,1% fait la politique qu'il veut, et celle-ci peut être objectivement contre les intérêts strtégiques généraux des 0,1%. Le même raisonnement vaut pour les généraux de l’administration : si un [général] Mattis reçoit la consigne de faire suivre au Pentagone une politique de désengagement, il obéira comme seuls les Marines savent obéir et il saura discipliner ses propres généraux dans le sens qu’il faut. Tout dépend avec Trump de la politique que Trump veut appliquer, bien plus qu’avec un autre président qui ne connaît que les combines de la politique, – ce qu’on nomme “expérience” et “professionnalisme” chez les Clinton, Obama & compagnie.)

• La seconde sorte d’implication de la politique russe de Trump est une sorte de connivence conceptuelle et principielle, voire spirituelle et certainement non-idéologique, ressentie comme telle d’une façon indéfinissable et à peine consciente par les deux, entre Trump et Poutine. Les deux hommes sont perçus, sans l’être complètement ni l’être nécessairement à partir d’une conviction idéologique, comme des anti-globalistes, et donc souverainistes par défaut. Ces positions de type-réaliste deviennent d’elles-mêmes, par défaut dans les circonstances actuelles, avec la poussée populiste contre les excès surpuissants du Système, des positions principielles extrêmement affirmées, et Poutine et Trump se retrouvent du même bord qui est, là aussi, antiSystème par défaut. Il n’est nul besoin qu’ils le réalisent, encore moins qu’ils l’affirment ; il n’est nul besoin ni de proximité culturelle ou psychologique, ni d’entente intellectuelle, ni d’intérêts communs, – même s’il y a l’un ou l’autre, ou plusieurs ensemble, – mais d’abord d’une position inaltérable et hors du champ rationnel, où les circonstances les ont mis côte-à-côte dans la bataille essentielle de l’antiSystème contre le Système. En un sens, ils sont les jouets d’un Destin qui a pris les armes pour s’opposer à la logique d’entropisation du Système, et cela n’est en rien les adouber d’une vertu commune, ou de quelque hauteur extraordinaire de l’esprit ; peut-être ont-ils ou n’ont-ils pas l’une ou l’autre, peu nous importe car là n’est certainement pas le problème. Ils restent ce qu’ils sont, – et il y a beaucoup à dire sur l’un et sur l’autre, de différent, de positif ou de négatif, – mais nous parlons pour l’instant de postures voulues et imposées par le Destin, et peu nous importe ce qu’ils sont...

En l’occurrence, on pourrait admettre paradoxalement que les anti-Trump ont raison, qu’il y a effectivement intrusion russe dans les présidentielles US et la politique intérieure US. Il ne fait aucun doute que pour l’inconscient collectif et la perception psychologique également inconsciente et à la fois collective et individuelle, Poutine est une des références solides sur lesquelles Trump peut s’appuyer pour tenter d’affirmer une légitimité qui se heurte à des obstacles considérables. Cela ne relève pas de la logique politique ou géopolitique ou quelque chose que ce soit de cette sorte, mais de l’impératif de la Grande Crise Générale d’effondrement du Système, de la perception métahistorique, de ce qui est appréhendé comme étant un rangement selon des positions qui reviennent à être principielles.

• La troisième sorte est sans nul doute la plus importante, et elle est purement interne à Washington D.C. . plus encore, elle constitue le champ opérationnel suprême de la bataille du Système contre l’antiSystème avec les acteurs tels qu’ils sont en place. La Russie et Poutine y jouent un rôle complètement passif mais absolument essentiel ; l’une et l’autre (la Russie et Poutine) ont compris cela, à la fois cette passivité et cette essentialité de leur rôle, et ils suivent avec passion la Grande Bataille de l’antirussisme à Washington ; parfois en s’en indignant, parfois en n’en croyant ni leurs yeux ni leurs oreilles, mais en en constatant l’inéluctable nécessité avec la place qu’ils y tiennent.

