Triste(s) État(s) de l’Union

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Triste(s) État(s) de l’Union

19 mai 2017 – Nous nous intéressons à une dynamique assez peu mise en évidence, du point de vue de la communication ; on lui préfère manifestement les diverses jacasseries plus ou moins putschistes de Washington D.C., – sans prendre garde au fait que ces jacasseries alimentent évidemment cette dynamique discrète. Il s’agit d’un mouvement lancé aux USA pour parvenir à une Convention Constitutionnelle débouchant sur une proposition d’amendement à la Constitution. Il s’agit de l’application de l’Article V de la Constitution des Etats-Unis stipulant que si deux tiers des États de l’Union proposent un amendement à la Constitution, le Congrès des États-Unis est requis d’en débattre pour se prononcer sur la validité de l’amendement. (Les amendements ont en général une importance déterminante. Ils suppléent à une insuffisance de la Constitution originelle. La perception populaire de la chose est évidente : toutes les grandes causes politiques débattues, notamment avec l'écho des auditions devant le Congrès ou des grands procès, nous ont rendu familier le recours systématique aux amendements pour déterminer la légalité du comportement d’un citoyen devant les demandes ou les exigences des grands corps, des organisations diverses, du Corporate Power, de la société, etc. Sur ce cas, le colonel Lang est d’avis qu’une telle demande ne pourrait en aucun cas être repoussée, ou “confinée”, écrit-il, par un vote du Congrès. Il remarque, dans son style inimitable, autant à propos de cette affaire de Convention qu’à propos de la situation générale du pouvoir à Washington D.C. : « IMO we are a stage of potential dissolution of the Union that resembles 1859 » (“Selon mon opinion, nous sommes dans un cadre potentiel de dissolution de l'Union qui ressemble à celui de 1859”, c’est-à-dire le processus qui conduisit à l’éclatement de l’Union et à la Guerre de Sécession, que le langage officiel désigne comme The Civil War) ;

• Mais essayons d’arranger de façon plus compréhensible et rationnelle notre démarche. Donc, le 10 mai 2017, nous lisons sur le site Sic Semper Tyrannis, un texte du colonel Lang qui en est l’éditeur. Lang prend comme exemple de son argument très court, abrupt et catastrophique, une circonstance parmi d’autres, mais si nombreuses en ce moment : nombre de ses lecteurs lui ont écrit qu’après le limogeage de Comey, le directeur du FBI, et la réaction insurrectionnelle sinon putschiste des démocrates, ils ne pourraient accepter ni soutenir la nomination d’un nouveau directeur du FBI qui serait démocrate. Lang s’exclame devant ce que cette intervention dit du climat actuel aux USA, et à Washington D.C., que tant d’autres faits corroborent, et bien entendu par-dessus tout la “guerre civile constitutionnelle et de communication” actuellement en cours... Tout cela, dit-il, ressemble à l’état où se trouvait l’Union en 1859, avec l’issue qu’on sait : “est-ce cela que vous voulez ?” semble-t-il interroger désespérément ; “si les choses continuent comme elles vont actuellement, vos vœux finiront par être exaucés”, – et la Convention Constitutionnelle présentera un amendement soutenu par 32 ou plus de 32 des États de l’Union, et cet amendement ne serait, sans nécessité de le dire si hautement, rien d’autre qu’une dissolution de facto de l’Union, et le de jure suivrait très vite...

« Lots of you folks on the right have written to me to say that the appointment of a Democrat to be FBI director is out of the question.  Do you really mean that?  IMO we are a stage of potential dissolution of the Union that resembles 1859.  To say that a Democrat could not and would not preside over an FBI investigation that would reveal the truth is an admission of the disappearance of the level of comity needed to hold the country together.  I question your judgement about this.  1- Nothing has thus far been “leaked” that demonstrates ANY collusion between the Trump campaign and Russia or Russians.  The Democrats are outraged because Lavrov and Putin laugh at the innuendo and agitprop in the media?  Well, why would they not?  There is no proof of any kind thus far.  Even Senator Feinstein admits that.  2-  The FBI is a large organization.  Many in the Bureau and in DoJ will know what the investigation reveals.  Do you really imagine that all those people would help conceal a result in the investigation that exonerates Trump?

