To Be or Not To Be un réactionnaire

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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To Be or Not To Be un réactionnaire

4 avril 2016 –  Je l’avoue, je suis fasciné par l’emploi, qui connaît un grand regain d’activité, du mot “réactionnaire”, plus connu dans les milieux expéditifs sous le terme de “réac’”, dont je vous ai entretenus in illo tempore pas très lointains. Pour ce dernier cas, il s’agissait de fustiger la pratique du mot-raccourci, « “mots-raccourcis” comme l’on dit de l’acte de la guillotine qui raccourcit ». Je ne me prononçais pas sur le fond (suis-je un réactionnaire ou pas ?) pour l’essentiel du texte, mais à la fin je montrais le bout de mon nez qui n’est pas court, – et d’ailleurs, à me relire, bien plus que le bout...

« Ainsi et après avoir réfuté une fois pour toutes leur stratagème des mots-raccourcis (“ réac’”), j’affirme hautement que je suis bien et vraiment un “réactionnaire” puisque réagissant à une situation qui m’est imposée, pour m’en arranger et la combattre absolument sans y succomber. Je suis comme un chercheur d’or tentant de distinguer les pépites, – les “vérités-de-situation” cachées dans l’amas boueux des narrative psalmodiées par les zombies-Système, sur le rythme de leurs “mots-raccourcis” comme l’on dit de l’acte de la guillotine qui raccourcit... Ainsi peut-on dire que je “réagis” (“réactionnaire”) à l’établissement d’une époque catastrophique où la pensée produite par les “mots-raccourcis” est moins réduite à la façon des Jivaros que raccourcie comme par la guillotine fameuse. Ils ont de qui tenir. »

Là-dessus, je suis rappelé à l’ordre par, disons le Dr. Merlinki, qui me décrète (sur le Forum du texte Malaise...) “malade”, puis “mortellement malade”, sans que je sache précisément de quelle affreuse pathologie (sans doute dans l’esprit, supputai-je) je suis frappé ; pour dire le vrai, je vous avouerais que le message, qui ne m’a pas décoiffé à cause de ma calvitie avantageuse dans ce cas, m’est un peu passé au-dessus de la tête... Si, tout de même, une chose m’est restée, que j’ai comprise au mot près et qui m’a ramené à la présente chronique, montrant en cela sa brûlante actualité : « Vous êtes ainsi plus réactionnaire que rebelle. »

Décidément, ce mot mérite une investigation, à cause de la fascination dont j’ai fait plus haut l’aveu et parce que tout de même, on aime bien savoir ce que signifie l’étiquette qu’on vous colle sur le bout du nez à l’une ou l’autre occasion. J’investiguai donc...

Dans le sens politique où on l’entend actuellement et après recherche rapide de ma part, ce mot tel que proféré et entendu aujourd’hui est une complète invention de la Révolution Française, la Grande, l’Unique... L’emploi du mot “réaction“ dans le sens puant de “contre-révolutionnaire” et de “rétrograde”, et de “conservateur” puant et ennemi du Progrès, si vous voulez à peu près l’équivalent du “vipère lubrique” stalinien, fut utilisé pour la première fois par Marat en 1792, peu avant qu’il fasse connaissance de Charlotte Corday ; le mot “réactionnaire”, également dans “le sens puant...“, etc., serait, lui, de 1794, année de haute culture s’il en est dans l’histoire de la modernité française...  (Tout cela selon le “Robert”, “dictionnaire culturel en langue française” en cinq épais et luxueux volumes, que je soupçonne d’être largement orienté dans le sens du vent qui balaie de sa grâce infinie notre belle planète qui ne cesse de l’être toujours plus, orientée dans le sens du vent, par la grâce du Progrès de l’Homme.)

C’est vrai, dans tous les cas ça l’est bel et bien pour moi, baser une bonne partie de notre pensée politique officieuse-officielle à partir de ces deux mots accouchés par le “déchaînement de la Matière”, – car c'est bien de cela qu'il s'agit, plus que jamais, – et par la puanteur extraordinaire régnant dans ces années-là, celle du sang gluant et pourri des têtes coupées engraissant les poissardes de la Place de la Nation, je trouve, justement dit et sans sinistre ironie, que c’est disons un peu court. (Je ne vais pas me faire des amis, avec ces quelques mots, pourrait-on supposer ; peu me chaut... C’est-à-dire : qu’importe car, pour en savoir plus là-dessus, sur cette révolution qui a enfanté le mot de “réactionnaire”, lisez les phrases pas mal sublimes du “réac’” indiscutable et absolument conchié, le comte Joseph de Maistre, franc-maçon par ailleurs pour ceux qui en ignorent là-dessus, ou bien lisez encore ce petit bouquin édifiant qui s’intitule Cannibalisme révolutionnaire, du Dr.Minh Dung Louis Nghiem [éditions de Paris, 2008] – parce que, finalement et pour tout dire, l’Histoire, mes bien chers amis, frères et lecteurs, n’est jamais aussi simple que vous la conte, étiquettes à l’appui, madame la ministre de l’Education Nationale de la France du poire-président.)