Il y a d’abord le fait que le Système a choisi la Russie, ou plutôt l’antirussisme comme on l’a vu depuis plusieurs semaines, pour regrouper toutes ses forces et tenter d’emporter une victoire décisive. L’antirussisme est le cri de ralliement, l’appel irrésistible du Système pour ceux qui en sont les prisonniers et les obligés... Les aléas de la campagne, la candidature puis la victoire de Trump, les montages déterministes-narrativistes autour de l’événement, ont fait que l’antirussisme s’est désigné comme ennemi central, principal et primordial, de Trump lui-même. Trump a accepté ce défi pour toutes les raisons du monde, dont un certain nombre ont été évoquées plus haut, et enfin essentiellement parce que c’est dans cette bataille-là qu’il imposera son pouvoir et trouvera sa légitimation : qu’il le réalise ou pas, qu’il le comprenne ou pas, à nouveau cela n’a aucune importance pour nous puisque seul compte le fait fondamental. De cette façon, l’antirussisme tel que nous l’avons défini en théorie comme la bataille ultime du Système contre l’antiSystème est en train de se déployer dans diverses directions opérationnelles mais bien sûr avec le centre de la bataille décisive à Washington D.C., entre les forces existantes à Washington D.C..

C’est la raison pour laquelle la politique russe de Trump, d’une part, est une partie essentielle sinon centrale et primordiale de sa politique générale ; d’autre part, qu’elle est poursuivie d’une manière absolument non-conventionnelle, autant à la fois par une sorte de “diplomatie secrète”, “à-la-Nixon”, autant à la fois comme une sorte de “politique dissidente”, hors des sentiers battus de Washington où l’on trouve autant de chausse-trappes que de pavés, mais également marquée de coups d’éclat de provocation, comme avec les trois tweets signalés plus haut, parce que son existence et son avancement doivent évidemment se manifester. Tout cela nourrit à Washington D.C., avec une férocité extraordinaire, l’affrontement Système versus antiSystème, où naturellement le Système agite l’étendard de l’antirussisme tandis que Trump ne cesse d’affirmer la nécessité de sa politique de rapprochement avec la Russie et de la développer de manière non-orthodoxe qui rajoute encore à son caractère provocateur bien apte à rendre le Système furieux jusqu’à ce que sa surpuissance se transmue en autodestruction.

A ce point, il n’y aucune raison de modifier notre analyse théorique de l’antirussisme telle que nous l’avions développée, qui n’a guère de rapport avec le succès ou non de Trump, le rapprochement réussi ou pas avec la Russie, – mais dont Trump et sa politique russe sont évidemment le détonateur principal, ce qui suffit à fixer leur importance métahistorique. De ce point de vue, il n’est pas du tout certain que le succès de cette politique russe de Trump soit assurée, non plus que celle de la présidence de Trump, parce que ce qu’on peut et doit attendre d'abord, comme événement nécessaire et sufffisant, c’est que Trump et sa politique portent l’affrontement Système-antiSystème jusqu’à ce paroxysme où le Système entrera dans sa phase d’autodestruction décisive ; et alors la présidence Trump n’aura plus guère d’importance puisqu’elle aura assuré sa mission métahistorique... On rappellera ainsi l’un des aspects de la conclusion de cette analyse théorique qui permet de donner une mesure exacte de l’importance fondamentale de la politique russe probable de Trump, dépassant très largement, comme étant absolument d’une autre nature, la politique traditionnelle :

« Aujourd’hui, l’épisode USA-2016 a précipité la tension de l’affrontement des deux pôles, – déterminisme-narrativiste versus vérité-de-situation, – jusqu’à la proximité désormais d’une rupture catastrophique (notamment avec l’accréditation du caractère de sérieux de l’hypothèse d’un éclatement des USA). En raison du rôle central des USA comme moteur du Système, le dit-Système intervient désormais directement, et c’est de cette façon qu’il anime l’antirussisme apparu au début 2014 jusqu’à sa transmutation en un phénomène métahistorique, avec ses conséquences psychologique, ne répondant plus à rien d’autre qu’un réflexe de défense à la fois surpuissant et désespéré, hors de tout contrôle de la raison et de la décence du jugement, contre la seule force (la Russie) qu’il identifie comme une référence pouvant accélérer décisivement son effondrement par sa substance spirituelle et sa puissante composante traditionnelle. Cet antirussisme d’une totale incohérence et préoccupé de sa seule surpuissance, d’une indécence et d’une indigence intellectuelles animées par l’extrême violence de communication caractérisant le terrorisme de la barbarie postmoderne (« la barbarie intérieure », selon Jean-François Mattei), répond dans le domaine de la communication à la surpuissance du Système et opérationnalise, par son absurdité complète, la transmutation de cette surpuissance en autodestruction. L’antirussisme est donc la formule opérationnelle fondamentale de l’autodestruction du Système. »

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