» Eleven state legislatures have voted for a new constitutional convention.  Thirty four are required, twenty-three more.  Amendments  produced by such a convention would normally require approval by the US Congress and the state legislatures, but, IMO, there would be no way on earth to confine the outcome of such a convention to these requirements any more than there was in the instance of the first constitutional convention in the Eighteenth Century.  In that instance the convention was called to make amendments to the Articles of Confederation, but the convention simply seized control of the process and created a wholly new form of government.

» Is that what you want?  If feelings continue to run in the direction they now take on the left and right you may well have your wishes fulfilled. »

• Nous n’avions eu aucun écho de cette dynamique pour une Convention Constitutionnelle. Lang nous donne aimablement le lien de l’article du Wikipédia qui en traite, sous le titre « Convention to propose amendments to the United States Constitution ». Ce processus constitutionnel (proposition d’un amendement à la Constitution) est exposé en détails, mais nous lisons que l’affaire signalée par Lang est présentée de la sorte : « In recent years some have argued that state governments should call for such a convention. They include Michael Farris, Lawrence Lessig, Sanford Levinson, Larry Sabato, Jonathan Turley, and Mark Levin. In 2015, Citizens for Self-Governance launched a nationwide effort to call an Article V Convention, through a project called Convention of the States, in a bid to rein in the federal government. As of 2017, CSG's resolution has passed in 11 states. »

• Consulté par nous ce 19 mai, le sujet du Wikipédia n’est pas à jour, sans doute parce qu'il est jugé d'un intérêt mineur par rapport aux jacasseries de Washington D.C. En effet, le 15 mai, quelques jours après l’article du colonel Lang, un douzième État, le Missouri, a décidé par un vote de 85 voix contre 50 de sa législature de rejoindre le groupe des onze qui demandent la réunion d’une telle Convention Constitutionnelle. Un article fourni de World Net Daily (WND) détaille l’événement, en même temps qu’il explique les buts de cette Convention ; et l’on comprend aisément que l’idée fondamentale de la démarche est de présenter un amendement à la Constitution qui, de facto, prive le gouvernement central de Washington D.C. de pouvoirs éventuellement  importants, de façon à interrompre la politique actuelle, notamment du point de vue de la dette énorme qui a été accumulée... “Washington is out of control”, il faut lui reprendre certains de ses pouvoirs les plus décisifs, le dé-fédéraliser pour stopper cette politique insensée d’endettement catastrophique. Dans les conditions actuelles de tension, on peut aisément envisager l'hypothèse qu’un tel programme implique l’ouverture d’un processus de dissolution de l’Union au profit des États, c’est-à-dire un processus de dissolution des USA en tant que fédération.

« Missouri has become the 12th state to pass legislation calling for an Article V Convention of States that would propose constitutional amendments to rein in the federal government. The COS resolution, SCR4, passed last Friday by a vote of 85 to 50. It was sponsored by state Sen. Mike Kehoe, R-Jefferson City.

» Article V of the U.S. Constitution states the Constitution may be amended if two-thirds of the state legislatures apply to Congress to call a convention for proposing amendments. All state applications must ask for a convention dealing with the same subject matter. The 12 applications submitted so far request a convention to propose amendments to limit the power and jurisdiction of the federal government, impose fiscal restraint on the federal government and limit the terms of federal officials and members of Congress. Now that Missouri has passed the COS resolution, more than one-third of the necessary 34 states have submitted applications for a Convention of States.

» The driving force behind the nationwide push for a convention is the Convention of States Project. Keith Carmichael, state director for COS Project Missouri, celebrated his organization’s victory in the Show Me State. “Many Missourians, including a clear majority of the members in the Missouri House and Senate, have concluded that we as citizens must act now to save ourselves from a federal government that has grown far beyond its constitutional limits,” Carmichael stated in a press release.

» “It is past time for the states to come together as Article V of our Constitution provides in order to propose solutions in the form of amendments. We must quickly come to grips with the real crisis we have created – a ‘house of cards’ we call the national debt and the immorality of forcing it upon future generations – plus interest! We should honor our Founders, who gave us Article V and expected us to use it. Article V is a remedy – a rudder that needs to be used now to steer America back on course. It is in the Constitution for this exact time.” »

