Très-très Black Sunday

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Très-très Black Sunday

26 novembre 2017 – D’abord, j’ai eu un frémissement de bonheur et d’excitation : pour moi, ce ne pouvait être que l’annonce d’un krach ! Enfin ce fucking Wall Street s’effondrait, – Black Monday, Black Thursday, on connaît la chanson. Seul sujet d’étonnement ; la façon dont cela était annoncé, comme ça, dès le jeudi, même le mercredi, sur des e-mails de pub (je ne les lis jamais), sur des spam d’humeur et de marque que je ne parviens pas à écarter, avec déjà l’annonce de baisses, – 19%, 20%, 25% 40%, comme s’ils connaissaient déjà les événements qui allaient affecter cette Bourse maudite. Je ne me dis rien de plus, sans même attarder un œil, que “Cette fois encore, ces cons, ils vont se tromper”.

Jeudi soir, d’une bribe dans un débat auquel j’avais assisté puis aussitôt coupé la parole, un doute était apparu... Il s’était confirmé vendredi, Friday en machouillis américaniste Market-Oriented ; samedi, plus aucun doute n’était possible et il m’a bien fallu 24 heures pour me remettre. Dans cette sorte d’occurrence, où nous, non-américanistes et même antiaméricanistes, sommes confrontés à une vague de sottise poussant à l’imitation fascinée de la connasserie globalisée et universalisée, l’humeur trébuche, l’esprit s’obscurcit et la fatigue gagne.

J’ai vu l’une ou l’autre vidéo du Black Friday aus USA : barbarie consumériste pure, limite émeutes-pillages, de ceux qu’ils nomment les “Black Friday Zombies”, simulacre hystérique des bonnes affaires de la postmodernité-tardive, zombies crasseux, mal peignés, habillés façon sandwich-training, humanité réduite aux déchets ; le Système sait y faire pour abaisser le sapiens en zombies plus bas que le plus bas du zombisme... J’ai fait un rapide sondage (on connaît mon habileté en la matière) et je parie que 80%-90% de ce qui est acheté-pillé ce jour-là concerne l’électronique et l’informatique, tout ce qui est nécessaire pour que ça continue à rouler. On a vraiment envie de se retirer à jamais du monde des vivants pendant de telles séquences. L’Amérique vaut alors le coup d’œil dans le genre documentaire ultime, qui hurle de tous côtés sa décadence, sa désintégration, son effondrement, comme un château de cartes (House of Cards) mais dont toutes les cartes, absolument toutes, sont truquées.

Donc, c’est cela qui nous sert de référence, d’exemple, de lumineux beacon of freedom ! L’empressement de la populace, particulièrement parisienne, à se saisir d’une expression américaniste en alignant ses mœurs d’un jour sur les leurs, – Black Friday après Halloween, – est stupéfiant, consternant et profondément vertigineux. « Que dire ? dit un “commentateur” d’une table ronde convoquée pour l’événement... Pas grand’chose, c’est comme un jour de super-solde... Ah oui, on peut dire que l’on continue à s’américaniser, mais bof... »

C’est vrai on “continue à s’américaniser mais bof...”. Le plus notable dans cette piètre occurrence, c’est que l’on continue à s’américaniser alors que l’américanisme sombre et s’effondre à une vitesse que personne n’aurait imaginé. Faut-il que très-grande soit notre fascination pour continuer dans ce sens, suivant nos communicants, nos publicitaires, tout ce petit monde grouillant de suffisance satisfaite, l’inculture en sautoir et l’esprit vide à mesure, américanisés jusqu’au bout des ongles et derniers survivants à attendre le pourboire de l’américanisation perdue, plus tard, lorsqu'aura disparu l'infamie ; faut-il qu’ils nous fascinent comme le serpent saisit sa proie de son regard impassible, glacé et implacable, et perçant jusqu’au fond de ce qu’il nous reste d’âme pour consumer la chose, pour qu'encore ils se précipitent dans l’américanisation comme l’on s’esclaffe dans une flaque de boue qui se réduit en peau de chagrin. Salut, les “Zombies du Vendredi-Noir”, ceux qui te méprisent te saluent, comme si tu allais disparaître à notre vue, réduit en poussière par ce poison foudroyant que constitue l’américanisation qui elle-même se réduit en poussière.

Non seulement, ils n’ont plus d’identité ni d’ontologie, mais ils détestent identité et ontologie. La fascination n’est pas celle de l’Amérique, mais celle du Rien et du Néant, celle du Trou-Noir, celle de la fin-des-Temps et de la Fin-de-Tout ; mais ceci revient à cela, après tout et au bout de tout.

Salut “Zombie du Vendredi-Noir”, ceux qui ne te voient plus tant tu as aussi vite disparu que les articles à 40%, finalement ne te saluent pas puisqu’il n’y a plus rien à saluer. Je suis passé à autre chose et de cet épisode il ne me reste rien.

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