Je vous fais grâce des détails de définition du “Robert” en question pour passer au plus simple qui me semble dans ce cas convenir parfaitement à mon propos. Si l’on consulte l’inévitable Wiki à propos du mot “réactionnaire” on a une définition (qualifiée de “politique”) absolument fascinante 1) par rapport aux exemples donnés suivant immédiatement cette définition, et 2) par rapport aux “antonymes” qui sont “novateur”, “progressiste”, “révolutionnaire”. La définition du mot “réactionnaire” est donc (c’est moi qui emploie un caractère gras) : « Qui sert à opérer une réaction ; qui travaille à une réaction politique ; à un mouvement d’opinion qui agit dans un sens contraire au mouvement qui a précédé. » (L’emploi du passé “qui a précédé” suppose, je suppose, l’hypothèse que la réaction a réussi, ce qui est une forme assez douteuse de la définition, impliquant l’esprit partisan qui ne surprendra personne ; quoiqu’il en soit, je retiens que la définition signifie d’une façon générale “qui travaille à une réaction contraire à un mouvement [politique]...”, – et j'induis que c'est n'importe quel “mouvement politique” puisqu'aucune précision n'est donnée à ce propos, – cela me paraissant parfaitement logique.)

Définition fascinante, parce que absolument déformée dans un même sens par les exemples qui suivent et par les “antonymes” qui forcent le sens d’une façon qui fait de l’ensemble une grotesque imposture enluminée d’une solide contradiction. Car si je “si je travaille à un mouvement d’opinion qui agit dans le sens contraire du mouvement qui a précédé”, et que ce “mouvement qui a précédé” celui que je voudrais vois s'imposer est comme c’est le cas celui de l’ultralibéralisme, du Système, des neocons, des “globalistes” prônant la déstructuration-dissolution hérité pour partie du trotskisme et travaillant pour le New World Order (NWO) à-la-Soros, etc., bref de tout ce qui caractérise ce qui tient le haut du pavé aujourd’hui, le mot (“réactionnaire“) représente alors la plus haute vertu politique et civique, sinon métahistorique que je puisse imaginer ; tandis que les mots “novateur”, “progressiste”, “révolutionnaire”, présentés comme antonymes de “réactionnaire”, représentent, eux, le Système, les neocons, les “déconstructeurs globalistes” du NWO à-la-Soros. Goûtez ces nuances par rapport aux appréciations convenues et choisissez votre camp.

... D’où il m’apparaît que le terme “réactionnaire” dans son entendement actuel et tel qu’il est utilisé depuis son origine idéologique de la Révolution française et aujourd’hui dans le cadre de la défense du Système issu de cette Révolution, est une pure invention linguistique de la Révolution, c’est-à-dire une pure machination de l’événement central du “déchaînement de la Matière”, avec le dispositif général de l’inversion, notamment dans le champ linguistique. Cette signification du mot “réactionnaire” décisivement dans le camp des contre-révolutionnaires, ou des antimodernes, c’est-à-dire finalement des antiSystème pour en venir au langage essentiel, est une sorte de verrou, de goulag sémantique où le Système et ses affidés voudraient enfermer ceux qui s'opposent à lui. Il interdit toute “réaction”, ou toute déviation de “la ligne du Parti” si vous préférez, à la situation catastrophique, terrifiante et eschatologique actuelle et classe dans la catégorie des “réactionnaires” ceux qui ne jugent pas que cette situation est la seule possible et la vertu même de l’accomplissement du monde. Il faut donc lever une insurrection contre cet emprisonnement sémantique et montrer, — ce qui est assez facile, – qu’être “réactionnaire” aujourd’hui, c’est agir contre le Système, c’est-à-dire être antiSystème, c’est-à-dire être, au contraire de ce que diagnostiquait plus haut notre docteur, être un “rebelle” justement puisqu’effectivement se rebeller aujourd’hui ne peut signifier que réagir contre ce qui est en place, ou bien, mieux dit et plein  d’espoir, contre “le mouvement qui a précédé” au son des ricanements sardoniques de Soros.

... Au reste, la seule véritable tactique possible pour l’antiSystème, comme nous le disons depuis si longtemps, c’est la tactique du “faire aïkido”, dont nous parlons souvent, que nous définissions rapidement dans un texte de juillet 2012 (« Résistance & autodestruction »)... Qu’y a-t-il d’acte plus sublimement réactionnaire que celui-ci, où il faut attendre que l’ennemi agisse pour agir à son tour, c’est-à-dire agir en fonction d'une action de l'autre, c'est-à-dire réagir et rien d’autre, c’est-à-dire être un acteur sublimement réactionnaire :

« L’opérationnalité de la résistance antiSystème se concentre naturellement dans l’application du principe fameux, et lui-même naturel, de l’art martial japonais aïkido : “retourner la force de l'ennemi contre lui...”, – et même, plus encore pour notre cas, “aider la force de cet ennemi à se retourner naturellement contre lui-même”, parce qu’il est entendu, selon le principe d’autodestruction, qu’il s’agit d’un mouvement “naturel”.»

(A ce point qui termine le propos, s’il vous plaît, ayez quelque prévenance et charitable pitié pour moi et, de grâce, ne me parlez pas de droite ou de gauche, de fasciste ou de pas-fasciste, du progressiste et de tout le reste parce que je m’arrêterais d’écrire, pris d’un fou-rire inextinguible, et que le contenu réactionnaire de dedefensa.org en souffrirait horriblement... Non, non, plutôt et plus simplement, essayons de nous intéresser à notre temps et de considérer ce qui peut et doit l’être pour ce que cela est et non pas pour les illusions des vapeurs de nos idéologies enfuies dans les profondeurs des temps passés et inutiles, fût-ce ceux de la guillotine qui coupait court à tout dialogue avec “la réaction”. Droite, gauche, centre et marges, nul être sensé et digne de ce nom d’“être” ne peut être, dans son acte vital, que “réactionnaire” face à cette immense, et terrifiante, et diabolique entité.)

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