Le texte continue en mettant en évidence l’actualité pressante du processus, en rapportant l’échec récent de l’administration Trump et de la direction républicaine de la Chambre (le Speaker Paul Ryan) à faire voter l’abrogation de la législation dite Obamacare (les lois de sécurité sociale mises en place sous l’administration Obama) qui est pourtant un point fondamental aussi bien de l’administration Trump que de la majorité républicaine au Congrès. Il faut bien comprendre la signification de cet échec : le parti républicain a vu une partie de des élus à la Chambre refuser de voter l’abrogation parce que ce qui était prévu en remplacement ne leur donnait aucune satisfaction en continuant à faire la part trop belle aux diverses industries concernées (assurances, industrie pharmaceutique) aux dépens du citoyen. L’échec est donc dû à une défection justifiée d’une minorité populiste du parti républicain (The Freedom Caucus), tandis que l’administration Trump élue pour faire une réforme radicale se révèle aussi corrompue que les précédentes, ainsi bien entendu que le “parti unique” (la majorité du parti républicain [aile droite du “parti unique”] et le parti démocrate [aile gauche, avec ses pseudo-dissidents totalement impuissants, comme Bernie Sanders]). Le désordre et l’impuissance de Washington sont bâtis sur une corruption endémique du Corporate Power, Trump ou pas Trump.

(La bataille en cours autour et contre le président Trump ne peut cacher que son administration est totalement infiltrée par le pouvoir financier, notamment Goldman Sachs. Nous sommes dans une situation de corruption à plusieurs étages qui caractérise Washington D.C. : absolument corrompu [le “parti unique”], puis des nuances dans lesquelles on trouve un Trump ou diverses tendances minoritaires, – les uns et les autres “un peu, beaucoup, passionnément“ corrompus.)

Un autre passage du texte de WND met en évidence cette actualité qui soutient puissamment la démarche pour une Convention Constitutionnelle et devrait l’accélérer : « Mark Meckler, co-founder of the Convention of States Project, said when the House of Representatives passed a bill that failed to fully repeal Obamacare earlier this month, it only served as further evidence that Republican control at the federal level is not enough to ensure the changes America needs. Rather, he said, the states and the people must be empowered to take control of the country’s destiny.

» “I think for a lot of people there was a momentary pause and a sigh of relief when Trump was elected, that this might fix things, and certainly it’s better that he was elected than Hillary Clinton was elected,” Meckler told WND. “But what we’ve seen is that Congress doesn’t have, and frankly never had, the will to take power away from itself and from Washington, D.C., and give it back to the people.” »

• Il faut bien comprendre, nous semble-t-il, que ce mouvement n’a rien d’insurrectionnel, de “populiste”, de marginal, voire d’antiSystème de notre point de vue, même s’il suit évidemment les orientations de toutes ces tendances et, d’une certaine façon, les incorpore parce qu’il va dans leur sens qui est de refuser pour des raisons diverses la dictature du “centre”-Système washingtonien. Il s’agit d’abord d’élus, de législatures, etc., qui viennent et/ou font partie du Système lui-même. L’inspirateur du mouvement est l’ancien député puis sénateur républicain de l’Oklahoma Tom Coburn, Conseiller Principal du mouvement CSP (Convention of States Project). Son livre au titre explicite (Smashing the DC Monopoly: Using Article V to Restore Freedom and Stop America’s Runaway Government) sert de référence principale au mouvement, en exposant ce qui n’est rien moins que l’échec décisif de l’actuelle formule où le gouvernement fédéral possède tant de pouvoir. Un extrait de son introduction montre combien sa démarche s’appuie explicitement sur les références aux Pères Fondateurs :

« After sixteen years in Congress, it became chillingly clear to me that the constitutional safety feature in Article V had become necessary. Only the people could restore American ideals. Washington politicians could not and would not save us. Our steady delegation of power to and unhealthy dependence on our national government had lowered us to this condition.

» The Founders, who had incorporated the “experience of all ages” in the Constitution, understood how the American people might someday have to save the republic from their central government. We the People would have to assert our rightful sovereignty under the Constitution and rebalance our badly unbalanced federal government. Washington had grown too self-interested, politically correct, and feckless to meet the challenge. »

• Le sénateur Coburn et le projet CSP ont des soutiens importants et parfois paradoxaux mais dans le sens où ils montrent combien l’actuelle situation aux USA, avec Trump à la Maison-Blanche et la “guerre civile” à Washington, est extrêmement ambiguë. On trouve notamment l’animateur de radio Mark Levin, dont la popularité est très grande aux USA (« The federal government is out of control. It’s time for the states to take back control from Congress, and Senator Coburn explains how in this fantastic book »). L’ambiguïté de la situation est soulignée par le soutien d’un membre important du gouvernement, le ministre de la justice Jeff Sessions :  « Tom Coburn is one of the most remarkable senators who have served... His whole philosophy and approach to government, had it been more effectively followed by other members of this body, would have led us to a better country. »

La marche vers la dé-fédéralisation

L’intérêt du phénomène CSP est qu’il est fondamentalement conforme à la fois au symbolisme, à la vérité officielle (narrative) et à la psychologie fondamentale de l’Amérique originelle d’une part, qu’il est fondamentalement conforme à la Loi fondamentale qui régit la “nation (!) exceptionnelle” qu’ordonne l’esprit de la Constitution d’autre part . “We the people” signifie à Washington D.C. que les/des élus du peuple parlent au nom du peuple, et c’est bien une “conspiration d’élus” “au nom du peuple” qui se développe avec le CSP, c’est-à-dire une “conspiration” vertueuse du point de vue de l’américanisme officielle et des Pères Fondateurs. Il s'agit donc d'un mouvement issu d'un élément fondamental de la matrice originelle du Système, et qui évolue dans un sens de plus en plus hostile au Système, jusqu'à l'état d'antiSystème peut-on espérer. Bien entendu, la presseSystème se garde de faire une trop grande publicité à la chose, préférant la chasse aux fascistes et aux pro-russes ; cette discrétion, ce silence, sont bien le signe de l’importance de la chose. Aujourd’hui, tout ce dont la presseSystème ne dit mot est susceptible d’être la chose la plus importante qui soit.

(C’est une des rares certitudes au niveau de la communication : la stupidité-bêtise alignée de la presseSystème recèle a contrario, du fait de ce qu’elle nous cache et que nous savons bien ou finissons par bien savoir, des vérités-de-situation d’une inestimable valeur. Si elle se garde bien de faire ses gros titres sur le CSP, lui préférant les secrets hyper-classified que Trump file à Lavrov dans une enveloppe innocente à l’adresse du FSB, c’est que l’affaire du CSP est d’une importance fondamentale. Écrivant cela, nous n’accusons même pas la presseSystème : non, elle est trop engoncée dans sa sablonneuse stupidité et dans sa bêtise boueuse pour mesurer ce que le CSP a d’important. Elle a perdu de vue les Pères Fondateurs depuis un certain temps déjà ; elle égare, dans son hystérie furieuse, la mémoire du Système lui-même...)

Ce que le CSP développe, c’est la reconnaissance de l’insupportabilité de poursuivre avec un tel gouvernement que celui que nous dispense Washington D.C. Pour les États, il s’agit d’admettre qu’il devient insupportable de voir leurs sorts budgétaires liés aux “folies du Roi-Washington” : tout comme le roi George d’Angleterre qui déclencha la colère et l’insurrection des colonies d’Amérique, Washington D.C. est fou. Sa dette nage dans les dizaines de milliers de milliards (trillions) de dollars. Peut-être les illusionnistes de Wall Street s’arrangent de la chose, ainsi que les innombrables étoiles du Pentagone, parce que tout cela vogue dans l’univers enchanté du Pays des merveilles (WonderLand) mais les États c’est différent ; différence entre le virtualisme de la narrative postmoderne et la vérité-de-situation du plouc moyen de l’Amérique dite-“profonde”. Ainsi le CSP nous rejouerait-il, folie contre folie, celle de washington D.C. contre celle du roi George, une sorte de 1776 mais à l'envers.

Ce qui est sérieux dans le CSP, c’est non seulement que cela vienne d’autorités officielles (y compris avec l’appui d’un ministre de poids de l’administration à Washington D.C.), mais surtout que cela prenne une voie modérée. On ne parle pas de guerre civile, de sécession, etc., non, mais simplement de priver Washington D.C. de certains de ses pouvoirs. Dans cette sorte d’affaires où vous voulez dépouiller un pouvoir central de “certains de ses pouvoirs” parce qu’il est “out of control”, d’une part cela veut dire que vous en viendrez à le priver de tous ses pouvoirs parce que, sans tous ses pouvoirs et dans l’humeur où il se trouve, Washington D.C. n’est plus rien. D’autre part, cette modération de la démarche qui rassemble pourtant les engagements des États sur l’essentiel et met au grand jour les exigence des États, finit par transformer l’alternative “tous les pouvoirs à Washington ou bien le CSP” en “le CSP ou bien la sécession” ; parce que, si Washington ne cède pas d’une façon ou l’autre, si le CSP arrivé à sa maturité ne donne rien, la frustration des États sera terrible et certains en viendront vite à l’idée de l’affirmation de leurs droits et de l’affranchissement de la tutelle du “centre” par la sécession.

Tout cela, ce beau raisonnement, vaut particulièrement et évidemment si Washington D.C. continue son cirque. Quant à cela, ce serait bien la chose dont nous serions le plus assurés ; nous ne voyons pas une seconde comment quoi que ce soit pourrait transformer cet asile d’aliénés traversés de haines furieuses en une université de la sagesse où la rigueur de la gestion et le bien-être des gens redeviendraient des priorités. La haine, la vindicte, l’hystérie, parcourues de paniques que l’on mette à jour les corruptions innombrables, de vertiges inconscients que le nihilisme de la non-politique activée en un tourbillon crisique finisse par éclater aux yeux de tous, tout cela est fait pour durer et s’aggraver sans cesse, accroissant les raisons fondamentales des États de trouver un moyen légal de littéralement castrer Washington D.C.

(On notera qu'il s’agit d’ailleurs d’un aspect très difficile du commentaire : lorsque, par exemple, nous suivons l’antirussisme déchaîné et tous les soubresauts de la crise washingtonienne, nous ne pouvons que tenter d’en montrer le ridicule, l’absurdité, l’aspect faussaire et le simulacre. Mais il apparaît, dans ce cadre plus large où nous le plaçons dans ce F&C, que c’est de notre intérêt profond que toutes ces choses malsaines et pourries se poursuivent et s’accentuent à Washington D.C. pour effectivement pousser les États sur la voie d’un amendement décisif de la Constitution ; ainsi devons-nous, parallèlement à notre condamnation de cette pitoyable situation, l’applaudir et l’encourager à poursuivre pour aller jusqu’au bout de la catastrophe. Cela s’appelle très simplement et couramment “vider l’abcès” et, en général, c’est une opération fort peu agréable.)

Nous pensons depuis longtemps, depuis les années 2008-2010, que la question de la cohésion des USA, et inversement de leur éventuelle dissolution, est posée, notamment à cause de la situation financière et budgétaire des USA comme c'est le cas selon l'analyse du CSP, mais surtout et d'une façon générale, à cause de la crise fondamentale du pouvoir de l'américanisme à laquelle finalement s'adresse le CSP. A ceux qui opposent le patriotisme américain comme un “ciment” susceptible de résister à bien des chocs, nous avons toujours répondu par ce que nous jugeons être les fondements principaux des États-Unis, ce qui fait que ce pays existe “historiquement” tel qu’il est et en mettant de côté les divers complexités et fantasmes psychologisues ; notre idée exprimée d'une manière à peine caricaturale est bien celle d’une entité de caractère commercial dont la raison d’être est celle qui met ensemble des actionnaires (au contraire des États de l'Union pris individuellement, qui disposent souvent, avec leur ancienneté et leurs traditions historiques, d’une certaine vertu et d'une légitimité souveraines, et par conséquent d’un patriotisme local). Sur cet aspect de la question, nous écrivions le 9 juin 2015 :

« Il faut bien entendu rappeler que cet idée du ciment de l’Amérique reposant sur le ‘succès’, qui peut être aussi nommé ‘intérêt’, est parfaitement identifiée par Tocqueville dès ses premiers jours passés aux USA, lors de son voyage de 1831 qui servit de documentation à son ‘De la démocratie en Amérique’ ; ainsi écrit-il dans ses ‘Souvenirs’, à la date du 1er juin 1831 : “Quand on réfléchit à la nature de cette société-ci, on voit jusqu’à un certain point l’explication de ce qui précède: la société américaine est composée de mille éléments divers nouvellement rassemblés. Les hommes qui vivent sous ses lois sont encore anglais, français, allemands, hollandais. Ils n’ont ni religion, ni mœurs, ni idées communes; jusqu’à présent on ne peut dire qu’il y ait un caractère américain à moins que ce soit celui de n’en point avoir. Il n’existe point ici de souvenirs communs, d’attachements nationaux. Quel peut donc être le seul lien qui unisse les différentes parties de ce vaste corps? L’intérêt.” Le patriotisme des Américains, qui sert si souvent d’arguments aux intellectuels européens et de convenance à toutes les activités de communication US (jusqu’à la présence obligée d’un drapeau US dans tous les films US) est, justement, une construction de communication qui concerne un ‘idéal’ fabriqué (type-American Dream) sans le moindre rapport avec la vérité de la situation américaniste ; s’il tient la situation en temps normal par une narrative de strict encadrement, cet idéal faussaire a pour effet d’alimenter, dans les périodes de crise intérieure, lorsque le soi-disant ‘succès’ américaniste s’efface, une rancœur et un défaitisme extraordinaires devant ce qui n’apparaît alors que comme le montage d’une imposture, et donc une double trahison (l’idéal lui-même trahi, et la construction faussaire de cet idéal apparue en pleine lumière comme une autre trahison). »

Quoi qu’il en soit, ce processus CSP met pleinement en lumière le caractère fondamental, sinon décisif, de la crise de Washington D.C., et du pouvoir de l’américanisme. Clairement, l’“expérience Trump” n’est nullement perçue comme idéologique ni partisane, – ces billevesées qui encombrent la presseSystème et la perception des Européens qui suivent à leur façon le processus de l’explosion de l’américanisme, en préparant de leur côté leur propre bombe qui les fera exploser, – mais bien comme l’ultime tentative pour que le pouvoir de Washington D.C. montre s’il a encore une capacité de fonctionner, dans l’hypothèse extrême de la venue à sa tête d’une personnalité non issue de la bureaucratie des partis... Clairement, le verdict est d’ores et déjà négatif, ouvrant effectivement la voie à l’affirmation de la seule possibilité d’évolution, qui est une dé-fédéralisation, c’est-à-dire une dissolution de la structure mise en place pour servir d’outil central du Système.

Si l’on admet l’hypothèse, évidente pour nous, que l’architecture-Système opérationnalisée par le pouvoir de l’américanisme (Washington D.C.) a pour but essentiel la déconstruction et la déstructuration, à l’image de la philosophie de la déconstruction caractérisant la postmodernité, on se trouve alors devant un processus de “déconstruction vertueuse” par dissolution, constituant l’acte essentiel de la crise d’effondrement du Système. Effectivement, notre conception selon laquelle l’entièreté du Système tient, pour sa structure-déstructurante, dans la cohésion et la puissance des USA, tant au niveau du système du technologisme pour la puissance bien entendu, qu’au niveau de la communication surtout, par la fascination exercée par les USA sur les conceptions de la postmodernité, cette destruction de la cohésion des USA constituerait un acte cathartique décisif.

C’était cela que nous avancions, par exemple, le 29 octobre 2009, en mettant en évidence l'aspect psychologique, essentiel pour nous, de la fascination qu'exercent sur nos psychologies les USA au nom du Système, et cette fascination conditionnant l'existence, l'ontologie faussaires de la postmodernité : « Nous l'avons déjà écrit et nous le répétons avec force : il ne peut y avoir, aujourd’hui, d’événements plus important pour la situation du monde qu’une dynamique de dislocation des USA. Nous pensons que la crise actuelle est à la fois, et contradictoirement, formidablement amplifiée et formidablement bloquée dans sa compréhension par la puissance de la communication. Ce phénomène ne cesse de dramatiser et d’attiser les conditions de la crise tout en renforçant la pression du conformisme de la pensée dominante pour ne pas mettre en cause les éléments qui sont les fondements de cette crise.

» L’un des fondements est psychologique, avec le phénomène de fascination – à nouveau ce mot – pour l’attraction exercée sur les esprits par le “modèle américaniste”, qui est en fait la représentation à la fois symbolique et onirique de la modernité. C’est cela qui est résumé sous l’expression populaire mais très substantivée de American Dream. Cette représentation donnée comme seule issue possible de notre civilisation (le facteur dit TINA, pour “There Is No Alternative”) infecte la plupart des élites en place; elle représente un verrou d’une puissance inouïe, qui complète d’une façon tragique la “fascination de l’américanisme pour sa propre destinée catastrophique” pour former une situation totalement bloquée empêchant de chercher une autre voie tout en dégringolant vers la catastrophe. La fin de l’American Dream, qui interviendrait avec un processus de parcellisation de l’Amérique, constituerait un facteur décisif pour débloquer notre perception, à la fois des conditions de la crise, de la gravité ontologique de la crise et de la nécessité de tenter de chercher une autre voie pour la civilisation – ou, plus radicalement, une autre civilisation. »

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